Profiter immédiatement de ses photos : tel était le souhait d’une petite fille des années 1940 pour qui son père développa des trésors d’ingéniosité afin de concevoir ce qui allait devenir génériquement la photographie instantanée. Grimpons derechef dans la machine à remonter le temps…

comment ça marche : la photo instantanéeL'un des premiers films instantanés vendus par Polaroid.

Initialement en sépia et en noir et blanc

À ses débuts, la photographie instantanée n’a pas encore la forme que nous lui connaissons de nos jours. Conçue initialement en sépia (Type 40), puis en noir et blanc (Type 41), la photographie instantanée de Polaroid est un système de film en rouleau appelé Peel-Apart, un film qui regroupe un négatif et un positif stockés sur deux bobines indépendantes logées à l’intérieur de l’appareil.

Une fois exposé, l’ensemble positif/négatif est extirpé de l’appareil, puis pressé et écrasé entre deux rouleaux. Le système permet d’écraser et de répartir uniformément les composants chimiques inclus dans un réservoir situé entre les deux surfaces du négatif et du positif. La photographie définitive apparaît ensuite sur le positif après séparation du négatif. Polaroid mettra au point 18 types de films en rouleau de 1948 à 1992, avec une déclinaison en un système de films en feuilles pour les professionnels utilisant des chambres photo aux formats 4x5 et 8x10.

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Suivra le système de Filmpack (1963) popularisé avec le Type 100. Le concept est à la fois simple et ingénieux : une boîte contient 10 photos dont les ensembles négatifs/positifs/chimie sont séparés par un ressort et des languettes. Le développement s’effectue en tirant d’abord sur la languette blanche qui place le négatif exposé en face de la feuille positive réceptrice de l’image. Il faut ensuite tirer sur une seconde languette (jaune), attachée à la chimie, qui fait passer le sandwich entre les deux rouleaux presseurs, puis à l’extérieur de l’appareil, étalant la chimie entre le négatif et le positif et lançant le processus de développement. L’action de la chimie terminée (quelques minutes…), il suffit de séparer le positif du négatif pour révéler l’image finale.

comment ça marche : la photo instantanéeIllustration d'un des brevets de Polaroid.

Apparu avec l’appareil Polaroid SX 70 et popularisé avec le Polaroid 60, le procédé instantané à développement Intégral est sans conteste le film instantané le plus célèbre d’entre tous. Carré et bordé de blanc (78 x 80 mm dans un format utile de 89 x 108 mm), le film Intégral hérite du concept “boîte scellée” du Filmpack, mais ne nécessite cette fois aucune intervention de l’utilisateur pour son développement. Les photos obtenues sont de surface dure, elles restent scellées sur le support dont elles sont inséparables. Il n’y a cette fois aucun déchet, rien à séparer à la grande différence du Filmpack. L’image définitive est éjectée et se développe seule, sans contrôle de durée.

L’image couleur est pratiquement formée en 4 min. Le film Intégral de Polaroid, d’une sensibilité de l’ordre de 100 ISO, se compose de deux éléments principaux : le négatif et le positif. Des colorants métalliques sont contenus dans le négatif qui migreront dans le positif au cours de développement pour former l’image couleur. Sur un des côtés du film se trouve la capsule plate contenant les trois agents chimiques (solution alcaline, opacifiant, dioxyde de titane) nécessaires au développement. Intimement liés, négatif et positif ne seront jamais séparés. L’exposition du film s'effectue à travers le film positif qui est complètement transparent au moment de l’exposition, ce qui explique la présence du miroir à l’intérieur des appareils utilisant ce film. Lorsque la vue est prise, le film est entraîné par le moteur de l’appareil et éjecté en passant à travers les deux rouleaux presseurs afin que les agents chimiques soient répandus.

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À la même époque, Kodak lance son PR 10 conditionné en 10 vues sur le même principe du développement Intégral scellé. Les images sont cette fois rectangulaires sur un support à marge blanche de 97 x 102 mm pour une surface utile de 68 x 91 mm. Destiné aux appareils instantanés Kodak EK-2 et EK-8 (sans miroir) et aux EK-200 et EK-300 (deux miroirs), le film PR 10 est exposé par la dorsale du négatif pour que l’image positive soit vue dans le bon sens, contrairement au procédé de Polaroid exposé à travers le film positif. Chaque film comprend une partie dorsale (du côté où se fait l’exposition), une zone de formation et de réception de l’image, une capsule contenant les agents chimiques et un piège pour absorber le révélateur en excès.

Polaroid 600_Box vide
Polaroid 600_Box pleine

Comparée à celle du film de Polaroid, la capsule se trouve sur le bord horizontal du format, là où la marge blanche est la plus large. Le piège est situé sur le bord opposé. La zone de formation de l’image se trouve entre la capsule et le piège. Lorsque la photo est prise, elle passe entre les rouleaux-presseurs en écrasant la capsule et en répandant le révélateur en une très fine couche entre le négatif et le positif. La dorsale est un film de polyester (Estar) revêtu d’une couche qui empêche l’épreuve de s’incurver. L’autre face est recouverte d’une couche d’acide et de couches de retardateurs. Pendant le traitement, le révélateur pénètre et développe les couches émulsionnées de la zone de formation de l’image. La couche acide neutralise alors le révélateur, très alcalin, étalé sur la surface exposée de la zone de formation de l’image. Les couches retardatrices contrôlent alors la durée de développement du film.

Le Polaroid d’aujourd’hui

Après sa mise en liquidation en février 2008, Polaroid renaît de ses cendres sous l’impulsion de quelques anciens ingénieurs-chimistes qui finissent par racheter l’usine d’Enschede aux Pays-Bas. Sous l’appellation commerciale The Impossible Project, l’équipe de chimistes redéveloppe deux nouveaux films instantanés de type Intégral, compatibles avec les systèmes SX-70 et 600, en prenant soin de se mettre en conformité avec la nouvelle législation européenne concernant l’usage des produits chimiques. Il leur faut donc repartir d’une feuille blanche avec la mise au point des films PX100 et PX600, commercialisés début 2010. Des films fort instables à leurs débuts avec des rendus colorimétriques très aléatoires, mais qui redonnent espoir aux inconditionnels du célèbre format carré. En 2017, Impossible se métamorphose et réapparaît sous le nom Polaroid Originals avec, à son catalogue, une gamme de films de type Intégral pour les SX-70, Polaroid 600 et Spectra, ainsi que des films pour chambre grand format 8x10. La firme reste très discrète sur la formulation des composants chimiques de ses films, adaptée aux normes européennes tout en reprenant les mêmes concepts du film à développement Intégral présenté en… 1972 !

Fujifilm Instax

Fuji est aujourd’hui l’un des acteurs majeurs de la photographie instantanée avec la gamme de films Instax bien installée auprès des utilisateurs. L’instantané revisité par Fuji remonte au début des années 1980 durant lesquelles la firme produit ses premiers appareils instantanés et ses films intégraux, fruits de négociations avec Kodak, alors concurrent de Polaroid. Fuji développe les films de la Série F, alors très proches de la technologie utilisée par Polaroid. Aujourd’hui, le procédé Instax est similaire à ceux mis au point par Polaroid et Kodak, mais plus proche de celui de Kodak avec une exposition par le dessous à travers le film positif. D’une épaisseur de 10 µm, le film comporte 18 couches photosensibles. Il intègre une couche de réception d’image, une couche de développement ainsi qu’une couche de développement utilisée pour l’exposition, le développement et la formation de l’image. Au centre d’un vaste écosystème, les films Instax existent aujourd’hui en version couleur au format rectangulaire (mini, large) ou carré, ainsi que dans une version monochrome au format mini.

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