Perchée en haut de la Grande Arche de La Défense, aux portes de Paris, l’Arche du photojournalisme est un nouvel espace d’exposition de 1 200 m² situé au même niveau que la terrasse panoramique du bâtiment. C'est la photojournaliste Stephanie Sinclair qui inaugure les lieux avec l’exposition Too Young to Wed, Mariées trop jeunes, visible jusqu’au 24 septembre.

Vue de l'exposition Stephanie Sinclair - Too Young to Wed, Arche du Photojournalisme, La Défense. Photo Pascale Brites

Cela fait environ deux ans que Jean-François Leroy, directeur artistique de l’Arche du photojournalisme, et Stephanie Sinclair ont commencé à discuter de cette programmation. Avant cette exposition, la photojournaliste américaine n’avait été exposée qu’à un seul endroit en France, à Perpignan, en 2010 et 2012, dans le cadre du festival Visa pour l’Image, dont Jean-François Leroy est le fondateur et le directeur général. Il lui apparaissait donc indispensable d’offrir plus de visibilité à cette photographe, lauréate du Grand Prix CARE en 2008 pour son travail sur l’excision en Indonésie, ainsi que de plusieurs World Press Photo, du Prix de l'art pour la paix, du Prix du Centre international de la photographie ou encore d’un Visa d’Or.

Portrait en couleur, petite fille à l'écharpe rouge sur le toit d'un immeuble au Yémen avec femme de dos et fillette, Photo Stephanie Sinclair, série Too Young to WedYémen. Nujoud Ali (12 ans), deux ans après son divorce. Son mari était son aîné de plus de vingt ans. L’histoire de Nujoud a fait l’effet d’une bombe dans le pays et a forcé le Parlement à examiner un projet de loi fixant un âge minimum pour le mariage. © Stephanie Sinclair / Too Young to Wed

L’exposition présente une large sélection d’un projet débuté en 2003, lorsque la photographe a découvert en Afghanistan le phénomène des jeunes filles s'immolant par le feu pour échapper au mariage forcé. Depuis, Stephanie Sinclair poursuit ce travail courageux, à la fois poignant et d’une grande maîtrise, pour sensibiliser au sort des jeunes filles mariées de force.

Photographiquement, c’est intelligent. D’un point de vue journalistique, c’est passionnant. Humainement, c’est indispensable.

Jean-François Leroy

113 photos exposées pour la première fois

Vue de l'exposition Stephanie Sinclair - Too Young to Wed, Arche du Photojournalisme, La Défense. Photo Pascale Brites

Forte d’un gigantesque espace de plus de 1 000 m², l’Arche du photojournalisme présente des tirages monumentaux ainsi que des formats plus habituels, réunis par thématique et accompagnés de nombreux textes explicatifs. Sur les 175 photographies qui composent l’exposition, 113 sont exposées pour la première fois. Ce ne sont pas pour autant des photographies récentes, puisque l’exposition reprend quinze ans de voyages aux quatre coins du monde, en Afghanistan, au Népal, en Éthiopie, en Inde ou aux États-Unis. « Plus de cinquante pays sont touchés par le phénomène », expliquait Stephanie Sinclair lors de la conférence de presse.

Plus qu’une photographe qui manie les couleurs avec talent, Stephanie Sinclair est une femme engagée qui a fait du sujet du mariage des petites filles un véritable combat, en créant en 2012 l’ONG "Too Young To Wed". C’est d’ailleurs avec beaucoup de chaleur qu’elle évoque les actions de cette association et explique combien, outre le fait de montrer, il est nécessaire d’agir et d’éduquer. « Les familles sont persuadées d’être dans le bon. C’est un travail de plaidoyer pour faire arrêter ces pratiques », a-t-elle déclaré lors de la conférence de presse.

Cela va au-delà des petites filles ; on parle là des droits de l’homme.

Stephanie Sinclair

Portrait en couleur, deux petites filles à côté de leur mari au Yémen. Photo Stephanie Sinclair, série Too Young to WedEnvirons de Hajjah, Yémen. « Dès que je le voyais, je courais me cacher. Je le détestais. » Tahani (en rose) se souvient des premiers temps de son mariage avec Majed. Elle avait alors 6 ans et lui, 25. Elle en a 8 aujourd’hui, et elle est photographiée ici dans son village avec une autre petite mariée, Ghada, son ancienne camarade de classe. © Stephanie Sinclair / Too Young to Wed

Un cadre exceptionnel

Vue de l'exposition Stephanie Sinclair - Too Young to Wed, Arche du Photojournalisme, La Défense. Photo Pascale Brites

Perchée au sommet de l’Arche de La Défense, l’exposition est l’occasion de profiter d’une vue panoramique sur Paris, mais c’est aussi un lieu grandiose dont nous avons particulièrement aimé l’éclairage subtil, doux et sans relief, qui permet d’apprécier pleinement la qualité des photographies et des tirages. Le parcours aéré permet à chacun de circuler librement devant les images et c’est à notre avis l'une des grandes réussites de l’Arche du photojournalisme. L’exposition se poursuit dans une salle de projection, où les visiteurs peuvent profiter de six vidéos qui retranscrivent les entretiens de Stephanie Sinclair avec des jeunes filles de différents pays.

Vue de l'exposition Hommage à Stanley Greene, Arche du Photojournalisme, La Défense. Photo Pascale Brites

Une zone plus réduite de 200 m² est quant à elle consacrée à des expositions "pop-up" qui colleront plus à l’actualité. Celle qui accompagne actuellement Stephanie Sinclair est un hommage à Stanley Greene, décédé le 19 mai dernier, créateur de l’agence Noor et « l’un des meilleurs photographes au monde » selon Jean-François Leroy.

L’accès à l’Arche du photojournalisme n’est pas donné : si l’exposition ne coûte que 4 €, il faut en effet s’acquitter d’un billet à 15 € pour emprunter l’ascenseur qui mène au toit de la Grande Arche. Vous ne vous y rendrez donc peut-être pas à chaque exposition, mais la vue et les images de Stephanie Sinclair valent vraiment la peine que vous y fassiez un tour par une belle journée dégagée.

Vue de l'exposition Stephanie Sinclair - Too Young to Wed, Arche du Photojournalisme, La Défense. Photo Pascale Brites

*Stephanie Sinclair – Too Young to Wed (Mariées trop jeunes)

  • Du 1er juin au 24 septembre 2017
  • L'Arche du photojournalisme
  • Grande Arche de La Défense
  • Tous les jours de 9h30 à 18h30
  • Plein tarif (accès toit + Arche du photojournalisme) : 19 €
  • Accès au toit plein tarif : 15 €
  • Accès au toit à tarif réduit : étudiants, enfants de 6 à 18 ans, chômeurs, plus de 65 ans et handicapés : 12 €.
  • Tarif unique accès Arche du photojournalisme : 4 €
Pascale Brites

Journaliste technique, elle renforce l'équipe de rédaction en publiant des actualités et des articles pratiques. Ses publications 

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