Vous avez sans doute déjà vu certaines des photographies de Liu Bolin, ce photographe chinois, connu pour ses talents de caméléon. S’il est régulièrement exposé à la galerie Paris-Beijing qui le représente, c’est la première fois qu’il occupe la tête d’affiche d’une institution parisienne. Baptisée Ghost Stories, l’exposition qui lui est consacrée à la Maison européenne de la photographie se tient jusqu’au 29 octobre.

Liu Bolin Hiding in the city - Paris 04, Safe Door, 2011 120 x 150 © Liu Bolin, courtesy of the artist / Galerie Paris-Beijing.

Il y a au premier abord un aspect ludique dans les photographies de Liu Bolin, une sorte de "Où est Charlie ?" qui consiste à chercher dans l’image où se cachent l’artiste ou ses complices. Certains se contenteront de cet aspect et salueront la réalisation technique de ces mises en scène ; trois vidéos accessibles dans l’exposition dévoilent d'ailleurs l’envers du décor.

Liu Bolin à la MEP

Une création née d’une protestation

Mais ces compositions, Liu Bolin ne les réalise pas sans arrière-pensée. C’est d’ailleurs pour contester qu’en novembre 2005 cet artiste, qui exerce alors comme sculpteur, fait sa première expérience de disparition. Lorsqu’il rejoint son atelier de Pékin dans le village de Suo-jia, il constate l’expulsion de ses voisins et la destruction de son espace de travail pour faire place neuve en prévision des jeux Olympiques. Accompagné d’assistants et de peintres, il va se fondre pour la première fois dans ce décor de ruines et déclarer ainsi son impuissance et sa contestation de manière silencieuse.

J’ai décidé de me fondre dans l’environnement. Certains diront que je disparais dans le paysage ; je dirais pour ma part que c’est l’environnement qui s’empare de moi.

Liu Bolin

Liu Bolin à la MEP

Ce sera la première image de la série Hiding in the city, "Se cacher dans la ville", que Liu Bolin va poursuivre plusieurs années à différents endroits de la planète. Chaque fois, il utilise le même protocole. En tenue militaire inspirée des années Mao, il se place dans un environnement donné et pose immobile pendant que son équipe le peint des pieds à la tête pour qu’il se fonde totalement dans le décor. C’est cette étape qui est immortalisée en photographie.

Liu Bolin Hiding in the City -Paris 11, Freedom Graffiti, 2013 120 x 150 cm © Liu Bolin, courtesy of the artist / Galerie Paris-Beijing.

Artiste conceptuel

Liu Bolin est-il donc vraiment un photographe comme on le présente souvent ? Ce n’est pas sa définition, puisqu’il dira lui-même dans une interview vidéo réalisée par l’équipe du magazine Photo :

"Pour moi, l’œuvre est la disparition et la photographie le moyen d’y arriver."

Liu Bolin

Liu Bolin Hiding in the City 110, Puffed Food, 2013 63 x 80 cm © Liu Bolin, courtesy of the artist / Galerie Paris-Beijing

Cette forme d’expression, Liu Bolin l’exploite aujourd’hui dans plusieurs thématiques : politique et censure, tradition et culture chinoise, société de consommation et information, médias et liberté de la presse dont plusieurs exemples sont présents dans l’exposition.

Liu Bolin à la MEP

Goût de trop peu

Si la technique est répétitive, chaque image de Liu Bolin demande tout de même un moment de réflexion pour en comprendre la forme et s’interroger sur le fond. Ainsi, nous avons particulièrement aimé feuilleter chaque page du livre que lui ont consacré les Éditions de La Martinière il y a quelques années et que nous avions eu l’occasion de vous présenter sur le site. Mais à la MEP, seule la moitié du troisième étage lui est consacré, ce qui représente une vingtaine de tirages seulement. C’est bien peu à notre goût et l’on s’attendait à plus en voyant que sa Liberté guidant le peuple accueille le visiteur dès le bas des escaliers.

Liu Bolin Hiding in the City - Paris-09, La Liberté guidant le peuple, 2013 120 x 150 cm © Liu Bolin, courtesy of the artist / Galerie Paris-Beijing

Les tirages de grandes dimensions de l’exposition sont remarquablement réalisés et le parcours est agréable. Cependant, nous aurions aimé en voir un peu plus, ce qui aurait sans doute permis de répartir plus clairement les différentes thématiques. Car à l’exception d’un texte d’introduction à l’entrée de l’expo et d’un ouvrage mis à disposition des visiteurs, pour ceux qui voudraient en savoir plus, on ne profite d’aucune explication contextuelle permettant d’appréhender la démarche de l’auteur.

Liu Bolin à la MEP

Si l’exposition n’occupe que la moitié du troisième étage, c’est parce que la MEP a réservé de la place à quatre autres artistes. Au même niveau que Liu Bolin, les visiteurs pourront découvrir les univers photographiques de Richard et Pablo Bartholomew dans un jeu de miroir entre le père et le fils. Au-dessous, les deux salles sont consacrées aux "Vagabondages argentiques" d’Anne et Patrick Poirier qui réunit 50 ans de collages et de montages photographiques.

Vagabondages argentiques d'Anne et Patrick Poirier.

Si vous êtes particulièrement intéressés par le travail de Liu Bolin, notez également que la galerie Paris-Beijing lui consacre une exposition nommée Revealing Disappearance sur la pollution et les questions environnementales jusqu’au 28 octobre et qu’il est à l’honneur de la Galerie des Enfants du Centre Georges-Pompidou jusqu’au 8 janvier. Wombat lui consacre également son trentième coffret réalisé en collaboration avec la MEP et la galerie Paris-Beijing. Il contient un portfolio de 10 images et 2 tirages numérotés de l’exposition Ghost Stories. Disponible à 700 exemplaires, il est vendu 50 € à la librairie de la MEP.

Maison européenne de la photographie,
5/7, rue de Fourcy,
75004 Paris.
www.mep-fr.org
Ouvert du mercredi au dimanche, de 11 à 20 h.
Plein tarif : 9 €. Tarif réduit : 5 €.

Pascale Brites

Journaliste technique, elle renforce l'équipe de rédaction en publiant des actualités et des articles pratiques. Ses publications 

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