Si l'anamorphose est synonyme pour beaucoup des films en CinemaScope, le GH4 mis à jour et le GH5 de Panasonic, ainsi que sa prochaine mise à jour, pourraient démocratiser la prise de vue en format large anamorphosé. Retour sur ce procédé de compression d'image optique qui donne un véritable look cinéma aux productions vidéo.

Le format d'image dit anamorphosé s'obtient grâce à l'utilisation de lentilles spécifiques qui réalisent une compression optique de l'image, à la prise de vue, sur le support d'enregistrement. L'image est naturellement "décompressée" à la projection par un système optique inverse. Le principe technique, plutôt ancien, connaît son heure de gloire dans les années 50 du siècle dernier. Le cinéma doit faire face à un nouveau concurrent qui prend place dans les foyers : la télévision. Pour se démarquer de ce petit écran envahissant, les décideurs du cinéma, principalement américains, veulent voir les choses en grand, ou plutôt en large. Pour cela, plusieurs solutions sont envisageables : élargir le format de l'enregistrement, utiliser des formats dits panoramiques en réduisant la hauteur de la fenêtre d'enregistrement, ou utiliser un procédé d'anamorphose pour compresser / décompresser les images à la captation et à la projection.

Si le cinéma utilise le plus généralement de la pellicule de 35 mm de large, toute la surface n'est pas exploitée pour la captation des images. En effet, plusieurs contraintes existent : il faut des performations, pour assurer l'entraînement du film, et de la place pour la piste son associée au film. Au final, la surface réellement exploitable est classiquement de 22 x 18 mm, soit un rapport de 1,22:1. Nous sommes donc assez loin des formats panoramiques que sont le 1,65:1 (Europe) ou le 1,85:1 (États-Unis). Pour obtenir de tels rapports de cadre, le 1,85:1 par exemple, il faut réduire la hauteur de la zone du photogramme : si l'on garde les 22 mm de largeur, la hauteur de l'image est réduite à 11,9 mm. Il faut donc agrandir davantage la projection en changeant d'objectif. Les progrès dans le rendu des pellicules compensent désormais la perte de qualité due à une surface sensible plus petite.

Différents ratios d'imagesÀ gauche, le ratio d'image est de 1,22:1. À droite, afin d'obtenir une image plus allongée, la hauteur est diminuée pour atteindre un ratio 1,85:1. On perd irrémédiablement de l'information.

Élargir le format d'enregistrement présente donc de nombreuses contraintes et seul le format 70 mm est encore réellement exploité aujourd'hui. Les formats panoramiques posent également des problèmes, notamment la nécessité d'agrandir un peu plus l'image pour compenser la perte d'information dans la hauteur. Les formats anamorphosés, eux, permettent de limiter, en partie, la perte d'information dans la hauteur.

L'anamorphose va compresser optiquement une image dans le sens de la largeur : ont fait rentrer plus d'information sur la même surface sensible. Ensuite, l'image est désanamorphosée au moment de la projection. Le système cinématographique anamorphosé le plus connu est sans doute le CinemaScope. Dans ce cas, la compression est de 2:1. Mais il existe différentes optiques anamorphiques avec différents taux de compression. Les plus connues sont Arri, Scorpio, SLR Magic, Lomos, Cook ou encore Hawk. Le CinemaScope a connu plusieurs ratios, du 2,55:1 au début de sa carrière, il est passé au 2;35:1 en 1957 pour être normalisé en 2,39:1 en 1970 par la SMPTE (Society of Motion Picture and Television Engineers).

Et pour la petite histoire, le CinemaScope a une origine française ! En effet, le procédé de compression / décompression optique a été inventé par Henri Chrétien en 1926, avec l'Hypergonar. Le Français a cédé le brevet de son invention en 1953 à 20th Century Fox pour une exploitation commerciale.

cinemascopeProcessus de compression optique des images en CinemaScope

Optique anamorphiqueLes optiques anamorphiques ne sont pas circulaires, mais ovales. Ici, une Bell & Howell 2x anamorphic.

Les films tournés en anamorphique se reconnaissent donc par leur format très large, mais aussi par le rendu très spécifique des images. Ainsi, le bokeh présente une forme ovale et l'arrière-plan semble se détacher davantage qu'avec des optiques circulaires. Il est d'ailleurs possible de reconnaître un film anamorphique par les défauts causés par les lentilles ovales. Les sources lumineuses ponctuelles créent des lignes bleues très marquées, par exemple, et le flare présente un aspect arc-en-ciel. En outre, la distorsion des lignes horizontales est souvent plus visible.

Lignes bleues anamophiquesLes lignes bleues sur les lumières ponctuelles sont caractéristiques d'un tournage avec des optiques anamorphiques.

bokeh film anamorphiqueLe bokeh ovale des films anamorphiques.

La captation en anamorphique n'est pas une exclusivité du Panasonic GH5 : après une mise à jour majeure, le GH4 en version 2.2 est également capable de filmer en anamorphique. La caméra de cinéma Arri, qui utilise également un capteur 4/3'', est elle aussi capable de tourner en anamorphique. Il est vrai que les capteurs 4/3'', proches du format carré, sont plus intéressants, car plus hauts, pour la captation en anamorphique.

Si nous n'avons finalement que peu de précisions sur le mode anamorphique du GH5, nous pouvons néanmoins revenir sur la mise à jour du GH4. Après mise à jour, donc, le GH4 est capable de filmer dans un ratio 4/3 en 3 328 x 2 496 px. La sortie HDMI est utilisée pour ce mode d'enregistrement, des barres noires seront donc visibles à gauche et à droite de la vidéo. Le ratio de l'image étant de 1,33:1, lorsque vous utilisez une optique 2x, il devient 2,66:1 ; il faudra alors recadrer pour atteindre le plus conventionnel 2,39:1.

Renaud Labracherie

Rédacteur en chef de Focus Numérique. Grand évangéliste du RAW. Ses publications