Beaucoup d'entre vous nous questionnent régulièrement sur des problématiques liées à la gestion des couleurs. Si nous avons récemment présenté la notion d'espace colorimétrique et avons tenté de vous aider à choisir un espace de couleurs à la prise de vue, force est d'avouer que le sujet est bien plus vaste.

Bien que mon écran soit calibré, je remarque une différence de rendu des couleurs selon que j'observe une même photo en utilisant le logiciel Lightroom ou la visionneuse d'images Windows. Comment cela est-il possible ? Qui croire ?

Axel Azario, lecteur de Focus Numérique.

Les problématiques de gestion des couleurs étant complexes, il est souvent difficile d'y répondre sans connaître avec précision la configuration matérielle et logicielle utilisée, ainsi que les circonstances exactes du problème. Notre lecteur précise ici que son écran est calibré ; nous considérons donc que le profil ICC créé durant la phase de calibrage est correctement pris en compte par son système d'exploitation.

Les espaces colorimétriques

Au risque de paraître redondants, il nous semble indispensable de rappeler quelques définitions en guise d'introduction : un espace colorimétrique — ou espace de couleurs — est un modèle mathématique tridimensionnel représentant l'ensemble des couleurs perceptibles, utilisables ou reproductibles par un être humain ou un appareil.

On en distingue trois types : les espaces colorimétriques dépendants, décrivant uniquement les caractéristiques du périphérique correspondant (on parle alors de profil ICC) ; les espaces colorimétriques indépendants, décrivant un ensemble de couleurs visibles sans faire référence à un périphérique particulier de la chaîne graphique ; et enfin les espaces de travail, utilisés quant à eux par les logiciels de retouche et les formats de fichiers pour déterminer la palette de couleurs avec laquelle il est possible de travailler.

La gestion des couleurs après calibrage

Le calibrage d'un écran permet, à l'aide d'une sonde (ou colorimètre) et d'un logiciel dédié, de mesurer la justesse des couleurs affichées par un écran de façon à créer un espace colorimétrique dépendant, appelé profil ICC.

Celui-ci caractérise l'écran auprès du système d'exploitation et communique les corrections nécessaires à la carte graphique (par le biais d'un tableau de correspondances, ou LUT pour Look-Up Table) de manière à ce que soient affichés la luminosité, le contraste et les couleurs les plus justes possible.

Écran arts graphiques Dell UP2516D
Certains autorisent la modification de leur propre LUT plutôt que de celle de la carte graphique. C'est notamment le cas du Dell UP2516D, que vous recommandons dans notre guide d'achat des meilleurs accessoires photo de l'hiver 2016.

Le calibrage ne constitue cependant qu'un maillon de la gestion des couleurs dans la chaîne graphique et n'assure pas, à lui seul, la justesse de l'affichage dans toutes les situations. Les images étant par la suite visionnées et éditées dans divers logiciels, ces derniers doivent en effet prendre en compte la gestion des couleurs. Cela inclut non seulement d'utiliser le profil correspondant à l'écran lors de l'affichage des images, mais également de reconnaître les profils intégrés à ces dernières.

Nous avons en effet vu à l'occasion d'un précédent courrier lecteur qu'il est possible de choisir un espace colorimétrique à la prise de vue (bien souvent sRGB ou Adobe RGB), ou d'en attribuer un à un fichier image lors de son export à partir d'un logiciel de développement RAW. Tout à fait indépendant de la notion de calibrage, cet espace de couleur constitue un espace de travail.

La visualisation d'une image au profil de couleur relativement étendu (tel que l'Adobe RGB) dans un logiciel qui ne prend pas en compte la gestion des couleurs, ou qui utilise un espace colorimétrique plus restreint (tel que le sRVB), laissera ainsi apparaître des couleurs délavées. Au contraire, lors de l'utilisation d'un écran à large gamut, la visualisation dans un même logiciel d'une image au profil de couleur restreint donnera à voir des couleurs trop saturées.

assurer un juste affichage des couleurs

Il convient dans un premier temps de vous renseigner sur la prise en compte de la gestion des couleurs par les différents logiciels que vous utilisez.

Photoshop, Lightroom, Capture One et autres logiciels sérieux de retouche et de développement RAW assurent une gestion complète des couleurs et sont par conséquent dignes de confiance en ce qui concerne la justesse d'affichage de vos photos.

En ce qui concerne les visionneuses d'images, il faut se tourner vers des logiciels tels que FastPictureViewer, FastStone Image Viewer ou encore Photo Mechanic.

Enfin, si les navigateurs Internet de bureau sont — depuis peu — de plus en plus en nombreux à prendre en compte la gestion des couleurs, ce n'est toujours pas le cas des navigateurs pour terminaux mobiles (exception faite de Safari pour iOS).

FastPictureViewer 1.9
FastPictureViewer 1.9.

Quoi qu'il en soit, il est indispensable d'incorporer un profil à toute image pour que celui-ci soit correctement reconnu et interprété par un logiciel permettant la gestion des couleurs, mais il est en général conseillé d'utiliser le profil sRGB, de façon à ce que l'affichage reste le plus cohérent possible d'une situation de visionnage à l'autre. Seul cet espace de couleur peut en effet être affiché correctement par la plupart des écrans et des logiciels ne prenant pas en compte la gestion des couleurs.

Posez-nous votre question

Paul Nicoué

Rédacteur polymorphe. Chantre occasionnel de la photophonie, grand chambellan des accessoires photo et chevalier de l’ordre du degré Kelvin. Ses publications 

Contenus sponsorisés