Prolongeant l'exposition présentée aux Rencontres d'Arles 2016, l'ouvrage est sorti à l'automne mais, riche en photos et documents iconographiques de tout genre, il mérite que l'on s'y attarde. Western camarguais retrace l'aventure de la Camargue, une région hautement photogénique qui a vu sa rédemption d'hier et son succès d'aujourd'hui garanti grâce à l'image — qu'elle soit animée ou pas !

De la Camargue aujourd'hui, on connaît le riz, les chemises des manadiers, les roseaux, les marais salants et, bien sûr, des chevaux blancs à longue crinière, en liberté dans des paysages à couper le souffle entre terre et mer. Tout est cliché, mais tout est vrai... Cette Camargue-là est née principalement de la volonté d'un local qui, sur fond de guerre agricole (riziculteur contre éleveurs de cheveaux), a compris l'importance de l'image dans la promotion de sa région.

À Paris, en 1905, Buffalo Bill fait son Wild West Show. Dans la salle, un Camarguais, un certain Folco de Baroncelli, retrouve ainsi devant ses yeux émerveillés les aventures de son enfance : les cheveaux, les Indiens, les cow-boys... Ça, c'est la version pour les journalistes.

Western Camarguais publié chez Actes Sud, couvertureCouverture de Western Camarguais, publié chez Actes Sud.

En fait, Baroncelli est éleveur de chevaux sur le delta du Rhône. Il veut promouvoir les activités équestres et cherche donc à se rapprocher de Buffalo Bill, dont il sait qu'il donnera un spectacle à Paris. Son idée ? Intégrer des gardians locaux dans la tournée européenne de Bill. Sa tentative d'approche de l'illustre Américain ne porte pas les fruits escomptés, mais dans l'équipe de Buffalo, un Français, du nom de Joë Hammam, joue les cavaliers. Les deux hommes font connaissance, se lient d'amitié... C'est grâce à cette entente autour des cheveaux que les premiers westerns de l'histoire du cinéma seront tournés dans la région.

Ainsi, du tout début du 20e siècle à aujourd'hui, du Mireille de 1909 àAvis de mistral en 2014, la Camargue est devenue un personnage de cinéma à part entière. Parmi les plus notable, notons Le Gardian réalisé par Joë Hammam en 1921, Le Roi de Camargue d'André Hugon sur un scénario de Jean Aicard (1922), La Caraque blonde, de Jacqueline Audry sur un scénario de Paul Ricard (1953), Crin-Blanc bien sûr, d'Albert Lamorisse (1953), Le Salaire de la peur de Henri-Georges Clouzot (1953), sans oublier D'où viens-tu Johnny ? de Noël Howard en 1963... Plus tardivement, le régional de l'étape, le photographe Lucien Clergue, y a tourné aussi quelques films...

Johnny Halliday sur le tournage du film 'D'où viens-tu Johnny ?', 1963, photo Charles Farine. Extrait de l'ouvrage 'Western camarguais'.Johnny Halliday sur le tournage de D'où viens-tu Johnny ? (1963). Photographie de Charles Farine – avec l’aimable autorisation de Valérie Farine.

Cette vaste entreprise d'image aura un autre effet tout à fait inattendu. Celui de créer le pélerinage des Gitans aux Saintes-Maries-de-la-Mer. En effet, Baroncelli, en tant qu'éleveur, a souvent affaire aux Gitans qui sont maquignons ou bouchers. Il souhaite leur rendre hommage en écrivant un texte leur inventant des racines purement camarguaises : "Selon lui, les ancêtres des Gitans étaient les premiers habitants de la Camargue, chassés par les Ibères puis par les Ligures, et s'ils reviennent en mai cela serait moins pour Sara que pour « s'agenouiller sur le sol de la mère-patrie »". C'est Baroncelli qui, avec l'accord de l'archevêque d'Aix et d'Arles, organise une procession à la mer de la statue de Sara dès 1935... Voilà comment est ritualisée de toutes pièces une pratique au départ bien ordinaire, les Gitans étant auparavant des pélerins comme les autres.

Eddie Constantine sur le tournage du film 'Chien de pique' d'Yves Allégret, 1960. Photographie Charles Farine. Extrait de l'ouvrage 'Western camarguais'.Eddie Constantine, acteur principal du film Chien de pique réalisé par Yves Allégret, 1960. Photographie de Charles Farine – avec l’aimable autorisation de Valérie Farine.

Le livre regorge de documents issus de collections privées et publiques : photos, illustrations, affiches de films — quand elles étaient dessinées et colorées avec des rouges et des jaune grand teint, ça fouette l’œil ! Les photos de tournage, quant à elles, sont presque toutes en noir & blanc... Leur esthétique rappelle celle du cinéma muet : les acteurs y sont poudrés et leurs poses, vaguement exagérées, le tout rendu dans des noirs profonds...

Oui, Sam Stourdzé, le patron des Rencontres d'Arles, a eu une bonne idée de vouloir rendre hommage à la région par ce qui l'a rendu si populaire. En collaboration avec Estelle Rouquette, conservatrice du musée de la Camargue, cet ouvrage est un joli rayon de soleil à déguster aussi hors saison.

Western Camarguais Sous la direction d'Estelle Rouquette et de Sam Stourdzé Editions Actes Sud Coédition Musée de la Camargue / Rencontres de la photographie d'Arles Hors collection 20 x 30 cm, 160 pages ISBN : 978-2-330-06586-7 32 €

Nadia Ali Belhadj

Journaliste rédactrice. N'aime rien tant que de faire des interviews de photographes car les trouve gentils. Se fout de la technique comme de sa première pomme. Complètement soumise à Vivian Maier. Ses publications 

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