L’affiche se veut explicite : poursuivant son cycle d’expositions qui associent photographie et musique, la Philharmonie de Paris a choisi un portrait en noir et blanc d’Étienne Daho tenant un Rollei 35 SE pour illustrer son événement autour de la pop française. Une approche malheureusement mal exploitée dans l’exposition qui se tient actuellement au Musée de la musique.

Françoise Hardy et Étienne Daho. Photo : Antoine Giacomoni.

Bien qu’il s’agisse de deux arts assez éloignés l’un de l’autre, la photographie et la musique font souvent bon ménage. Il suffit de se plonger dans un livre sur le jazz photographié par Jean-Pierre Leloir ou Guy Le Querrec, ou encore de suivre les créations proposées par les lauréats du jeune Prix Swiss Life à 4 mains pour comprendre que si la photographie est par définition muette et que la musique n’a pas d’yeux pour voir, le mélange des genres sait donner naissance à de belles créations. Ce fut d’ailleurs le cas du projet MMM, associant Martin Parr et Matthieu Chedid, exposé l’année dernière à la Philharmonie. Pour Daho l’aime pop, l’approche est un peu plus complexe puisque l’affiche montre que le chanteur et le photographe ne font qu’un.

“Je prenais des photos de loin en loin depuis mon adolescence et je repris mes appareils à l’occasion d’une carte blanche musicale que me proposa la Philharmonie au printemps 2014”, explique Étienne Daho dans un des textes publiés dans l’exposition, complété dans le communiqué de presse disponible sur le site de la Philharmonie par une information qui nous aurait pourtant été essentielle :

(...)La Philharmonie me proposa d’exposer ces images, mais comme je n’en avais qu’une trentaine, nous envisageâmes ensemble un projet plus opulent où je serais le narrateur et guide d’un parcours subjectif de 70 années de pop française en 200 portraits.

Étienne Daho

Plus que photographe ou encore auteur, compositeur et interprète, c’est donc un travail de commissaire d’exposition exercé en collaboration avec Tristan Bera que nous présente ici Étienne Daho.

Une succession de photos posées contre le mur sert de support visuel au récit d'Étienne Daho.

De la narration… dans un audioguide

Si vous imaginiez profiter de l’exposition pour découvrir en même temps l’impressionnant bâtiment inauguré il y a trois ans non loin de la porte de Pantin, revoyez tout de suite vos ambitions. Daho l’aime pop se tient dans l’espace bien plus réduit du Musée de la musique, ce même espace qui a déjà accueilli de très belles expositions sur Jimi Hendrix, Pink Floyd, Miles Davis ou Django Reinhardt. Sauf qu’ici un seul étage est consacré à l’exposition qui apparaît un peu courte pour les 9 € exigés à l'entrée. Pour ce prix, le personnel à l’accueil vous remettra un audioguide. C’est grâce à lui que vous pourrez écouter l’histoire de la musique pop française racontée par Étienne Daho de manière chronologique et divisée en quatre grandes périodes allant de 1950 à nos jours.

Des photos, qui apparaissent les unes après les autres grâce à un système d'éclairage ciblé, constituent l'élément le plus intéressant de la mise en scène.

Pour accompagner ce récit dont le narrateur explique dès l’introduction qu’il s’agit d’une sélection subjective basée sur ses rencontres et artistes fétiches, la Philharmonie présente 180 portraits de groupes ou d’artistes signés de plusieurs dizaines de photographes. Certains ont été réalisés par des photographes talentueux et reconnus comme Guy Bourdin, Claude Gassian, Antoine Giacomoni, William Klein, Jean-Marie Périer, Pierre & Gilles ou Jean-Loup Sieff, tandis que d’autres présentent un intérêt photographique plus contestable que même le narrateur semble admettre puisqu’il écrit : “Le nombre limité d’images pour couvrir une période si vaste m’empêcherait d’y inclure tous les artistes souhaités, avec le risque d’en occulter certains et de provoquer des frustrations légitimes chez les absents.”

Frustration, c’est vraiment le mot qui définit le mieux notre sentiment en parcourant une exposition dont le sous-titre est La pop française racontée en photos et dans laquelle il n’est presque jamais fait mention du contexte dans lequel les photos ont été réalisées, leur influence sur la communication d’un groupe ou d’un artiste et leur complémentarité avec la musique des artistes. Il y aurait pourtant tellement à dire dans ce domaine…

Moodoid. Photo : Fiona Torr.

Un Daholab… sans commentaire

Une fois les presque 200 portraits parcourus et les souvenirs et anecdotes du narrateur écoutés dans notre casque, nous arrivons dans le Vidéodrome où sont projetés en boucle des archives de l’Ina et des clips d’une sélection très éclectique allant de Serge Gainsbourg et Jane Birkin à Air en passant par Vanessa Paradis, Marquis de Sade, Étienne Daho, NTM ou Daft Punk. L’espace n’est pas désagréable, mais on s’interroge sur la définition exacte de la pop tant la sélection opérée par l’auteur nous étonne parfois et sur l’intérêt de payer l’entrée d’une exposition pour regarder défiler sur un écran des images pour la plupart accessibles gratuitement sur YouTube.

Daho l'aime pop Philharmonie

Un sentiment conforté en rejoignant la salle suivante, l’alcôve Juke Box, dans laquelle une sélection de 200 titres allant de Que reste-t-il de nos amours ? de Charles Trenet à Party in My Pussy de Catastrophe est disponible sur les audioguides. Ce n’est enfin qu’en pénétrant dans le dernier espace qu’on comprend quel rapport il existe entre l’affiche figurant Étienne Daho, l’œil dans le viseur d’un appareil photo, et l’exposition : nous sommes enfin dans le Daholab !

Le Daholab.

Cet espace tranche avec le reste de l’exposition, tout d’abord parce qu’il est le seul dans lequel tous les éléments ne sont pas accrochés aux murs. C’est également ici que sont réunies les photos réalisées par Étienne Daho à l’occasion d’une soirée organisée à la Philharmonie en 2014 et lors du Midi Festival de 2016. Malheureusement, c’est tout ce qu’on en saura puisque le narrateur n’a pas ici prévu de commentaires. Nous apprendrons uniquement en lisant la maigre légende inscrite au mur qu’il s’agit de “la scène contemporaine qui s’inscrit dans la continuité rafraîchissante des ‘jeunes gens modernes’ du tournant des années 1980”. Quatre portraits accrochés au fond de la pièce, deux écrans et deux tables sur lesquelles sont placés des tirages recouverts d’une vitre (dans laquelle se reflètent à merveille les éclairages du plafond) constituent donc les créations photographiques de Daho.

Calypso Valois. Photo : Étienne Daho.

Bien que les photos ne soient pas dénuées d’intérêt, c’est un peu léger pour nous faire changer d’avis. Nous avons perdu beaucoup de temps dans cette exposition qui passe à nos yeux totalement à côté de son sujet. Il ne suffit pas d’aligner des photos piochées dans des archives pour faire une exposition, ni de faire de la photo ou de la musique pour en parler avec talent…

Pour ceux qui souhaiteraient profiter un peu de l’exposition sans s’y rendre, voici une sélection de neuf extraits du Vidéodrome en ligne sur YouTube…

affiche-exposition-daho

Daho l’aime pop ! La pop française racontée en photos
Jusqu’au 29 avril 2018
Espace dʼexposition du Musée de la musique – Cité de la musique
221 avenue Jean-Jaurès
75019 Paris
Du mardi au jeudi : 12h00–18h00
Vendredi : 12h00–20h00
Samedi et dimanche: 10h00–20h00
Tarif plein : 9 €
Tarif réduit : 5 € (Jeunes de moins de 26 ans, demandeurs d’emploi, bénéficiaires des minima sociaux)
www.philharmoniedeparis.fr

Pascale Brites
Pascale Brites

Journaliste technique, elle renforce l'équipe de rédaction en publiant des actualités et des articles pratiques. Ses publications