Sony profite de l'inauguration de l'édition 2017 du WPPI pour lancer une nouvelle optique pour ses hybrides Alpha 7 en gamme G Master. Bienvenue donc au Sony FE 100 mm f/2,8 STF GM OSS, un objectif conçu pour les portraits avec un bokeh spécifique et quatrième optique G Master, après le 85 mm f/1,4, le 24-70 mm f/2,8 et le 70-200 mm f/2,8.

MontureFE
Format couvert24 x 36 mm
Plage focale100 mm
Équivalent 24x36 sur capteur APS-C150 mm
Ouverture maximalef/2,8
Ouverture minimalef/20
Distance de mise au point0,57 m
Nombre de lamelles du diaphragme11
Construction14 éléments en 11 groupes
Éléments spécifiquesUne lentille asphérique, un verre APD et un verre ED
Échelle des distancesNon
Rapport de reproduction0,25X
MotorisationOui
StabilisationOui
Dimensions85,2 x 118,1 mm
Diamètre filtre72 mm
Poids700 g
Pare-soleilOui
Étui soupleOui

Prise en main
Très bien malgré les nombreuses commandes

Présentation

Ce nouveau 100 mm est une optique à portrait. Son ouverture maximale est assez contenue (f/2,8), mais c'est un STF (Smooth Trans Focus). Il utilise un filtre APD (Apodization Filter) qui s'apparente à un filtre à densité neutre variable et radiale : au centre, il laisse passer le maximum de lumière, et se densifie à mesure que l'on s'en éloigne. Ce filtre permet de créer un bokeh circulaire avec des transitions flou-net / net-flou très douces.

L'optique n'emploie pas moins de 14 lentilles réparties en 11 groupes, dont 1 verre asphérique, 1 verre ED et le fameux verre APD. Au programme, on retrouve aussi le diaphragme circulaire à 11  lamelles qui avait été mis au point sur le 85 mm f/1,4. L'objectif mesure un peu moins de 12 cm de longueur pour plus de 8 cm de diamètre et un poids de 700 g. Il est paré pour affronter les mauvaises conditions de prises de vue (poussières et humidité) grâce à une protection renforcée. Il intègre aussi une motorisation SSM et une stabilisation optique OSS qui travaillera de pair avec la stabilisation mécanique de la dernière génération des boîtiers A7.

Comme le 85 mm f/1,4, il intègre une bague manuelle de diaphragme crantée au 1/3 d'IL qui peut être rendue continue pour les prises de vues vidéo. C'est d'ailleurs grâce à cette bague que l'on peut activer le filtre APD et utiliser les possibilités du STF. Notons que l'ouverture passe alors automatiquement de T5,6 à T20. On retrouve aussi l'ajout d'un bouton programmable sur le fût de l'objectif, et il est possible de limiter la plage de mise au point.

STF : une première ?

Ce n'est pas le coup d'essai de Sony sur la technologie STF (Smooth Trans Focus). En effet, il existe déjà en gamme et en monture A (pour les reflex et SLT) un 135 mm f/2,8 à mise au point manuelle héritée de Minolta. Cette nouvelle mouture, conçue pour le système A7 (monture FE), intègre la majorité des dernières technologies optiques développées sur la récente gamme G Master, dont le diaphragme circulaire à 11 lamelles et la motorisation autofocus DDSSM. Comble du luxe, Sony y ajoute une stabilisation optique.

Le 135 mm f/2,8 STF Sony en monture A.Le 135 mm f/2,8 STF Sony en monture A.
Le 56 mm f/1,2 APD de chez Fujifilm.Le 56 mm f/1,2 APD de chez Fujifilm.

Fujifilm propose également une optique avec ce genre de technologie : le 56 mm f/1,2 qui existe en version APD et en version standard.

STF : pour quoi faire ?

La technologie STF a pour objectif de produire des effets de bokeh particulièrement doux. Elle permet d'appliquer une sorte de filtre diffusant sur les plans hors zone de netteté dans l'image (à l'avant et à l'arrière), et ce, de manière uniforme sur l'ensemble de l'image. Sur son 100 mm, Sony revendique n'avoir pas fait de compromis pour autant sur le piqué délivré par l'objectif.

Un objectif toutes options niveau bokeh !

En plus de la technologie STF, Sony a mis toutes les chances de son côté pour proposer les plus beaux effets de bokeh possible. On retrouve donc également un diaphragme circulaire à 11 lamelles et une position simili-macro offrant un rapport de grossissement pouvant aller à 0,25x (57 cm de distance de mise au point minimale). Sony a également étudié la formule optique afin de limiter le vignetage aux plus grandes ouvertures pour obtenir le même type de bokeh au centre et sur les bords des images.

T, F : on ne comprend rien !

Ce nouvel objectif est assez difficile à comprendre. Il suffit de le regarder pour être perturbé. En effet, son nom, écrit dessus, est bien FE 100 mm f/2,8 STF OSS, alors que la bague de réglage du diaphragme indique T5,6 ! Cela vient de la technologie STF. À l'intérieur de l'objectif, on retrouve un élément qui s'apparente à un filtre de densité variable circulaire. Nous avons interrogé Sony sur la composition de cet élément, mais la marque préfère rester muette : secret industriel.

Quoi qu'il en soit, nous le disions, cet élément laisse passer un maximum de lumière en son centre et se densifie à mesure que l'on s'en éloigne. L'emploi de ce "filtre" limite donc la quantité de lumière qui traverse l'objectif. Afin de pouvoir satisfaire les vidéastes, Sony a décidé d'incrémenter sa bague de diaphragme en transmission (T) et non en ouverture photométrique (F). À cause du filtre, l'ouverture photométrique réelle de f/2,8 correspond à une transmission de T5,6. C'est donc pour cela que la bague d'ouverture indique au maximum T5,6 et non f/2,8.

Sony FE 100 mm f/2,8 STF GM OSS

Le "filtre" STF est actif uniquement aux plus grandes ouvertures ; sur la bague, il est indiqué que son action prend effet entre T5,6 et T8. Au-delà, il devient négligeable.

Prise en main

Ce nouveau 100 mm est très imposant (c'est souvent le cas avec les objectifs G Master). Comptez 700 g tout de même, pour une longueur de de près de 12 cm (sans pare-soleil). Malgré ces mensurations assez imposantes, il reste assez bien proportionné à un boîtier du calibre d'un A7.

Sony FE 100 mm f/2,8 STF GM OSS

La qualité de fabrication est irréprochable. L'objectif est réalisé dans un corps principalement en plastique, mais avec quelques éléments en métal. Le design, assez élégant, reste discret malgré la présence de trois bagues de réglage et trois interrupteurs. Bien entendu, rappelons que l'objectif jouit d'une construction renforcée contre les intempéries (poussières, humidité) et d'une conception à encombrement constant — mais le bloc optique frontal se déplace en fonction de la plage de mise au point choisie.

La première bague de réglage, située vers l'extérieur, est dédiée à la mise au point manuelle. Elle est assez large et confortable à utiliser. Elle est par contre peut-être un peu trop fluide (elle actionne un moteur, sans déplacer directement les éléments optiques) et ne dispose pas de repères de butée : dommage.

Sony FE 100 mm f/2,8 STF GM OSS

La deuxième est une bague de diaphragme. Ce n'est pas le premier objectif de la gamme G Master à en disposer. Crantée au 1/3 d'IL , elle dispose d'une position A (pour "Automatique") en bout de course. On retrouve la gestion STF entre T8 et T5,6, et oui, on ne parle pas ici d'ouverture mais de transmission, en tout cas pour les plus grandes ouvertures. Dès f/8, on peut recommencer à réfléchir en termes d'ouverture. Quoi qu'il en soit, cette bague est très agréable à utiliser : elle est franche et précise. Sur le côté de l'objectif, un interrupteur permet de la rendre continue, un atout indéniable pour les vidéastes.

Sony FE 100 mm f/2,8 STF GM OSS

La troisième et dernière bague est un limitateur de plage de mise au point. On peut décider de travailler uniquement entre 0,85 m et l'infini ou bien entre 0,57 m et 1 m. Pour l'actionner, il faut presser un très discret petit bouton positionné sur le côté.

Enfin, un interrupteur permet de basculer en mise au point manuelle (la retouche manuelle du point en autofocus est toutefois elle aussi disponible), et un autre, d'activer la stabilisation optique. Il y a également une touche programmable (comme on peut en trouver sur de gros téléobjectifs).

Sony FE 100 mm f/2,8 STF GM OSS

L'objectif est livré avec son pare-soleil et une belle housse de transport.

Tests labo
Tout est OK !

La notion de piqué est assez délicate à traiter. C'est ce que l'on peut assimiler à la "sensation de netteté" et/ou à la "précision" que l'on observe sur une image. Elle peut être très différente d'un objectif à l'autre, d'une focale à l'autre et d'une ouverture à l'autre. Elle peut aussi varier entre le centre et les bords de l'image. On a coutume de dire que le piqué est optimal au centre et aux ouvertures moyennes : f/8 ou f/11 par exemple.

De plus, le piqué va dépendre de taille et de la définition du capteur de votre appareil. Plus les pixels sont petits, plus le système montrera ses limites à cause de la diffraction. Ce phénomène s'amplifie à mesure que l'on ferme le diaphragme de l'objectif.

Nous avons testé l'objectif avec un A7R II, au capteur 24 x 36 mm de 42 Mpx d'une définition de 8 000 x 5 320 px. Chaque pixel mesure donc 4,5 micromètres de côté. L'ouverture minimale conseillée pour éviter les problèmes de diffraction est donc de f/11 !

Testé avec Imatest

G Master oblige (jusqu'à présent en tout cas), les résultats de nos tests en labo sont excellents. L'objectif procure des images extrêmement piquées et jouit d'un très beau comportement général, très homogène. En effet, depuis la plus grande ouverture f/5,6 et jusqu'à f/16, il est possible de tirer le même niveau de qualité. Au-delà de f/16, la diffraction fait son apparition et fait chuter le piqué sur toutes les zones des images. L'objectif "souffre" (enfin c'est une question de goût) d'un manque d'homogénéité au sein des images entre le centre, les deux tiers et les bords extrêmes. Le centre est particulièrement piqué, donc riche en fins détails ; les deux tiers et les bords sont pour leur part légèrement en retrait. Bien entendu, tout est relatif : compte tenu de la très haute définition de l'A7R II, ne vous y méprenez pas, les bords extrêmes sont tout de même très détaillés. Notons que l'on ne sent pas l'influence du filtre STF à f/5,6 au niveau du piqué : un bon point.

Notre scène test et les zones d'intérêt.

Tests terrain
Limité en basses lumières

La focale

Une focale correspond à un angle de champ — ou angle de vision — couvert par l'appareil équipé de l'objectif. Plus la focale est importante, plus l'angle de champ est réduit : on parle de longue focale. À l'inverse, plus la focale est courte, plus l'angle de champ est large : on parle de grand-angle.

Cet objectif est avant tout conçu pour du portrait. En effet, la focale de 100 mm permet de garder une certaine distance avec son sujet en cas de gros plan, sans pour autant devoir se mettre à plusieurs mètres de lui. L'objectif peut aussi s'avérer très utile pour des natures mortes. Monté sur un hybride équipé d'un capteur APS-C, il devient un équivalent 150 mm.

Le vignetage

Tous les objectifs donnent une image dont la périphérie, et particulièrement les coins, sont plus sombres. Le vignetage se mesure en IL (Indice de Lumination) : la valeur indiquée mesure la différence, en IL, entre la quantité de lumière reçue par les bords et celle reçue au centre.

Oubliez le vignetage.

Les distorsions

Les objectifs ont tendance à "tordre la réalité". Les aberrations géométriques apparaissent lorsque l'on s'éloigne des conditions de Gauss. On rencontre deux types de distorsions géométriques : les distorsions en coussinets et les distorsions en barillets.

Oubliez aussi les distorsions.

Le bokeh

Le bokeh est à mettre en relation avec la profondeur de champ. On peut le comparer à la "qualité" du flou ou encore à la manière dont l'objectif passe du net au flou — notion très subjective, même si certains éléments permettent de prévoir les choses — sur des images à faible profondeur de champ. Il dépend de nombreux paramètres dont principalement la conception de l'objectif, la forme et la taille du diaphragme.

Pas de doute, ce 100 mm est redoutable pour obtenir des effets de profondeur de champ originaux, doux et envoûtants. Il est certes difficile de qualifier la beauté d'un flou ; c'est assez subjectif et le plus simple est de juger par vous-même. Ce que l'on peut dire, en revanche, est qu'il faut oublier vos abaques de profondeur de champ (f/2,8, T5,6 : on ne comprend rien).

La stabilisation optique

Le principe d'un stabilisateur optique est simple : l'objectif est équipé d’une petite lentille montée sur un système de micromoteurs qui lui permet d’être mobile, c’est-à-dire de pouvoir bouger dans deux directions : verticale et horizontale. Ces micromoteurs sont actionnés grâce à un système gyroscopique qui détecte les moindres mouvements de l’objectif (et donc du bras du photographe), et les compense afin de les corriger. Très schématiquement, si on monte très légèrement son appareil vers le haut, la lentille dans l’objectif se déplace vers le bas et les deux mouvements s’annulent d’un point de vue optique : c’est comme si on n’avait pas bougé.

Pourquoi donc intégrer une stabilisation optique dans un objectif conçu pour des boîtiers déjà stabilisés au niveau de leur capteur ? Pour deux raisons. La première est que seule la seconde génération d'hybrides A7 est équipée d'une stabilisation mécanique 5 axes ; l'utilisation d'un 100 mmn aussi peu lumineux est alors risquée. De plus, Sony a déterminé qu'avec de "longues" focales, sur ces deux axes concernés (vertical et horizontal), la stabilisation optique était plus performante que la stabilisation mécanique du capteur. Donc lorsque l'on utilise ce 100 mm sur un hybride A7 de seconde génération, l'objectif gère 2 axes et le capteur, les 3 autres.

Nous avons testé la stabilisation de ce 100 mm avec le Sony A7R II. Nous avons réussi à descendre sans problème au 1/50 s à main levée, tout en obtenant une image nette. Au 1/25 s, les résultats sont assez aléatoires. Le gain est donc de 1 IL , 1,5 IL dans le meilleur des cas. C'est peu ! Compte tenu du fait que la présence de stabilisation est justifiée par la faible ouverture photométrique (f/5,6), cela revient à avoir un équivalent f/4 en basse lumière.

Galerie terrain

Verdict
Une prouesse technologique

Sony continue bien avec sa gamme G Master et n'a pour l'instant pas fait de faux pas. Et ce n'est pas ce nouveau 100 mm qui va venir entacher la réputation de cette gamme, bien qu'il s'agisse d'un objectif très spécifique, qui ne s'adresse pas au grand public. En effet, avant de vous vous lancer dans cette focale à portrait, il faut savoir à quoi vous en tenir. La technologie STF permet effectivement d'obtenir des effets de profondeur de champ (bokeh) particulièrement beaux et originaux, mais c'est comme tout dans la vie : il ne faut pas abuser des bonnes choses. Cet objectif, conçu aussi bien pour les photographes que les vidéastes, s'adresse donc avant tout aux professionnels qui ont besoin de faire du portrait et de la nature morte.

La qualité optique est excellente, la prise en main (bien qu'un peu compliquée) est très bonne. L'objectif ne souffre d'aucun défaut optique (vignetage, distorsions, aberrations chromatiques...). Il délivre des images de grande qualité avec un piqué fort dès la plus grande ouverture. Nous saluons de plus sa constance en fonction des différentes ouvertures. Seul repproche, tout relatif : un écart de piqué entre le centre, les deux tiers et les bords des images — constant lui aussi en fonction des ouvertures.

Ce 100 mm n'est pas lumineux. Il équivaut à une ouverture photométrique de f/5,6, même s'il permet d'obtenir des effets de bokeh comparables à un f/2,8. Il n'est donc pas très polyvalent dans de faibles conditions lumineuses. Il est pourtant équipé d'une stabilisation optique, mais cette dernière ne fera gagner, à main levée, qu'un seul IL. En basses lumières, ses performances sont donc assez limitées.

+
  • Technologie STF qui procure des effets de bokeh originaux
  • Ergonomie de l'objectif
  • Qualité optique générale : piqué et comportement (constant) de l'objectif
  • Ni vignetage ni distorsions
  • Une ouverture de f/2,8 ou f/5,6 : on ne comprend pas bien !
  • Manque d'homogénéité entre le centre, les deux tiers et les bords des images
  • Puissance du filtre STF difficile à doser (manque d'infos sur la bague)
  • Au final, un objectif peu lumineux : f/5,6
  • Performance de la stabilisation optique
En résumé

Ce nouveau 100 mm f/2,8 STF est une prouesse de technologie et une optique très intéressante pour les photographes et vidéastes qui ont besoin de réaliser des images avec des effets de bokeh originaux : natures mortes ou portraits, par exemple. Hormis ce cadre d'utilisation, il est vrai que cet objectif a peu d'intérêt. En effet, malgré la présence d'une stabilisation optique, sa faible luminosité (f/5,6) le rend difficile à utiliser dans de faibles conditions lumineuses. Il est par ailleurs assez difficile à comprendre : bague de diaphragme manuelle incrémentée en T et débutant à T 5,6 alors que l'objectif est un f/2,8, on s'y perd...

FE 100mm f/2.8 STF GM OSS
Arthur Azoulay

Spécialiste des optiques et rédacteur en chef adjoint de Focus Numérique. La photo est pour lui une obsession. Ses publications 

Les prix
Sony FE 100mm f/2.8 STF GM OSS
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