Voilà une optique qui devrait ravir les adeptes du reportage – du moins ceux qui aiment voir large –, car il est vrai que le débat sur la focale ultime pour cette discipline, entre le 28 et 35 mm, fait rage depuis toujours.

MontureNikon F
Format couvert24 x 36 mm (FX)
Plage focale28 mm
Équivalent 24x36 sur capteur APS-C42 mm
Ouverture maximalef/1,4
Distance de mise au point0,28 m
Nombre de lamelles du diaphragme9
Construction14 lentilles en 11 groupes
Éléments spécifiques2 verres ED, 3 lentilles asphériques, traitement NanoCrystal et Fluor
Échelle des distancesOui
Rapport de reproduction0,17X
MotorisationOui Silent Wave Motor
StabilisationNon
Dimensions83 x 100,5 mm
Diamètre filtre77 mm
Poids645 g
Pare-soleilOui
Étui soupleOui

Prise en main
L'ADN Pro de Nikon

Présentation

Ce nouveau 28 mm dispose d'une ouverture maximale très généreuse de f/1,4 associée à un diaphragme à 9 lamelles. Les effets de bokeh (pour des portraits par exemple) devraient être au rendez-vous, ainsi que la polyvalence de l'optique dans les faibles conditions lumineuses. L'objectif intègre une formule optique ambitieuse ne comptant pas moins de 14 lentilles réparties en 11 groupes, incluant 2 verres ED, 3 lentilles asphériques et le traitement Nano-Crystal. C'est un objectif prêt pour affronter le terrain, grâce à sa construction renforcée (joints d'étanchéité), une mise au point par le groupe arrière et un traitement au fluor sur la lentille frontale. Il pèse un peu moins de 650 g et mesure environ 10 cm de long.

Gros plan sur le Nikon AF-S Nikkor 28 mm f/1,4E ED

Prise en main

Comme à l'accoutumée sur les objectifs haut de gamme de Nikon, la qualité de construction est au rendez-vous. Le corps de l'objectif est réalisé en plastique texturé noir satiné. Cette matière permet à l'objectif de bien supporter les écarts brusques de température (dilatation et contraction). Conçu pour le terrain, il est équipé d'une protection tout temps renforcée (poussière, taches et humidité). La conception même de l'objectif va dans ce sens : encombrement constant en fonction de la distance de mise au point et bloc optique de mise au point à l'arrière.

Gros plan sur le nouvel objectif Nikon AF-S Nikkor 28 mm f/1,4E ED

Niveau design, c'est du grand classique. C'est un objectif relativement discret avec un "look" technique. Les inscriptions dorées sont du plus bel effet, mais elles sont repérables de loin. Pour ce qui est des mensurations, l'objectif est relativement compact (environ 10 cm de long) ce qui le rend bien proportionné à un réflex du calibre d'un D800. Cependant, il est assez lourd avec près de 650 g sur la balance. Attention donc aux longues séances de prises de vue à main levée.

Gros plan sur le nouveau Nikon AF-S Nikkor 28 mm f/1,4E ED et sa bague de réglage

L'unique bague de réglage permet de prendre la main sur la mise au point. La bague est large et confortable à utiliser. La fluidité est excellente, la course modérée et on dispose de repères de butée pour signifier la distance minimale de mise au point et l'infini. Bien entendu, l'objectif est équipé d'un indicateur de distance de mise au point dynamique, et la retouche manuelle du point est disponible. Un seul interrupteur, positionné sur le côté, permet de désactiver l'autofocus.

Gros plan sur le nouvel objectif Nikon AF-S Nikkor 28 mm f/1,4E ED monté sur un boîtier Nikon D810

L'objectif est livré avec un pare-soleil et une housse de transport.

Tests labo
Très bon mais pas homogène aux plus grandes ouvertures


Qu'est-ce que le piqué ?

La notion de piqué est assez délicate à traiter. C'est ce que l'on peut assimiler à la "sensation de netteté" et/ou à la "précision" que l'on observe sur une image. Elle peut être très différente d'un objectif à l'autre, d'une focale à l'autre et d'une ouverture à l'autre. Elle peut aussi varier entre le centre et les bords de l'image. On a coutume de dire que le piqué est optimal au centre et aux ouvertures moyennes : f/8 ou f/11 par exemple. De plus, le piqué va dépendre de la taille et de la définition du capteur de votre appareil. Plus les pixels sont petits, plus le système montrera ses limites à cause de la diffraction. Ce phénomène s'amplifie à mesure que l'on ferme le diaphragme de l'objectif.


Nous avons testé l'objectif avec un Nikon D810 a!u capteur 24 x 36 mm de 36 Mpx, d'une définition de 7 380 x 4 928 px. Chaque pixel mesure donc 4,8 micromètres de côté. L'ouverture minimale conseillée pour éviter les problèmes de diffraction est donc de f/11 !

Testé avec Imatest.

C'est objectif est très bon, mais n'est pas "parfait". Premier point : il bénéficie d'un bon comportement au niveau du piqué en fonction de l'ouverture. À mesure que l'on ferme le diaphragme, le piqué monte et l'homogénéité des images s'améliore. C'est à f/8 que l'objectif délivre le meilleur de lui-même avec une image parfaitement homogène et un piqué très élevé. Passé f/11, la diffraction fait son apparition et le piqué commence à baisser globalement. Cependant, compte tenu du très haut niveau de piqué général, les images prises à f/16 sont encore totalement exploitables. Nikon a d'ailleurs eu la bonne idée de se passer du f/22.

L'objectif souffre malheureusement d'un manque d'homogénéité marqué aux plus grandes ouvertures entre le centre, les 2/3 et les bords extrêmes des images. Il faut "attendre" f/4 pour commencer à obtenir des images bien homogènes.

Notre scène test et les zones d'intérêt.

Face à la concurrence

En matière de 28 mm, il y a assez peu de concurrents. Dans l'univers des objectifs avec autofocus, chez Sigma ou Tamron, il n'y en a pas. Tamron n'est pas encore réputé pour ses focales fixes grands-angles et commence sa gamme au 35 mm. Sigma voit plus large et propose un 24 mm f/1,4 DG HSM Art et un 20 mm f/1,4 DG HSM Art. Chez Zeiss, en mise au point manuelle, on peut citer l'Otus 28 mm f/1,4.

Chez Nikon, il y a du choix puisqu'il existe aussi un 28 mm G un peu moins lumineux qui ouvre à f/1,8 et un vieux modèle ouvrant à f/2 D. Ces objectifs n'ont pas été testés.

Nous allons donc comparer les performances de nouveau 28 mm à celle de l'Otus. L'Otus a été testé avec un Canon EOS 5DsR plus défini que le Nikon D810 et, entre son test et celui-ci, nous avons changé de scène test. Afin de comparer des choses comparables, nous avons sous-échantilloné nos images-tests faites avec le 5dsR sur la définition du D810. Nous nous intéressons donc ici uniquement aux mesures Imatest.

Zeiss Otus 28 mm f/1,4

Oui, sans aucun doute, ce nouveau 28 mm f/1,4 est un objectif d'exception qui délivre une qualité d'image plus que remarquable. C'est le même constat qu'avec le 85 mm ou le 55 mm, à la différence que son utilisation est un peu plus facile à main levée.

Otus 28 mm f/1,4
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Force est de constater que l'Otus est plus performant que ce nouveau 28 mm. En effet, le piqué est dans l'ensemble plus élevé et les images plus homogènes, en tout cas aux plus grandes ouvertures. À partir de f/8, les deux modèles se valent. N'oublions pas que l'Otus est dépourvu d'autofocus et que la mise au point manuelle en visée réflex est particulièrement difficile à réaliser aux plus grandes ouvertures.

Tests terrain
Très bon, RAS !

La focale


Qu'est-ce que la focale ?

Une focale correspond à un angle de champ — ou angle de vision — couvert par l'appareil équipé de l'objectif. Plus la focale est importante, plus l'angle de champ est réduit : on parle de longue focale. À l'inverse, plus la focale est courte, plus l'angle de champ est large : on parle de grand-angle.


Voici ce que l'on obtient avec le 28 mm monté sur un réflex équipé d'un capteur 24 x 36 mm. Monté sur un réflex équipé d'un capteur APS-C, il devient un équivalent 42 mm (coefficient de conversion de 1,5x chez Nikon). Le 28 mm est une optique très bien adaptée à la photo de paysage ou de reportage. Par définition, elle permet de faire "rentrer" plus d'éléments dans son cadre sans pour autant nécessiter une vigilance accrue sur les ombres, comme c'est le cas avec un 24 mm.

Le vignetage


Qu'est-ce que le vignetage ?

Tous les objectifs donnent une image dont la périphérie, et particulièrement les coins, est plus sombre. Le vignetage se mesure en IL (indice de lumination) : la valeur indiquée mesure la différence, en IL, entre la quantité de lumière reçue par les bords et celle reçue au centre.


Pas de doute, ce 28 mm vignette ! Le phénomène se ressent principalement aux plus grandes ouvertures et devient négligeable à partir de f/5,6. C'est aux deux plus grandes ouvertures qu'il est le plus fort et imposant. Pour les photos prises à f/1,4 il faudra en tenir compte !

Les distorsions


Qu'est-ce que sont les distorsions ?

Les objectifs ont tendance à "tordre la réalité". Les aberrations géométriques apparaissent lorsque l'on s'éloigne des conditions de Gauss. On rencontre deux types de distorsions géométriques : les distorsions en coussinets et les distorsions en barillets.


Les distorsions sont très discrètes voir négligeables : un très bon point pour un grand-angle !

Le bokeh


Qu'est-ce que le bokeh ?

Le bokeh est à mettre en relation avec la profondeur de champ. On peut le comparer à la "qualité" du flou ou encore à la manière dont l'objectif passe du net au flou — notion très subjective, même si certains éléments permettent de prévoir les choses — sur des images à faible profondeur de champ. Il dépend de nombreux paramètres dont principalement la conception de l'objectif, la forme et la taille du diaphragme.


Bokeh et grand-angle ne font souvent pas bon ménage. Cela dit, c'est sans compter la très grande ouverture f/1,4 de ce grand-angle 28 mm. Grâce à cette dernière, il est possible d'obtenir de beaux effets de profondeur de champ et de décrocher un sujet principal de son arrière-plan. Pour mettre toutes les chances de son côté, on privilégiera néanmoins une faible distance de mise au point et, dans la mesure du possible, une grande distance entre le sujet principal et l'arrière-plan.

Galerie terrain

Verdict

Nous recommandons sans grande hésitation cette nouvelle focale fixe grand-angle ultralumineuse. Ce 28 mm f/1,4 fera, sans aucun doute, le bonheur des adeptes du reportage, de la photo de rue et, dans une certaine mesure, des paysagistes. Cette focale grand-angle au champ assez contenu est plus "facile" à utiliser qu'un 24 ou même qu'un 20 mm en situation de reportage.

La très grande ouverture de f/1,4 est intéressante à deux titres. Premièrement, elle permet de jouer avec la profondeur de champ et les effets de bokeh. Ensuite, en faibles conditions lumineuses, on n'est pas obligé de trop monter en ISO, tout en conservant un temps de pose assez rapide.

La qualité optique de cet objectif est très bonne, surtout aux ouvertures moyennes (f/5,6 à f/11), avec des images très détaillées et homogènes. Aux plus grandes ouvertures, il faudra s'habituer au manque d'homogénéité du piqué entre le centre, les 2/3 et les bords extrêmes des images. Ce phénomène très présent à f/1,4 se tasse quand on ferme le diaphragme. Notons qu'aux plus grandes ouvertures, il faudra jouer avec un vignetage très marqué. Enfin, les distorsions sont très faibles, ce qui est un bon point pour un objectif de ce type.

Ce 28 mm profite également du savoir-faire Nikon en matière de conception et de design d'optiques. La prise en main est très bonne, malgré un poids assez élevé. Cet objectif affrontera sans sourciller les pires conditions de prises de vue sur le terrain.

+
  • Très grande ouverture f/1,4
  • Qualité de construction, design, protections et prise en main
  • Comportement général de l'objectif
  • Performances (piqué et homogénéité, de f/5,6 à f/11)
  • Très faibles distorsions
  • Poids assez élevé de 650 g
  • Manque d'homogénéité aux plus grandes ouvertures entre le centre, les 2/3 et les bords extrêmes des images
  • Fort vignetage aux plus grandes ouvertures
En résumé

Un objectif évidemment recommandé qui fera le bonheur des adeptes du reportage. Prise en main, qualité de construction, très grandes ouvertures : tous les ingrédients sont réunis. On apprécie la qualité optique malgré le manque d'homogénéité des images aux plus grandes ouvertures, ainsi que l'absence de distorsions.

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Arthur Azoulay

Spécialiste des optiques et rédacteur en chef adjoint de Focus Numérique. La photo est pour lui une obsession. Ses publications 

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