Malade, ruiné, et sans femme. C'est ainsi que Stanley Greene se décrivait en octobre 2016. Le photographe afro-américain est mort à Paris en mai dernier des suites d'une complication liée à une hépatite C. Il avait 68 ans, dont 42 passés à photographier les groupes punk de la côte Ouest et les corps calcinés de mercenaires américains en Irak...

C'est à New York que Stanley Greene voit le jour. Ses deux parents sont acteurs et militants pour la cause noire, en plus d'être communistes. La légende veut qu'il reçoive son premier appareil photo des mains de sa mère... sans développer un grand intérêt pour la chose. Son père appartient au mouvement de Renaissance de Harlem, qui a favorisé l'essor de la culture afro-américaine dans l'entre-deux-guerres ; il est également le premier Noir Américain à diriger le Screen Actors Guild. Dans les années 1950, blacklisté pour ses opinions politiques, il ne peut avoir la carrière qu'il aurait espérée. Mais l'enfance de Stanley se déroule dans un milieu artistique bohème, où la drogue n'est ni un problème ni un tabou : "Ma mère prenait de la drogue pour se réveiller et mon père, pour s'endormir...". Stanley grandit entre The Family of Man, les disques de Miles Davis et les expos photo organisées par le MoMA ou la Public Library de New York.

Fin 1960. C'est un adolescent qui rejoint les Black Panthers… Il reconnaît en avoir fait partie, tout en admettant aussi avoir été très attiré par le code vestimentaire de ses militants : vestes en cuir et bérets. Là, il fait des rencontres plus ou moins sulfureuses, au gré desquelles il aurait pu mal tourner. Son salut, il dit qu'il le doit à William Eugene Smith, un reporter très engagé auprès des minorités. Ce dernier le pousse à abandonner la peinture, qui ne le fait pas vivre, pour s'essayer à la photo. C’est en devenant son assistant que Greene apprend le métier. Mais la formation dispensée par Smith va bien au-delà du simple apprentissage de la prise de vue ou de la technique : la photographie devient un engagement. Total. Pour lui faire comprendre ce que doit être la posture d'un photographe véritable, William prend l’appareil de Stanley pour planter un clou dans une planche de bois. L'appareil explose, ne résistant pas au traitement... La leçon ? Il faut utiliser son appareil comme un outil, et non comme un collier pour parader. Malgré quelques détours, l’idée ne le quittera plus, de toute sa vie.

Au milieu des années 1970, Stanley Greene s’envole sur la côte Ouest et fait ses premiers reportages sur la scène punk. Il travaille pour New York Newsday. De ces années, il dira que ce furent les meilleures. De ce travail, quelque 40 années plus tard, il publiera en 2013 The Western Front (toujours disponible chez André Frère Editions).

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Nadia Ali Belhadj

Journaliste rédactrice. N'aime rien tant que de faire des interviews de photographes car les trouve gentils. Se fout de la technique comme de sa première pomme. Complètement soumise à Vivian Maier. Ses publications