Tourner en vidéo avec des reflex ou des hybrides est d'autant plus difficile que ces boîtiers disposent de peu d'outils d'assistance électronique à l'exposition et la mise au point. Conséquence directe, les tournages contiennent un grand pourcentage de plans flous et mal exposés. Exception faite de Sony et Panasonic qui intègrent dans leurs Serie A et GH4/GH5 tout ce qu'il faut pour exposer et faire la mise au point, les autres boîtiers sont assez chiches. Canon et Nikon n'offrent que des menus pauvres en ce sens, à moins d'y ajouter le firmware Magic Lantern pour les reflex Canon. Dès lors, quelles sont les bonnes pratiques et outils à adopter ?

histogrammeL'histogramme est très pratique en photo, beaucoup moins en vidéo.

L'histogramme est l'outil par excellence pour vérifier l'exposition en photographie. Las, cet assistant électronique qui représente à l'horizontale la répartition des nuances du noir (0) au blanc (255), s'il est valable pour effectuer une exposition à droite (ETTR, Expose To The Right) pour un paysage, s'avère inutile pour exposer en vidéo une zone particulièrement sensible à l'exposition puisqu'il est difficile de localiser précisément sur l'histogramme la zone qui intéresse – par exemple un visage – ou d'autres zones en dégradé…

Ce qui nous préoccupe en vidéo, c'est le niveau de noir et des basses lumières (l'ombre d'un vêtement, par exemple), le visage humain, ainsi que le niveau de blanc et des hautes lumières (les nuages, par exemple).

Pourquoi est-ce si important de bien exposer une image en général et un visage en particulier ?

La plupart des DSLR et des caméras n'offrent qu'une dynamique limitée par la courbe de gamma de base (REC709 en général), souvent inférieure à 7 diaph maximum lorsque le mode de tournage vidéo n'est ni en LOG ni en RAW. Mal exposer une image serait synonyme de bruit dans l'image (sous-exposition) ou de visage brûlé avec perte de matière dans la colorimétrie (surexposition). Si vous optez pour l'enregistrement en RAW ou en LOG sur au moins 10 bits, vous avez davantage de marge pour corriger votre exposition. Pour bien exposer vos vidéos, il faut donc d'autres assistants se montrant plus précis, et ne pas perdre de matière dans les hautes et les basses lumières.

L'oscilloscope : l'outil essentiel

moniteur avec oscilloMoniteur avec “oscillo”.

Le plus connu en vidéo est l'oscilloscope, très utilisé dans la régie télévisuelle de l'ingénieur-vision et sur les plateaux de fiction et de publicité. On retrouve cet appareil juste à côté des écrans HD ou UHD pour régler précisément plusieurs paramètres : l'exposition, la mise au point et le tirage optique. L'oscilloscope va afficher de gauche à droite (soit la largeur de l'image) les valeurs électriques/numériques de l'image entre le noir (en bas) et le blanc (en haut) sur l'axe vertical. Il est donc possible de visualiser la répartition spatiale des différentes valeurs.

le signal vidéo électrique

analyse de l'imageAnalyse de l'image.

La relation entre l'oscilloscope et l'histogramme permet de comprendre la différence de lisibilité quand il s'agit d'analyser l'exposition de l'image, soit sur l'ensemble des lignes qui composent cette dernière (1 080 en HD, 2 160 en UHD), soit sur une seule ligne pour une analyse plus précise, comme le montrent les illustrations suivantes.

Visualisation de la zone NOIR en réflexion sur l'oscilloscope et l'histogramme entre 5 et 10 %.

Visualisation de la zone BLANC en réflexion sur l'oscilloscope et l'histogramme à 100 %.

Visualisation de la zone GRIS MOYEN en réflexion sur l'oscilloscope et l'histogramme à 50 % du signal.

Valeur en pourcentage des zones de référence (gris/blanc/visage caucasien) en vidéo REC709.

Sur un oscilloscope, si le gris moyen est posé sur la ligne des 50 % en REC709, le visage est alors correctement posé entre 45 et 70 % maximum.

En LOG et en RAW

Quand la caméra opère en RAW ou en LOG, c'est sur les valeurs d'exposition du LOG que l'on va se repérer. Si le LOG est bien posé à l'aide de l'oscilloscope, alors le RAW sera également correctement exposé.

Valeur en pourcentage des zones de référence (gris/blanc/visage caucasien) en vidéo LOG (SLOG3/LOG C/VLOG).

Le signal en LOG ayant pour but de décontraster et de désaturer l'image pour récupérer le maximum de nuances dans le signal enregistré, le niveau de blanc et celui de noir sont décollés de leur référence, ce qui implique une perte certaine de dynamique et de nuances utiles.

Comment fait-on pour savoir que le 50 % du gris moyen doit être à 40 % en LOG ? La plupart des courbes LOG qui sont compatibles avec le LOG de référence du marché, celui de l'Alexa (à savoir le LOG C), ont comme caractéristique commune le fait que le gris moyen Kodak se pose à 40 % du signal. C'est le cas pour le S-LOG3 de Sony et le V-LOG de Panasonic, par exemple. On filme le gris, on affiche le profil du signal sur l'oscilloscope et l'on ouvre le diaphragme jusqu'à ce que le signal qui correspond à la zone du gris soit calé sur la ligne 40 % de l'oscilloscope.

10 bits sinon rien

Par exemple, dans le cas des caméras qui enregistrent en LOG 8 bits, il faut comprendre que le nombre de nuances chute de 256 à…
→ Environ 210 nuances dans la norme REC709, car le noir est à 16 et le blanc à 235 (en RGB, le noir est à 0 et le blanc est à 255).
→ Puis la captation LOG fait perdre environ 10 % de nuances dans les basses lumières et 15 % dans les hautes lumières, ce qui implique une perte supplémentaire d'environ 25 % due à la répartition des nuances (bit allocation) en LOG.
→ Au final, environ 150 nuances effectives réparties sur plus de 10 diaph, cela fait peu pour l'étalonnage qui va “tirer” sur ces nuances. Le LOG en 8 bits est un fantasme… ou du marketing.

En 10 bits, l'étalonneur dispose d'environ 1000 nuances, comparées aux pauvres 150 nuances du signal en 8 bits. C'est pour cela que pour les caméras ne disposant que de 8 bits à l'enregistrement, il vaut mieux utiliser une courbe proche du contraste de l'image définitive.
Dans tous les cas, exposer correctement son LOG est important, car la marge de manœuvre peut être faible, surtout pour les visages, tandis que les assistants électroniques sont nécessaires pour ne pas dégrader ce qui reste de la qualité de l'image qui arrive en post-production.

À chaque courbe de gamma, sa bonne exposition. Consultez la documentation de votre caméra, l'information y est toujours référencée. Par exemple, chez Sony, le nom de la courbe d'hyper-gamma indique à quel pourcentage du signal vous devez poser votre image. Par exemple, la courbe HG7-8009G40 indique dans son libellé par le “G40” que le gris (G) est posé à 40 % (40), offrant une dynamique de 800 % par rapport aux 100 % du REC709. Un gris moyen, un oscillo et votre exposition devient précise pour exploiter la totalité de votre dynamique, de 100 % à 1 400 % selon les courbes de gamma et les capteurs.

Les fausses couleurs

La lecture de l'oscilloscope peut paraître parfois complexe et d'autres outils peuvent la remplacer. Ainsi, le mode de représentation en “fausses couleurs” est l'un des modes les plus efficaces et rapides pour visualiser son exposition. La représentation de l'image artistique est dans ce mode remplacée par une représentation symbolique où chaque couleur indique le niveau électrique des pixels sur la zone où la couleur s'affiche.

Un nuancier de référence permet de “lire” les couleurs qui apparaissent à l'écran pour savoir si l'image est correctement exposée, si les hautes lumières sont brûlées ou si les basses lumières sont enterrées. Lorsque la couleur correspond à la bonne exposition sur le gris moyen ou les parties sombres du visage, l'image est bien exposée.

Selon certains modèles de caméras, un mode simplifié permet de n'afficher que deux couleurs à l'écran : les zones surexposées en rouge et les zones sous-exposées en bleu/violet.

Surexposition et sous-exposition en REC709.

L'affichage des fausses couleurs peut être assigné à un bouton personnalisable de manière à utiliser cette fonction uniquement au moment de l'exposition de l'image, puis à la faire disparaître pour l'enregistrement. Quand le gris moyen s'affiche en VERT (ou la partie sombre du visage humain), alors l'image est correctement exposée et les zones “clippées” (brûlées) ou enterrées sont directement visibles.

Les zébras

Vous pouvez aussi utiliser une autre fonctionnalité pour vous épauler dans les réglages d'exposition : les zébras. Dans ce cas, vous n'affichez plus une couleur en fonction de sa luminance, mais bien une zébrure à partir d'un certain niveau de luminance sur la zone qui atteint le seuil réglé au préalable dans le menu. Ce seuil est réglable sur les caméras professionnelles. De manière assez étonnante, certains boîtiers n'indiquent pas le niveau du seuil d'apparition des zébrures. Difficile dans ce cas d'utiliser cette fonctionnalité avec précision.

Réglage du seuil de zébra sur un Panasonic GH5.

Si l'on veut avoir deux niveaux de lecture (pour les visages et les très hautes lumières, par exemple), certaines caméras offrent deux zébras à l'écran en même temps, dont l'orientation apparaît dans un sens différent.

Dans l'image ci-dessus, le visage est calé entre ses basses lumières (à 45 % en REC709) et ses hautes lumières (à 70 % en REC709). Avec ces deux types de zébra, le visage est ainsi parfaitement exposé !

Les pourcentages

Pour terminer avec les assistants à l'exposition, certaines caméras proposent l'affichage à l'écran du pourcentage de luminance en clair, sur une ou plusieurs zones.

Affichage du pourcentage de luminance à l'endroit de la boîte.

Moniteurs externes

Si les reflex Canon ne proposent aucun de ces assistants, vous pouvez en profiter en utilisant le firmware particulier Magic Lantern qui ouvre de nouvelles perspectives à votre boîtier.

Votre caméra n'intègre aucun de ces assistants ? Il est possible d'acheter un moniteur/enregistreur externe qui va se connecter sur votre sortie HDMI ou HD SDI et vous offrir une palette d'assistants électroniques sur un dispositif externe, à condition qu'il n'y ait pas de différence entre le signal qu'enregistre le boîtier et le signal de sortie en HDMI (ce qui est loin d'être la règle pour tous les reflex ou hybrides).

L'Atomos Shogun Inferno (1 200 €), l'Odyssey 7Q (1 500 €), ou encore le Blackmagic Video Assist HD (500 €) et 4K (900 €) sont les modèles les plus courants pour afficher/assister/enregistrer vos images, sans compter les innombrables moniteurs externes qui intègrent la plupart de ces outils à des prix plus modiques.

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Jean-Charles Fouché
Jean-Charles Fouché

Formateur chargé de professionnaliser les équipes techniques en France et à l'étranger, il a passé près de vingt ans à traverser les frontières avec sa caméra et son banc de montage. Ses publications