Arles 2017, jour 1. Toute la rédaction de Focus Numérique est sur place. À peine arrivés, nous voici équipés de nos accréditations presse, le sésame pour accéder à l'ensemble des expositions. Au programme aujourd'hui, le parc des Ateliers et les bâtiments de la fondation Luma, et l'église des Frères prêcheurs.

Il y a déjà beaucoup de monde. Les visiteurs se pressent devant les billetteries. Le festival vient d'être inauguré par son directeur Sam Stourdzé et la nouvelle ministre de la Culture, Françoise Nyssen, une arlésienne de cœur et d'actes. Il fait beau, il fait chaud, c'est parti pour l'édition 2017 des Rencontres de la Photographie !

Michael Wolf – La vie dans les villes (9)

La première exposition qui nous tend les bras est celle de Michael Wolf, à quelques foulées seulement de l'accueil du festival. Et on commence fort avec les clichés du photographe allemand, qui vit désormais à Hong Kong. La ville est d'ailleurs au centre de l'exposition, à travers un accrochage de tirages monumentaux au cœur de l'église. Le photographe nous projette dans l'architecture dense de la mégapole. Véritablement hypnotique, la vision de l'empilement créé par ces immeubles d'habitation est à la fois fascinante et effrayante.

Rencontres de la photographie d'Arles 2017, Exposition Michael Wolf - La vie dans les villes, vue de l'exposition, photo Renaud LabracherieArchitecture of Density - Exposition Michael Wolf / Arles 2017.

La ville nourrit le travail du photographe qui met en lumière l'inhumanité croissante de nos cités toujours plus grandes, qui avalent tous les jours des milliers de résidents peu à peu assimilés à des ombres, des citadins fantômes, à l'image de sa série sur le métro japonais, si justement intitulée Tokyo Compression, que nous vous avions d'ailleurs présentée il y a quelques mois.

Rencontres de la photographie d'Arles 2017, Exposition Michael Wolf - La vie dans les villes, vue de l'exposition, photo Renaud LabracherieTokyo Compression - Exposition Michael Wolf / Arles 2017

Plus loin, c'est la ville de Chicago qui lui sert de terrain de jeu pour sa série Transparent City (2006). Contrairement à Hong Kong, qui semble cacher l'humain, les habitants de la ville sont ici parfaitement visibles derrière leur vitre, voire exposés. On entre dans la vie privée des résidents. Des clichés sont extraits les plus fins détails, des silhouettes, des visages. Des extraits pixelisés à l'extrême qui nous laissent entrevoir la vie et les vies à l'intérieur des immeubles, Michael Wolf jouant avec les échelles pour nous proposer à la fois une vue macro et microscopique de notre quotidien.

Rencontres de la photographie d'Arles 2017, Exposition Michael Wolf - La vie dans les villes, vue de l'exposition, photo Renaud LabracherieTransparent City - Exposition Michael Wolf / Arles 2017

La pièce maîtresse de l'exposition est l'installation The Real Toy Story (2004), qui met en scène plus de 20 000 jouets "made in China" glanés dans des boutiques d'occasion ou des marchés aux puces, dans différentes villes de la côte californienne. Ça et là dans ce collage démesuré, l'artiste a glissé les portraits de ceux qui fabriquent ces jouets. Une dénonciation certes un peu simple, mais efficace de la consommation de masse.

Rencontres de la photographie d'Arles 2017, Exposition Michael Wolf - La vie dans les villes, vue de l'exposition, photo Renaud LabracherieInstallation The Real Toy Story – Exposition Michael Wolf – Arles 2017.

Niels Ackermann & Sébastien Gobert – Looking for Lenine (5)

N'hésitez pas à franchir les portes de l'archevêché pour découvrir, déjà, le trésor d'architecture qu'est le cloître Saint-Trophime, mais aussi l'exposition du photographe Niels Ackermann et du journaliste Sébastien Gobert, établis depuis quelques années en Ukraine. Ils posent un regard aigu sur l’histoire de ce pays dont le gouvernement cherche à marquer, vingt-cinq ans après l’indépendance du pays, une rupture nette avec le passé soviétique, notamment en promulguant des lois de "décommunisation".

Rencontres de la photographie d'Arles 2017, Vue de l'exposition Niels Ackermann / Sébastien Gobert - Looking for Lenin. Photos présentées : Niels Ackermann ; photo de l'exposition : la rédactionNiels Ackermann & Sébastien Gobert, Looking for Lenine – Arles 2017.

Et cela passe par déboulonnage systématique des statues de Lenine. Des 5 500 recensées, il n'en reste pratiquement plus une debout. La chasse aux "Lénines" est ouverte. Mais que deviennent ces statues ? Si certaines sont détruites, d'autres trouvent de nouvelles vies au fond d'un jardin, viennent caler une baignoire, ou se retrouvent stockées à l'arrière d'une voiture...

Rencontres de la photographie d'Arles 2017, Vue de l'exposition Niels Ackermann / Sébastien Gobert - Looking for Lenin. Photos présentées : Niels Ackermann ; photo de l'exposition : la rédactionNiels Ackermann & Sébastien Gobert, Looking for Lenine – Arles 2017.

Niels Ackermann et Sébastien Gobert nous invitent à suivre leur travail de taxonomes d'une espèce en voie de disparition. Détournés, "customisés", réparés, tronçonnés, tous ces Lénines trouvent une place dans un inventaire fanstamagorique. Réjouissant.

First Class aux Ateliers

Traditionnellement, nous commençons toujours notre festival aux Ateliers. Le premier jour, il n'y a pas encore trop de monde et on peut profiter aisément des nombreuses expositions proposées dans cet espace mythique des Rencontres. De plus, aujourd'hui, la chaleur n'est pas écrasante : on devrait pouvoir respirer normalement dans les anciens entrepôts de la SNCF. Vous n'êtes sûrement pas sans savoir que la fondation Luma dirigée par Maja Hoffmann a mis la main sur le Parc des Ateliers (entres autres) pour y ériger un mégacentre d'art contemporain, dont l'architecte n'est autre que le célèbre Frank Gehry à qui l'on doit déjà le Musée Guggenheim de Bilbao ou encore la récente Fondation Louis Vuitton à Paris. Le "rocher" est sorti de terre, on ne voit que lui dans toute la ville. Outre la construction de ce nouveau bâtiment, la fondation a aussi commencé à réhabiliter certains des anciens ateliers ; trois d'entre eux sont terminés, opérationnels et accueillent des expositions du festival. Oubliez la chaleur et la poussière : ce sont désormais des lieux d'exposition 5 étoiles flambant neufs, avec la clim ! Les conditions de visite sont nettement plus agréables, indiscutablement, mais l'on perd un peu du charme des lieux. Les temps changent.

Voici en bref une petite sélection des choses qui nous ont marqués (en bien ou en mal) ; nous aurons l'occasion de revenir en détail sur certaines d'entre elles au cours de la semaine.

Bof bof The Expo (23)

Aux Ateliers, on trouve donc une bonne partie de la programmation officielle du festival, ainsi que "THE" exposition de l'été selon de nombreux grands médias : la présentation d'une partie des archives de la photographe Annie Leibovitz, correspondant aux premières années de son travail, ses "early years, entre 1963 et 1984. Nous n'avons pas été particulièrement emballés par cette exposition, beaucoup trop dense selon nous.

Exposition Annie Leibovitz, the early years, Rencontres de la photographie d'Arles 2017. Photo La rédaction

3 000 photos sinon rien !

Néanmoins, la fondation a tout de même mis en scène sa récente acquisition. Il s'agit d'un corpus de près de 3 000 photos photographies prises par les artistes suisses Peter Fischli et David Weiss. Au fil des ans, ils ont amassé des milliers de clichés représentant des scènes aussi bien spectaculaires qu’ordinaires, partout dans le monde. Couvrant presque tous les coins du globe, déserts et montagnes, villes et jungles, couchers de soleil et scènes de rue, la collection est aussi chimérique qu’encyclopédique. Ce travail est présenté sur une table lumineuse géante de plusieurs dizaines de mètres, sur laquelle sont méticuleusement agencées et articulées ces centaines de micro-séries !

Peter Fischli et David Weiss, installation, Rencontres de la photographie d'Arles 2017. Photo La rédaction
Peter Fischli et David Weiss, installation, Rencontres de la photographie d'Arles 2017. Photo La rédaction

Le marketing au service de l'art ? (22)

Parmi les nombreuses autres expositions présentées aux Ateliers, on trouve l'installation bancale de Huawei, partenaire officiel, qui a tenté de mêler art, photographie, smartphone et marketing. L'objectif ? Monter un dispositif pouvant s'insérer dans le cadre artistique haut de gamme des Rencontres tout en mettant en avant leur nouveau P10. Cette expérience nous laisse un peu dubitatifs. C'est le photographe de mode américain Billy Kid qui s'est prêté à l'exercice, baptisé Champ-Contrechamp. Son concept ? Une série de portraits d'habitants de New York, en cherchant à "révéler leur énergie vibrante". Au-dessus de chaque tirage se trouve un exemplaire du fameux P10, qui déclenche son flash dès que l'on pose les yeux sur la photo. Placé à côté de la photo, un "cadre" vide sur lequel est inscrit : "Si ce portrait vous interpelle, le vôtre sera peut être bientôt ici". Il semblerait que ce soit l'amorce d'un dialogue visuel qui transforme chaque futur diptyque en une histoire organique complète, où l'œil du spectateur finit par accomplir l'œuvre du photographe. OK !

Mise à jour le 18/07/17 à 12:41
Une semaine après le début de l'exposition et donc de notre visite, les "cadres" vides ont été remplacés par des photos des visiteurs de l'exposition prises avec les fameux P10 qui ont disparus. Les photos de Billy Kid ont trouvé leur contre-champs.

Nous comprenons tout à fait que les Rencontres aient besoin de partenaires privés pour financer, en partie, le festival. Mais cette irruption de la "Huawei Gallery" dans les expositions officielles nous fait craindre pour les années à venir. Chaque exposition sera-t-elle bientôt soutenue par un partenaire ? Les placements produits seront-ils légion au sein des Rencontres ? À quand une exposition sponsorisée par Nespresso où l'on vous servira un petit café avant de vous inviter à ajouter votre capsule au totem multicolore work in progress de l'œuvre participative, sur fond de documentaire réalisé dans les plantations en Colombie ? Les Rencontres n'en sont évidemment pas là, mais ce premier pas laisse songeur.

Nos deux chouchous du prix Découverte (22)

Philippe Dudouit, The Dynamics of Dust, Prix Découverte Arles 2017 - Photo La rédaction

Si le principe a évolué cette année pour associer un certain nombre de galeries au travail de sélection des artistes, les Rencontres d'Arles proposent depuis 2002, en partenariat avec la fondation LUMA, le prix Découverte dont le but est de récompenser un photographe émergent. 10 artistes sont ainsi sélectionnés pour être exposés au parc des Ateliers (cette année, dans l'atelier de la Mécanique), chacun représentant, à sa façon, un certain pan de la photographie contemporaine. Photographies et installations alternent, nous faisant nous-mêmes alterner entre admiration et scepticisme.

Philippe Dudouit, The Dynamics of Dust, Prix Découverte Arles 2017 - Photo La rédaction

S'il y en a quoi pour tous les goûts, ce sont sur les images d'un certain Philippe Dudouit que nos yeux s'arrêtent : des compositions rigoureuses, présentant des paysages désertiques parfois vides, parfois habités d'hommes en armes. La démarche photographique est documentaire et seule la présence d'images projetées au sol vient briser le classicisme de l'accrochage. Réalisée sur le long terme, cette étude photographique de la zone sahélo-saharienne plante le décor d'un ancien paradis touristique devenu territoire de dangers, et fait le portrait de populations nomades devant faire face aussi bien au terrorisme islamique qu'aux défaillances étatiques.

Nous avons aussi flashé sur le travail des photographes Carlos Ayesta et Guillaume Bression, déjà à l'origine du projet No Go Zone, sur la région de Fukushima, plusieurs années après l'accident nucléaire. Ils présentent une série d'images documentaires de grande qualité qui illustrent ce qu'est devenue la région, comment le temps s'est brutalement arrêté et l'impact sur les habitants. Ils ont même essayé de photographier la radioactivité. Là encore, nous reviendrons plus en détail sur leur travail.

Vous avez dit Monsanto ? (24)

Monsanto, tout le monde connaît. Les brevets sur le vivant, les maïs transgéniques, le très contesté Roundup... Mais ce sont également les empoisonnements au PCB ou les horreurs de la guerre du Vietnam, à travers le terrible Agent Orange et ses conséquences sur les populations. Les clichés de fœtus malformés conservés dans des bocaux de formol à Ho Chi Minh sont sans doute les images les plus choquantes de l'exposition. Nous reviendrons sur cette exposition avec une interview de Mathieu Asselin.

Vue de l'exposition 'Mathieu Asselin, Monsanto : une enquête photographique', Rencontres de la photographie d'Arles 2017. Photo La rédactionMathieu Asselin – Monsanto : une enquête photographique – Arles 2017.

Le Spectre du surréalisme (21)

Exposition Le spectre du surréalisme, Rencontres de la photographie d'Arles 2017. Photo La rédaction

Pour son 40e anniversaire, le Centre Pompidou s'invite aux Rencontres de la Photographie. L'Atelier des Forges se fait ainsi le réceptacle d'une exposition conçue à partir des collections photographiques du célèbre Centre national d'art et de culture. L'occasion, donc, de voyager dans le temps pour revenir sur les ponts entre surréalisme et photographie. Brassaï y côtoie Marcel Duchamp et l'exposition parvient à s'amuser de l'absurde tout en dressant le cadre d'influences esthétiques jalonnant désormais la photographie contemporaine. Si vous souhaitez vous éloigner d'un certain classicisme, l'Atelier des Forges et ses expositions thématiques en lien avec l'art contemporain — le 1er étage est consacré à l'artiste Jean Dubuffet — constitue un lieu parfait.

Exposition Le spectre du surréalisme, Rencontres de la photographie d'Arles 2017. Photo La rédaction
Renaud Labracherie

Rédacteur en chef de Focus Numérique. Grand évangéliste du RAW. Ses publications 

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Rédacteur polymorphe. Chantre occasionnel de la photophonie, grand chambellan des accessoires photo et chevalier de l’ordre du degré Kelvin. Ses publications 

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