Il y a tout juste un an, lors du CP+ 2016, Sigma annonçait deux nouveaux boîtiers : les sd Quattro et sd Quattro H. Deux appareils qui avaient pour tâche d'opérer la transition, pour la marque, de l'univers du reflex à l'univers des hybrides. Exit donc la visée optique et la cage reflex, et bienvenue à l'autofocus à corrélation de phase et détection du contraste sur l'imageur principal et la visée électronique, le tout dans un boîtier hybride à objectifs interchangeables compatible avec la monture Sigma SA.

CapteurCMOS APS-H 26,7 x 17,9 mm
MontureSigma SA
Stabilisationselon les optiques
Antipoussièreoui, par filtre placé devant le capteur
Viseurélectronique, 2 360 000 points. Dégagement oculaire de 21 mm. Couverture de champ : 100 %. Grossissement : 1,09x
Flashnon
ÉcranLCD de 7,6 cm. 1 620 000 points.
Mise au pointAutofocus hybride par corrélation de phase sur le capteur et détection de contraste. 9 collimateurs. Reconnaissance des visages
Modes autofocusAF-S, AF-C, manuel
Mesures d'expositionEvaluative, pondérée centrale et spot. Correction d'exposition sur +/- 5 IL.
Modes d'expositionPSAM
Vitesse d'obturation30 à 1/4 000 s
Motorisation3,8 ips en pleine définition RAW
Sensibilité ISO100 - 6400 ISO
Format image photoJPEG (8768 x 5840 px), RAW X3F / DNG (6192 x 4128 px)
AlimentationBatterie Li-Ion BP-61
ConnexionUSB 3, HDMI type C, télécommande, synchro flash
Dimensions147 x 95 x 91 mm
Poids/
LogicielsSigma Photo Pro

Présentation
Et caractéristiques

Monture SIgma SA

Oui, c'est bien la monture reflex SA de Sigma est ici reconduite sur le boîtier hybride. Il ne s'agit donc pas d'une nouvelle monture qui permettrait de réduire le tirage optique (distance entre le capteur et la lentille arrière de l'optique).

Bien que la cage reflex n'existe plus, le tirage doit être conservé, ce qui impose une monture assez proéminente qui n'est pas sans rappeler cette fois le Pentax K-01 (à ne pas confondre avec le K-1, reflex 24x36). Ainsi, toutes les optiques Sigma pour capteurs APS-C ou 24x36 fonctionnent directement sur les sd Quattro / Quattro H.

Sigma n'a donc pas souhaité créer une rupture technologique au niveau de la baïonnette ni une nouvelle gamme d'optiques. Un choix raisonnable, mais qui impose un tirage optique de 44 mm. Si, sur le premier visuel de face, l'épaisseur de la monture n'est pas visible, une vue de dessus est plus explicite. L'idée est de pouvoir utiliser directement les optiques Comtemporary, Art et Sport sur les nouveaux sd Quattro.

Et voilà le DNG !

C'est sans doute l'une des nouveautés les plus importantes après le capteur APS-H. Oui, Sigma ouvre — enfin — son format brut et propose l'enregistrement au format DNG. Dans ce mode, il n'est étonnamment pas possible d'enregistrer simultanément un fichier JPEG. Nous espérons qu'une mise à jour viendra corriger ce problème. Le format DNG est supporté par une large partie des logiciels de développement d'images, notamment Adobe Lightroom. Le sd Quattro H n'impose donc plus le passage par Sigma Photo Pro. Là encore, nous espérons une mise à jour du sd Quattro pour que ce modèle puisse également produire des fichiers DNG.

Sigma Photo Pro 6Sigma Photo Pro 6 est toujours indispensable pour ouvrir les fichiers bruts X3F, mais vous pourrez enregistrer des images DNG pour un développement avec des logiciels plus courants.

Prise en main
et ergonomie

Le sd Quattro H étant une copie conforme du sd quattro, nous vous invitons à relire la prise en main de ce dernier. Vous trouverez ci-dessous une galerie d'images pour rappeler les principaux éléments de l'ergonomie du boîtier.

sigma sd quattro H test review vue sans objectifLe sd Quattro H est une copie conforme du sd Quattro de Sigma. Vous retrouverez par exemple le filtre de protection et IR au niveau de la monture. Celui-ci est très simple à enlever et la photographie IR est finalement très facilement accessible.

sigma sd quattro H test review vue de dessusLe dessus de l'appareil est pour le moins dépouillé. Notez la position, singulière, de la commande de mise sous tension au niveau de la baïonnette. Le poussoir Lock permet de bloquer la configuration du boîtier.

sigma sd quattro H test review vue dosLe dos du Sigma sd Quattro H est un beau tableau de bord. L'écran arrière est composé de deux dalles, dont une, sur la droite, peut afficher certaines informations de prise de vue comme la sensibilité ISO, la mesure d'exposition ou le programme d'exposition.[/media
[media id="126931" alt="sigma sd quattro H test review vue mémoire"]Le Sigma sd Quattro H ne dispose que d'un seul emplacement pour carte mémoire. Notez que les différentes trappes (mémoire, batterie) disposent de joints d'étanchéité.

sigma sd quattro H test review vue connexions testLe sd Quattro H dispose de la connectique désormais classique : USB 3, télécommande et HDMI de type C. Dommage qu'il ne soit pas possible de recharger le boîtier via l'USB car cette fonctionnalité est vraiment appréciable. En outre, l'hybride ne propose aucune connexion sans-fil : Wi-Fi ou Bluetooth.

Qualité des images
Juste en photo

Le Sigma sd Quattro H dispose d'un tout nouveau capteur Foveon X3 au format APS-H. Il est donc légèrement plus grand que les capteurs APS-C qui équipent tous les autres boîtiers de la marque. Il embarque logiquement un peu plus de pixels : 45 Mpx, contre 33 pour les autres.

tailles capteur sigma foveonx3 aps-c / aps-hDimensions des capteurs APS-C et APS-H chez Sigma face à un capteur 24x36.

Attention toutefois, car le "comptage" de pixels chez Sigma a toujours été différent des capteurs dits "traditionnels" avec une matrice de Bayer. Les capteurs Foveon X3 exploitent l'épaisseur du silicium pour distinguer les primaires RVB (rouge, vert et bleu). Les 3 couches de silicium du capteur sont respectivement plus sensibles à différentes longueurs d'onde, du rouge (700 nm) au bleu (400 nm). Pour chaque pixel, le capteur a donc les véritables informations d'intensité pour le triplet RVB. Tout serait simple si chaque couche de silicium avait la même définition. Or la technologie Quattro est différente  : la couche bleue profite de 4 fois plus d'information que les couches inférieures (verte et rouge).

Empilement des couches d'un Foveon X3Empilement des différentes couches sensibles dans un capteur Foveon X3 Quattro et les différentes définitions associées.

Sur le Quattro H, la couche supérieure offre une définition de 6 200 x 4 152 px, soit 25,74 Mpx. Les deux autres couches ne proposent qu'une définition en 3 348 x 2 232 px, soit 7,47 Mpx. Pour simplifier les choses, nous nous contenterons de la définition des fichiers bruts. En RAW X3F, RawDigger annonce une définition de 6 656 x 4 880 px. Un résultat en tout identique au fichier DNG qu'il est possible de créer. La définition spatiale du sd Quattro H est donc de 32,5 Mpx.

Pour simplifier encore les choses, sachez que le Quattro H propose également deux niveaux d'enregistrement JPEG. Le mode High produit des images en 6 192 x 2 648 px, alors que le mode Super High délivre des images en 8 768 x 5 840 px, soit un peu plus de 50 Mpx.

Précision des images : les JPEG

sigma sd quattro H test review exempleLe Sigma sd Quattro H peut également opérer en studio. Image brute sans retouche.

Sigma annonce une définition "équivalente" aux CMOS Bayer de 50 Mpx. Les images sont en effet d'une précision diabolique avec un excellent rendu des plus fins détails. Afin de vérifier les annonces de Sigma, nous avons décidé de comparer le Quattro H à un Canon 5DS R équipé d'une optique 35 mm f/1,4 de Sigma identique à celle qui équipe le boîtier hybride. Les deux clichés sont réalisés à la même ouverture avec une sensibilité de 100 ISO. Vous trouverez ci-dessous les deux images en pleine définition pour une comparaison facilitée sur votre ordinateur.

Canon 5DS R avec 35 mm f/1,4 Art Sigma
Sigma sd Quattro H avec 35 mm f/1,4 Art Sigma

Nous avons également isolé quelques détails de notre scène test pour une comparaison des détails, mais aussi des couleurs. Pour cela, nous avons redimensionné les images en 8 688 x 5 792 px, les dimensions des clichés du 5DS R. Sur ce premier exemple, le micro-contraste est indiscutablement meilleur avec le Sigma sd Quattro H. La texture du livre est bien rendue et l'image semble avoir plus de matière, presque du relief. C'est également dû, en partie, à une accentuation assez appuyée.

canon-5dsr-35mm-detail-1-comparaisonsigma-sd-quattro-h-35mm-detail-1-comparaison

Coloraire de cette débauche de détails, le rendu des aplats colorés est moins esthétique, le sd Quattro H cherchant une à faire remonter une matière qui n'existe finalement pas. En outre, le moindre moutonnement de bruit électronique est également accentué. Les effets de bord sont également bien visibles sur l'image du boîtier Sigma, avec un fin liseré blanc.

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L'un des aspects intéressants du capteur Foveon X3 dépourvu de filtre de Bayer est l'absence de moirage sur les clichés. Là encore, les différences sont assez flagrantes, les images du sd Quattro H ne présentant pas de moirage coloré, contrairement à celles du reflex 24x36 de Canon. Par contre, sur notre mire de précision, les deux boîtiers sont à égalité avec une résolution des détails jusqu'à la mesure 6. Sigma parvient donc à égaler le rendu d'un boîtier 24x36 avec un capteur APS-H d'une définition spatiale d'un peu plus de 25  Mpx. Impressionnant.

sigma-sd-quattro-h-35mm-detail-3-comparaisoncanon-5dsr-35mm-detail-3-comparaison

Précision des images : les RAW

L'un des plus importants changements du Quattro H par rapport à son aîné est la possibilité d'enregistrer des images brutes au format DNG, donc utilisables par une majorité de logiciels de développement. Alléluïa ! Le photographe n'est donc plus contraint d'utiliser le logiciel maison et peut conserver son flux de travail avec les outils auxquels il est habitué. Petit bémol toutefois, il n'est pas possible d'associer un JPEG au fichier RAW DNG enregistré. Ce privilège est encore réservé aux fichiers X3F. Nous attendons avec impatience une mise à jour logicielle du sd Quattro apportant la compatibilité avec le format DNG.

De notre côté, cela facilite grandement la comparaison des images avec les autres boîtiers, puisque nous pouvons utiliser le même moteur de rendu des images, celui d'Adobe Lightroom. Nous profitons de cette opportunité pour comparer une image JPEG issue directement du boîtier avec celle développée avec Lightroom avec les paramètres par défaut.

Le fichier développé par Lightroom présente encore une meilleure précision. Ainsi, sur l'exemple ci-dessous, vous pouvez mieux apprécier la texture du livre. Le rendu des couleurs est par contre identique.

sigma-sd-quattro-h-JPEG-comparaisonsigma-sd-quattro-h-LR-comparaison

Gestion du bruit électronique

Malheureusement, s'il y a bien un domaine dans lequel les capteurs Foveon évoluent à vitesse plus que modérée, c'est bien la gestion des hautes sensibilités. Tout comme son prédécesseur et les membres de la série dp, le Quattro H peine à convaincre au-delà de 400 ISO. Selon certaines conditions lumineuses, une granulation peut déjà être observée à 100 ISO. En JPEG, la limite la plus haute sera 800 ISO. Pour les sensibilités supérieures, le rendu n'est pas vraiment exploitable avec un lissage trop appuyé et une perte significative de la dynamique et une désaturation des couleurs.

Si vous êtes contraint de travailler à plus de 400 ISO, le passage par le fichier brut est incontournable. Sigma Photo Pro permet de moduler le lissage du grain et de conserver un peu de détail. Notez qu'au-delà de 800 ISO, le logiciel impose par défaut un regroupement de pixels pour améliorer le rendu des images au détriment de la définition finale des images. Les clichés sont alors automatiquement redimensionnés en 2 064 x 1 376 px. Vous pouvez toutefois contourner cela dans les réglages du logiciel.

Sigma photPar défaut, Sigma Photo Pro regroupe les pixels d'une image lors de conversion RAW vers JPEG quand la sensibilité ISO dépasse 800 ISO. Vous pouvez désactiver ce réglage dans le panneau de préférences.

Si les images sont nettement plus petites, le résultat est plutôt convaincant avec une image bien plus homogène, plus précise et agréable que le JPEG issu du boîtier mis aux mêmes dimensions, comme vous pouvez le constater avec les images ci-dessous.

sigma-sd-quattro-h-JPEG-1600iso-comparaisonsigma-sd-quattro-h-RAW-1600iso-comparaison

Latitude de travail (dynamique)

Pour vérifier la latitude d'exposition d'un point de vue "artistique", nous avons photographié notre scène test sur une plage de +/-5 IL et corrigé les fichiers bruts DNG avec Adobe Lightroom afin d'obtenir une exposition similaire. Comme avec le sd Quattro, nous sommes un peu déçus par la latitude de travail des fichiers bruts. Dans les hautes lumières, il est possible de recouvrir facilement des détails jusqu'à +1,3 IL. Au-delà, les pertes d'information sont irrémédiables. Mais c'est surtout dans les basses lumières que la différence est flagrante avec les autres boîtiers APS-C. En effet, un bruit numérique peu esthétique est déjà facilement observable à -3 IL. Au final, le boîtier propose une latitude de travail de -3 à +1,3 IL, soit une plage de 5,3 IL — ce qui est un peu juste. Il faudra veiller à exposer correctement ses images à la prise de vue pour limiter les corrections.

test Sigma sd Quattro H review dynamiqueSigma sd Quattro H : correction de l'exposition.
en sous exposition

Exemples d'images
JPEG et RAW (X3F)

Vous trouverez ci-dessous quelques exemples de clichés réalisés avec le SIgma sd Quattro H avec la possibilité de télécharger les fichiers en pleine définition en JPEG et en RAW.

SDIM1796
SDIM1794
SDIM1788
SDIM1791
Sigma sd Quattro H avec 35 mm f/1,4 Art Sigma

Nos conclusions
Verdict sur un boîtier hors norme

Il est toujours délicat de conclure sur un boîtier Sigma et le sd Quattro H n'échappe pas à cette règle. D'un côté, nous avons un boîtier capable de produire des images d'un piqué extrême qui saura ravir les photographes d'architecture, de paysage et, à un moindre niveau, les portraitistes. Le boîtier est superbement réalisé, singulier, facile à prendre en main, et se concentre sur l'essentiel : la prise de vue photographique.

De l'autre, le Sigma sd Quattro H impose toujours autant de contraintes, par sa lenteur de mise sous tension, son autofocus hésitant, le temps d'enregistrement des images définitivement trop long, l'absence de fonctionnalités modernes (écran orientable, tactile, viseur électronique fluide) et, surtout, une gestion trop compliquée des hautes sensibilités ISO.

La sortie d'un capteur APS-H pose également question. Pourquoi choisir un format finalement aussi proche du format APS-C ? Celui-ci rend compliquée l'utilisation d'optiques dessinées pour les capteurs APS-C (il y a un recadrage automatique dans le capteur et l'on perd alors le bénéfice des pixels supplémentaires) et il faut se retourner vers des optiques 24x36. Dès lors, pourquoi ne pas proposer directement un capteur 24x36 ?

Alors pourquoi recommander tout de même le sd Quattro H ? Car pour certaines pratiques photographiques, c'est probablement le meilleur outil. En connaissant parfaitement les avantages et les limites du système Quattro, vous obtiendrez de superbes images. Mais son manque de polyvalence est sans doute le premier paramètre à prendre en compte.

Face à la concurrence

Le Sigma sd Quattro H n'a finalement guère de concurrents. C'est un boîtier de niche, qui vient rivaliser avec certains appareils moyen format. Une question demeure toutefois : pourquoi dépenser 600 € de plus que pour un sd Quattro "tout court" ? Certes, on gagne un peu en définition (5 424 x 3 616 px contre 6 192 x 4 128 px), mais ces quelques pixels semblent bien cher payé.

+
  • Des images d'une excellente précision à 100 ISO
  • Possibilité de produire des fichiers DNG !
  • Superbes rendus noir & blanc
  • Superbe finition du boîtier et résistance aux intempéries
  • Boîtier singulier
  • Ergonomie agréable et appareil facile à utiliser
  • Différents rendus photographiques et différents ratios d'images disponibles
  • Boîtier très simple à transformer pour la photographie infrarouge
  • Compatibilité avec la gamme d'optiques Sigma SA
  • Temps de mise sous tension trop long
  • Autofocus encore trop lent par rapport à la concurrence, notamment en basse lumière
  • Écran LCD non tactile et non inclinable
  • Gestion des hautes sensibilités au-delà de 400 ISO
  • Latitude de travail limitée
  • Rendu des couleurs parfois étonnant. Les images sont par défaut assez froides.
  • Pas de déclenchement silencieux
  • Autonomie limitée et pas de recharge par USB
  • Pas de mode vidéo
En résumé

S'il est souvent difficile d'adapter le sd Quattro H à sa photographie, le boîtier est un modèle à part qui se révèle un formidable outil photographique quand on en maîtrise à la fois tous les inconvénients et tous les avantages.

Sigma sd Quattro H
Renaud Labracherie

Rédacteur en chef de Focus Numérique. Grand évangéliste du RAW. Ses publications 

Les prix
Sigma sd Quattro H
sd Quattro H
Digit-photo.com 1399,00 €
Miss Numérique 1399,00 € Voir l'offre