Plossu. Glamour. Il fallait y penser, à rassembler dans un même lieu, de papier, deux noms qui vont très bien ensemble, comme disait Londres dans les années 1960. L'idée était bonne.

Oui, toi, lecteur, mon semblable, mon frère, tu t'es déjà perdu dans la douceur et l'élégance des images de Bernard Plossu. Tu t'es déjà surpris à essayer de lire les enseignes d'une rue italienne d'un tirage Fresson, et à te souvenir de la plage d'Argent de Porquerolles en regardant la blancheur des blancs de Plossu... Alors oui, tu te dis qu'évidemment, le titre Glamour ne peut que parfaitement épouser les images de cet homme qu'on pressent doux.

© Bernard PlossuLa Ciotat, 2003. Photo Bernard Plossu

En fait, le livre propose un texte de Dominique Païni qui cherche à définir la notion intrinsèquement nébuleuse du mot glamour. Son passé de directeur de la Cinémathèque à la fin des années 90 et de commissaire d'expositions sur le 7e art lui confère une certaine assise quand, en 2012, le festival de Cannes lui demande de plancher sur la question à travers la collection Kobal. Pour rappel ou pour info, John Kobal, acteur dans les années 60, devient grand collectionneur de photos ou de magazines de "l'âge d'or" du cinéma. Bien qu'il soit mort en 1991, sa collection continue grâce à sa fondation de faire l'objet d'expositions. Le texte de Païni est alors illustré par ces images, luxueusement publié, puis distribué à quelques happy few lors du festival.

© Bernard PlossuLos Angeles, 1974. Photo Bernard Plossu

Dans la postface de Glamour, publié présentement par les éditions Filigranes, Païni explique que des problèmes de droit sur la réutilisation des images de la collection ont empêché le republication de sa première version. La solution ? Demander à son ami Plossu de l'aider à illustrer sa vision du glamour. Ainsi, Païni choisit 36 images dans la première sélection que le photographe a lui-même extraite de son fonds. Voici comment est né le livre.

Naturellement, contrairement à la première édition, nul portrait de Dietrich, Garbo, ou Marilyn pour illustrer ses propos... Son choix se porte sur des images que Plossu a faites de Londres à Albuquerque, de La Ciotat à Los Angeles, entre 1963 à 2014. Une vie. On y voit des femmes en pied, des pieds de femmes, des bouchons de radiateurs de belles cylindrées, des enseignes de cinéma... Le tout dans un noir et blanc apaisé, subtil comme le pli d'une jupe ou le reflet de la lumière sur une cuillère à café. Le monde du cinéma, à proprement parler, n'y est finalement que peu montré. Mais le plaisir de voir et de regarder (des images fixes) est bien au rendez-vous. Aucun doute là-dessus.

© Bernard PlossuNew York, 1973. Photo Bernard Plossu

Oui, assurément les images de l'homme de La Ciotat sont glamour. Oui, elles restent imprécises dans le temps, la géographie, dans leur rendu même. Oui, elles invitent plutôt qu'elles n'insistent, suggèrent plutôt qu'elles ne montrent, soufflent plutôt qu'elles ne chuchotent. En cela, elles sont glamour. Plossu montre, le passant regarde, et voit quelquefois. Cette distance qu'elles imposent révoque toute forme d'intelligence rationelle au profit de l'émotion, de l'évocation. Elles en deviennent l'incarnation.
Le texte, quant à lui, tente exactement l'inverse, et c'est là sa pauvreté. Il intellectualise, jette des explications, met en perspective, s'interroge, théorise... En fait, sa justification est au nadir de ce qu'est le glamour de Plossu. Païni a tenté la gageure de définir ce qui, par essence, ne peut se circonscrire — ce que précisément réussissent parfaitement les images de Plossu. Sans mot dire.

Glamour
Photographies de Bernard Plossu, texte de Dominique Païni
Filigranes Éditions
Mars 2017
165 x 230 mm, relié, couverture cartonnée
80 pages, 35 photographies en bichromie
ISBN : 978-2-35046-408-4
27 €

  • Tirage de tête numéroté accompagné d’un tirage photographique signé par Bernard Plossu. Choix possible entre deux photographies, chacune tirée à 25 exemplaires, tirages argentiques sur papier baryté 18 x 24 cm. 200 ou 400 € selon le choix de l'image
Nadia Ali Belhadj

Journaliste rédactrice. N'aime rien tant que de faire des interviews de photographes car les trouve gentils. Se fout de la technique comme de sa première pomme. Complètement soumise à Vivian Maier. Ses publications 

Contenu sponsorisé