Depuis le rachat de Fotolia, Adobe met en place, brique par brique, sa stratégie d'accès aux images et veut devenir une véritable place de marché pour les producteurs de photos.

Crédit photo : Julie de Waroquier. Crédit ouverture : Leo Caillard.

Les grandes manœuvres

C'est avec le rachat à grands frais (800 millions de dollars) de la banque d'images française Fotolia, en 2014, qu'Adobe a réellement commencé ses grandes manœuvres autour de l'accès aux images. Si le géant américain règne en maître incontesté dans les plus grandes agences de communication et de graphisme tout comme chez les indépendants, il souhaite désormais offrir encore plus de services à ses clients, en leur proposant un accès rapide et simple à du contenu graphique. Que l'on recherche des photographies, des illustrations ou des éléments 3D, Adobe répond présent. Avec les contenus Fotolia, c'est un fonds d'images de plus de 75 millions de documents qui devient directement accessible depuis Photoshop ou InDesign. Plus besoin d'un énième abonnement à un autre service : tout est disponible immédiatement.

Place de marché

L'un des points intéressants de la solution initiée par Adobe est l'ouverture de Stock à tout le monde. Ainsi, chacun peut proposer ses clichés, ses illustrations ou ses modèles 3D ; ils pourront être vendus sur Stock, l'auteur recevant 33 % des ventes — un montant toutefois assez faible par rapport à certaines autres banques d'images. Toutes les soumissions sont examinées par des experts et acceptées ou rejetées en fonction de différents critères, dont l'esthétisme, la singularité et la qualité des images. Les images acceptées sont "taguées" automatiquement à l'aide de mots clés courant dans plusieurs langues.

Depuis un an, Adobe Stock a également ouvert une nouvelle section baptisée Premium. L'idée ? Sélectionner des photographes ou des illustrateurs qui proposent un travail d'auteur avec des images qui "ont une forte charge émotionnelle, qui racontent des histoires", explique Karen Seror, responsable marketing d'Adobe Stock. Avec Premium, le directeur artistique pourra ainsi s'inspirer des tendances visuelles actuelles. Pour initier ce projet, Adobe a choisi de mettre en avant 5 photographes français : Vincent Bousserez, Léo Caillard, Benoît Lapray, Benjamin Taguemount et notre très chère Julie de Waroquier (cf. portfolios sur le site d'Adobe Stock). Si le réseau social Adobe Behance permet déjà de repérer certains artistes, Stock Premium va encore plus loin. Les photographes ou créatifs repérés par les équipes d'Adobe pourront vendre leurs images à des tarifs beaucoup plus élevés et même être contactés pour des commandes particulières.


Abonnements Adobe Stock

Les offres d’abonnement de la collection Adobe Stock Standard comprennent des fichiers photo, vecteurs, vidéos, 3D et templates, ou gabarits. Les tarifs varient de 30 à 160 € selon le nombre de fichiers utilisables par mois, mais certains gabarits ou fichiers 3D peuvent être proposés entre 19,99 € et 49,99 €, en fonction de leur niveau de complexité.

Deux licences d'utilisation existent. La première prévoit une utilisation sans limite dans le temps, sans limite sur Internet, et jusqu'à 500 000 exemplaires imprimés ; elle exclut l'utilisation pour la création de produits dérivés. La licence étendue permet de dépasser les 500 000 exemplaires et d'inclure la création de produits dérivés.

Les fichiers vidéo ne sont pas inclus dans nos abonnements. Ils sont proposés au prix de 59,99 € l’unité en HD et 169,99 € en 4K. Les fichiers HD de la collection Premium sont proposés entre 99,99 € et 499,99 €. La licence d'utilisation ne permet pas l'utilisation des images pour des produits dérivés.


La partie Premium de Stock, qui compte déjà plus de 100 000 éléments, fait appel à certains fonds photo spécialisés — dans la nourriture, par exemple, avec Stockfood, les animaux, ou encore l'architecture, avec Arcaid Images. Les agences et les photographes sont donc désormais tiraillés entre la possibilité de rester indépendants, au risque de voir leur chiffre d'affaires grignoté par cette nouvelle concurrence, ou accepter un canal de distribution à large audience, mais dans lequel elles sont également en partie asservies à Adobe.

Des recherches plus précises

Pour faciliter les recherches d'illustration, Adobe a récemment équipé Stock d'un nouveau moteur de recherche basé en partie sur de l'intelligence artificielle et baptisé Sensei. Ce dernier peut effectuer une recherche d'image à partir de l'analyse d'une image source, de mots clés et de filtres esthétiques ; des filtres qui permettent par exemple de définir le niveau du flou arrière ou la vivacité des couleurs.

En route pour l'éditorial

Adobe ne compte pas s'arrêter en si bon chemin : il propose depuis le mois de juin un partenariat avec l'agence photo Reuters, qui met à disposition plus de 12 millions de documents, pour ouvrir la rubrique éditoriale qui conservera une exclusivité sur les clichés pendant 24 heures. Adobe annonce également un partenariat avec USA Today (sport). Il est fort probable que d'autres négociations soient en cours avec d'autres agences photo.

Après les microstocks, qui ont redéfini le paysage de la banque d'images dans les années 1990, Adobe est donc en train, ni plus ni moins, de déplacer les frontières entre les producteurs d'images et les clients. En ouvrant de nouveaux canaux de distribution et visualisation, Adobe crée de nouveaux marchés et de nouvelles opportunités, mais ne vient pas stabiliser un secteur économique et social déjà précarisé. Il y maintenant 4 ans, Adobe lançait une autre formule d'abonnement autour de ses logiciels : un pari osé, entier (aucune solution alternative au sein de l'entreprise), et réussi, puisque l'abonnement Creative Cloud représente aujourd'hui plus de 55 % du chiffre d'affaires de l'entreprise. En s'appuyant sur ce succès, Adobe compte bien convertir encore plus de créatifs en leur donnant accès à du contenu de qualité.

Renaud Labracherie

Rédacteur en chef de Focus Numérique. Grand évangéliste du RAW. Ses publications 

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