Bien qu'utilisés en priorité dans le domaine du cinéma et de l'audiovisuel, les termes de "gros plan" et de "très gros plan" désignent des valeurs de cadre tout à fait applicables en photographie. Isoler une partie du corps humain ou de tout autre objet peut non seulement conférer à vos images une dimension esthétique forte, mais également communiquer au spectateur un sentiment d'intimité.

Voici quelques astuces qui vous aideront à vous exercer. Nous vous invitons bien sûr à poster vos résultats en commentaire de cet article sur la page Facebook de Focus Numérique.

Le principe

Peut-être connaissez-vous la célèbre citation de Robert Capa : "Si vos photos ne sont pas assez bonnes, c'est que vous n'êtes pas assez prêt." Sans forcément prendre cet aphorisme à la lettre, il est possible d'en tirer quelques très bonnes pistes de réflexion sur la photographie, ainsi que sur toute représentation de la réalité par le biais de l'image. Comme nous le disions à l'occasion d'un précédent exercice photo sur la notion de minimalisme, s'attacher à un aspect réduit d'une scène plus vaste peut notamment aider à se débarrasser des éléments visuels perturbant la lisibilité de l'image et ainsi gagner en force dans sa représentation.

Exercice photo : le gros plan et le très gros planPhoto : Vinicius Amano.

Une telle approche permet au photographe de se questionner sur la partie de son sujet qui lui semble la plus importante, de façon à la mettre au mieux en valeur. Dans le cas d'un sujet humain, c'est bien souvent sur les yeux que se porte instinctivement le regard du spectateur, et leur mise en valeur peut favoriser une connexion émotionnelle, grâce à une lecture plus claire de l'expression du visage. Un gros plan ou un très gros plan peut aussi attirer l'attention sur une tout autre partie du corps et proposer une autre narration. À titre d'exemple, les mains marquées d'un travailleur manuel ou d'une personne âgée constituent un sujet de gros plan régulièrement exploité.

En pratique

L'approche la plus classique du portrait consistant bien souvent à isoler le sujet de son arrière-plan, la mise en œuvre d'un gros plan ou d'un très gros plan répond peu ou prou aux mêmes impératifs techniques. Nous conseillons ainsi l'utilisation d'un "petit téléobjectif", c'est-à-dire d'une focale proche de 85 mm, disposant d'une distance de mise au point minimale relativement faible. Dans le cas d'un très gros plan, l'utilisation d'un objectif adapté à la proxiphotographie ou la macrophotographie peut s'avérer nécessaire.

Exercice photo : le gros plan et le très gros planPhoto : Samuel Zeller.

Si vous photographiez un sujet humain, l'utilisation d'une très longue focale peut parfois s'apparenter à une arme à double tranchant : un tel objectif permet en effet d'effectuer un cadrage serré d'un sujet lointain, mais induit une estétique marquée par une sensation d'éloignement qui pourrait restreindre l'empathie du spectateur envers le sujet photographié. Pour donner à ressentir une certaine proximité, le plus efficace est donc de vous rapprocher physiquement de votre sujet.

Pour conclure

Exercice photo : le gros plan et le très gros planPhoto : Tim Marshall.

Si le gros plan et le très gros plan permettent de guider le regard du spectateur, ces valeurs de cadre n'impliquent pas nécessairement une démarche esthétique et narrative classique. Une approche plus abstraite de la photographie peut ainsi consister à supprimer une partie des repères visuels associés à un sujet pour s'attacher uniquement à son caractère visuel et ainsi lui conférer une dimension poétique.

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Paul Nicoué

Rédacteur polymorphe. Chantre occasionnel de la photophonie, grand chambellan des accessoires photo et chevalier de l’ordre du degré Kelvin. Ses publications