Ses photos sont faites avec un marteau... C'est à cela qu'il compare son appareil photo. Stanislas Zanko n'est pas plus photographe que vidéo-jockey : il tire le portrait, projette des images sur des femmes nues ou des chevaux blancs, constitue des crocodiles en galets au bord d'un plan d'eau jurassien, ou fait danser des images sur les murs d'Arles... Mais ces jours-ci, ses images collées rue Bichat dans le 10e arrondissement de Paris interpellent le passant. On y voit la tour Eiffel ou le Sacré-Cœur à travers une lentille montée sur une baguette, de sorte que le même monument apparaît simultanément, flou et net. Précédemment, il avait appliqué ce procédé à des portraits de célébrités ou de parfaits inconnus... En fait de création, il s'autorise à peu près tout... Dialogue avec un chercheur de formes.

Un marteau !? Oui, il considère son appareil photo comme un outil, au même titre qu'une "machine à laver", un outil dont il se fiche et qui n'est peut-être qu'un téléphone portable. Il dit simplement qu'il n'a jamais acheté d'appareil. Que ceux qui lui sont passés entre les mains lui ont été donnés, ou troqués. Qu'importe en fait, ce qui compte se situe ailleurs.

Photo Stanislas ZankoJames Thierrée, 2008.

Pour l'acteur bien sûr, et pour son visage tourmenté, j'ai été happée par l'image de James Thiérrée... Comment l'avez-vous approché ?

S. Z. – Cette image a été réalisée pendant la fête de fin de tournage de Liberté de Tony Gatlif en 2008. C'est Tony, que je connaissais, qui m'a proposé de venir. Mais je ne connaissais pas James... Il est venu lui à moi, très curieux de la petite baguette que je sortais. Cette baguette magique a la capacité d'attiser la curiosité des stars comme des inconnus ! C'est un très bon moyen d'entrer en contact ! Il paraît très tourmenté sur cette image ! C'est un vrai acteur ; il n'a pas simplement posé comme pour un portrait. Il a proposé autre chose...

Vous photographiez les stars et les inconnus...

S. Z. – Oui ! Mais je photographie plus les inconnus que les stars. Pour les stars, je les approche en jouant les pique-assiettes au Fouquet's après la cérémonie des Césars par exemple ! Je réussis à entrer sans carton, car il y a toujours quelqu'un que je reconnais et qui me permet de rentrer et de rester le temps de la soirée. Ce que j'aime, c'est que ces personnalités jouent le jeu, elles acceptent ce rapport simple et authentique de se faire prendre une seule fois en photo... Car à chaque fois, je ne prends qu'une seule image et tout se passe de façon très rapide. Je parle de la même façon aux connus et aux inconnus !

Photo Stanislas ZankoExpo sur les murs de la rue Bichat dans le 10e à Paris.

Mais comment vous est venu ce dispositif ? Comment sont confectionnées les baguettes ?

S. Z. – J'ai commencé avec la baguette en 2006... En fait, ça vient de l'enfance ! Quand on regardait des choses à travers plein d'objets différents.
J'ai des baguettes de différentes formes (ovale, carrée et en étoile) équipées de loupes qui donnent une image plus petite de différentes dioptries (-10, -3, -2). Ce sont des lentilles de rebut qu'un ami opticien me donne et taille selon la forme des baguettes. Idem pour les baguettes : c'est un ami bijoutier qui peut travailler le laiton facilement. Pour moi, ces images qui finalement proposent un point net dans un décor flou, fonctionnent comme une suggestion... il ne faut pas tout révéler.

Et vous, l'image que vous souhaiteriez évoquer ?

S. Z. – Oh , il y en a beaucoup ! Ce qu'il y a de bien avec les photographies, c'est que parfois elles dorment dans un coin et elles réapparaissent ! Là, je pense à des images simples, calmes et douces... par exempleLa Porte du paradis. Un arbre par une porte-fenêtre, et cet arbre était là avant ma naissance et sera là après ma mort ... c'est une image forte, mais uniquement pour moi !

Photo Stanislas Zanko

Mais vous n'êtes pas que photographe...

S. Z. – Oui exactement, ces images m'enferment un peu. Car je fais autre chose et notamment, des projections sur des corps et des visages de femmes, par exemple, ou quand j'ai voulu avoir plus de superficie, j'ai projeté sur un cheval blanc... Je rêve de faire la même chose sur un éléphant ! Je fais aussi du print à partir de matières que je colle dans les rues. Cette expérience est un jeu, mais parfois, je ne peux pas aller au bout de certains projets. Il me faudrait plus d'espace, de temps et de liberté ! Je travaille pour ça, je sais que ça viendra... Mais mes sculptures en cailloux restent à l'état de projet, car je n'ai pas vraiment la possibilité de rester aussi longtemps sur place, dans le Jura. Donc pour l'instant, je fais les choses en tout petit, chez moi !

Photo Stanislas ZankoKrazy Horses.

Avez-vous des expositions en prévision ou d'autres événements ?

S. Z. – J'ai une expo en préparation, mais ce n'est pas la mienne ! Celle de mon père, Tamas, qui était un artiste peintre hongrois, réfugié politique, qui est décédé en 2009. Je m'occupe de la scénographie ; ça aura lieu à Budapest à l'automne 2017. J'ai des projets d'édition dont je ne peux pas vraiment parler. En revanche j'irai à Arles, pour faire des performances et du vijing. En fait je ne sais pas encore ce que je fais... je cherche encore !

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Nadia Ali Belhadj

Journaliste rédactrice. N'aime rien tant que de faire des interviews de photographes car les trouve gentils. Se fout de la technique comme de sa première pomme. Complètement soumise à Vivian Maier. Ses publications