Capteur- 23,9 x 35,8 mm, 5 212 x 3 468 pixels (18 mégapixels). Filtre infrarouge pour filtrer le spectre non visible sur 700 nm, pas de filtre passe-bas
Monture- Baïonnette Leica M avec capteur supplémentaire pour le codage 6 bits
Optique livrée/
Stabilisation- non
Antipoussière- non
Viseur- Viseur télémétrique
Écran- oui, 230 000 points, 6,4 cm
Mise au point- Télémètre à coïncidence ou par stigmomètre au milieu de la surface du viseur en tant que champ clair.
Modes autofocus/
Mesures d'exposition- Mesure de l’exposition par l’objectif (TTL),centrale pour le diaphragme de travailMesure TTL avec pondération centrale pour l’exposition avec les flashes SCA-3000/2 standards, conformes au système
Modes d'exposition- P, A, M
Vitesse d'obturation- En mode Automatisme avec priorité au diaphragme (A), en continu de 32 s à 1/4000 s. En cas de réglage manuel, de 8 s à 1/4000 s par demi-paliers, B pour les temps de pose prolongés (en combinaison avec fonction T déclenchement à retardement, (1/180 s)
Motorisation- 2 vps
Sensibilité ISO- 320 à 10 000 ISO. 160 ISO disponible en mode pill
Mémoire- Cartes SD jusqu’à 2 Go/cartes SDHC jusqu’à 32 Go
Alimentation- 1 Accumulateur lithium-ion, tension 3,7 V, capacité 1 900 mAh.
Connexion- USB 2
Dimensions- env. 139 x 37 x 80 mm
Poids- 600 g
Logiciels- Adobe Lightroom, Nik Silver Efex Pro, à télécharger
Dans la boîte/

Caractéristiques

Leica M Monochrom face

De l'audace. Voilà sans doute le qualificatif le plus approprié au nouveau Leica M baptisé sobrement Monochrom. Une audace toutefois calculée. Qui pouvait oser lancer sur le marché un appareil photo achromatique et positionné à un peu moins de 7000 euros ? Un concept plus qu'élitiste pour un principe qui ne l'est pourtant pas. En effet, tous les capteurs des appareils photo (Sigma Foveon excepté) n'enregistrent que des valeurs de luminosité et voient donc en valeurs de gris ! Pour la couleur, il faut donc placer devant le capteur un filtre de Bayer coloré qui permet après un dématricage de recomposer les différentes teintes colorées.

Leica a donc tout simplement «omis» de placer un filtre de Bayer dans son Monochrom et en a profité pour «oublier» également le filtre passe-bas. Au final, le Monochrom voit donc en gris et avec un netteté sans équivalent dans la gamme M numérique avec un capteur 24x36 à 18 Mpx.

Sur les autres points techniques, le M Monochrom n'évolue (malheureusement) pas beaucoup et conserve ainsi l'écran 230 000 points (!!), le chargement de la carte mémoire par le dessous de l'appareil (il faut enlever la semelle en laiton pour y accéder).

Au-delà de l'audace, le Leica M Monochrom doit apporter un second souffle à l'univers noir & blanc numérique. La dynamique est-elle suffisante, le grain numérique saura-t-il séduire les amateurs de tirages argentiques. Voici quelques éléments de réponse dans notre test du M Monochrom.

Test terrain jour 1

Le M Monochrom pose question. En effet, tout l'intérêt du numérique est de pouvoir retravailler ses images sur un ordinateur et il est tout à fait possible de réaliser des images en noir & blanc à partir des fichiers enregistrés en couleur par un M9. Alors, pourquoi opter pour un M Monochrom qui lui, au contraire, ne sait pas capturer la couleur ? Moins polyvalent et plus cher, le M Monochrom ne serait-il pas simplement une pointe de snobisme dans un univers déjà élitiste ? Toutefois, la photographie en noir & blanc est déjà un monde à part, une vision différente qui n'existe pas pour l'oeil humain. Il faut penser en valeurs, en tonalités, en contrastes. C'est un domaine réservé qui a peut-être trouvé, avec le M Monochrom, un nouvel outil d'expression.

Leica M6 et M Monochrom dans un face-à-face

Si d'autres vont sans doute comparer les images réalisées par un M9, puis transférées en noir & blanc, avec celles d'un M Monochrom, nous avons choisi d'explorer une autre voie, celle de l'argentique. Pour notre prise en mains du M M, nous avons confié le boîtier à Alexandre Maller qui utilise un M6 depuis la fin des années 90 pour une séance photo artistique et aussi très technique : M6 et Tri-X 400/800 d'un côté et M Monochrom de l'autre. Focus Numérique : Peux-tu nous retracer ton parcours photographique ?

Alexandre Maller : J'ai commencé la photographie à l'âge de 11 ans, avec déjà, la photographie argentique noir & blanc et le développement de films en labo. J'ai débuté la prise de vue avec un Olympus OM-2, puis un Nikon, un Contax reflex et je rêvais déjà de Leica. Quand j'ai pu commencer à travailler à 18 ans, j'ai économisé et je me suis offert mon Leica, un M6 pour environ 18 000 Francs à l'époque. J'aime beaucoup le télémètre et l'appareil est compact, silencieux et j'aime pouvoir garder les deux yeux ouverts pendant les séances pour être en contact avec le modèle.

Leica M Monochrom test reviewPremier face-à-face entre le M6 (JPeg à gauche) et le M Monochrom (JPeg, DNG à droite).

Focus Numérique : Tu réalises essentiellement des photos en noir & blanc et avec des modèles ?

Alexandre Maller : Oui, 90% de mon travail se fait en noir & blanc et comme beaucoup, j'ai débuté en photographiant des paysages et je mène depuis plus de 10 ans un travail personnel avec des modèles. Pour moi avec le noir & blanc, il ne reste que l'essentiel et il ne reste que le sujet et la lumière, tout le reste disparait. J'ai beaucoup plus de mal à travailler en couleur. Focus Numérique : Tes séances se déroulent uniquement en lumière naturelle ?

Alexandre Maller : Oui, j'ai fait un peu de studio et si j'aime bien modeler et construire ma lumière, je m'exprime plus facilement en lumière naturelle. J'aime le côté plus authentique d'une photo réalisée dans un environnement qu'on ne maîtrise pas complètement. Je retouche également très peu les images et les interventions restent assez discrètes. Leica M Monochrom test review exemple Leica M6 (JPeg à gauche) et le M Monochrom (JPeg, DNG à droite).

Focus Numérique : Quels ont été tes premières impressions vis-à-vis du M Monochrom ?

Alexandre Maller : Le boîtier est légèrement plus dense et plus encombrant que mon M6, mais la différence est, au final, négligeable. Il y a un peu plus de plastique que sur mon M6 avec les touches pour l'interface par exemple, mais l'objet est superbe avec une excellente finition. Ensuite, j'ai exploré les menus du boîtier pour découvrir son fonctionnement. Le Monochrom se paramètre assez facilement et les réglages parlent à un photographe. J'ai apprécié par exemple la possibilité de limiter la plage ISO ou la vitesse d'obturation. Ce sont des réglages très photographiques. J'ai baissé un peu l'accentuation des JPeg qui, en standard, sont déjà très «poussés». J'ai paramétré l'appareil en JPeg + DNG pour pouvoir retravailler les fichiers plus facilement sur l'ordinateur. Par contre, je n'ai pas essayé les différents rendus disponibles (tons froids, sépia...).

Focus Numérique : Et la réactivité ?

Alexandre Maller : Le Monochrom est rapide pour la mise sous tension et son fonctionnement est fluide. Je n'ai ressenti aucune gêne lors de la séance. Par contre, et malgré l'utilisation d'une carte SD rapide (SanDisk Extreme Pro16 Go USH-I), l'écriture et la lecture des fichiers restent très (trop) lentes. Le basculeur pour la mise sous tension est peut-être un peu trop souple. Lors de l'allumage, il m'est arrivé d'être en position rafale ou retardateur.

Focus Numérique : Comment s'est déroulé la séance avec le modèle?

Alexandre Maller : J'ai eu plus de difficultés à trouver la bonne exposition avec le M M qu'avec mon M6. C'est peut-être une question d'habitude, mais le film argentique encaisse mieux les variations de lumière. Avec le M M, j'ai eu l'impression de travailler avec de la diapo pour l'exposition. Je travaille souvent à contre-jour et l'exposition est délicate pour conserver de la matière. Par rapport à l'argentique, j'ai déclenché avec un IL de moins pour avoir des détails dans les hautes lumières. Pour la comparaison entre les deux boîtiers, j'ai réalisé des séries d'images le plus semblables possible.

Leica M Monochrom test review avis exempleEntre le M6 (JPeg, à gauche) et le Monochrom (JPeg, DNG, à droite), la différence de netteté est impressionnante. Sera-t-elle au goût de tout le monde ?

Focus Numérique : Heureusement, tu pouvais contrôler tes images sur l'écran du M.

Alexandre Maller : C'est à double tranchant. Déjà, l'écran n'est vraiment pas formidable et il n'est pas possible de vérifier correctement une image avec un afficheur 230 000 points ! Après, j'ai passé pas mal de temps à regarder les images après la prise de vue afin de modifier certains paramètres. Du coup, j'étais moins dans la séance qu'avec le M6. D’habitude, je cale mon exposition et je reste avec mon modèle et je me consacre à la rencontre. Avec le M M, je prends un peu de recul, je modifie les réglages, je reprends la même photo, je peux montrer mes images au modèle. C'est vraiment une approche différente et intéressante. C'est également moins casse-gueule ! Focus Numérique : Ce n'est pas vraiment un plus pour toi donc ?

Alexandre Maller : C'est un changement en tous cas. Je n'aime pas trop regarder mes images juste après une séance, je laisse un peu de temps s'écouler entre la séance et le développement des films pour avoir un peu plus de recul. Un autre problème est le développement des fichiers DNG qui nécessite un peu de travail. Montrer ses images immédiatement sur un ordinateur n'est pas évident, surtout avec M M ou j'ai sous exposé volontairement les images. Focus Numérique : Tu as déclenché un peu plus que d'habitude ?

Alexandre Maller : Oui, je pense qu'au final, j'ai pris plus de photo qu'en argentique. L'autonomie n'est clairement pas le point fort du boîtier. Si je craque pour un M Monochrom, il est indispensable de partir avec plusieurs batteries.

Leica M Monochrom (JPeg, DNG, à gauche) et Leica M6 (JPeg, à droite).

Focus Numérique : Et les images alors ?

Alexandre Maller : Les images sont réellement impressionnantes. Il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de détails par rapport à ce que je connais en argentique. Le piqué est excellent et les images sont fouillées et vraiment belles notamment dans les petits détails comme les cheveux, la peau. D'un autre côté ça ne pardonne rien et les moindres défauts sont visibles. Ça ne va pas plaire à tous les modèles. Je pense que pour de l'architecture c'est idéal. Pour du portait ou du nu ce n'est pas forcément un choix pertinent, mais ce n'est pas un défaut, on peut reprendre les images et réduire la netteté s'il le faut. Par contre par rapport aux images argentiques, c'est un peu froid et lisse. Mais là aussi, ce n'est pas un défaut, on peut toujours reprendre les images en post traitement.

Leica M Monochrom test review avis exemple 5Leica M Monochrom (JPeg, DNG, à gauche) et Leica M6 (JPeg, à droite).

Focus Numérique : Et la mise au point ?

Alexandre Maller : Avec une telle netteté, je pensais avoir beaucoup de déchets au niveau de la mise au point. Mais finalement non, le télémètre fonctionne vraiment bien.

Focus Numérique : Tu apprécies le grain du M Monochrom ?

Alexandre Maller : La gestion du bruit électronique est étonnante et tu peux grimper à 3200 ISO sans trop de problèmes. Après, le grain n'est pas aussi «joli» qu'avec la Tri-X. C'est peut-être là aussi une question d'habitude, mais je préfère encore le grain argentique. Toutefois, il faut bien reconnaître que j'ai pu sortir le M Monochrom dans des conditions lumineuses où le M6 n'aurait rien donné. Sur ce point, le nouveau M est beaucoup plus polyvalent, c'est un grand atout pour le numérique. Focus Numérique : Tu as utilisé quel logiciel ?

Alexandre Maller : Je travaille avec Photoshop CS4 et j'ai utilisé Camera Raw. Les DNG se sont ouverts automatiquement. Les DNG font entre 30 et 40 Mo, mais tout cela se manipule facilement. Je n'ai pas utilisé Silver Efex Pro 2. Je voulais profiter de l'avantage du numérique et utiliser le rendu du M Monochrom et pas forcément retrouver des choses que je connais déjà. Pour la numérisation des négatifs, j'utilise un scanner Epson V700.

Focus Numérique : Au final, tu craques ?

Alexandre Maller : je préfère au final le rendu particulier et la dynamique de l'argentique... J'aime également mieux le feeling des appareils argentiques, qui sont de vrais outils artisanaux que l'on peut garder des décennies ! Je suis également très attaché au labo et à toutes les "contraintes" du procédé argentique : attendre avant de pouvoir découvrir ses images, ça oblige à être juste du premier coup, et c'est un peu Noël à chaque fois que tu sors les négatifs de la cuve...

Mais je me paierais volontiers le M M si j'en avais les moyens, afin de compléter mon matériel actuel : pour sa magnifique qualité d'image bien sûr. Puis pour avoir les images immédiatement : très pratique pour certaines séances ou pour les photos de tous les jours. Et enfin parce que j'aime beaucoup l'idée de cet appareil noir et blanc : ne pas avoir le choix, avoir directement les photos en noir et blanc, on se rapproche un peu du film... J'ai beaucoup de mal à choisir après coup si c'est couleur ou noir et blanc : je suis en mode "couleur" ou "noir et blanc" dans ma tête dès la prise de vue. Et avec un numérique "normal", cette prise de vue couleur m'a toujours un peu perturbé, je me disais au visionnage "ah finalement ça marche aussi en couleur" et après j'avais le doute.

Focus Numérique : Une dernière remarque ?

Alexandre Maller : Oui, le prix. À l'époque, j'ai pu me payer un M6 alors que j'étais étudiant. Aujourd'hui, le M Monochrom est réellement cher et pratiquement inabordable pour moi.

Crédit photo : Alexandre Maller. Alexandre tient à remercier C. pour s'être prêtée au jeu pour cette séance photo un peu "technique".

Gestion du bruit électronique

En photographie noir & blanc, le bruit électronique est un sujet moins sensible et moins gênant, le bruit chromatique étant par définition absent des images. Il ne reste donc plus que le bruit de luminance, qui participe parfois à donner de la matière aux images.

Classiquement, nous avons réalisé une série d'images dans notre studio dans les conditions habituelles de prise de vue : scène sous 200 lux, ouverture à f/5,6. Globalement, les images délivrées par le M Monochrom sont denses, très denses. Le bruit numérique est bien géré avec peu de grain jusqu'à 800 ISO et un moutonnement discret à 1600 ISO. Les images ont encore une belle tenue à 3200 ISO et il faut pousser le boîtier dans les plus hautes valeurs pour voir le grain envahir les images. Sans être de la même texture que le grain argentique, le bruit de luminance du M Monochrom n'est pas désagréable.

Verdict

Leica M Monochrom face

Difficile de conclure sur un appareil aussi hors norme, élitiste, probablement un peu snob et définitivement cher. L'appareil souffre des défauts déjà notés sur le M9 : lenteur à l'écriture, écran 230 000 points indigne... Pour ce nouveau boîtier et à ce tarif (presque 7000 euros), le minimum aurait été de combler ses lacunes.

Pour les fanatiques du noir & blanc et de la visée télémétrique, le Monochrom a tout du rêve : compact, bien fini, précis, silencieux... Il délivre des images d'une qualité rare. Certes, la dynamique n'est pas encore au top et nous aurions aimé que Leica travaille davantage sur ce point, mais le piqué est excellent (plus aucun filtre passe-bas ou de Bayer) et la gestion du bruit impeccable jusqu'à 3200 ISO.

Renaud Labracherie

Rédacteur en chef de Focus Numérique. Grand évangéliste du RAW. Ses publications 

Les prix
Leica M Monochrom
Il n'y a actuellement aucune offre.
Contenus sponsorisés