Le plus sincère

Vincent Mercier – John Ford Point

Ce qu'il y a de bien chez les artistes, les vrais, c'est qu'ils réussissent à transformer un trauma d'enfance en création artistique. L'Amérique comme "référence absolue" pour Vincent Mercier provient de cette stupeur qui le saisit quand son ami d'enfance, Sébastien M., quitte la vallée de Chevreuse pour les États-Unis. John Ford Point rassemble 23 photographies de cette Amérique mythique des cow-boys, des Indiens, des diligences "à fond la caisse", des nuages de poussière et des duels au soleil. L'Amérique rêvée de John Ford, quand il plante sa caméra à Monument Valley pour y tourner La Chevauchée fantastique ou La Prisonnière du désert. L'un des points de vue du site porte son nom.

Les photos de Vincent Mercier épousent le point de vue du cinéaste américain en capturant "la beauté incandescente" de ce "territoire ancestral", mais il l'inscrit dans notre époque de parcours fléchés pour touristes, de pose factice d'un cow-boy apprêté pour la photographie facile. Attention, nous sommes au nadir du sarcasme cinglant de Parr ! Non, l'œil de Mercier est beaucoup plus tendre, bienveillant ; la majesté des lieux reste le sujet principal. Une femme tente un panorama avec son smartphone ? La belle affaire ! Les paysages n'en pâtissent pas.

Le livre est servi par une qualité d'impression offset remarquable, qui donne aux photos un relief étonnant. Patrick Le Bescont, patron des éditions Filigranes, l'explique "par un gros travail sur la photogravure et l’alliance de l’encre et du choix du papier mat". Enfin, Brigitte Ollier signe d'emblée un très beau texte d'ouverture qui laisse présager du voyage... Cette conjonction en trigone fait de John Ford Point un livre rédigé et conçu par trois mains sincères.

John Ford Point de Vincent Mercier aux éditions Filigranes, 2016, extrait
© Vincent Mercier

John Ford Point de Vincent Mercier aux éditions Filigranes, 2016, couverture de l'ouvrage
Couverture © Vincent Mercier/Filigranes
Vincent Mercier – John Ford Point

Préface de Brigitte Ollier
Editions Filigranes

Septembre 2016, éd. bilingue anglais-français

Relié couverture cartonnée, 31 x 22 cm, 56 pages,

23 photographies couleur

ISBN : 978-2-35046-393-3

30 €

Édition de luxe avec tirage numéroté et signé de l'une des trois images sélectionnées (tirées à 10 ex. chacune, 21 x 30 cm) : 120 €.

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Le plus glamour

Peter Lindbergh, A Different Vision on Fashion Photography

Jusqu'au 12 février 2017 se tient à la Kunsthal de Rotterdam (Pays-Bas) une exposition sur le photographe Peter Lindbergh, intitulée en français : Une vision différente sur la photographie de mode. Taschen, en 472 pages grand format, en édite le catalogue.

Cette somme permet d'embrasser l'œil du photographe allemand basé à Paris et de comprendre l'originalité de son travail. Le visuel de couverture est caractéristique de sa patte. Kate Moss, très légèrement et imparfaitement maquillée, laisse percevoir quelques ridules ici et là. En fait, Peter Lindberg a été le premier photographe à proposer, dans les années 1980, des photos où les mannequins paraissaient moins posés, plus naturels, habillés d'une simple chemise (trop grande) sur une plage, les pieds dans le sable !

Mais son image la plus iconique est sans conteste celle qui fera la couverture de Vogue GB en janvier 1990 : elle réunit Linda Evangelista, Christy Turlington, Tatjana Patitz, Naomi Campbell et Cindy Crawford, et deviendra emblématique de ce que l'on a appelé l'ère des supermodels. L'époque des modèles sophistiqués, embijoutés et raides comme l'antique avait vécu.

Le livre propose un fascinant voyage dans ce monde de la mode que Peter Lindberg a su réinventer.

Sélection des livres photo de Noël 2016, Peter Lindbergh. A Different Vision on Fashion Photography, Taschen, extrait
Karen Elson & Milla Jovovich, Los Angeles, 2000, Vogue Italia. © Peter Lindbergh/Taschen

Sélection des livres photo de Noël 2016, Peter Lindbergh. A Different Vision on Fashion Photography, Taschen, couverture
Peter Lindbergh. A Different Vision on Fashion Photography

Préfaces de la directrice du musée Emily Ansenk et du curateur de l'exposition Thierry-Maxime Loriot
Éditions Taschen

Août 2016

Édition trilingue : allemand, anglais, français

Relié sous jaquette, 23,9 x 34 cm, 472 pages,

ISBN : 978-3-8365-5282-0

59,99 €

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Le plus ambitieux

Fabrice Guénier – Je crois qu'un jour

Un journal intime d'une première année passée sans l'autre.

Un journal intime de douze mois écrit après une rupture.

Fabrice Guénier ne fait pas le choix entre journal écrit ou photographique. Son ouvrage est constitué à parts égales des deux moyens de dire : quelques mots en page de gauche illustrent la photographie de la page de droite — ou peut-être est-ce l'inverse... La réponse n'a pas d'importance. Le ton est suffisamment nébuleux pour rendre inutile la réponse.

Des prénoms, des villes, des pays ponctuent le récit sans pourtant donner aucun repère, mais sonnent comme autant de réminiscences, de regrets ou de désirs encore trop forts.

Les photographies, toutes en noir et blanc, ressemblent à des songes : elles en ont l'imprécision, les contours flous, mais révèlent aussi la beauté d'un verre d'eau, d'un gant d'enfant perdu dans la neige, ou la courbure d'une épaule. En fait, l'auteur livre au lecteur les blessures que laisse ce départ, les journées vides et froides de l'absence.
Sélection des livres photo de Noël 2016, Fabrice Guénier, Je crois qu'un jour, éd. Filigranes, extrait
© Fabrice Guénier

Sélection des livres de Noël 2016, Fabrice Guénier, Je crois qu'un jour, éd. Filigranes, couverture
© Fabrice Guénier/Filigranes
Fabrice Guénier – Je crois qu'un jour
Éditions Filigranes

Octobre 2016

Broché avec rabats, 17 x 21,5 cm, 192 pages

87 photographies en bichromie

ISBN : 978-2-35046-405-3

25 €

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Le plus classique

Raymond Depardon – Glasgow

Il n'y pas de soleil dans le Glasgow de Depardon : les murs y sont gris-noir, comme le ciel. Il semble y pleuvoir constamment. Les couleurs parfois n'y sont que quelques taches — le rose de la bulle de chewing-gum d'un enfant, le rouge éclatant d'une veste de pluie d'une adolescente, ou encore le blond presque décoloré d'une tignasse d'un tout-petit et de sa mère. D'autres fois, les couleurs parent les devantures de magasins (rouge "revolution", jaune "fruiturer", blanc "dairy", vert "mecca"), mais toutes sont prises dans cette masse sombre du grès des tenements, ces grands ensembles immobiliers construits mi-XIXe afin de loger les ouvriers venus trouver du travail, au cœur de la révolution industrielle que connaissait alors le Royaume-Uni.

Le Glasgow de Depardon n'existe plus. La ville s'est affranchie de ce passé industrieux pour laisser place à des constructions dont Londres pourrait être jalouse. Le livre rassemble des images d'un reportage qu'avait fait le photographe français en 1980 pour le quotidien britannique The Sunday Times, mais jamais publié. La tristesse d'une ville pourrait en être le sujet principal, ou le monde ouvrier sous l'ère Thatcher, mais non. Le vrai propos, c'est l'incroyable souffle de vie que peuvent donner, à une ville, des enfants qui jouent dans leur rue. Même par temps de pluie.

Sélection des livres photo de Noël 2016, Raymond Depardon, Glasgow, Éditions du Seuil, extrait
© Raymond Depardon/Magnum

Sélection des livres photo de Noël 2016, Raymond Depardon, Glasgow, Éditions du Seuil, couverture
Raymond Depardon – Glasgow

Préface de William Boyd
Éditions du Seuil

Février 2016

29,8 x 22,9 cm, 144 pages

EAN : 9782021303629

29 €

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Le plus dépaysant

Hans Silvester – Bench

Hans Silvester ne photographie pas que les chats grecs. Il arpente le monde et notamment l'Afrique depuis les années 2000. En 2008, lors d'un voyage en Éthiopie, il découvre l'ethnie des Bench, grâce aux peintures murales de leur maison qui le subjuguent. Les pigments naturels, extraits de diverses terres, et les matériaux des maisons (une sorte de torchis mêlant bouses séchées et herbes fines) rendant très éphémères ces dessins d'une très belle et douce harmonie, il décide de les photographier pour les sauver de l'oubli. Ainsi, deux fois par an sur une période de 2008 à 2015, Hans Silvester s'immerge dans le Sud éthiopien. Il en retire des photos qui prennent parfois des allures de visuels de Maison Française, dans le meilleur sens du terme. Disons simplement que Silvester souhaite ardemment nous transmettre son ravissement.

Les courts textes qui accompagnent ses images sont des extraits de ses notes de voyage. En grossissant le trait, ce beau livre oscille entre travail d'ethnologie et carnet de tendance... ce qui est tout à son honneur. Dans un cas comme dans l'autre, la découverte des Bench vus par Silvester est un enchantement pour les yeux.

Sélection des livres photo de Noël 2016, Hans Silvester, Bench, aux éditions Actes Sud, extrait
© Hans Silvester

Sélection des livres photo de Noël 2016, Hans Silvester, Bench, aux éditions Actes Sud, couverture
Hans Silvester – Bench
Actes Sud Éditions

Septembre 2016

22 x 28 cm, 240 pages

ISBN : 978-2-330-06668-0

42,00 €

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Le plus sérieux

The Pencil of Culture, 10 ans d'acquisitions de photographies au Centre Pompidou

Dans sa préface, le conservateur de la photographie au Centre Pompidou, Clément Chéroux, compare dans une belle allégorie le cheminement d'une rivière à la constitution d'une collection : elle est alimentée par différentes sources, est irrégulière dans son débit, mais au final, réussit toujours à contourner les obstacles. C'est de fait ce que l'on constate au vu du fonds collecté par le Centre. Un sentiment d'un ensemble influencé par tous les horizons créatifs, qui ne privilégie pas une photographie plutôt qu'une autre, un courant ou une époque.

Le livre rassemble les images les plus significatives du Cabinet de la photographie du Musée national d'art moderne, exposé en novembre dernier pour marquer les 10 ans de Paris Photo. C'est un peu sérieux, mais parfait pour réaliser qu'avec ces 40 000 épreuves, Beaubourg conserve l'une des collections les plus importantes d'Europe.

Sélection des livres photo de Noël 2016, Photo Maurice Tabard, Masque Punu, Essai pour un film sur le culte vaudou, extrait de l'ouvrage The Pencil of Culture
Maurice Tabard, Masque Punu, Essai pour un film sur le culte vaudou, 1937.

Sélection des livres photo de Noël 2016, The Pencil of Culture – 10 ans d'acquisitions de photographies au Centre Pompidou, couverture
The Pencil of Culture – 10 ans d'acquisitions de photographies au Centre Pompidou

Préfaces de Clément Chéroux et Karolina Ziebinska-Lewandowska
Filigranes Éditions / Éditions du Centre Pompidou

Novembre 2016

Broché avec rabats, 16 x 24 cm, 208 pages

163 photographies couleurs et noir et blanc

ISBN : 978-2-35046-403-9

33,00 €

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Et aussi...

À ne pas oublier, atypiques et persistant, deux grands coups de cœur de cette année...

David Burnett – L'Homme sans gravité

David Burnett, L'Homme sans gravité, ed. MaraboutExtrait de notre chronique du 22 mars 2016 :

"La quelque centaine d'images que L'Homme sans gravité nous offre ne retracent pas l'histoire des JO ou de la prise de vue sportive. Non, elles montrent des sportifs dans l'effort sur une piste en tartan, dans les airs d'un plongeon ou sur un terrain de hockey sur gazon. Des athlètes photographiés — hommes pour la plupart, très, très peu de femmes —, on ne sait rien, à moins éventuellement d'être un spécialiste en athlétisme. Ni leur nom (hormis un Carl Lewis au profil bien identifiable), ni leur nationalité, ni encore le résultat de leur exploit. Non, ce qui nous est donné à voir, ce sont leur corps et uniquement leur corps dans l'effort. Des corps anonymes en somme, pris dans au paroxysme de la tension qu'ils peuvent supporter. Ce que Burnett a si bien réussi à capturer, c'est cette seconde ultime qui concentre à elle seule les années d'entraînement et de sacrifices que ces athlètes du monde entier ont consentis."
L'Homme sans gravité

David Burnett

Éditions Marabout

192 pages, 109 photographies n&b et couleur

EAN : 9782501099561

Version imprimée : 35 €

E-book : 33,99 €

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Florent Silloray – Capa, l'étoile filante

Extrait de notre chronique du 14 juin 2016 :

"Mystérieuse, polémique, prise dans des convulsions de l'histoire, ponctuée d'amours mortes ou lasses, la vie de Robert Capa se prête parfaitement au traitement par la bande dessinée. Florent Silloray honore la légende, l'homme qui a vomi ses tripes lors du D-Day mais qui rapporte des images pour l'histoire, et l'homme bravache qui a des fêlures. Le trait clair de Florent Silloray sert sa mélancolie et le sépia des planches, cette photographie mythique et la presse qui ont bel et bien disparu."
Capa – L'Étoile filante

Florent Silloray

Éditions Casterman

Relié, 24,4 x 32,2 cm, 88 pages

ISBN : 9782203087460

17 €

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Nadia Ali Belhadj

Journaliste rédactrice. N'aime rien tant que de faire des interviews de photographes car les trouve gentils. Se fout de la technique comme de sa première pomme. Complètement soumise à Vivian Maier. Ses publications