Light propose un boîtier au concept à la fois hors-norme et un peu fou : faire travailler ensemble 16 modules photographiques de smartphone pour produire une image de qualité, promettant pour un prix contenu une résolution moyen format, un contrôle de la profondeur de champ et un zoom compact. Voyons quelle part de ces promesses alléchantes est tenue.

Capteur16 capteurs de 13 Mpx – Qualcomm Snapdragon 820 + Light ASIC
MontureNA
Optique livrée5x 28 mm ƒ/2,0, 5x 70 mm ƒ/2,0 et 6x 150 mm ƒ/2,4
StabilisationNon
AntipoussièreNC
ViseurNon
FlashOui (LED deux tons)
Écran5” Full HD tactile
Mise au pointTactile, mi-course
Modes autofocusNC
Mesures d'expositionCentre, tactile
Modes d'expositionAuto, manuel
Vitesse d'obturation1/8 000-15 s
Motorisation3 ou 6 i/s
Sensibilité ISO100-3 200 ISO
Mémoire256 Go
Format image photoLRI, JPEG
Format image vidéo4K
Alimentation4 120 mAh (Lithium-ion polymer)
ConnexionWi-Fi, Bluetooth, GPS, USB 3 (Type-C)
Dimensions165 x 84,5 x 24,05 mm
Poids435 g
LogicielsLumen

Présentation

Derrière le boîtier L16 se cachent plusieurs années de recherche. La compagnie Light a été fondée en 2014 et a présenté des premiers concepts de ce boîtier dès 2015. L'idée fondatrice de Light, c'est qu'au lieu de produire une optique complexe et volumineuse pour couvrir une grande plage de focales, on peut habilement coordonner plusieurs capteurs pour produire une image de qualité équivalente sur des capteurs de plus petite dimension.

Comment ça marche ?

Quelle que soit la focale, l'image finale va être assemblée à partir de l'image obtenue par les différents modules. Au grand-angle (28 mm), l'image est obtenue par association des 5 images prises à 28 mm afin d'améliorer la résolution et la qualité. La mise au point et la balance des blancs sont calibrées pour être identiques pour l'ensemble de l'image. Autre avantage théorique, les multiples modules permettent une estimation de la profondeur pour les éléments de la scène et donc une gestion de la profondeur de champ a posteriori pour répliquer des ouvertures allant de f/2 à f/15.

Composition de l'image finale à partir des différents modules photographiques.

Les limites de l'approche multicapteur...

Impossible d'évoquer la théorie de fonctionnement du Light L16 sans présenter rapidement ses limites. La première d’entre elles vient de l’utilisation de capteurs de petite dimension. À résolution égale, un capteur de plus petite dimension aura une dynamique réduite et un bruit plus important. Un aspect que le nombre de capteurs ne peut pas véritablement changer.

Une autre limite, qui explique sans doute une part du prix du boîtier, est la nécessité d’un alignement et d’une calibration minutieux.

Prise en main

Encombrement

Première surprise du L16 : sa taille. Le boîtier est assez volumineux, moins épais, mais un peu plus long que le Nikon D610, par exemple. Côté poids, avec 435 g, il vaudra mieux le prendre à deux mains pour minimiser le flou de bougé.

Finition

La finition du L16 est globalement bonne. Le plastique est assez qualitatif, la construction semble capable de résister à une averse passagère. Devant les optiques, on trouve un plastique transparent qui est malheureusement salissant (traces de doigts) et potentiellement rayable.

Ergonomie

L’ergonomie physique est assez bonne avec une préhension facilitée par un plastique texturé antidérapant. Les commandes tombent assez naturellement sous les doigts. En revanche, il arrive que ces mêmes doigts se retrouvent dans le champ des optiques. À chaque fois que c’est le cas, le boîtier vibre et affiche une carte pour indiquer la lentille obscurcie.

Prise en main du boîtier.

Menus

L’interface se fait principalement via l’écran qui propose un système tournant sous une version d’Android. L’allumage complet du boîtier prend une petite minute, une sortie de veille une poignée de secondes. Les menus sont anémiques, particulièrement en mode photo : mode manuel ou auto, quelques fonctions de base en manuel ISO, temps de pose, flash, retardateur, rafale… et c’est à peu près tout. En ce qui concerne la sélection de la focale, on regrette l’absence d’un bouton physique. La méthode est ici similaire à celle des smartphones et il faut donc écarter deux doigts sur l’écran pour zoomer, ce qui n'est pas vraiment précis (votre 50 mm fera, au choix, 49 mm ou 51 mm). La rafale propose une succession rapide de 3 ou 6 images au choix et il faudra compter une dizaine de secondes pour vider la mémoire. Cette dernière étant interne, la transmission des images s'effectue par le biais d’un câble USB-C (fourni) qui sert également au chargement du boîtier.

Choix du temps de pose.

Connectique

Le dessous du L16 révèle la connectique, à savoir un port USB-C, une prise jack (qui semble destinée à une option vidéo non disponible au moment de notre test), un emplacement destiné à un grip (non disponible itou). Un pas de vis pour trépied se trouve pour sa part juste à côté de la connectique.

Connectique du L16.

Test terrain

Autofocus

Première déception sur le terrain, l’autofocus. La mise au point se fait uniquement par sélection sur l’écran. Il est regrettable que Light n’offre pas une alternative pour forcer manuellement une distance de mise au point. Il arrive régulièrement que l’autofocus n’accroche simplement pas le sujet et patine désespérément pendant de longues secondes. C’est particulièrement le cas en basses lumières et lorsque la texture de la scène est peu visible. De nuit, il faut souvent s’y reprendre à plusieurs fois pour obtenir une mise au point stable.

Réactivité et autonomie

Exception faite de l’autofocus, la réactivité n’est pas réellement inhibante pour l’expérience utilisateur. En revanche, il faudra s’armer de patience pour certaines opérations comme l’allumage (on préférera la mise en veille pendant une même journée) ou l’écriture des images en mémoire dans le cas d’une rafale.

L’autonomie est bonne et suffira au plus grand nombre. Le boîtier a cependant une légère tendance à chauffer pour certaines fonctions, la rafale en particulier.

Balance des blancs

La balance des blancs du Light est automatique. Pas moyen de la fixer, même avec des préréglages, ce qui est frustrant. Sur le terrain, la balance des blancs se montre en plus capricieuse : les couleurs changent par exemple systématiquement entre les différentes focales. Précisément, les focales au-delà de 70 mm présentent toutes un sévère biais vert, quand le grand-angle tire vers le rose…

Scintillement

Le système anti-scintillement du Light n’est pas très efficace, que ce soit en mode “normal” ou en mode “fort”. Sachez qu’en intérieur, toute pose inférieure au 200e de seconde sera entachée de bandes noires. Le logiciel Lumen ne corrige pas le problème, soit dit en passant.

Flash intégré

Light a choisi d’intégrer un flash à son boîtier, mais en pratique, celui-ci est quasi inutilisable. Pour ce qui est de l’utilisation directe, le spectre lumineux a un fort biais orange (voir le spectre ci-dessous). Pire, ce flash est trop directif pour déclencher un flash externe, ce qui en l’absence de prise flash rend le L16 inutilisable avec des flashs de studio.

Spectre du flash du Light L16.

Qualité d'image

Résolution

En dépit de la quantité gargantuesque de pixels engloutis par l’engin et des dimensions monstrueuses des images obtenues en sortie (82 Mpx en pointe, excusez du peu), on est très loin d’une qualité moyen format. Au grand-angle, la résolution est meilleure qu’au téléphoto. Globalement, seuls les ISO faibles (100-200) justifient l’avalanche de mégapixels.

Effet amusant de la technologie multicapteur, la résolution peut varier légèrement à l’intérieur même de l’image. Des bandes de résolution inférieure sont par endroits visibles, à toutes les focales intermédiaires entre 28 mm et 70 mm, puis entre 70 mm et 150 mm. L’effet est surtout perceptible en affichant la photographie à plus de 50 % de sa taille d’origine.

Bruit électronique et basses lumières

Même aux plus faibles ISO, le rendu de l'image paraît granuleux à y regarder de plus près, et malgré le vigoureux lissage appliqué, le moutonnement devient visible dès 800 ISO.

Le Light se limite à 3 200 ISO pour l’ISO maximal, et c’est presque trop au vu du grain très marqué qui se manifeste à cette sensibilité.

Dynamique

Comme attendu, les petits capteurs ne font pas de merveilles en matière de dynamique. Les blancs saturent très vite sans qu’aucune information ne puisse être récupérée. Les ombres sont souvent bouchées, mais peuvent être améliorées en passant par un logiciel de développement des DNG.

Flare

Point positif, le L16 se montre globalement très résistant au flare. Il faudra réellement forcer les choses pour observer des halos de lumière.

Aberrations chromatiques

Les optiques du L16 ne sont pas exemptes d’un brin de chromatisme qui provient possiblement de la vitre protectrice. Il n’est pas rare de voir des légères franges pourpres ou vertes autour des zones à fort contraste. Si un traitement du DNG par un logiciel approprié permettra de supprimer les franges indésirables, il est décevant que Light ne propose pas cette option dans Lumen ou même ne calibre pas ses boîtiers en conséquence.

Post-traitement

Il est intéressant de pointer du doigt la volumineuse mémoire interne (plus de 200 Go sur le boîtier testé) qui n’est pas là pour rien. En pratique, chacun des fichiers au format propriétaire LRI “pèse” plus de 160 Mo. Une taille qui ne paraît pas forcément justifiée au vu des résultats images. Puisqu’aucun logiciel ne gère le format LRI au moment de l’écriture de ce test, il faut en passer par le logiciel maison qui répond au doux nom de Lumen. Pour les images importées, ce dernier propose ainsi de régler la colorimétrie, l’exposition et la profondeur de champ et d’exporter le résultat en DNG ou JPEG, en pleine taille, en 8 ou 13 Mpx.

Interface du logiciel Lumen.

Pour les réglages d’exposition et de couleurs, Lumen propose le minimum syndical : balance des blancs/teinte, contraste, vibrance/saturation, exposition et netteté. Pas d’histogramme, pas de possibilité de réglage rapide de l’exposition des ombres et des hautes lumières, par exemple. Idem, pas de gestion du bruit proposée et encore moins de retouches locales – il faudra passer par un export en DNG et un traitement dans une autre application.

Le logiciel apporte un lot d’options pour raffiner la carte de profondeur de champ, souvent fautive, détectée par le L16. Avec les quelques options offertes et une certaine dose de patience, il est possible de produire une image avec un flou d’arrière-plan correct pour les images les plus simples. En revanche, la gestion de la profondeur de champ est globalement frustrante et le taux d’échec élevé dès que l’arrière-plan se complique.

Lumen ne permet pas le traitement par lot et n'offre pas d'options de réglage automatique de la balance des blancs ou de la luminosité. Il faudra donc manuellement ouvrir et régler chacun des fichiers avant de procéder à un export en DNG ou JPEG.

Verdict

Le Light L16 propose une formule intéressante et promet un système avec un zoom versatile (28-150 mm) qui conviendra à beaucoup d’utilisateurs. Il fera un appareil photographique de voyage convenable pour ceux qui préfèrent ne pas s’encombrer de multiples objectifs, encore que de nombreuses solutions alternatives existent sur ce segment de marché.

En revanche, professionnels de la photo, passez votre chemin. Le temps de démarrage trop lent, la gestion des couleurs fantaisiste (changement de teinte en fonction de la focale), l’ISO maximum limité à un vantard 3 200 ISO, la gestion des fichiers en post-production via le minimaliste logiciel Lumen ne sont que quelques-uns des points faibles du système que la qualité d’image offerte ne justifie pas. Light propose certes un concept intéressant, mais le produit (et son interface logicielle) ne nous paraît pas encore tout à fait mature pour une utilisation intensive.

+
  • Boîtier léger et ergonomique
  • Plage de zoom (28-150 mm)
  • Simplicité des menus et de l'interface
  • Qualité d'image générale à ISO faible
  • Mémoire interne volumineuse
  • Autonomie
  • Boîtier salissable
  • Contrôles trop limités (pas de balance des blancs ou de mise au point manuelle...)
  • Autofocus lent et imprécis
  • Gestion de la profondeur de champ peu fiable
  • Bruit électronique visible et dynamique réduite
  • Flash très orange
  • Logiciel Lumen incomplet et lent
En résumé

Le L16 apporte un concept novateur avec une plage de zoom confortable pour un volume et surtout un poids contenus. Light offre un bon premier produit, mais sans tenir ses promesses à cause d'une qualité d'image et d'une conception du boîtier perfectibles.

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Timothée Cognard
Timothée Cognard

Ingénieur en Optique de formation, photographe de coeur... Collectionneur compulsif de focales fixes. Ses publications 

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Light L16
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