Mondialement connu pour ses photographies de mode publiées dans la revue Vogue, le photographe Irving Penn aura marqué l’histoire de la photographie par ses multiples talents qu’il exerça également dans les domaines du portrait, du nu et des natures mortes. À l’occasion du centenaire de sa naissance, une vaste rétrospective lui est consacrée au Grand Palais à Paris jusqu’au 29 janvier 2018.

J’ai toujours été fasciné par l’appareil photo.
Je le reconnais pour l’instrument qu’il est, mi-Stradivarius, mi-scalpel.

Irving Penn

Salvador Dalí – New York, 1947, épreuve gélatino-argentique 23,8 x 19,7 cm. The Metropolitan Museum of Art, New York, Promised Gift of The Irving Penn Foundation ©The Irving Penn Foundation.

L’histoire d’Irving Penn est celle d’un homme fait pour la photographie et dont le talent n’aura pas attendu des années avant d’apparaître de manière évidente aux yeux de tous. Étudiant d’Alexey Brodovitch au Design Laboratory de la Pennsylvania Museum and School of Industrial Art, avant de devenir son assistant à Harper’s Bazaar, c’est en 1938 qu’Irving Penn achète son premier appareil photo, un Rolleiflex. Rapidement, le jeune homme délaissera la peinture et le dessin au profit de la photographie, allant même jusqu’à détruire ses tableaux en 1942, année qui signe aussi sa première publication sérieuse. Dès 1943, il fera une première couverture de* Vogue* avec une nature morte en couleur avant de s’adonner aux portraits. Sa première série célèbre marquera son style simple, authentique et tourné vers l’essentiel avec un décor minimaliste fait d’un angle entre deux cloisons murales ou d’un vieux tapis posé sur des caisses. C’est ainsi qu’il photographiera, entre autres, Alfred Hitchcock, Salvador Dalí, Elsa Schiaparelli ou Marcel Duchamp entre 1947 et 1948.

Exposition Irving Penn au Grand Palais.

La mode et la lumière

C’est à la même époque qu’il réalise ses premières photographies de mode, poussé par Alexander Liberman, le directeur artistique de Vogue. À l’effervescence des podiums et des soirées mondaines, il préfère le calme du studio et la douce lumière du jour.

Exposition Irving Penn au Grand Palais.

Là encore, il affirme son style en utilisant un simple rideau de théâtre en guise de fond. Cet accessoire qui le suivra tout au long de sa carrière et voyagera aux 4 coins du monde est présenté au rez-de-chaussée de l’exposition. Il en fera usage pour la première fois à Paris en 1950 alors qu’il est venu photographier les collections de Balenciaga et d’autres couturiers. C’est également à cette époque qu’il fait la rencontre de Lisa Fonssagrives, ancienne danseuse qui devindra sa muse, puis sa femme et qui permit à Irving Penn de réaliser de superbes séries devenues célèbres.

Robe-sirène Rochas (Lisa Fonssagrives-Penn) Paris, 1950, épreuve au platine-palladium, 1980 50,5 x 50,2 cm. The Metropolitan Museum of Art, New York, Promised Gift of The Irving Penn Foundation ©Condé Nast.

La lumière du jour (…) c’est la lumière de Paris, la lumière des peintres. Elle semble tomber comme une caresse.

Irving Penn

Tout est sujet

Mais résumer Irving Penn à ses photographies de mode et de célébrités serait une grossière erreur tant le photographe s’est depuis ses débuts intéressé à tous les sujets. Lors d’un reportage au Pérou pour Vogue en 1948, il profite de sa présence sur place pour réaliser des centaines de portraits d’habitants et de visiteurs venus à Cuzco pour les fêtes de fin d’année. L’une de ses photos, Les enfants de Cuzco, restera d’ailleurs parmi les plus célèbres de ses œuvres.

Cuzco Children (Enfants de Cuzco) – 1948, épreuve au platine-palladium, 1968, 49,5 x 50,5 cm. The Metropolitan Museum of Art, New York, Promised Gift of The Irving Penn Foundation ©Condé Nast.

Retenons aussi la série Petits métiers, réalisée entre 1950 et 1951 à Londres, New York et Paris et représentant des travailleurs, artisans et ouvriers anonymes, ou encore les natures mortes qu’il réalisa dès ses débuts de photographe. Une grande partie de ces photographies sont présentes dans l’exposition au Grand Palais qui compte plus de 235 tirages d’époque. Car outre la découverte pour certains de l’œuvre monumentale d’Irving Penn, la rétrospective qui se tient actuellement à Paris présente l’intérêt de mettre en avant la considération du photographe pour le laboratoire, tous les tirages de l’exposition ayant été réalisés du vivant de l’artiste et de sa main.

Girl Drinking. Exposition Irving Penn au Grand Palais.

Nous avons à ce propos particulièrement apprécié la série des Girl Drinking (Mary Jane Russell) présentant à partir d’une même photographie réalisée à New York en 1949 4 tirages réalisés par Irving Penn lui-même entre 1960 et 2000, 2 au gélatino-argentique et 2 au platine-palladium, pour autant d’interprétations au laboratoire d’une même image. Certains s’étonneront aussi de voir des photographies couleurs, quelques-unes sous la forme de tirages, d’autres plus nombreuses en vitrine, car publiées dans les pages du magazine Vogue. Elles montrent une autre pratique caractéristique du travail d’Irving Penn qui photographiait en diapositive couleur dans le cadre de ses commandes pour le magazine, mais réalisait des tirages en noir et blanc à partir de ces originaux.

Cuzco 1948. Exposition Irving Penn au Grand Palais.

Expositions thématiques

Après une salle consacrée aux premières natures mortes et photos de rue d’Irving Penn, l’exposition du Grand Palais enchaîne les thématiques que nous venons de vous détailler, consacrant une partie aux portraits existentiels de 1947-48, aux publications de mode dans Vogue, à Cuzco, aux Petits Métiers et aux Portraits classiques. La seconde moitié de l’exposition se trouve à l’étage des Galeries nationales et réserve une vaste partie aux nus de 1949-1950 ou au studio mobile transporté par Irving Penn au Maroc, en Nouvelle-Guinée au Dahomey.

Nude No. 72 (Nu n°72) New York, 1949-1950, épreuve gélatino-argentique 39,7 x 37,5 cm. The Metropolitan Museum of Art, New York, don de l’artiste, 2002 (2002.455.32) ©The Irving Penn Foundation.

Une large pièce expose ensuite les tirages grand format de la série Les Cigarettes réalisée en 1972. Comme pour les Nus, cette série fut mal comprise à l’époque, bien qu’aujourd’hui emblématique du travail d’Irving Penn. Elle précède les Natures mortes tardives débutées à partir de 1975 et dont la plus récente, Cafetière à trois étages, date de 2007, soit 2 ans avant la mort du photographe. Extraites des séries Objets de la rue, Archéologie, Sous les pieds et Récipients, elles montrent les incessantes observations et interrogations d’Irving Penn autour des objets et de leur histoire.

Alors qu’il utilisait des pellicules aussi bien couleur que noir et blanc lors de ses voyages lointains, Irving Penn n’a fait pratiquement aucun tirage en couleur à partir de ses clichés. Il en laissait le soin à la revue Vogue qui les a publiés de 1967 à 1971. Cette épreuve n’avait jamais été exposée auparavant. De toute évidence, Irving Penn préférait le noir et blanc, et ne s’est plus jamais essayé à la couleur.

En revanche, ne cherchez pas la série des crânes pourtant magnifiquement exposée il y a 3 ans à la Fondation Pinault dans le Palazzo Grassi de Venise. Elle fait partie des absentes de cette exposition qui manquera assurément aux plus grands amateurs du photographe. Ainsi, si vous êtes un fin connaisseur de l’œuvre d’Irving Penn, peut-être repartirez-vous de cette exposition avec un goût de “pas assez”. Loin de nous cependant l’idée de vous dissuader de vous rendre au Grand Palais tant cette rétrospective mérite le détour pour la qualité de ses tirages et de ses textes d’explication permettant d’appréhender au mieux l’incroyable œuvre laissée par Irving Penn.

Exposition Irving Penn au Grand Palais.

Après avoir été présentée au Metropolitan Museum of Art à New York du 24 avril au 30 juillet, l’exposition réalisée en collaboration avec la Fondation Irving Penn fait halte à Paris au Grand Palais jusqu’au 29 janvier où elle reprendra la route pour l’Allemagne, puis le Brésil.

Exposition accessible tous les jours, sauf le mardi de 10h à 20h
Nocturne le mercredi jusqu'à 22h
Plein tarif : 13 €
Tarif réduit : 9 €
www.grandpalais.fr

Pascale Brites

Journaliste technique, elle renforce l'équipe de rédaction en publiant des actualités et des articles pratiques. Ses publications 

Contenus sponsorisés