Nous aurions pu opposer deux moyen format à 50 Mps — il en existe désormais plusieurs, comme le Pentax 645Z ou le Hasselblad X1D. Toutefois, l'irruption du GFX de Fujifilm va bien au-delà du simple affrontement de grands capteurs. L'arrivée d'un nouvel acteur dans le petit marché des moyen format va sans doute questionner les photographes de studio qui souhaitent travailler avec 50 millions de pixels. Les grands capteurs sont très intéressants pour la gestion du bruit électronique et la dynamique, mais faut-il investir le double ou le triple d'argent dans un moyen format si un reflex 24x36 peut répondre aux demandes ? C'est la question que nous posons, et nous allons tenter d'apporter quelques éléments de réponse à l'occasion de ce face à face entre le Canon 5DS R et le Fujifilm GFX 50S[test] Phase One XF 100MP.

Fiches techniques comparées

Comme dans tout bon duel, commençons par les fiches techniques. Au préalable, il est à noter toutefois que les deux boîtiers présentent une belle différence de prix, qu'il faut prendre en compte. L'autre élément important est bien sûr la taille du capteur. Celui-ci du Fujifilm GFX 50S est nettement plus grand, en surface, que le 24x36 du Canon 5DS R. Pour visualiser cette différence, vous pouvez consulter ci-dessous les tailles relatives des différents capteurs rencontrés dans nos appareils photo.

Différentes proportions de capteursTailles relatives des différents formats de capteurs.

Test - 20/05/2015
Canon 5DSR
5DSR
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Test - 13/03
Fujifilm GFX 50S
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Canon 5DS R Fujifilm GFX 50S
Capteur 50,6 Mpx 51,4 Mpx
Taille du capteur 36 x 24 mm 43,8 x 32,9 mm
Densité par cm² / taille photosite 5,9 Mpx / 4,1 µm 3,6 Mpx / 5,3 µm
Filtre AA non non
Capteur stabilisé non non
Sensibilité 100 - 6 400 ISO
ext. 50 - 12 800 ISO
100 - 12 800 ISO
ext. 50 - 102 400 ISO
Collimateurs autofocus 61 AF par détection de contraste
Dont croisés 41
Plage de fonctionnement -2 à 18 IL /
Collimateur sur le capteur principal non /
Mesure d'expo Capteur RVB 150 000 px sur capteur principal
Compensation d'expo ±5 IL ±5 IL
Mesure spot lié au point AF sélectionné non oui
Obturation max. 1/8 000 s (mécanique) 1/8 000 s (mécanique)
1/16 000 s (électronique)
Synchro flash 1/200 s 1/125 s
Rafale max 5 i/s 3 i/s
Nb max. JPEG en rafale 510 13
Nb max. RAW en rafale 14 8
Viseur pentaprisme (optique) Oled (électronique) 3 690 000 points
Grossissement 0,71x 0,85x
Couverture 100 % 100 %
Taille écran 8,1 cm 8,1 cm
Définition écran 1 040 000 points 2 359 000 points
Orientable non oui
Tactile non oui
Wi-Fi non oui
NFC non non
Bluetooth non non
GPS oui non
Intervallomètre oui oui
USB 3.0 3.0
Prise micro oui oui
Sortie HDMI oui oui
Sortie Ethernet RJ-45 non non
Sortie casque non oui
Flash intégré non non
NG / /
Format vidéo H.264/MP4 H.264/MPEG-4
Résolution max 1 920 x 1 080 px 1 920 x 1 080 px
Cadence 30/25/24p 30/25/24p
Mémoire CF type I UDMA 7 / SD UHS-I SD UHS-I/II
Autonomie max (CIPA) 700 photos 400 photos
Poids (nu sans batterie) 845 g 825 g
Dimensions env. 152 × 116 × 76 mm env. 148 x 94 x 91 mm

Prise en main

Nous le répétons toujours : la prise en main est un aspect essentiel et nous ne pouvons nous substituer complètement à vous. C'est une sensation à la fois objective et subjective qui dépend, pour beaucoup, de la morphologie de vos mains. Prenez les appareils en main, portez-les à l'œil : un boîtier doit vous convenir et en cette matière, vous êtes les seuls à pouvoir décider.

Canon 5DS R vs Fujifilm GFX 50S

Malgré la différence de taille des capteurs, les deux boîtiers ont finalement des dimensions sensiblement similaires. Le GFX est plus étroit, mais plus épais. Dans ce comparatif, il n'est pas accompagné de son viseur électronique amovible, mais muni de ce dernier, les deux boîtiers présentent là encore peu ou pro la même hauteur. C'est donc une belle performance de la part de Fujifilm. Une performance d'autant plus remarquable que le poids des deux boîtiers est quasi identique.

Le Canon 5DS R présente le look de reflex traditionnel pour la marque. Côté Fujifilm, nous sommes un peu déçus par le manque d'audace du boîtier. Alors que la marque a capitalisé le succès de sa gamme X-Premium avec des boîtiers aux lignes rétro, le GFX arrive avec apparence assez quelconque. On est assez loin de l'esthétique réussie d'un X100F ou d'un X-Pro2 : dommage.

Ergonomie / menus : avantage Fujifilm

Canon 5DS R : du très (trop) basique

La prise en main du boîtier est franche et le reflex inspire confiance pour une finition agréable et de qualité. Le 5DS R présente une résistance classique aux intempéries, grâce à la présence de joints d'étanchéité au niveau des zones à risque comme les trappes ou les différentes commandes. L'interface est classique avec des commandes larges et bien identifiées, ainsi qu'un joystick pour naviguer dans les menus et déplacer les collimateurs AF. Sur le dessus du boîtier, vous trouverez le barillet pour le choix du mode d'exposition (verrouillable), un écran LCD monochrome de rappel, une rangée de doubles commandes.

Canon 5DS R vue de dessus

Au dos, l'écran reste malheureusement fixe et non tactile. La roue codeuse, large et facile d'utilisation, permet de naviguer rapidement dans les menus et les images. Les menus Canon sont d'ailleurs assez bien pensés, avec une bonne hiérarchisation et un rangement assez logique. Toutefois, il n'existe pas d'onglet dédié à la vidéo.

Canon 5DS R dos

Fujifilm GFX 50S : plus moderne

Privilège de la jeunesse, le GFX 50S a une approche beaucoup plus moderne quant à l'interface. Fujifilm est parti d'une feuille blanche et n'a pas été contraint par son passé dans la création de son moyen format hybride. Pour l'ergonomie et l'accès aux différents réglages, le GFX reprend les fonctionnalités déjà éprouvées sur les X-Pro2 / X-T2 avec un barillet pour le temps de pose et un barillet pour la sensibilité ISO, l'ouverture étant modifiable via la bague de diaphragme de l'optique. Vous disposez également de deux molettes de réglages avant/arrière, comme sur les reflex actuels. Bien vu. Le GFX 50S dispose aussi d'un écran LCD monochrome de rappel allumé en permanence.

Au dos, vous trouverez un écran LCD orientable et tactile et disposez d'une touche Q(uick) pour accéder aux principaux réglages de l'appareil. En outre, le boîtier offre de nombreuses commandes personnalisables, à commencer par le trèfle de sélection.

L'interface graphique et les menus du GFX sont très denses, mais l'organisation est globalement assez logique. Dommage qu'on ne puisse pas naviguer dans les menus à l'aide de l'écran tactile.

Viseur : égalité

Canon 5DS R : douceur de la visée optique

Le débat est toujours complexe entre visée optique et visée électronique. Ceux qui sont habitués à la visée fine et fluide d'un système optique sont toujours décontenancés devant un viseur électronique, aussi bon soit-il. L'impression de regarder un écran reste une étape encore difficile à franchir. Le viseur du reflex est assez spacieux et dispose de nombreuses informations en surimpression, comme les collimateurs AF, certains ratios d'image ou les niveaux.

Fujifilm GFX 50S : polyvalence de la visée électronique

Le Fujifilm GFX 50S dispose d'un des meilleurs viseurs électroniques du moment avec une dalle Oled à 3,69 Mpx et un fort grossissement de 0,85x. Toutefois, tout n'est pas parfait : l'image manque encore de précision et surtout de fluidité en basse lumière.

Bruit au déclenchement : avantage Fujifilm

Le Canon 5DS R dispose bien d'un mode de déclenchement dit "silencieux" qui n'en reste pas moins bruyant, à cause des mouvements du miroir et l'obturateur mécanique. De son côté, le Fujifilm GFX 50S profite à la fois d'un obturateur plan focal mécanique jusqu'au 1/4 0000 s et d'un système d'obturation électronique jusqu'au 1/16 000 s. Dans ce dernier mode, le déclenchement est totalement silencieux — un point non négligeable pour la photographie de spectacle, par exemple.

Batterie / autonomie : avantage Canon

Le reflex Canon est annoncé avec une autonomie de 700 déclenchements, contre 400 pour le moyen format de Fujifilm. Lors de nos tests, nous avons pu réaliser environ 300 vues avec le GFX et 600 vues avec le 5DS R. Le ratio reste identique avec des performances moindres. Les deux boîtiers peuvent accueillir un grip d'alimentation afin de doubler leur autonomie.

Autres fonctionnalités : avantage Fujifilm

Le boîtier moyen format de Fujifilm est plus moderne et dispose par exemple d'une puce Wi-Fi pour le transfert des images vers un smartphone ou le pilotage à distance. En outre, vous trouverez d'autres fonctionnalités comme les simulations de films (Velvia, Astia, Classic Chrome...) ou un bracketing de sensibilité ISO.

Parc optique : avantage Canon (loin devant)

Privilège de l'âge, le système Canon a désormais plus de 25 ans d'ancienneté et profite d'un parc optique riche et polyvalent, comptant des optiques macro, de très longs télés, des zooms ou des optiques à bascule et décentrement. À l'inverse, le système GFX est à peine naissant et, pour l'instant, son parc optique se limite à 5 modèles.

Réactivité

Autofocus : avantage Canon

Le Canon 5DS R dispose du module AF à 65 collimateurs hérité du 1D-X. La mise au point est sensible jusqu'à -2 IL. Le système par corrélation de phase se montre rapide et à l'aise dans la plupart des situations.
De son côté, le GFX utilise un module AF à détection de contraste sur le capteur principal.

Qualité des images

Piqué en studio : avantage Fujifilm

Nous allons comparer les images réalisées en studio. Ces comparaisons sont à prendre avec tout le recul nécessaire, car les configurations sont forcément différentes. Pour l'occasion, nous avons confronté le Fujifilm équipé de l'optique 120 mm f/4 et le Canon 5DS R avec le 85 mm f/1,4 Art de Sigma.

Le moyen format Fujifilm offre une meilleure richesse dans le rendu des détails. La différence est subtile, mais c'est justement cette subtilité qui est recherchée : un rendu des matières, le velouté de la peau. Sur ce point, le GFX 50S surclasse son adversaire du jour.

fujifilm-gfx-50s-comparaisoncanon-5dsr-comparaison

Gestion du bruit électronique : avantage Fujifilm

Canon 5DS R : jusqu'à 3 200 ISO

Les 50 millions de pixels du 5DS R sont un peu à l'étroit sur le capteur 24x36 et la gestion du bruit électronique devient critique à partir de 3 200 ISO. Le grain se fait rapidement visible sur des images à 100 %.

Fujifilm GFX 50S : jusqu'à 6 400 ISO

Les photodiodes du plus grand capteur du GFX présentent une surface sensible plus importante, donc mécaniquement une gestion plus fine du bruit électronique. Le GFX est à l'aise sur toute la plage de sensibilité. Bon point, il est également possible de grimper au-delà de 100 000 ISO. Le résultat est moche, mais envisageable. Le GFX saura donc trouver une place aussi bien en studio qu'en reportage.

Dynamique : égalité

Lors de nos tests, nous avons été surpris par la latitude de travail du GFX 50S, finalement assez proche de celle d'un reflex 24x36. Dans les hautes lumières, le 5DS R fait un peu mieux, mais le Fujifilm est plus à l'aise pour faire ressortir des détails dans les zones sombres sans faire remonter du bruit électronique.

Dans les mains d'un professionnel

Pour compléter notre duel, nous avons également demandé au photographe Martial Lenoir d'essayer les deux appareils photo lors d'une séance en studio et en extérieur. Martial travaille régulièrement avec des reflex Canon (5D Mark III) et Nikon (D810).

Martial, quel est ton avis à chaud après cette séance d'essai avec les deux boîtiers ?

Martial Lenoir – Le GFX 50S se prend rapidement en main et ressemble à un gros reflex. Il est, de ce point de vue, beaucoup plus simple à utiliser que le Phase One XF 100MP. J'ai vraiment apprécié la poignée et les commandes à l'ancienne, comme la bague de diaphragme sur l'optique ou la molette pour le temps de pose. C'est finalement très simple : on ne se pose pas de question sur comment fonctionne le boîtier et ça me rappelle l'époque ou je travaillais en argentique avec mon Mamiya RZ. C'est très agréable. L'EOS 5DS R n'est pas vraiment une suprise : j'ai beaucoup travaillé avec un 5D Mark III, j'ai très rapidement retrouvé mes habitudes.

sonny_vestiaire2_fuji1

Ça c'est pour les bons côtés, mais comment as-tu vécu ta séance en studio ?

M. L. – J'ai été perturbé par la visée électronique du GFX. C'est pour moi une première et je trouve cette visée encore compliquée. Ce n'est pas une question de précision, mais plutôt de rendu électronique. J'ai l'impression de perdre mon modèle en le regardant à travers un écran. Je perds le contact, je suis moins dans mon travail. En outre, j'ai trouvé le rendu de l'écran très flatteur et trop lumineux. Je cherche à créer une ambiance un peu sombre et dans le viseur, tout paraît trop clair. Même en baissant la luminosité de la visée, le rendu ne m'a pas semblé très fidèle par rapport à la scène que j'avais devant les yeux.

sonny_vestiaire_fuji1

Un autre point critique des moyen format reste souvent l'autofocus. Quelle est ton opinion ?

M. L. – Je travaille de manière plus fluide avec le Canon 5DS R. L'autofocus est un peu plus réactif, notamment en basse lumière ou sur les sujets peu contrastés. J'ai eu quelques effets de recherche du point avec le Fujifilm GFX 50S. Le boîtier semble un peu plus hésitant, mais reste correct. J'ai été gêné par l'écran tactile au début : je déplaçais le collimateur AF avec mon nez et je ne m'en rendais pas compte immédiatement, car j'étais dans le cadre de ma photo. Il faut bien penser à le désactiver.

sonny_vestiaire_5_canon

Et la qualité des images ? C'est aussi très important !

M. L. – Le Fujifilm GFX 50S produit des images superbes, avec un niveau de détail très intéressant, une très belle gestion du flou arrière et une belle douceur dans le rendu des lumières. Sur ce point, les images du Fujifilm sont meilleures que celles du Canon. Au niveau de la dynamique, le GFX est également beaucoup plus souple pour la retouche. Lorsque je veux récupérer des détails dans les zones sombres de la photo, le bruit reste très discret, ce qui n'est pas toujours le cas avec le 5DS R . De manière globale, les images du GFX sont plus intéressantes en matière de piqué, et offrent aussi plus de facilité à la retouche. C'est vraiment intéressant.

hd_sonny_ext_3_fuji

Photographe : Martial Lenoir
Modèle : Sonny
Coiffure / maquillage : Simon Chossier

Vidéo : égalité

Les deux boîtiers permettent de filmer en HDTV 1080 à 30/25/24p (pas de mode 60/50p) et disposent d'une sortie HDMI pour utiliser un enregistreur externe. Au niveau du rendu, le Canon 5DS R est un peu plus précis, mais le boîtier est pénalisé par un système autofocus par détection de contraste beaucoup trop hésitant. De manière assez étonnante, l'autofocus du GFX s'avère également lent et les vidéos sont grevées par un effet de rolling shutter très visible.

Conclusions

Canon 5DS R Fujifilm GFX 50S
Ergonomie / menus +
Viseur = =
Écran LCD +
Réactivité / autofocus +
Bruit au déclenchement +
Batterie / autonomie +
Autres fonctionnalités +
Parc optique +
Piqué +
Gestion du bruit électronique +
Dynamique = =
Mode vidéo = =
Fujifilm GFX 50S
fujifilm-gfx-capteur
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Comme souvent, ce duel à 50 Mpx n'appelle pas de gagnant franc : tout dépend de votre pratique photographique et de la finalité de vos images. Car oui, le GFX 50S délivre de plus belles images en matière de piqué et de rendu des matières, mais oui, le GFX 50S coûte presque deux fois plus cher. Le gain en qualité d'image vaut-il la différence de prix ? La question est épineuse et la réponse sera nécessairement personnelle. Pour les photographes en publicité ou mode avec des budgets conséquents, le passage au moyen format peut être intéressant pour la qualité d'image superlative ainsi que la souplesse en post-traitement. Le Fujifilm GFX 50S intéressera notamment ceux qui travaillent à la chambre photographique avec son adapteur. Mathématiquement et sans tenir compte du prix, le GFX l'emporte avec une conception plus moderne et une qualité d'image exceptionnelle. Le Canon a pour lui un parc optique pléthorique et une visée optique toujours appréciable dans certaines situations.

Renaud Labracherie

Rédacteur en chef de Focus Numérique. Grand évangéliste du RAW. Ses publications 

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