Noël commence à apparaître au coin des rues. Il est temps ! Pour cette sélection, nous avons décidé de respecter très simplement la définition du beau livre : un beau livre est un livre qui est beau par sa fabrication ou par les émotions qu'il provoque. Ce n'est donc plus une question de prix, de dimensions ou même de poids. Notre sélection va de 13 € à 95 €, des couleurs les plus électriques de LaChapelle aux noir et blanc de Kertész, de la Petite ceinture aux plages des Bahamas… C'est parti !

Ice is Black de Laurent Baheux

© Laurent BaheuxPhoque barbu, Svalbard 2014.

Ce n'est pas une terre pour l'homme, assurément. C'est une terre blanche, froide, faite de montagnes, de glace et exposée aux vents glaciaux. Pourtant, la vie y existe et même s'y reproduit avec joie et tendresse. Laurent Baheux (que nous avions interrogé ici en 2015) a délaissé les savanes et pistes africaines pour prendre la route du Grand Nord. Cette fois, il a posé son regard contemplatif au Svalbard (Norvège), sur l'île de Baffin, dans la baie d'Hudson (Canada), et enfin en Islande. Préoccupé par les ravages du réchauffement climatique, le photographe a voulu rendre hommage aux animaux polaires qui semblent en sursis, pris au piège de leur environnement qui se dégrade. Nous le savons, la fonte de la banquise ouvre de nouvelles voies d'exploitation des sous-sols très prisés des nations environnantes. Ce qui est encore un désert de glace pourrait être envahi par des installations industrielles. La glace laisse la place au pergélisol (sorte de terre gelée située sous la glace) qui, noircissant ce paysage, donne ainsi le titre à l'ouvrage. Une course contre la montre a commencé… Bien loin de cette menace, les images aux noirs et blanc intenses montrent des rennes, des phoques, des ours et des renards polaires tout à leur jeu, à leur course ou à leur repos. C'est très doux. Il semble même que le seul “effeuillement” du livre les dérange. Ah, si un livre pouvait déclencher une prise de conscience…

Laurent Baheux


Ice is Black
de Laurent Baheux

Texte d'introduction de Marie Lescroart
Éditions teNeues
60 € environ
Relié cartonné
192 p.
Plus de 100 photographies N&B
27,5 x 2,5 x 34 cm
ISBN : 978 3961710585
Trilingue : anglais, allemand, français

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teNeues ice is black
ice
Amazon Marketplace 47,41 €
Fnac.com 59,90 € Voir l'offre

Giacobetti

© Francis GiacobettiSophie Duez, Bali, November 1982.

L'ouvrage en impose par sa couverture rouge et les deux courbes noires qui la traversent. On est tout de suite au parfum. Les moins de 20 ans, ou même les moins de 30 ans, voire les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître Francis Giacobetti. Il a été le photographe, parfois unique, du magazine Lui (rien à voir avec l'édition d'aujourd'hui) lancé à la grande époque par Daniel Filipacchi himself alors que le président Kennedy se faisait assassiner. “Le magazine de l'homme moderne”, comme écrit dans sa baseline, est surtout le premier magazine de charme sorti en France, inspiré par le Playboy américain. Rien de ce genre ne se faisait alors en France. Pour la première fois, des stars comme Brigitte Bardot, Mireille Darc et Jane Birkin posaient nues dans les pages d'un magazine. La monographie que les Éditions Assouline consacrent au photographe permet de revoir les photos parues en ce temps-là, avec un érotisme marqué par l'époque. Les clairs-obscurs ou les contre-jours subtils jouant avec des lumières dorées qui rendent presque abstraits courbes ou poils pubiens sont la signature des années 1970. Les années 1980 se reconnaissent par une lumière plus frontale et plus graphique, avec des couleurs plus franches. Parmi les 200 images rassemblées ici, le lecteur notera que Francis Giacobetti est aussi l'auteur d'une photo en noir et blanc de Barbara et de Gérard Depardieu faite en 1986 pour la promotion de leur double album Lily Passion, mais aussi d''une campagne de publicité extrêmement graphique pour Shisheido… Enfin, il est celui qui a signé cette photo iconique de Sylvia Kristel dans son peacock chair ayant servi d'affiche au film Emmanuelle 2 – dont il est le metteur en scène. Cette photo a d'ailleurs été vendue chez Artcurial le 17 octobre dernier au prix de 36 400 €.

Twins, New York Studio, February 1978/© Francis Giacobetti


Giacobetti
Textes de Jérôme Neutres

Éditions Assouline
95 €
25,4 x 33 cm
305 p.
200 illustrations
Relié sous jaquette
ISBN : 978161428615

 
 
 
 
 
 
 

ColèresS planquées de Dorothy-Shoes

© Dorothy-Shoes“Les amoureux peuvent être très prétentieux. J'ai gravi au moins deux grues pour y baiser, mais ce n'était ni hier ni même le mois dernier. Je garde ces souvenirs sur le cœur pour en lécher la fièvre et la sueur, l'élan et la hauteur. Et même si les marches sont devenues mes monstres, tout à l'heure dans l'escalator, à gauche, je doublais encore.”

C'est une amie que l'on n'a jamais rencontrée, simplement écoutée une seule fois au téléphone pour les besoins de cet entretien où il était déjà question de ColèresS Planquées. À la fin de l'interview, en ce mois de février 2016, elle croisait les doigts et demandait à rester floue sur ce beau projet d'édition… par superstition. Voilà, la chose est faite et le livre est là.

Publié par les Éditions Actes Sud, il rassemble 50 images de la photographe Dorothy-Shoes qui étoffe son projet commencé en 2012. Cette année-là, à la veille de son 33e anniversaire, Dorothy apprend qu'elle est atteinte de sclérose en plaque. Elle prend alors deux décisions qui régissent encore aujourd'hui sa vie : ne pas prendre de médicaments et faire de cette maladie auto-immune le sujet de son prochain projet photographique. Pour la jeune femme qui avait déjà publié aux Éditions du Rouergue (même maison qu'Actes Sud) Django du voyage en 2011, “il fallait transformer cette donnée des plus inquiétante en matériau de création”.

Plus que la maladie, c'est le rapport de la photographe avec celle-ci qui est le sujet de ce livre. Dorothy a demandé à des femmes qu'elle connaît de poser pour montrer ce que cette maladie provoque comme dégénérescence. C'est ce qu'elle appelle des "autoportraits distanciés”. Des fourmillements dans les membres qui mènent à la paralysie, une baisse de la vue qui présage la cécité, une surdité latente. Les images sont dures et belles à la fois. Et le bruit assourdissant de ce paradoxe se vérifie à chaque page.

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Toutes les quatre ou cinq images, Dorothy-Shoes glisse une feuille bleue sur laquelle elle interpelle la maladie à la première personne. Chaque image devient alors un prétexte pour interroger cette maladie dont on ne connaît pas la cause. Chaque image est le fruit d'un combat sans bruit ni fureur, mais avec douleurs. Les douleurs d'une femme…

ColèresS Planquées
de Dorothy-Shoes

Éditions Actes Sud
34 €
17 x 24 cm
120 p.
50 photographies en quadrichromie
Ouvrage relié
ISBN : 978-2-330-07060-1

Voir aussi

Le site Internet de Dorothy Shoes
 

Actes Sud ColèresS Planquées
coleres
Amazon 34,00 €

Les Graines du monde. L'institut Vavilov de Mario Del Curto

© Mario Del CurtoInstitut Vavilov Saint-Pétersbourg. Lyudmila O. Smirnova, doctorante stagiaire, chercheuse au Département des ressources génétiques de l’avoine, de l’orge et du seigle. Identification des graines en provenance des stations.

Pamir (Tadjikistan), Almaty (Kazakhstan), Pouchkine (Russie) sont des noms inconnus (ou presque) et qui font rêver. Mario Del Curto s'y est rendu pour un projet qui l'a tenu en haleine pendant quatre ans. Au départ, il entend parler de cet immense bunker coincé dans la glace de l'archipel norvégien du Svalbard qui abrite la Réserve mondiale de semences du Svalbard. Financée par la fondation Rockfeller et divers organismes privés, cet entrepôt protège, depuis 2008, des aléas climatiques et des catastrophes naturelles les graines de toutes les cultures vivrières de l'humanité. C'est l'avenir de nos ressources qui est en jeu ! Del Curto est intrigué par le financement privé de ce grenier vital pour tous. De recherche en recherche, le photographe vaudois apprend l'existence de l'Institut Vavilov à Saint-Pétersbourg (Russie), qui lui aussi collectionne Les Graines du monde... mais depuis plus d'un siècle !

Les 322 pages que publie les Éditions Actes Sud mettent en lumière le travail et l'épopée de Nikolaï Vavilov. Botaniste et explorateur, il a anticipé la disparition de la biodiversité végétale et a fondé cet institut pour conserver notre mémoire semencière, un établissement qui porte aujourd'hui son nom. De 1916 à 1940, le Russe part en Iran, au Canada, en Allemagne, au Mexique, en Chine, en Algérie, etc., parcourt les cinq continents plusieurs fois pour recueillir toutes les variétés de riz, de blé, d'orge... Mario Del Curto est parti sur ses traces, à l'institut lui-même bien sûr, mais aussi dans ses 12 stations que compte la Fédération de Russie. Les images qu'il rapporte étonnent, car elles montrent un institut qui n'a plus les moyens de ses missions.

Les décors sont figés au temps de l'Union soviétique, les chercheurs qui y travaillent œuvrent dans des granges ou bien avec du matériel qui semble dépassé. Pourtant, chacun des 1 098 collaborateurs continuent dans l'esprit du fondateur. Des jeunes chercheurs, malgré le manque patent de moyens, souhaitent contribuer à ce sauvetage. La parution de ce livre coïncide avec le centième anniversaire de la première expédition de Vavilov au Pamir. Qu'il puisse nous sensibiliser sur ce travail qui nous concerne tous !

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Les Graines du monde. L'institut Vavilov de Mario Del Curto
de Mario Del Curto

Éditions Actes Sud
45 €
30,9 x 3,3 x 22 cm
322 p.
200 illustrations en quadrichromie
Relié
Disponible en langue anglaise
ISBN : 978-2330079048

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Le Grand détour de Charles Delcourt et Dominique Fabre

© Charles Delcourt

Parisiens, Parisiennes, Provinciaux et Provinciales, ce livre est fait pour vous ! À sa lecture (textes et images), vous ne regarderez plus Paname de la même façon. Le Grand détour, c'est en fait l'exploration de la Petite ceinture, celle qui abrite une voie ferrée et qui entoure Paris depuis approximativement 1850. Elle permettait alors le transport des marchandises dans la capitale, puis celui des voyageurs. Après moult aléas, l'exploitation de cette voie ferrée est stoppée définitivement en 1985. Depuis, l'emplacement perdure, la végétation y a repris ses droits et a permis à des générations de petits Parisiens de rêver et explorer ces terrains qui ont mis du temps à être de nouveau considérés. Ainsi, la Municipalité qui y voit l'opportunité de revendre des terrains à prix d'or ou d'aménager des espaces verts, puisque c'est à la mode. Charles Delcourt est photographe et architecte paysagiste de formation. Et ça se voit !

Il a l'œil pour des compositions au cordeau et pour déceler dans les yeux de ses sujets une étincelle, une flamme. Dominique Fabre, lui, est écrivain. Il est né à Paris, mais adore la banlieue – le “mais” est à dessein. Tous deux ont parcouru cet anneau murant Paris pour voir qui y vit, qui s'y cache et les existences qui s'y déroulent. Pour raconter ces récits de vies, l'un a un appareil et l'autre de l'encre… Les deux s'épousent à merveille. On en viendrait à quitter Versailles/Montreuil (rayez la banlieue inutile) pour habiter à nouveau dans la capitale.

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Le Grand détour
De Charles Delcourt et Dominique Fabre

Éditions LightMotiv
32 €
140 p.
24x 18 cm
Relié
ISBN 979-10-95118-06-0

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Actes Sud Le grand détour
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Fnac.com 32,00 €

André Kertész

© Ministère de la Culture (Association française pour la diffusion du patrimoine photographique, Paris)Danseuse burlesque, Paris, 1926.

Nous l'avons évoqué il y a peu, les Éditions Actes Sud ont pris la bonne décision de rééditer les numéros manquants de la célèbre petite collection noire créée par Robert Delpire en 1984. Parmi ceux que l'on peut de nouveau parcourir, comptons entre autres Walker Evans (45), Paolo Roversi (133), Peter Beard (67), etc.

Le n°17 consacré au photographe nord-américain d'origine hongroise André Kertész en fait partie. En 144 pages et 64 photographies, l'essentiel de l'œuvre de Kertész tient dans la poche. On retrouve les sujets de ses débuts qu'il a puisés dans sa vie quotidienne en Hongrie au cours des années 1910.

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Ses années parisiennes sont marquées par sa proximité avec les grands artistes de l'époque, tels Chagall, Colette, Stavinski dont il fait des portraits inspirés. Les buildings de New York, où il se réfugie avant-guerre, deviennent les décors de ses images extrêmement construites.

Ayant pourtant signé un acte de donation en 1984 à l'État français, il aura fallu attendre l'hiver 2010-2011 pour qu'une première rétrospective ait lieu au Jeu de Paume. Un photographe à ne pas oublier.

André Kertész
Photo Poche n°17

Éditions Actes Sud
13 €
144 p.
64 photographies
19 x 1 x 12,5 cm
ISBN : 978-2742770120

 
 
 
 

Actes Sud André Kertész
andre
Amazon 13,00 €

Lost + Found (tome 1) & Good News (tome 2) de David LaChapelle

© LaChapelle/Taschen

Pour cette fin d'année 2017, Taschen termine un travail que la maison allemande a commencé il y a plus de 20 ans. En effet, les deux tomes Lost + Found Part I et Good News Part II constituent les quatrième et cinquième volumes de l’anthologie de LaChapelle, anthologie qui a débuté par LaChapelle Land (1996), puis Hotel LaChapelle (1999), et enfin Heaven to Hell (2006).

Dans ces deux nouveautés, on retrouve tout ce qui fait la patte LaChapelle : des couleurs saturées, des scènes d'apocalypse, une civilisation en ruines, les hommes vivant nus. Il a rassemblé des images jusqu'alors jamais collectées dans un ouvrage montrant des grands des années 1990, tels que Pamela Anderson, Michael Jackson, Miriam Makeba, mais aussi Hillary Clinton, David Bowie et Kim Kardashian pour les photos les plus récentes. Toujours extravagant et parfois chaotique, mais on se laisse bien volontiers porté par la note d'espoir – * Good News* – qui termine cette anthologie.

Lost + Found (tome 1) & Good News (tome 2)
de David LaChapelle

Éditions Taschen GmbH
50 € chaque volume
300 p. et 280 p.
30,5 x 3,8 x 38,1 cm et 29,8 x 3,8 x 37,5 cm
Relié sous coffret avec pages dépliantes
Édition multilingue: Allemand, Anglais, Français
ISBN 978-3-8365-7045-9
ISBN 978-3-8365-7046-6

Taschen Lost + Found
Amazon 49,99 €
Taschen Good News
Amazon 49,99 €
Nadia Ali Belhadj

Journaliste rédactrice. N'aime rien tant que de faire des interviews de photographes car les trouve gentils. Se fout de la technique comme de sa première pomme. Complètement soumise à Vivian Maier. Ses publications