La pige à 60 € brut. C'est le tarif minimal déterminé par le gouvernement pour 5 heures de travail d'un photographe pigiste. Retour sur plusieurs années de non-concertation qui ont donné lieu à un résultat bien décevant.

C'est sans doute l'une des dernières mesures du gouvernement Hollande, ce ne sera sans doute pas la plus populaire auprès des photographes. Rappelons qu'un photographe pigiste est, contrairement à un permanent, non intégré à une rédaction et travaille à la commande. Il reçoit donc une fiche de salaire correspondant aux piges effectuées.

Un tarif minimal... et non de référence !

Pourquoi un décret fixe-t-il un barème minimum pour les photographes pigistes ? Pour comprendre cela, il faut remonter à la loi HADOPI de 2009 concernant la diffusion et la protection de la création sur Internet. À l'origine, la loi devait imposer des négociations par branches pour fixer des barèmes aux publications et ainsi éviter les dérapages et tarifs ridicules.

Les articles L. 132-41 et L. 132-45 du code de la propriété intellectuelle, issus de l'article 20 de la loi du 12 juin 2009, prévoient que, pour les journalistes auteurs d'images fixes rémunérés "à la pige", la cession à titre exclusif des droits d'exploitation sur leurs œuvres au profit de leur employeur ne s'applique qu'après l'entrée en vigueur d'un accord de branche déterminant le salaire minimum.

Malheureusement, les négociations entre le SNJ (Syndicat National des Journalistes) et les éditeurs de presse n'ont pas abouti. Une mission dite "Brun-Buisson" naît alors en 2013 pour mettre en place une médiation entre les syndicats des éditeurs de presse, le SNJ et les associations représentantes des photographes (UPP et PAJ). La loi prévoyait que faute d'accord, le ministère de la Culture et de la Communication fixerait le barème par décret. C'est chose faite : le décret a été publié le 9 mai 2017 au Journal Officiel.

Nombreux sont les photographes favorables à un montant minimal pour la pige. Le problème est que ce montant de 60 € pour 5 heures de travail est largement en deçà des barèmes actuels, mis en place dans les rédactions des grands quotidiens nationaux et s'élevant à plusieurs centaines d'euros. Ce montant minimal porte le tarif horaire à 9 € net. Une somme dérisoire quand on sait qu'un photographe doit investir dans du matériel onéreux — aussi bien pour la prise de vue que pour l'édition et la retouche. Car oui, pour couvrir les différentes opportunités qui peuvent se présenter, le photographe pigiste est généralement un travailleur indépendant qui doit disposer au quotidien d'un local de travail, d'un ordinateur ainsi que d'une panoplie de boîtiers et d'optiques.

Le danger est donc que ce tarif minimal devienne, pour les nouveaux arrivants, le tarif de référence... avec comme conséquence directe une paupérisation d'un secteur déjà en proie aux plus grandes difficultés.

Crédit photo : Jérôme ChobeauxCrédit photo : Jérôme Chobeaux.

Du mieux pour la PQR ?

D'aucuns arguent que ce barème pourrait être bénéfique aux photographes pigistes de la PQR (Presse Quotidienne Régionale). Certes. Notre collaborateur Samuel Boivin nous précise d'ailleurs que certains de ses collègues en région travaillent pour un tarif horaire inférieur à 5 €. Pour ces pigistes, le gain sera donc bien réel. Mais les photographes pigistes pour la PQR sont en réalité peu nombreux, les journaux préférant le plus souvent travailler avec un correspondant de presse local (CPL) qui n'est pas assimilé à un photographe pigiste. Ceux-ci facturant leurs clichés quelques euros, il est ainsi peu probable que les quotidiens se plient à ce nouveau barème qui ferait alors exploser des budgets iconographiques déjà élevés.

Au final, ce décret jette encore plus le discrédit sur une profession déjà malmenée. Car oui, se déplacer sur un lieu, rapporter des images, raconter une histoire, relater une ambiance, mettre en lumière des témoignages — le tout dans des délais impartis —, c'est un véritable métier qui mérite un véritable salaire.

Source : Décret du 9 mai 2017

Renaud Labracherie

Rédacteur en chef de Focus Numérique. Grand évangéliste du RAW. Ses publications 

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