D'Abbas, on se souvient de ses photos noir & blanc sur la révolution iranienne de 1979, sur le Chili de Pinochet ou sur l'Afrique du Sud de l'Apartheid. Depuis les années 1990, le photographe de Magnum s'éloigne de l'actualité pour se consacrer à des sujets au long cours, et plus particulièrement ceux qui lient les religions aux hommes. Aujourd'hui, il publie chez Phaidon Les Dieux que j'ai croisés, son périple de deux années dans le monde de l'hindouisme.

Abbas, Les Dieux que j'ai croisés, ed. Phaidon, page 108-109Dans le Temple d’Or, le lieu le plus sacré des sikhs, un croyant tient une feuille pour y recevoir le darshan, l’offrande de nourriture du matin ; Amritsar, Inde. © Abbas / Magnum Photos

Du premier jour de l'année de 2011 à l'automne 2013, Abbas voyage de l'Inde au Népal, du Sri Lanka à l'Indonésie, à la recherche d'hommes et de femmes en prise avec leur croyance.
Ce n'est même pas qu'il cherche à comprendre leur religion et encore moins à évangéliser... non, il cherche à rapporter aux yeux de la partie du monde qui ne croit pas en Ganesh ou Vishnou comment les hindouistes honorent leurs dieux. Cette quête est la dernière étape en date dans ses trente-cinq ans de voyages à travers les religions — le judaïsme sera sa prochaine exploration.

Abbas, Les Dieux que j'ai croisés, ed. Phaidon, pages 18-19Seize jours après sa crémation, les cendres, ainsi que trois os de la défunte, sont jetés dans l’océan ; Varkala, Inde. © Abbas / Magnum Photos

Les yeux des athées que nous sommes parfois, ou des croyants des religions du livre que nous pouvons être, se fermeront sans doute à la vue de certaines images. Un homme en transe transpercé d'une lance de joue en joue, un autre suspendu par des hameçons à même la chair pour une procession, des femmes rasées dont la chevelure servira d'offrande, des enfants tatoués de sang... Abbas questionne en image la relation que peuvent avoir les hommes avec leurs dieux. L'hindouisme offre-t-il une relation apaisée ? Il semblerait que non. Mais nul jugement de valeur dans ce constat. Abbas témoigne, cherche à faire connaître. C'est tout. Même si sa connaissance des religions lui fait relever un certain nombre de paradoxes sur cette société indienne et son exercice de la foi. Comme si le citoyen n'était pas le croyant et le croyant n'était pas le citoyen.

Abbas, Les Dieux que j'ai croisés, ed. Phaidon, pages 2-3Les célébrants confient la statue de Durga, l’avatar bengali de la déesse Kali, à la rivière Hoogly ; Calcutta, Inde. © Abbas / Magnum Photos

De la même façon, le photographe de Magnum se demande comment célébrer la beauté en étant constamment entouré de saleté, de crasse, de pollution. Comment vénérer la vie et sacrifier cruellement des animaux ? Sa seule réponse est celle qui conclut le journal de son périple : il ne peut qu'admettre bien volontiers son grand amour de l'Inde, et son non moins grand agacement vis-à-vis des Indiens.

Couverture Les Dieux que j'ai croisés

Abbas : Les Dieux que j'ai croisés
Voyage parmi les Hindous
Abbas / Magnum
Éditions Phaidon
224 p, 147 illustrations (dont 10 en couleur)
Relié, 29 x 24,1 cm
ISBN-13 : 9780714872339
ISBN-10 : 0714872334
69,95 €

Nadia Ali Belhadj

Journaliste rédactrice. N'aime rien tant que de faire des interviews de photographes car les trouve gentils. Se fout de la technique comme de sa première pomme. Complètement soumise à Vivian Maier. Ses publications 

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