Caractéristiques

Leica M

Décidément, Leica souhaite simplifier l'image de ses produits en utilisant des dénominations simples. Le Leica M est une véritable révolution pour le système M. Presque tout ce que l'on pouvait reprocher au Leica M9 a été corrigé.

Pour la première fois, la firme intègre un capteur plein format de 24 millions de pixels en technologie CMOS intitulé Leica-Max-CMOS : ce capteur, nommé MAX, a été développé par Leica en partenariat avec CMOSIS (société belge) et ST Micro Electronics (société française). Ce capteur est associé à leur processeur (DSP), le Maestro qui est utilisé dans le système S. L'appareil est capable de monter jusqu'à 6400 ISO en sensibilité maximale (100 ISO au minimum). Il tient une cadence de 3 images par secondes en rafale et procure des fichiers bruts en DNG. En comparaison, le M9 était équipé d'un CCD de 18 millions de pixels, montait à 2500 ISO et tenait une cadence de 2 images par secondes en rafale.

Autre nouveauté très appréciable, le Leica M dispose désormais d'un mode en visée directe à l'écran en plus de la classique visée télémétrique, historique sur ce système. Il est désormais possible de viser à travers les objectifs M !

N'oublions pas que les Leica M fonctionnent en mise au point manuelle. Dans certaines situations, la mise au point peut être facilitée avec un la possibilité de réaliser un zoom artificiel de 10X dans l'image. Une fonction banale et qui existe déjà depuis très longtemps sur les autres appareil, mais qui prend un nouveau sens sur un appareil télémétrique.

Qui dit Live View sous-entend écran arrière. Sur ce point le M9 était particulièrement décevant : 2,5 pouces de diagonale avec une définition de 230 000 points. Le Leica M revoit radicalement le problème avec un nouvel écran 3 pouces de diagonale et une définition de 920 000 points en technologie TFT. L'écran est particulièrement contrasté et dispose d'une luminosité exceptionnelle. Il dispose d'un verre de protection antirayures : Gorillaglass (même technologie que sur les smartphones). C'est le même écran qui équipe le nouveau Leica S. Manque plus qu'une charnière pour rendre l'écran orientable et une interface tactile multipoints.

Qui dit Live View dit aussi vidéo. Le nouveau Leica M propose donc un mode vidéo en Full HD 1080p en 25 ou 24 images par secondes. L'enregistrement des vidéos se fait en Motion-Jpeg dans un format QuickTime Mov. Des adaptateurs de micros mono et stéréo seront disponibles en option avec un réglage des niveaux automatiques ou manuel (actif pendant l'enregistrement). C'est sûre le mode vidéo Leica M ne dispose pas des dernières innovations en la matière, mais tout de même c'est un pas de géant !

Le nouveau Leica M intègre en plus de sa griffe porte accessoire un connecteur numérique qui le rend donc compatible avec un viseur électronique externe. C'est donc le viseur EVF2 (le même que l'Olympus) qui est proposé en option. C'est loin d'être le plus mauvais des viseurs électroniques du moment : 1,4 million de pixels, pivot à 90°.

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| Capteur : | CMOS 24x36 24 mpix |
| Monture : | Leica M |
| Optique livrée : | Non |
| Stabilisation : | Non |
| Antipoussière : | Non (simple détection) |
| Viseur : | Télémétrique + Électronique (option) |
| Visée écran LCD : | Oui |
| Écran : | TFT 3 pouces - 920 000 points |
| Mise au point : | Manuelle + assistance numérique |
| Modes autofocus : | Non |
| Mesures d'exposition : | TTL optique : pondéré centrale - TTL numérique : matricielle, pondérée centrale ou spot |
| Modes d'exposition : | A - M |
| Vitesse d'obturation : | 60 s - 1/4000 s (synchro flash : 1/180 s) |
| Motorisation : | 3 images par seconde |
| Sensibilité ISO : | 200 - 6400 ISO (100 ISO extension) |
| Mémoire : | SD - SDHC - SDXC |
| Format image : | photo : RAW (NDG), JPEG 5952 x 3976
vidéo : 1080 p 25 ou 24 ips |
| Alimentation : | Li-ion |
| Connexion : | |
| Dimensions : | 139 x 42 x 80 |
| Poids : | 680 grammes |
| Logiciels : | Adobe Lightroom |

Prise en main

Il faut reconnaître une grande qualité aux Leica M : ils ne dépaysent pas. Que l'appareil que vous utilisiez date des années 50, des années 90, qu'il soit argentique ou numérique, qu'il ait une cellule ou non, la prise en main est toujours la même. D'abord, il faut glisser la courroie entre son index et son majeur droit. Naturellement, le doigt vient se poser sur le déclencheur, prêt à entrer en action dès que vous aurez trouvé votre "instant décisif". La main gauche, elle, se saisira délicatement de l'objectif, par dessous, le pouce sur la bague de diaphragme, l'index sur l'ergot de mise au point. ****

Ergonomie

Après 59 ans de bons et loyaux services (le premier M, le M3, a été introduit en 1954), le design typiquement bauhaus des M n'a pas pris une ride et incarne toujours l'archétype de l'Appareil photographique, avec un grand A. Si si, regardez bien tout autour de vous : à chaque fois qu'un appareil photographique est stylisé sous forme d'icône ou de logo, ce sont les traits du M qui sont repris.

Le nouveau M de 2013, malgré un léger embonpoint par rapport à son prédécesseur, conserve tous les traits qui font de cette famille une gamme un peu à part dans l'univers photographique. La face avant ne choquera personne habitué au télémétrique : le viseur déporté sur le côté, avec sa grande fenêtre, est bien là. Un peu plus loin, la deuxième fenêtre, plus petite, celle qui sert à créer la fameuse image dédoublée si caractéristique des viseurs télémétriques, est bien là. Pourtant... pourtant, beaucoup de changements sont intervenus.

Commençons par le logo Leica, toujours aussi rouge, toujours aussi gros. La pastille vient purement et simplement remplacer la fenêtre d'éclairage des cadres. Ceux-ci sont remplacés par un dispositif à LED, hérité de la série limitée M9 Titanium, sauf qu'il est cette fois-ci possible de choisir leur couleur : rouge, ou blanc (notre préférence). En dessous de la gravure M (juste M), un petit bouton est réapparu. La dernière fois qu'il était visible sous cette forme, c'était sur certains M2 dits "boutons", produits entre 1959 et 1960. À l'origine, cette commande permet de déverrouiller la pellicule avant de la rembobiner. Sur le M de 2013 il permet d'activer la loupe lorsque le LiveView est utilisé et permet de corriger l'exposition à la volée (en tournant simultanément la molette arrière).

Sur les côtés, les anneaux d'attache de la courroie nylon sont toujours là. Petite subtilité esthétique : l'ergot qui permet d'enclencher la semelle du boîtier est de nouveau rond, mettant fin aux ergots plats introduits avec le premier M numérique (le M8) en 2006. Une demande insistante, semble-t-il, des utilisateurs qui réclamaient un meilleur respect du design des anciens modèles. Soit.

Les utilisateurs plus modernes, eux, noteront la disparition pure et simple de la trappe d'accès à la prise USB. Plus de connectique du tout, comme sur le M-E (presque 2000€ moins cher !), hop, c'est réglé ! Certains hurleront au scandale, d'autres souligneront que cette disparition se fait au bénéfice de l'étanchéité et ceux qui ne se seront pas encore exprimés rappelleront qu'au fond, cette trappe, quasiment personne ne s'en servait sur les M8 et M9.

En effet, sur les M numériques précédents, l'USB ne servait qu'à décharger les photos sur son ordinateur, et à rien d'autre. Même pas à piloter l'appareil à distance (sans autofocus ni LiveView, à quoi bon ?). Pourtant, cette pratique devrait changer avec le nouveau M (Type 240), mais il faudra pour cela se fendre de l'acquisition de la poignée multifonctions. Puisque nous parlons d'USB, notons que le M (Type 240) ne sera pas compatible avec la norme 3.0 de la connectique, limité par son processeur Maestro.

Sur le capot, l'échancrure introduite par le M9 sur l'extrémité gauche, au-dessus du viseur, disparaît. Le plat du M8 refait surface et l'ancien petit écran LCD monochrome, jadis si pratique pour voir en un coup d'œil la charge de la batterie et de la carte mémoire, fait place à un micro. La charge, elle, reste accessible via la touche Info à l'arrière.

La vitesse maximale d'obturation est toujours de 1/4000ème de seconde. L'obturateur se montre plus silencieux que ses prédécesseurs numériques. Si le mécanisme métallique (prévu pour 150 000 déclenchements, mais testé au-delà des 200 000 lors du développement de l'appareil) ne peut pas rivaliser avec les rideaux en tissu des ancêtres argentiques, il faut reconnaître que le M (Type 240) signe un retour vers cette discrétion de déclenchement tellement appréciée pendant plus d'un demi-siècle. Ce gain en discrétion ne console cependant pas de la disparition de la fonction "Armement discret" qui permettait de désolidariser l'obturation et le réarmement. Le commutateur de mise en marche dispose toujours des quatre positions : OFF (pour mettre l'appareil en veille), S (pour le mode vue à vue), C (pour le mode rafale) et une petite montre pour indiquer la position retardateur. Cette ultime position bénéficie enfin d'un crantage très ferme : il faut appuyer franchement sur la molette pour activer le retardateur, empêchant ainsi les mises en route intempestives du retardateur. Les habitués des M8, M9 et autres systèmes D à base de gaffer ou de gomme apprécieront grandement.

La principale innovation provient de la touche M. M comme... comme quoi au fait ? Comme rien n'est indiqué dans le manuel d'utilisation, nous considèrerons donc que cette touche est l'initiale du terme allemand "Mitschnitt", qui signifie "Enregistrement" (alors que tout le monde utilise un bouton rouge universel, des fois nous avons envie de nous demander pourquoi faire simple quand on peut faire Leica...). En toute logique, cette touche permet l'enregistrement des vidéos. Une première pour un M ! À ce niveau de gamme nous n'attendons rien de moins que de la Full HD, ce qui est chose faite, avec le choix entre une cadence de 24 ou 25 images secondes.

Le gros des évolutions intervient à l'arrière. La touche LV, pour le LiveView, fait son apparition, décalant de fait le corpus de commandes. La touche Menu, jadis en bas à droite de l'écran, passe à gauche. À l'inverse, la touche Info passe à droite, au milieu du trèfle multidirectionnel. Celui-ci perd, au passage, la molette de sélection tournante puisque celle-ci vient se greffer directement sur le capot, dans le prolongement de l'ergot créé pour caler son pouce.

Halelujah ! Sept ans que nous en rêvions, sept ans que beaucoup de Leicaïstes étaient obligés de passer par un accessoire tiers (type Thumb Up), Leica l'a enfin fait ! Malheureusement, histoire de chipoter, cet ergot manque d'accroche : il aurait fallu ajouter un petit pad en caoutchouc de deux millimètres de large sur quatre de longs (le genre de "bidule" qui coûte 0,001€) et ça aurait été vraiment parfait.

L'apparition d'une prise qui permettra de connecter un viseur électronique externe (idéal pour l'utilisation avec des optiques de reflex Leica R, voire de marque tierce). Ce viseur sera disponible en option et il ne s'agit ni plus ni moins que de l'EVF2 déjà proposé pour le compact X2 de la marque. Par ricochet, il s'agit donc du même viseur électronique sur les Pen d'Olympus. Pourquoi pas. Les moins choqués par ce grand écart de gamme se consoleront en apprenant que, chez Leica, EVF ne signifie pas "Electronic ViewFinder" mais "Electronic VisioFlex" (nom déposé), en référence à l'accessoire alambiqué qui,de 1935 à 1983, par un savant et improbable bricolage dont seuls les ingénieurs allemands ont le secret, permettait de transformer votre télémétrique en réflex. ****

Menus

Pour continuer dans les évolutions majeures l'antique écran 230 000 points introduit sur le M8 (et maintenu sur toutes les déclinaisons et éditions limitées depuis) laisse enfin place à un organe plus digne du 21e siècle.

Avec 920 000 points répartis sur une diagonale de 3", l'écran du M (Type 240) ne fait plus figure de parent pauvre. S'il se contente de rentrer dans la moyenne actuelle, sans plus, il permet de mieux mettre en valeur la prévisualisation des images. Petit bonus Leica : il n'y a plus le choix entre une version "standard" et une version "verre saphir" puisque ce sera désormais verre GorillaGlass, antirayure et antichoc, pour tout le monde. Hop, cadeau de la maison (et une petite mesquinerie supplémentaire corrigée). Il ne nous a par contre pas été possible de mesurer la qualité de l'écran à la sonde, le système de lecture du boîtier se montrant récalcitrant à notre protocole de test. À l'œil nu la définition paraît bonne avec des couleurs très légèrement froides. Les angles de vue s'améliorent par rapport à l'ancien modèle, mais la perte de contraste est flagrante dès que l'on s'écarte de l'axe de l'écran, avec une sensation récurrente de surexposition. Il sera donc compliqué d'utiliser le LiveView à bout de bras.

Puisque le nouveau M a été intégralement développé en interne, cela comprend également le firmware. Jadis développé par Jenoptik, le nouveau micrologiciel est 100% l'œuvre des ingénieurs Leica. Cette évolution garantit la correction de la majorité des bugs et autorise une meilleure fluidité dans l'opération de l'appareil et dans la navigation des menus. Ceux-ci perdent également leur look austère gris et noir et s'habillent de menus plus ronds, plus fins, en bref, plus dans l'air du temps.

La mesure d'exposition se modernise. Il est désormais possible d'effectuer une mesure directement depuis le capteur et non plus uniquement par réflexion sur les lamelles de l'obturateur. Ceci permet l'arrivée des mesures Spot et Matricielles.

Pour les JPG, les paramètres pour le Noir et Blanc évoluent (la bonne influence du Monochrome ?). Il est désormais possible de choisir entre différents tons et, surtout, de simuler les principaux filtres colorés (jaune, rouge, bleu, vert, orange).

Les cadres s'illuminent en blanc ou rouge. L'assistance de mise au point, par contre, figure dans le menu, mais nous n'avons pas encore trouvé son utilité. D'après nos sources, les éléments physiques et électroniques sont implémentés dans le télémètre, mais ne sont pas activités. Ce sera probablement fait lors d'une prochaine mise à jour, lorsque les ingénieurs pourront garantir un fonctionnement optimal dans 100% des conditions.

Le Nettoyage du capteur n'en est toujours pas un. Cette fonction permet seulement de relever les rideaux sans mettre le capteur sous tension afin de pratiquer un nettoyage manuel, à la spatule et à la bombe à air. Le GPS, quant à lui, n'est disponible qu'une fois le boîtier accouplé avec le grip multifonction optionnel.

La touche Info permet de rappeler les principaux réglages. À ne pas confondre avec la touche Set, qui permet de valider les réglages et d'appeler le menu "rapide" ci-dessous :

Alimentation, stockage

L'éternel système de semelle est maintenu, pour le bonheur des puristes et le malheur de tous ceux en mal de praticité. Malgré tout, ce système à l'ouverture en trois temps (redresser le levier, le tourner à 90°, retirer la semelle d'un côté et de l'autre), à défaut d'être le plus rapide, a le mérite de parfaitement protéger les organes sensibles et participe à la protection tous temps du boîtier. Par essence les ouvertures (et fermetures) intempestives sont peu probables.

Comme à l'accoutumée un message d'erreur vous signalera si la semelle est mal verrouillée. Il faut au passage souligner que le téton mécanique qui servait jusque-là à confirmer le bon positionnement de la plaque disparait et fait place à des contacts électriques. Pour continuer dans les changements, le pas de vis pour fixer la rotule est désormais solidaire du châssis, pour assurer un meilleur maintien et minimiser les risques d'arrachages (en cas de chute du trépied ?). Une partie de la semelle, elle, est remplacée par du caoutchouc et non pas du laiton, afin de faciliter la transmission WiFi des cartes SD(HC ou XC) compatibles.

Enfin, la batterie à l'autonomie désastreuse introduite sur le M8 fait place à un modèle plus musclé, développé conjointement avec Varta. S'il était jusqu'à présent difficile de photographier plus de 187 DNG avec une seule charge sur le M9 avec l'ancienne référence, nous sommes parvenus à prendre plus de 200 clichés en DNG+JPG, plus une dizaine de vidéos de 30 secondes, tout en utilisant abondamment le LiveView, le focus picking, sans oublier de copieusement naviguer dans les menus... et tout cela en consommant seulement 30% de la charge de la batterie ! Un sacré bond qualitatif en avant qui devrait rassurer les baroudeurs et tous ceux qui partiraient en week-end photographique sans leur chargeur.

Visée, autofocus

M. Comme télémétrique. Ou plutôt, dans la langue de Goethe , M comme EntfernungsMesser (allez comprendre). Si les Leica M ont été loin d'être les premiers à intégrer un viseur télémétrique dans les boîtiers, ils sont en tout cas aujourd'hui les seuls à proposer ce type de visée dans un appareil numérique moderne (à l'exception du très anecdotique Epson R-D1xG). En argentique, il n'y a guère plus que Voigtländer (qui appartient au japonais Cosina) pour tenir compagnie à Leica, après les abandons de Zeiss (et son fabuleux Zeiss Ikon), de Konica (et son Hexar RF), tous deux utilisant une monture M (tombée dans le domaine public en 1999).

Depuis son introduction en 1954, la visée des M avait très peu évolué comme en témoignent ces deux illustrations issues respectivement du mode d'emploi du M (de 2013) et du M3 (de 1954) :


La fenêtre principale (n° 6 sur le premier schéma) transmet l'intégralité de la scène dans le viseur. La fenêtre secondaire (n° 4 sur le premier schéma) forme la "pastille" centrale dédoublée dans le viseur (très clairement visible dans la vidéo d'illustration ci-dessous), ce petit rectangle un peu plus opaque dans le viseur superposé par un jeu de miroir. En tournant la bague de mise au point sur l'objectif, ce petit rectangle se déplace : quand l'image dédoublée se superpose, la mise au point est faite. Et voilà, c'est tout. Certes, dit comme ça, c'est un peu moins évident que la visée réflex, mais après une dizaine de photos (ou une centaine, en fonction des habitudes du photographe) on s'y fait. En cas de besoin, c'est réexpliqué dans le mode d'emploi en page 50 :

Le gros avantage (ou le gros défaut) de la visée télémétrique vient du fait que l'image "vue" est généralement plus large que celle finalement photographiée. En effet, dans le viseur du M, vous aurez du hors-champ dès que vous utiliserez une focale supérieure au 28mm. Ce hors-champ permet d'anticiper les éléments extérieurs au cadre et qui pourraient y entrer, constituant là un outil très performant pour la création et la composition.

Afin d'obtenir un cadrage précis, le M (Type 240) propose comme tous ses aînés un jeu de cadres qui viennent simuler la photo que vous allez prendre. Ces cadres s'affichent de manière automatique en fonction de la focale de l'objectif que vous utilisez via un mécanisme intégré à la monture du boîtier. Comme d'habitude depuis le M4-P de 1980 ces cadres s'affichent par paire : 28+90mm, 35+135mm, 50+75mm. Le M marque une rupture technique et un grand bond dans le 21ème siècle puisque ses cadres ne dépendent plus de la lumière du jour (ou de la nuit) pour prendre vie, mais sont directement générés par un système de LED. Illuminés au choix en blanc ou rouge, cela n'a l'air de rien, mais il s'agit d'un gain énorme en terme de confort. Avec un tel système, finis les migraines lorsqu'il faut, lorsque la lumière se fait rare, chercher dans les quatre coins si le cadrage est bon ! Mieux : les personnes souffrant de problèmes de vue se fatigueront moins vite et d'autres apprécieront le rouge très agressif qui ne laisse pas place au doute. Messieurs les ingénieurs, bravo. Maintenant il ne vous reste plus qu'à intégrer un EVF dans votre viseur, pour le rendre aussi hybride et génial que celui d'un Fuji X100 à 900€ et nous serons bons.

Le souci récurrent des viseurs télémétriques (mais c'est commun à tous les systèmes de visée non TTL, i.e. "Through The Lens", i.e. "À travers l'objectif") est le décalage de la parallaxe que cela induit. Ainsi, vous photographiez toujours un peu plus bas et un peu plus à droite que ce que vous observez dans le viseur. Heureusement, depuis fort longtemps, tous les appareils télémétriques intègrent une correction de la parallaxe, qui décale les cadres dans le viseur en fonction de la distance de mise au point. Ce décalage est imperceptible et instantanément corrigé par le cerveau du photographe (qui n'y fait plus attention), mais il est bien réel comme le montre notre vidéo ci-dessous.

Dernier petit point intéressant relatif au télémètre du M (Type 240) : les cadres ne sont plus réglés pour une distance de mise au point de 1 mètre (comme sur le M9), mais de 2 mètres. En quoi cela est-il important ? Quel que soit le système photographique utilisé, l'image est plus ou moins large en fonction de la distance de mise au point du sujet. Les cadres dans le viseur d'un M étant fixes, il arrive régulièrement que l'image saisie soit plus grande que celle cadrée dans le viseur. Avec la correction sur le M (Type 240), ce problème continuera à arriver... mais moins souvent. Non, décidément, les viseurs télémétriques sont d'étranges choses. Malgré le plaisir qu'ils peuvent procurer et leurs indéniables qualités, pas étonnant que leurs utilisateurs soient perçus comme de doux masochistes. Mais qu'importe, cela fait aussi partie du charme (agaçant) de l'appareil.



En plus des cadres à LED, la véritable nouveauté du M est l'apparition du LiveView (enfin), qui s'agrémente d'une fonction de peaking (mise en surbrillance rouge des zones de netteté) pour aider à réaliser la mise au point. Le M9 avait beaucoup de retard technologique à ce niveau, le M rattrape donc d'un coup le fossé technologique avec la concurrence.

L'utilisation du LiveView s'avère fort intuitive. Il suffit d'appuyer sur la touche LV en haut à gauche de l'écran et magie, l'image apparaît en temps réel (mais avec presque 1 seconde de retard à l'allumage). Soucis ergonomiques des premiers jours : depuis le M8, la première touche en haut à gauche de l'écran était celle dédiée à la lecture des photos (touche Play décalée d'un cran vers le bas sur le nouveau modèle). Il ne sera donc pas rare d'activer, par habitude, le LiveView alors que c'était le mode lecture qui était désiré. C'est assez déroutant au début, limite énervante, mais après une vingtaine d'erreurs ça va un peu mieux.

Heureusement pour cette nouvelle fonction LiveView Leica a enfin doté son bébé d'un écran digne de ce nom. C'est bien. C'est même très bien. Mais dès que le regard se décale de l'axe, un peu trop haut, un peu trop bas, la visée devient impossible tellement l'écran s'éclaircit. Ce n'est pas très bien. Voire vraiment pas pratique. Toujours en mode LiveView, il est possible d'activer une loupe en appuyant sur le bouton (n° 3 sur le schéma tout en haut de cette page) en façade du boîtier. Avec la molette au niveau du pouce un grossissement de 1x, 5x ou 10x est possible. L'intention est louable, mais la réalisation laisse un sentiment d'inachevé. Ainsi, pour atteindre la commande la loupe sans quitter l'écran des yeux, il faudra être très musclé et souple du majeur, d'autant plus que cette touche a une course très faible et est difficile à actionner. De plus, la zone de la loupe ne peut pas être déplacé et reste désespérément au centre... Autre regret : la fonction de peaking ne montre sa réelle utilisé qu'à partir du grossissement 5x. Et encore, il faut pousser jusqu'à 10x pour que la surbrillance (rouge, et uniquement rouge) soit parfaitement visible. Les ingénieurs voulaient certainement que ce peaking ne soit pas trop agressif, mais pour le coup ils auraient pu avoir la main un peu plus lourde, cela aurait été au bénéfice de l'intuitivité et de l'efficacité. Pour le coup, les NEX de Sony ont encore une longueur d'avance et Leica devrait s'inspirer de cette possibilité de régler l'intensité de la surbrillance.



Nous avons également pu tester l'autre petite nouveauté du M : la possibilité de lui greffer un viseur électronique. Il s'agit du même EVF2 que celui compatible avec le Leica X2. S'il est heureusement vendu au même prix, nous ne pouvons pas nous empêcher d'avoir un pincement au cœur (voire un frisson de terreur) en pensant qu'il ne s'agit "que" du viseur électronique Olympus, celui-la même que vous pouvez accorder à votre PEN pour la moitié du prix du Leica. Il va donc sans dire que, pour économiser près de 200€, il vaudra mieux se tourner vers le modèle Olympus, qui se paye même le luxe d'être plus discret puisque la grosse inscription blanche "Leica" n'est pas dessus, conservant une robe toute noire.

A l'œil, ce viseur ouvre de nouvelles perspectives aux utilisateurs de Leica M mais n'étonnera guère les habitués des appareils hybrides. Oui, il permet une visée plus confortable qu'à travers l'écran ; oui, il autorise une prise en main plus "classique" que celle à bout de bras ; oui, il peut se basculer à 90°. Mais malgré tous les efforts, l'image a tendance à saccader lors de mouvements trop brusques alors que cela n'arrive pas avec un PEN. Il faut croire qu'il reste encore un peu de travail au niveau du firmware à effectuer pour que l'usage de l'EVF 2 devienne parfaitement fluide. Ultime regret, et non des moindres : dans l'absolu, cet EVF2 est moins confortable et propose une qualité perçue plus faible que l'EVF3 accompagnant (en option) le compact Leica D-Lux 6 (la version allemande du Panasonic Lumix LX7), pourtant vendu 699€, soit infiniment moins que le M (Type 240). Vous avez dit paradoxe ? Vous avez aussi le droit manifester votre incompréhension, ce serait légitime.

Gestion du bruit électronique

Avec le M, Leica inaugure un tout nouveau capteur plein format (24x36 mm) de 24 millions de pixels, développé en partenariat avec CMOSIS. Associé à ce nouveau capteur, c'est le processeur Maestro, le même qui est utilisé dans le système S, qui a été choisi.

Pour la traditionnelle montée ISO, nous avons équipé le M d'un 35 mm f/1,4. Comme d'habitude, vous pouvez visualiser les images en pleine définition et télécharger les fichiers bruts (DNG).

Leica M

Première constatation, le M sous-expose de manière assez impressionnante les images. Toutes nos montées ISO sont réalisées dans les mêmes conditions au labo à savoir depuis un trio 100 ISO, f/5,6, 1/4 de seconde. Notre scène test est toujours éclairée sous 200 lux avec nos tubes équilibrés lumière du jour.

Au premier coup d'oeil on observe que les images sont nettement sous-exposées et elles ne disposent pas de beaucoup de détails dans les ombres. C'est le même type de rendu que nous avions observé récemment sur le M monochrome. Cette sous-exposition est flagrante sur les images JPG que délivre le boîtier, le problème est beaucoup moins dramatique depuis un fichier RAW en DNG.

Pour ce qui est du bruit, le M procure des résultats très satisfaisants. Les images présentent peu de bruit jusqu'à 1600 ISO et sont parfaitement exploitables. À 1600 ISO, le bruit commence à monter, mais reste assez agréable à l’œil : les détails et les textures sont bien conservés. Le bruit que procure le M peut réellement se comparer à une sorte de grain. Il est très peu coloré et dispose d'une structure assez homogène. Dès 3200 ISO, le bruit monte d'un cran, il est beaucoup plus visible et présent, mais reste encore tout de même homogène et neutre. Par contre à 6400 ISO l'appareil est en extension de sensibilité ISO. Autrement dit, ce n'est plus des amplificateurs de signaux électriques analogiques qui opèrent, mais bien un amplificateur numérique. Le résultat est assez décevant avec un bruit coloré important et non homogène. Ceci dit, les détails sont encore préservés.

Nous avons comparé les résultats de ce nouveau capteur avec ceux obtenus sur le Sony RX1, appareil compact plein format (24x36 mm) de 24 millions de pixels à focale fixe.

Pour commencer, les images sont nettement mieux exposées. Comme sur le M, le bruit commence à devenir réellement visible à partir de 3200 ISO. À 6400 ISO le bruit du RX1 est moins visible, mais les l'appareil lisse beaucoup plus les fins détails.

Nous avons également comparé les résultats de ce nouveau capteur avec ceux obtenus sur le M monochrome.

Les résultats sont similaires, la structure du bruit est très ressemblante : la touche Leica, il semblerait !

Exposition, RAW

Pour évaluer le potentiel des fichiers bruts du Leica M, nous analyserons les résultats obtenus par DxOMark. Les résultats observés sur les fichiers JPeg sont-il proches des données enregistrées dans les .DNG ? Nous en profiterons pour comparer les résultats du M avec un autre boîtier 24x36 compact : le Sony RX1.

Sensibilité ISO

La sensibilité ISO est légèrement sous-estimée et rattrapée au moment de la création JPeg. vous noterez également que les sensibilités ISO mesurées pour 100 et 200 ISO annoncées sont identiques. Les ingénieurs réalisent donc une extrapolation logicielle du signal pour 100 ISO. Le M joue d'ailleurs franc jeu et indique bien dans les réglages de la sensibilité ISO, que la valeur 100 ISO est Pull Down (tiré vers le bas).

Leica M

Sur la gestion du bruit électronique, le nouveau Leica M tient parfaitement la route et fait surtout beaucoup mieux que le précédent modèle (M9). En comparant le modèle à objectifs interchangeables au Sony, on note que les deux capteurs jouent les coudes à coudes. Le Sony est légèrement meilleur et offre une plage plus étendue (jusqu'à 25 600 ISO), mais le modèle Leica n'a pas grand chose à envier. Sur ce point, les mesures DxO viennent corroborer nos impressions sur nos images JPeg.

Concernant la dynamique, le capteur 24 Mpx de Sony domine son concurrent. A la plus basse sensibilité ISO, le RX1 affiche plus de 14 IL de dynamique ce qui reste impressionnant. Le Leica M à 100 ISO délivre une dynamique de plus de 13 IL ce qui est déjà remarquable et très bon. Au fur et à mesure de la montée en sensibilité, le Sony RX1 creuse l'écart pour atteindre un peu moins d'1,5 IL.

Cette différence s'explique en partie par l'excellente gestion du bruit de lecture du capteur Sony. En bas ISO, le bruit électronique est vraiment très bas, alors qu'il sera un peu plus visible sur le Leica M. Il sera sans doute un peu plus délicat de recouvrer des détails dans les ombres en jouant sur le développement d'un fichier brut.

Lire également :

***Test du Leica M sur DxOMark (anglais)***

Mode vidéo

Révolution ! Qui aurait imaginer un jour filmer en numérique avec Leica il y a encore quelques mois ? Aujourd'hui, le M réalise sans doute le fantasme de quelques vidéastes avec la possibilité d'enregistrer en HDTV 1080 à 30,25 ou 24 vues par seconde.

Prise en mains

Le Leica M dispose d'une touche «M» pour l'enregistrement vidéo. Notez qu'un repère visuel est visible dans le viseur pour indiquer l'enregistrement (2 points qui s'allument en alternance). Il est tout à fait possible de lancer la captation sans visée sur écran en cadrant uniquement avec le viseur optique. L'écran LCD affiche les images dans un ratio 3/2 et ne permet pas de cadrer correctement les images pour un tournage en 16/9. Il faudra donc lancer l'enregistrement puis ajuster le cadrage. Il est possible de jouer pendant l'enregistrement sur l'ouverture et l'obturation (minimum 24 vps), mais il n'est pas possible de régler manuellement la sensibilité ISO pendant le filmage. Toutefois, les réglages s'entendent pendant la captation.

Côté rendu, il est possible de filmer avec les différents profils d'image du boîtier. Vous pouvez donc tourner avec un minimum de contraste, saturation et d'accentuation pour faciliter le traitement en post production. Vous pouvez également filmer en noir & blanc ou différents rendus colorimétriques. Les réglages de la captation sonore ne sont pas disponibles pendant le filmage. Là aussi, il faudra réaliser les ajustements avant d'enregistrer. Pour la mise au point, vous pourrez donc utiliser la visée télémétrique ou vous fier à l'écran LCD arrière. Malheureusement, le peaking ne fonctionne pas en mode vidéo. La mise au point, avec des objectifs lumineux, ne sera pas donc aisée sur l'écran.

Leica M test vidéo profil standardLeica M mode video test profil neutreDeux profils en vidéo : en haut, le rendu standard et en dessous, un profil personnalisé avec les paramètres saturation, constrate et netteté au plus bas niveau. Notez les détails dans le ventilateur dans le mode personnalisé.

Vidéo

Le Leica M enregistre les vidéos dans des fichiers .MOV avec une compression M-JPeg avec un sous échantillonnage de la chrominance en 4:2:2 (espace colorimétrique sRVB) ce qui est assez rare pour être noté. Toutes les images sont compressées indépendamment en JPeg qui implique une profondeur des couleurs sur 8 bits. Cette compression n'est pas la plus performante (15 secondes de vidéo représentent pas moins de 65 Mo sur une carte mémoire) et le débit d'information est de 28 Mbits/s.

Leica M mode vidéo extrait 100%

Canon EOS 6D test vidéo précision

Canon C300

Sur notre mire de précision, le Leica M s'en sort plutôt bien avec un bon rendu des détails, mais également pas mal de moiré (ou moirage) dans les fins détails (comme vous pourrez le voir dans le petit «film» réalisé avec le Leica M), mais globalement, les images sont plus agréables que celles produites par des reflex plein format comme le Canon EOS 6D par exemple. Toutefois, les caméras conventionnelles offrent un niveau de précision supérieur.

Le problème le plus remarquable est sans doute l'effet de rolling shutter propre aux capteurs Cmos. Sur des mouvements rapides, l'image se déforme facilement comme vous pouvez le constater sur cet exemple.

Son

En configuration classique, le M ne dispose ni d'entrée micro, ni de sortie casque. Vous ne pourrez donc compter que sur le micro interne du boîtier. Vous pouvez régler le niveau d'enregistrement et le filtre anti vent dans les menus.

Exemple

Leica M test vidéo from Focus Numerique on Vimeo.

Vous pouvez également télécharger une vidéo non recompressée (extérieur, 170 Mo).

Exemples de photos

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Leica M exemple 1
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Leica M exemple 9
Leica M exemple 10

Verdict

S'appeler Leica M, c'est un peu comme s'appeler Porsche 911. Que l'on soit le meilleur ou non, que l'on soit franchement différent ou non, la comparaison est forcément inévitable avec le reste de la production. Aussi vrai qu'une voiture de sport est systématiquement comparée au modèle mythique de la marque de Stuttgart, quelle que soit sa puissance, quel que soit son prix, s'appeler Leica implique une histoire photographique forte, s'appeler M induit de grandes responsabilités. Dont la première : se montrer le digne héritier d'une longue lignée.

En 2013, la "petite" firme de Sölms (perdue dans la forêt à 80 kilomètres au nord de Francfort) a de grandes ambitions. Son nouveau Leica M (Type 240) est le fruit d'un développement interne sans compromis. L'expérience accumulée depuis une décennie permet d'effacer le faux départ de la marque avec la photographie numérique. Aujourd'hui, Leica est donc l'une des rares entreprises qui conçoit simultanément son propre capteur (moitié allemande, moitié belge, moitié française), son propre processeur (en partenariat avec Fujitsu), ses propres objectifs, en mariant le tout avec ses propres algorithmes de traitement d'image, à la signature si particulière. Une prouesse qu'il ne faut pas hésiter à rappeler, en soulignant que tout ce travail est le fruit d'une trentaine d'ingénieurs seulement. Face à la concurrence directe essentiellement (exclusivement) constituée de géants de l'industrie nippone, cela force le respect.

Du coup, que vaut-il, ce nouveau M ? Pour répondre au plus juste, il faut le faire en fonction de deux types de clientèle : ceux qui n'ont pas, n'ont jamais eu, n'auront jamais, ne voudrons jamais avoir de Leica. Et les autres, qui ont souvent un, deux, quatre, six... voire tous les boîtiers de la marque, sans parler des objectifs.
Leica M

Le Leica M est le premier, et actuellement le seul, appareil "compact" à objectif interchangeable doté à la fois d'un capteur plein format CMOS 24x36mm et d'un vrai viseur optique, d'autant plus singulier qu'il est à triangulation télémétrique. Il est inévitablement confronté au Sony RX1 (dont nous espérons une déclinaison à objectifs interchangeables venant s'inscrire dans la famille des NEX), au Fuji X-Pro 1 et autres hybrides. Nos tests ont montré que le nouveau fleuron de Leica tenait aisément la comparaison, tant en terme de qualité du traitement d'image, de montée en sensibilité (bien qu'il soit bridé à 6400 ISO), de performance vidéo (une première pour Leica, coup d'essai se révélant vraiment satisfaisant) et de rendu général. Il peut de plus se targuer d'une gamme optique riche, d'une rétrocompatibilité sans faille (les optiques des années 50 passent sans problème), offrant une qualité d'image et un rendu à la fois unique, distinctif et encore au-dessus du lot. En centralisant le développement de son nouveau boîtier, la firme rend une copie homogène, tout à fait dans l'air du temps, qui ne craint pas les comparaisons directes.

Un beau progrès pour le remplaçant du M9, ce dernier ayant toujours donné un désagréable sentiment de retard technologique, même lors de son lancement. Le M (Type 240) souffre par contre d'une tarification que beaucoup trouveront délirante, ce qui le pénalise dès qu'il s'agit de prendre en compte le rapport qualité/prix. Vendu à 6200€ boîtier nu, il se positionne directement en face des vaisseaux amiraux de Canon et Nikon, 1Dx et D4. Là, la comparaison est cruelle : pas de rafale survitaminée, pas de réelle protection tout temps (malgré les progrès évidents), pas d'obturateur garanti pour plusieurs centaines de milliers de déclenchements (malgré, là encore, des progrès évidents). Le M (Type 240) ne rivalise définitivement pas avec cette concurrence taillée pour l'usure. En même temps... ce n'est pas réellement son but. Les photographes professionnels qui s'intéresseront au M le feront surtout pour les avantages intrinsèques proposés par la visée télémétrique, la discrétion stylistique du boîtier (au look hors du temps profondément sympathique), la compacité et le rendu d'image inimitable. Ils s'y intéresseront aussi par goût du photographier autrement. En somme, le M (Type 240) est dans l'air du temps, n'a plus à rougir technologiquement et s'appréciera (ou se détestera) pour son approche atypique et exotique de la photographie. Quant à ceux qui lui reprocheraient de faire l'impasse sur l'autofocus, ils pourront se consoler sur la qualité de finition irréprochable, un boîtier littéralement taillé dans le laiton, ce qui lui procure une densité déroutante.

Les utilisateurs actuels de boîtiers Leica télémétriques qui auraient déjà basculé dans le numérique envisagent le nouveau venu d'une autre manière. Pour beaucoup, les restrictions de la visée télémétrique ne sont plus un problème, de même que la célérité échevelée n'est plus une quête. La question est donc : faut-il abandonner son M8/M9 et se laisser tenter (les utilisateurs du M Monochrom n'étant, par nature, que peu concernés tant leur boîtier est singulier) ? Le doute récurrent est celui du passage d'un capteur CCD (d'origine Kodak, mais déjà exclusivement développé pour Leica) à un capteur CMOS (conçu en interne). Il a été expliqué, développé, argumenté, en long, en large, de travers et, finalement, à tort, que la technologie CCD offrait une brillance des couleurs, une pureté, un punch, une clarté (insérez le substantif mélioratif que vous préférez) hors de portée de la technologie CMOS. Après de longues discussions avec les ingénieurs, après les tests terrain, après comparaison, nous pouvons vous le dire : cette idée reçue était fausse. Le nouveau Leica M propose des images au moins aussi belles que le M9, et systématiquement meilleures que son aîné dès qu'il faut grimper dans les tours (i.e. dépasser la limitation des 1000 ISO). Pourquoi ? Parce que le savoir-faire de Leica est aussi dans le traitement d'image, dans le traitement du bruit (ce que notre montée en ISO a démontré) et il faut aller au-delà des simples comparaisons de fiche technique. Pour s'en convaincre, il suffit de comparer le rendu d'un Leica X2 avec celui d'un Sony Nex-5N, qui utilisent tous deux le même capteur CMOS...

Ceci étant dit, les inquiets étant rassurés, le M offre bien plus que le maintien du rendu des couleurs. L'autonomie est enfin digne de ce début de 21ème siècle tout comme la protection tout temps (le département S a apporté les fruits de son expérience). L'écran n'est plus une lucarne indigne de bouillie de pixels. La stabilité du firmware, dont découle la fiabilité du boîtier, bénéficie d'un développement 100% en interne. Ceci implique, enfin !, une maîtrise totale de la part de la marque et, nous l'espérons, évitera des accrocs dans le style du psychodrame des cartes SD qui, en 2011, avait paralysé quasiment tous les M9 de la planète pendant de trop longs mois. Plus robuste, plus rapide, plus performant et finalement pas si cher que ça ("seulement" 205€ plus cher que le M9-P, le M fournit des prestations trois fois supérieures), le M (Type 240) progresse sur absolument tous les points, et devance régulièrement les espérances des plus optimistes des Leicaïstes. Il est, tout simplement, le meilleur appareil photographique numérique jamais produit par la marque.

Faut-il donc se ruer sur le Leica M ? Pour ceux n'ayant jamais testé le système, le nouveau venu offre des arguments convaincants sur le plan technologique et constitue une alternative tout à fait envisageable si la priorité n'est pas d'obtenir les meilleurs scores sur les tests en laboratoire. C'est déjà un bon en avant par rapport au M9, plus difficile à recommander de manière objective si vous n'étiez pas déjà mordu. Si vous êtes, par contre, un habitué, le petit dernier s'offre à vous, c'est une valeur sûre. Dans tous les cas, il faut conserver à l'esprit que le pire ennemi du M (Type 240) n'est pas la concurrence, mais... Leica lui-même. Avec une capacité de production insuffisante de manière chronique, avec une demande en hausse croissante, avec une logique de distribution souvent déroutante, il faut s'armer de patience et ne pas être fâché avec les listes d'attente avant de pouvoir mettre la main sur un boîtier livré au compte-goutte. Une lenteur qui ne pourra que laisser le champ libre aux futurs compacts pleins formats des concurrents même si, en réalité, ils ne jouent pas vraiment sur le même terrain.

+
  • Qualité de construction
  • Qualité et richesse de l'offre optique
  • Visée télémétrique claire et précise
  • Piqué irréprochable même dans les hautes sensibilités
  • Obturateur silencieux et robuste
  • Complètement exploitable jusqu'à 6400 ISO
  • Les hautes sensibilités génèrent du grain, pas du bruit
  • Livré avec Lightroom
  • Format DNG
  • Batterie enfin digne de ce nom
  • Protection tous temps
  • Vidéo Full HD convaincante
  • Pas de mise au point automatique
  • Viseur optique avare en informations
  • Semelle de protection à l'ergonomie d'un autre âge
  • Repose pouce pas assez adhérent
  • Encore quelques lenteurs à l'enregistrement
  • Viseur EVF saccédé
  • Micro intégré un peu faible
  • Tarification affolante des accessoires
  • WiFi via une carte SD compatible
  • GPS via la poignée multifonction
  • Connectiques complémentaires uniquement sur la poignée multifonction
  • Balance des blancs encore perfectible
Arthur Azoulay

Spécialiste des optiques et rédacteur en chef adjoint de Focus Numérique. La photo est pour lui une obsession. Ses publications 

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