Dans un précédent article consacré au HDR en vidéo, nous évoquions les changements que cette technologie allait apporter, notamment sur le marché des téléviseurs. Intéressons-nous maintenant au grand écran, et plus particulièrement au HDR Eclair Color pour les salles de cinéma.

Si vous avez suivi le fil de notre explication (et nous vous faisons confiance sur ce point…), vous savez que le HDR en général, c'est : la diminution du niveau de noir minimum, l'augmentation du niveau de blanc maximum (en cd/m² ou nits), l'augmentation du contraste de l'image (au-delà de 1000:1), sans oublier l'amélioration de la palette des couleurs.

Dans les salles de cinéma

Mais revenons quelques années en arrière, à une époque finalement assez proche de la nôtre. Un téléviseur lambda LCD offrait un ratio de contraste d'environ 800:1, tandis que l'arrivée dans les salles de cinéma de la technologie de projection DLP (pour Digital Light Projection) de Texas Instruments permettait, dans le sillage de la norme DCI D-Cinema Jpeg2000, une expérience d'image plus saisissante avec des taux de contraste d'environ 2 000:1 sur très grand écran, en 12 bits et dans un espace colorimétrique large (P3). La salle de cinéma 2K ou 4K restait le temple de l'image aimée, en dépassant l'expérience du Home Cinema et de son petit écran. Une course-poursuite technologique qui dure depuis près de 100 ans, entre la salle de cinéma et le salon de la maison.

De nos jours, la généralisation des dalles avec rétro-éclairage LED ou la technologie OLED bouleverse la donne. L'image qui sort d'un lecteur de Blu-ray UHD et qui s'affiche sur un écran UHD HDR fait faire un bond qualitatif sans précédent à l'expérience du salon domestique. Le cinéma se devait de réagir pour continuer à attirer des spectateurs.

comprendre le procédé Eclair Color HDR au cinéma

“Il faut proposer une expérience qu'ils n'ont pas chez eux.” Voilà une phrase que de nombreux intervenants de la filière des industries techniques du cinéma se murmurent à l'oreille. Il existe aujourd'hui trois grandes solutions pour rendre la salle de cinéma encore attractive. Les Américains ont choisi l'IMAX et le Dolby pour leurs salles de cinéma très haut de gamme. Les Français, eux, se sont orientés via le groupe Eclair vers des salles compatibles Eclair Color ou encore labellisées Sphera. Trois solutions complémentaires qui proposent une nouvelle expérience du cinéma.

Un label Eclair Color

logo

Si nous prenons l'exemple du nouveau label Sphera, il s'agit d'une catégorie de salles de cinéma qui vont offrir au spectateur une expérience “premium”. Cette expérience ramène le spectateur dans une ambiance particulière, comme s'il devait quitter le monde profane pour s'aventurer dans les profondeurs d'un univers cinématographique sacré.

Cette expérience tourne autour de trois axes principaux…

→ Un décor, un design haut de gamme, des sièges très confortables avec de la place pour étendre les jambes (une salle premium comporte ainsi la moitié du nombre de sièges habituel), pas de lumière parasite dans la salle de projection. Bref, une atmosphère à la hauteur de l'expérience globale !
→ Une qualité d'image supérieure à la projection numérique habituelle (procédé Eclair Color).
→ Une qualité sonore supérieure à l'installation audio habituelle (procédé Dolby Atmos, par exemple, avec effets sonores immersifs et dynamiques, AURO ou DTSX).

Le procédé Eclair Color s'attache donc à améliorer la qualité d'image sur le grand écran de la salle de cinéma pour concurrencer l'expérience à la maison avec les écrans HDR disponibles pour le grand public. Fort bien, mais comment ?

différence entre SDR et HDR

Tout d'abord, le procédé est compatible dès aujourd'hui avec certaines marques et modèles de projecteurs qui sont déjà utilisés par les exploitants. Si vous êtes exploitant de salle de cinéma et que vous n'avez pas un projecteur du type Sony SRX-R515 ou Barco PD4K-40LHC (il y a plusieurs modèles compatibles chez les deux constructeurs), il va cependant falloir changer de matériel pour être compatible avec le procédé. Pourquoi ? Parce que le procédé Eclair Color a besoin d'un projecteur 4K de dernière génération, utilisant la technologie Laser et offrant la possibilité de personnaliser ses réglages, que l'on soit dans un cinéma “premium” ou pas – le procédé Eclair Color ne vise pas seulement le très haut de gamme, mais aussi les petites salles. En mode Eclair Color, le projecteur affiche ainsi une image 4K avec un ratio de contraste d'au minimum 8 000:1 en HDR contre 2 000:1 pour une projection standard (SDR), avec un peak pour les hautes lumières doublé, passant de 50 nits à 100 nits, ce qui a aussi pour conséquence d'augmenter la richesse des couleurs à l'écran (dans un espace colorimétrique P3).

contraste Eclair Color

Bref, l'image projetée respire davantage, avec plus de dynamique et de contraste, des noirs plus denses, des brillances donnant plus de “peps”, des subtilités dans les basses lumières qui réapparaissent à l'écran, des détails dans les hautes lumières qui étaient aplatis auparavant, ainsi que des couleurs encore plus subtiles…

Certains se poseront logiquement une question pertinente : “Que valent 100 nits dans une salle Eclair Color alors qu'un écran moderne HDR peut monter à 500, voire 1 000 nits dans le commerce ?” La première réponse, c'est que la sensation de contraste est modulée également par l'éclairage ambiant qui est rarement un noir complet dans votre salon, alors qu'il l'est dans la salle de cinéma HDR premium.

Une seconde réponse est également apportée par une nouvelle génération d'écrans 4K dans les salles, des écrans LED géants. Au lieu de projeter l'image sur un écran avec une perte conséquente de puissance due au principe de la projection (10 000 nits à la sortie du projecteur pour terminer à 100 nits sur l'écran), les constructeurs proposent désormais de disposer des dalles LED à la place des écrans de projection. Il est en effet possible d'assembler plusieurs panneaux LED pour créer des écrans géants de n’importe quelles dimensions ou format d’image, et sans le moindre cadre ou interstice visible, avec une qualité supérieure aux dalles LED grand public, en matière de ratio de contraste ou de peak lumineux.

Eclair Color vient d'ailleurs de signer un accord avec Samsung et sa technologie Cinema LED pour intégrer le procédé HDR dans les écrans de la marque.

samsung cinema LED

Ainsi, le label Eclair Color apposé à l'entrée d'une salle de cinéma garantit une expérience pertinente face à la montée en puissance des écrans HDR à domicile, en renforçant la précision des images et le sentiment d'immersion du spectateur. Il y a actuellement 127 écrans équipés dans le monde, dont 59 en Allemagne, 54 en France et 3 au Royaume-Uni – prochainement 11 écrans aux États-Unis. En un an, le nombre a évolué très rapidement, ce qui est un bon signe pour l'avenir du procédé français. Après la réussite de l'entreprise française Doremi dans le domaine du codage et décodage en Jpeg2000 dans les salles, c'est l'historique société Eclair qui prend sa place face aux poids lourds nord-américains.

Fabrication des copies

Comme nous l'avons expliqué dans notre article consacré au HDR vidéo, rien ne change à la captation qui reste en LOG ou en RAW. Mais c'est à la post-production et au mastering que les choses changent.

→ Le procédé Eclair Color repose sur un workflow ACES (Academy Color Encoding System) qui propose un format de fichier universel en 16 ou 32 bits en mode LIN (pas de courbe de gamma comme dans un fichier RAW 16 bits), ainsi qu'un espace colorimétrique ACES incluant la totalité du diagramme de chromacité, supérieur à tous les gamuts du marché. Le DCP est encodé en P3 avec des primaires ACES et non XYZ, comme c'est le cas pour un DCP standard.
→ Le workflow ACES a ceci d’intéressant qu'il est indépendant de la marque et du modèle de caméra employé à la captation ; même chose pour le logiciel d'étalonnage. C'est donc une solution interopérable fonctionnant avec tous les types de matériels et de logiciels.
→ À partir des fichiers ACES, une ODT (Output Device Transform) spécifique permet une visualisation en HDR sur un projecteur compatible Eclair Color et une possible comparaison rapide avec l'image standard SDR (comme le ferait une simple LUT).
→ Il y a export de deux versions du DCP (Digital Cinema Package qui contient tous les fichiers de la copie d'exploitation numérique sur un disque dur) final qui sera envoyé aux salles : l'une pour les salles SDR, l'autre pour les salles HDR Eclair Color. En attendant une normalisation SMPTE du HDR qui pourrait inclure dans le même DCP les deux versions du film…

P3

L'intérêt du DCP Eclair Color HDR, c'est qu'il n'est pas plus lourd qu'un DCP standard, contrairement aux fichiers Dolby Cinema. La phase d'étalonnage et de mastering du film nécessite des outils et une validation effectuée par Eclair Color, ce qui est aujourd'hui le cas de plusieurs laboratoires en Europe qui peuvent fabriquer un DCP Eclair Color.

En attendant la normalisation possible du HDR à l'intérieur de la norme SMPTE sur les spécifications DCI (Digital Cinéma Initiatives), les fichiers Eclair Color conservent la taille des “tuyaux” standards de la norme D-Cinema actuelle, à savoir les fichiers MXF du DCP, la compression Jpeg2000, la sécurisation (KDM), le débit, etc., tout en modifiant la courbe de gamma et la restitution des couleurs pour exploiter sur le projecteur compatible le surplus d'informations offert par l'augmentation de la dynamique.

L'exploitant de la salle de cinéma aura simplement le choix entre deux versions de son film : un DCP SDR ou un DCP HDR. Cela augmentera le nombre de versions diffusables d'une même œuvre : 2K ou 4K, 24P ou HFR48P, 2D ou 3D, 3D passive ou 3D active, 4DX, SDR ou Dolby Vision, IMAX ou Eclair Color…

La technologie ne doit pas nous faire oublier que l'expérience du cinéma ne se limite pas à l'expérience technologique. Elle intègre aussi son volet social (un écran que l'on partage avec d'autres qui vivent l'expérience en même temps), le fait de quitter son domicile et de se déplacer (donc de sortir de sa zone de confort), l'effet d'entrer dans une salle sacralisée pour le cinéma comme dans une grotte chamanique avec des peintures rupestres. Bref, il s'agit d'une expérience totale et optimale qui n'en finit pas de se renouveler pour faire sortir le public de chez lui. Les salles Eclair Color y participent, c'est… clair.

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Accord entre Eclair et Samsung autour du procédé Eclair Color pour les salles de cinéma
La technologie Sony Crytal LED pour les salles de cinéma
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Livre blanc sur le procédé Eclair Color
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Jean-Charles Fouché
Jean-Charles Fouché

Formateur chargé de professionnaliser les équipes techniques en France et à l'étranger, il a passé près de vingt ans à traverser les frontières avec sa caméra et son banc de montage. Ses publications