Acteur discret, mais non dénué d'intérêt, Tokina a souvent su proposer des produits optiques satisfaisants aussi bien en photo qu’en vidéo. La gamme Cinema ATX a su notamment séduire les utilisateurs DSLR en quête de zooms crantés abordables. Fort de ce pari réussi, Tokina investit aujourd’hui à son tour le marché en plein essor des primes ciné. Avec toute une série composée de cinq optiques fixes et un zoom, le constructeur s’offre ainsi une entrée dans le monde convoité de la cinématographie.

Test review Tokina Cinema Vista Primes 35 mm, 50 mm, 85 mmLes optiques Tokina Vista Prime, dont le 85 mm T1.5 monté sur un Alpha 7R II.

Cette gamme Vista n’est pas inintéressante puisqu’elle assure un cercle de couverture qui dépasse le plein format et se destine déjà aux capteurs 8K. Les amoureux de l’ouverture noteront un T1.5, valeur de référence de focales fixes cinéma. Disponible en montures PL, Canon EF, Sony E et Micro 4/3, chaque prime se place en dessous de 5 000 €, proposant ainsi une alternative relativement abordable pour les vidéastes soucieux d’harmoniser et améliorer la qualité de leurs images.

À l’heure où chaque constructeur présente sa solution ciné “maison”, Tokina arrivera-t-elle à se démarquer de la concurrence ? Ou faut-il compter sur une énième série d’optiques droites, mais dépourvues de charme ? Telles sont les questions auxquelles nous allons tenter de répondre avec un test terrain des trois optiques de la gamme.

Introduction
Des optiques 24x36

L’adoption massive du 4K et des espaces HDR force nécessairement les constructeurs à adapter leur offre optique et à proposer de nouveaux produits qui répondent à ces standards. Mais le succès monstre des appareils hybrides a parallèlement ouvert la voie à toute une cinématographie sur capteur 24x36. La série Alpha 7 de Sony étant évidemment loin d’être étrangère à tout ça. L’arrivée sur les plateaux de tournage de chefs opérateurs n’ayant connu que le numérique finit d’achever un format Super 35 mm directement issu du monde de la pellicule.

Tokina Vista Prime 85 mm T1.5Le Tokina Vista Prime 85 mm T1.5 monté sur la Sony PMW-FS7 à l'assaut du HDR.

Alors, pourquoi le plein format est-il demandé à l’heure où la “sensation analogique” est activement recherchée par les cinéastes ? Car même si l’anamorphique et les optiques vintage ont le vent en poupe, le plein format autorise un surplus de latitude et une texture plus aérienne que certains cinéastes recherchent. Si le gain par rapport au Super 35 n’est pas énorme, il devrait ravir néanmoins ceux qui souhaitent texturer en détail leur bokeh. Mieux, cela pourrait permettre à la création numérique de se doter d’une esthétique propre et s’affranchir ainsi de la comparaison inepte avec la pellicule dont elle fait bien trop souvent l’objet.

La prise de vue en plein format est établie depuis les débuts de la vidéo sur PhotoCam, la série Alpha 7 n’en étant que la continuité. Mais ce n’est que très récemment qu’elle vient à s’implanter dans des dispositifs uniquement vidéo. La Sony Venice, nouvelle référence de la gamme Cine Alta, n’en est que le dernier exemple en date. Auparavant, RED lui-même dotait sa Weapon d’un capteur 8K Vista Vision… déjà supérieur au plein format 24x36. Face à cette tendance, les constructeurs historiques d’optiques cinéma ont su s’adapter sans trop de problèmes (on fait le point d’ailleurs ici). Mais le passage au plein format constitue également une aubaine pour les constructeurs issus du monde photographique, habitués à manier ce cercle de couverture depuis des décennies.

La Sony Venice, dévoilée il y a quelques semaines sur le salon IBC 2017. Elle constitue l'une des rares caméras offrant capteur plein format et espace HDR.

De manière singulière, le marché indépendant a donc en quelque sorte influencé les dynamiques techniques d’Hollywood. Il est dès lors logique de voir ses acteurs réclamer une part du gâteau. Pour cela, les constructeurs indépendants ne peuvent se contenter de solutions de compromis. Si les prix se doivent de rester contenus pour satisfaire leur base d’utilisateurs historiques, les optiques se doivent aussi d’offrir une qualité satisfaisante à l’exigence que sous-tend la prise de vue en plein format, et ainsi espérer un jour atterrir sur les Venice et RED des productions à grands budgets.

Les trois focales disponibles de la gamme : 35 mm, 50 mm et 85 mm.

Caractéristiques
Une gamme homogène

S’attaquer au monde de la vidéo et du cinéma lorsque l’on vient de la photographie est toujours un pari risqué. Alors que certains se contentent de modifier la carrosserie des objectifs photo sans en modifier la formule optique, Tokina est parti d’une feuille blanche pour réfléchir entièrement à cette nouvelle gamme de focales fixes.

Des dimensions similaires et un diaphragme à 9 lames. Ici en monture E.

En découle naturellement une série qui, sur le papier du moins, semble pertinente. Toutes les Tokina Vista Prime (ou au moins le 35 mm, le 50 mm et le 85 mm testés) partagent les mêmes caractéristiques et annoncent une homogénéité essentielle pour ce type de gamme. On retrouve ainsi une ouverture à T1.5, un diaphragme à 9 lames et une même teinte. Mais ces primes partagent aussi les mêmes dimensions (entre 145 et 171 mm en fonction de la monture) avec un diamètre frontal à 114 mm et une position des bagues similaire, ce qui facilite leur utilisation avec des matteboxes, des follow-focus, des rails, des embases…

L’apport peut sembler dérisoire, voire risible à certains. Loin de là ! La manipulation des optiques peut vite s’avérer chronophage sur les tournages où l’on joue toujours contre la montre. Il en est de même avec la spectrométrie et la restitution des optiques. L’utilisation de filtres divers pour compenser contrastes, ouvertures, veloutés et autres différences chromatiques d’une série photo n’est pas sans conséquence sur le timing, la post-production et l’aspect définitif du film.

Tokina Vista Prime 85 mm T1.5Le Tokina Vista Prime 85 mm T1.5 monté sur une Sony PMW-FS7 et équipée d'un follow-focus Zacuto et d'un support.

Si les Tokina Vista Prime sont disponibles en montures PL, Canon EF, Sony E et Micro 4/3, notre choix s’est porté sur la monture de Sony. Difficile en effet de disposer d’une RED Vista Vision pour le test. La monture E n’a, face à cela, de cesse de nous séduire par sa polyvalence. Elle permet de couvrir divers capteurs (Super 35 et 24x36) et diverses ergonomies (caméras et appareils photo).

L'auteur de ces lignes a donc emporté avec lui ces trois focales essentielles à toute série ciné pour des tests de terrain. Loin des labos et des mesures cliniques, les optiques ont parcouru quelque 1 500 km pour deux mises en situations particulières. Chacune à sa manière, elles en disent bien plus sur les forces et faiblesses de ces optiques que toutes les chartes du monde.

Les caractéristiques techniques de la gamme Cinema Vista sur le site Internet de la marque

Mise en situation extérieure
On part à la plage !

Ici, le 50 mm T1.5 est monté sur une Sony PXW-FS5 pour notre première session de tournage en compagnie de Sébastien Chebassier et Justine Dupont.

Rendez-vous est donc pris dans les Landes pour y retrouver le photographe et vidéaste Sébastien Chebassier, ainsi que Justine Dupont, vice-championne du monde de surf grosses vagues (entre autres titres). L'ambition est de confronter ces trois optiques à l'épreuve de deux environnements naturels que Justine et Sébastien connaissent bien : la forêt landaise et la côte. La première est bardée de détails multiples et de degrés de lumière, la seconde est au contraire épurée et sous le coup de lumière directe.

Idéal donc pour se forger une première idée. Pour cela, nous partons en configuration légère, équipés d'une caméra Sony PXW-FS5 ainsi que d'un Sony Alpha 7R.

Des optiques très lourdes

Autant vous le dire de suite, les optiques sont lourdes, très lourdes. Avec un poids d’environ 2 kg par optique, c’est quasiment deux fois plus que la plupart des primes équivalentes du marché. À titre de comparaison, les Sigma Prime pèsent entre 1 et 1,4 kg et seule la Zeiss CP2 35 mm T1.5 dépasse le kilo. Cela s’explique à la fois par des dimensions supérieures à l’ensemble de l’offre, mais aussi par une construction entièrement faite de métal. Ajoutez une valise de transport et une caméra et vous sentirez la douleur de devoir porter ce beau monde sur une plage de sable en plein soleil.

Même si c'est loin d'être rassurant, la monture de la FS5 semble tenir le poids des optiques.

Si la monture PL devrait supporter sans problème ces optiques, la monture Sony E n’est pas conçue spécialement pour supporter de tels poids. D’autant plus que la version E des primes déplace le centre de gravité de l’optique loin de la monture. Rails et supports sont donc plus que recommandés, d’autant plus que l’embase des optiques est robuste et bien située.

Cela dit, du fait d’optiques plutôt longues (comparées à la moyenne), celles-ci s’adaptent très bien à un appareil photo. Les bagues sont idéalement situées et offrent une bonne résistance pour une course sur 300°. Le poids et les dimensions de l’optique apportent une certaine stabilité à l’ensemble et sont très confortables lors de plans portés. Mieux, cela permet de s’affranchir des rails en “forçant” le cadreur à déporter le support sur le bras avant.

Les inscriptions bilatérales (voir photo précédente) sont claires et bien réparties.

Pour le reste, le marquage des optiques est clair et lisible sur les deux côtés, et les optiques facilement identifiables. On aimerait cependant qu'un constructeur pense enfin à inscrire la focale sur les capuchons. Cela permettrait de mieux repérer les optiques en position debout. Mais nous pinaillons : un élastique, un autocollant ou une gommette et le tour est joué à l’ancienne.

Une qualité optique visuellement irréprochable

Pas de distorsion, pas de vignetage : les horizons restent droits et clairs.

On ne va pas se mentir, le choix de la plage et du surf n’est pas anodin. Certes, il est toujours plus agréable de travailler avec le soleil sur sa peau, mais il s’agit surtout d’un terrain épuré, donc idéal pour traquer les distorsions, le vignetage, les flares et autres aberrations chromatiques.

Du fait de son large cercle de couverture (nous parlons quand même d’un diamètre de 46,7 mm) le vignetage est – comme attendu – imperceptible sur le capteur Super 35 de la Sony FS5. Sur l’Alpha 7R, en plein format, il est tout aussi absent sur l’ensemble des ouvertures. Ce surplus de couverture permet de travailler vraiment sur le cœur de l’optique qui (et nous le verrons un peu plus tard) est très intéressant.

Non seulement la résolution des Tokina Vista Prime permet d'aller chercher des détails aussi fins que des cheveux au vent, mais elle les restitue sans aberrations chromatiques.

Dans la foulée, les Tokina Vista Prime se targuent aussi de présenter très peu de distorsion et très peu d’aberrations chromatiques, pourtant régulières dans ces gammes de prix. Avec les multiples détails présents dans le sable ou dans les cheveux de Justine, le contraire aurait été critique. Au contraire, le résultat est sans bavure. Les solaires sont claires avec peut-être parfois un effet de ghosting que les codecs Sony ont tendance à mettre en évidence.

Les flare et bokeh sont doux et subtils et ne compromettent pas le piqué de l'optique.

Il faut dire que Sébastien et votre serviteur n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère. Avec une session de tournage où le soleil approchait dangereusement du zénith, nous étions curieux de voir comment les optiques allaient gérer aussi les flares et contrastes. La réponse ne s’est pas fait attendre : les flares sont contenus, mais présents et se marient à merveille avec la douceur des solaires.

Les Tokina Vista Prime possèdent une chaleur naturelle qui permet vraiment de mettre les peaux et les solaires en valeur.

En plus de cela, les Tokina Vista Prime restituent une image chaude, mais douce. Bien moins contrastées que nombre de leurs concurrentes, elles flattent ainsi les peaux sans pour autant perdre de leur piqué. Si cela ne saute pas aux yeux au premier regard, la résolution offerte par ces optiques est pourtant excellente. Certes, on parle d’optiques optimisées pour du 8K, mais leur douceur autorise de ne pas se noyer dans un surplus de définition. En l’occurrence, elles font des merveilles avec les capteurs doux de chez Sony.

Naturelles, mais non sans style

Autant en plein cagnard qu’à l’ombre, les Tokina Vista Prime font donc la part belle à la lumière naturelle. Elles y sont très subtiles, graduées et se marient très bien avec les solaires. Elles permettent aussi de ne pas enterrer trop vite les noirs et de ne pas durcir les visages. La chaleur apportée par les optiques permet de flatter naturellement les peaux et de donner à cette session plage et forêt une teinte dorée réaliste.

Autant vous dire qu’à l’issue de ce qui devait être un test terrain critique, il y avait peu à redire à la qualité de ces optiques. Nous avons alors décidé de récidiver, pour le plaisir, dans une situation et des exigences complètement différentes.

Mise en situation intérieure

Cette fois-ci, c’est Fabrice, photographe et vidéaste parisien, qui nous a ouvert sa porte. Depuis des années, il pratique le wing chun, un art martial traditionnel chinois. Après la douceur des plans tournés avec Justine Dupont, l’enjeu était d’aller taper dans quelque chose d’un peu plus nerveux. À l’opposé de la lumière naturelle des journées d’été, nous avons opté pour un garage sous néons dans lequel Fabrice a attaché son sac de frappe – d'aucuns pourront hurler au placement de produits, mais nous jurons n'avoir touché aucun centime dans cette aventure.

Pour cette session, votre serviteur a été rejoint par Alix et Samuel qui ont aidé à construire ce petit film tant d’un point de vue technique qu'artistique. Pour l’occasion, Alix a ramené sa PMW-FS7 à laquelle nous avons adjoint un Sony Alpha 7R II, tous deux paramétrés autour de courbes S-Log.

Un bokeh à couper le souffle

Une fois encore, la qualité optique est au rendez-vous. Les angles du garage ne souffrent d’aucune distorsion et les marques et rayures du sol apparaissent avec une parfaite netteté. Le pompage est réduit à son minimum. Lors des reports de point, le cadre bouge de manière tellement imperceptible qu’il faut vraiment avoir le nez collé dessus pour le signaler.

Doux, vaporeux, sans aberrations, le bokeh des optiques Tokina crée une signature qui n'a rien à envier aux plus grands.

La faible luminosité du lieu nous permet de pousser l’ouverture à T1.5 sur l’ensemble des optiques. Apparaît alors un bokeh très doux et vaporeux, dont la texture est inchangée peu importe la focale utilisée. Cette harmonie est bienvenue, car les formules optiques n’étant jamais les mêmes, il arrive de voir cohabiter au sein d’une même série des bokehs durs et des bokehs doux. Au contraire, ces trois Tokina Vista Prime se répondent bien tant au niveau des textures que des teintes.

Doux, mais toujours définis, les détails n'en rejaillissent que mieux, à condition de trouver le point !

De même, si ce n’est pas un domaine où elles excellent, les optiques Tokina permettent d’aller piocher quelques détails avec une distance de mise au point minimum tout à fait respectable (41 cm pour le 35 mm, 48 cm pour le 50 mm et 95 cm pour le 85 mm). Cela est largement suffisant pour transformer des amorces en voiles et donner un peu de cachet à l’image sans perdre pour autant en définition.

Le bokeh très vaporeux permet, avec une distance de mise au point correcte, de mettre en valeur certains détails sans recourir à de la macro.

Mais si la résolution des Tokina Vista Prime est largement satisfaisante, le faible contraste de l’optique rend forcément la mise au point plus ardue. Dans cette situation précise, la partie n’a pas été de tout repos. Sujet en mouvement rapide, faible profondeur de champ sur capteur plein format, courbes Slog, optiques douces sur capteurs doux : autant vous dire que c’est dans ce genre de situation où l’on mesure toute l’importance du métier de pointeur.

Paradoxalement, le poids des optiques Tokina Vista rend leur utilisation sur appareil photo très stable et confortable.

Un formidable terrain de jeu

C’est ce qui fait tout le caractère de ces optiques. À la fois définies et très douces, elles viennent facilement aérer l’image, sans en perdre de sa présence. On retrouve toujours cette chaleur dorée, les Tokina Vista Prime atténuant naturellement les vert et cyan. Mais les Tokina Vista Prime s'avèrent surtout être à l'usage un formidable terrain de jeu. Tant sur capteurs Super 35 qu'en 24x36, elles offrent une certaine facilité à structurer l'image. Elles peuvent s'avérer droites (comme sur le plan large d'ouverture) ou très stylisées (comme sur les gros plans), le tout sans adjoindre un quelconque filtre ou bonnette.

Le 35 mm est frappant par sa précision et le peu de distorsions qu'il présente, qu'il n'enlève rien à l'homogénéité de la série.

C'est peut-être ce qu'il ressort le plus de cette deuxième session. Si les optiques Tokina nécessitent un œil pointu et une mise au point impeccable, elles devraient séduire rapidement des vidéastes qui placent le bokeh au centre de la plastique de leur image. Bien loin des primes, droites, naturelles et contrastées qui servent davantage de base à des filtres ou une post-production.

Le peu d'aberrations chromatiques permet de ne pas perturber les flous de mouvement. Idéal pour restituer toute la douceur d'une obturation à 360°.

Pour des retouches particulières

Cette dernière est d'ailleurs intéressante à analyser. Car la douceur et la subtilité des optiques Tokina ont forcément un impact sur un travail d'étalonnage. Retoucher un bokeh net n'est pas la même chose qu'un bokeh vaporeux. En l'occurrence, pour profiter pleinement du potentiel de ces optiques, il va sans dire que la force du codec et la quantification en 10 bits changent radicalement la donne.

Avant et après étalonnage : on sent que le 8 bits et le REC709 de l'Alpha 7R II forcent un peu les brillances de peau et nuisent aux dégradés des bokehs.

Dans nos deux mises en situation, l'utilisation de codecs de la famille XAVC (construite autour d'une architecture H.264), laisse une certaine frustration. Les mécaniques de redondance détruisent parfois ce que les optiques Tokina mettaient en évidence et le 8 bits de l'Alpha 7R II laisse ainsi tout un potentiel inexploitable. On voit ainsi plus facilement se créer des effets de ghosting et de franges numériques dans les multiples subtilités du bokeh. De même, si la compression des plateformes de diffusion sur Internet n'a jamais brillé pour sa restitution, elles mettront sacrément à mal ce qui fait toute la subtilité de ces optiques. Vivement l'arrivée du H.265 et la démocratisation des écrans HDR.

Conclusions

Peut-être plus que tout autre set de primes cinéma dites “abordables”, les Tokina Vista se destinent à la cinématographie, c'est-à-dire à une narration visuelle stylisée. Si elles ne manquent pas d'intérêt quant à leurs caractéristiques (grande ouverture, dimensions semblables), c'est surtout à l'usage qu'elles prennent de l'avance. Leur douceur n'entamant en rien leur résolution, elles constituent un outil polyvalent qui n'est pas sans rappeler les zooms Angénieux, voire certaines séries Cooke.

Surtout, cette dualité permet de l'adapter efficacement à n'importe quel type de caméra. Avec des teintes chaudes, les Tokina Vista permettront naturellement de contrebalancer l'aspect dur et froid de l'image numérique. Combinées, par exemple, avec le fameux capteur 8K Vista Vision de la RED Weapon, elles permettront de conserver une image bien définie sans pour autant qu'elle soit agressive. Dans le cas inverse, elles permettront de texturer facilement les vapeurs de n'importe quel capteur doux afin de satisfaire les directeurs photo agacés par la surdéfinition des images.

Si les optiques s'adaptent particulièrement bien au plein format de l'A7R II, sur une Sony PMW-FS7 maniée par Alix et Samuel, le cœur optique est isolé sur un capteur Super 35 permettant de tirer pleinement parti des larges ouvertures sans perte de définition sur les bords.

Les Tokina Vista Prime sont indéniablement une grande réussite optique. Dépourvues de distorsions, de vignetage, de pompage, d'aberrations chromatiques, on ne saurait même réellement leur reprocher leur surpoids. Déjà parce que ça ne se fait pas, mais aussi car il s'agit réellement du seul défaut qu'elles présentent. En réalité, cette série est tellement impressionnante qu'elle a tendance à mettre en avant les limites de nos boîtiers.

À l'heure où les premières caméras pleinement HDR et plein format frappent le marché, les optiques Tokina gagneraient à être sérieusement considérées. Elles possèdent une belle identité qui répond parfaitement aux exigences des images numériques à venir. Subtiles, douces, définies, équilibrées  que demander de plus ?

Un prix un peu moins élevé, peut-être ? Situé aux alentours de 5 000 € l'unité, il est vrai que chaque pièce vaut son petit pesant d'or. Rappelons qu'à focale équivalente, les optiques Zeiss CP3 se vendent 3 500 € et les optiques Sigma Cine 3 200 €. Il faut grimper chez Schneider et ses optiques Xenon pour atterrir dans une tarification similaire.

Mais la qualité optique a un prix et les Tokina Vista Prime en sont à ce titre complètement dignes. Gageons maintenant que cette tarification audacieuse ne réduira pas à néant les efforts d'un acteur historique de l'objectif photographique pour intégrer avec succès le monde sélectif des grands noms de l'optique ciné.

Un grand merci à Philippe Cartier et Kenko Tokina pour le prêt des optiques, leur confiance et leur enthousiasme. Mais aussi à Sébastien Chebassier, Justine Dupont, Fabrice Le Guernec, Alix de Germiny et Samuel Dillies pour avoir offert de leur temps et de leur savoir-faire pour la réalisation de ce test.

+
  • Couverture supérieure au Full 24x36
  • Optiquement irréprochables
  • Combinent subtilement douceur et définition
  • Teinte plutôt chaude
  • Ergonomie agréablement surprenante
  • Disponible en multiples montures
  • Deux fois plus lourdes que la moyenne
  • Prix plus élevé que la moyenne
En résumé

On ne s'attendait pas à un tel sans-faute. Outre leurs poids et prix surélevés, il y a bien peu de choses à reprocher aux Tokina Vista Prime. Confrontées à deux situations de terrain, elles ont pulvérisé à chaque fois nos espérances. Optiquement parfaites, combinant douceur et définition, les Tokina Vista Prime s'érigent en un véritable outil de stylisation cinématographique. Mais une telle qualité n'excuse aucun faux pas : il faudra être exigeant et attentif pour en tirer pleinement parti.

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Sylvain Bérard
Sylvain Bérard

Photographe et étalonneur numérique pour le cinéma, amoureux du documentaire et des textures d’images. Grand utilisateur de sac à dos et de compagnie de voyages. Ses publications 

Les prix
Tokina Cinema Vista 35 mm, 50 mm et 85 mm T1.5
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