Amoureux de l'amour courtois, de la dentelle fine, de la richesse tout intérieure, d'une élégance faite d'accords discrets, de matières délicates, de mets subtils... passez votre chemin. Le livre de la photographe américaine Lauren Greenfield, Generation Wealth, publié chez Phaidon, montre ce qui se situe exactement à l'opposé de ce je-ne-sais-quoi qui peut tant plaire.

Attention les yeux ! Nous sommes dans du lourd, de l'outrancier, du vulgaire. Lauren Greenfield offre à voir, dans un voyage sans fin, comment l'excès d'argent peut devenir visuellement insoutenable. Cela peut paraître curieux dit comme ça, mais c'est pourtant vrai. La richesse, du moins son excès, est laide. Naturellement, laissons de côté les discussions infinies sur le beau et sa définition à travers les âges et les continents. Les photos du livre n'ont pas pour sujet l'harmonie céleste.

Photographie de Bob, propriétaire de la limousine la plus longue du monde. Bob téléphone dans son bureau décoré avec un mauvais goût assumé. © Lauren Greenfield/INSTITUTEBob est propriétaire d'une limo de 100 pieds (30,48 m) qui la fait entrer dans le Livre Guinness des records pour être la plus longue du monde. Chicago, 2008.

Cette somme énorme, imposante, est la compilation de 30 ans de travail qui a demandé 8 ans d'éditing sur 500 000 images et 500 interviews. Ce livre n'est pas une plaisanterie. Même si nombre d'images peuvent prêter à sourire, le plus souvent, c'est un sourire jaune ou las qu'elles font naître.
Pendant 3 décades, la photographe, d'abord un peu par hasard, puis en suivant son fil, a pris l'argent, la richesse comme sujets principaux. Ayant eu une enfance voyageuse, entre les côtes Est/Ouest et jusqu'à Paris, elle grandit pendant les années 1980, qui voient le règne de l'Amérique de Ronald Reagan. Une Amérique qui change et dont les valeurs tournées vers l'argent l'emportent sur la « compassion », chère au précédent président Jimmy Carter. Reagan inaugure des politiques très libérales : baisses des impôts, absence de régulations de l'État, relance par l'offre... L'argent devient roi, en quelque sorte.

Un couple de futurs mariés est photographié dans un carrosse, en Floride. © Lauren Greenfield/INSTITUTEChristina, 21 ans, en route pour son mariage dans son carrosse de Cendrillon en verre, Walt Disney World, Orlando, Floride, 2013.

La photographe n'aura de cesse de photographier ceux qui ont beaucoup d'argent. Qu'ils soient des aristocrates français riches (y compris de leurs valeurs et traditions) au milieu des années 1980, une femme d'affaires en 2008, un rappeur en 2015 ou une princesse russe en 2013, la photographe a su saisir, en creux, le monde inatteignable de cette population. Tout y semble démesuré : le nombre de mètres carrés des maisons, la rutilance des voitures, l'attention portée à leur chien (chat, panthère, serpent...), les caprices insensés de leurs enfants...

Pourtant, on se laisse prendre par la parole de ces sujets. Lauren a ponctué son livre d'interviews qu'elle a recueillies pendant toutes ces années. Chacun explique sa relation à l'argent, faite aussi de dégoût ou de clairvoyance. Celle qui dicte que le bonheur n'y est pas forcément lié. En fin de livre, un chapitre évoque la crise de 2008 et son cortège, les déchéances et les ruines des splendeurs d'hier.

Ce n'est pas un hasard si le livre sort sous la présidence de Trump... Il est même question que Lauren Greenfield en fasse un film.
La matière semble inépuisable.

À noter : Generation Wealth fera l'objet d'une exposition à l'International Center of Photography (ICP) de New York, à partir du 20 septembre prochain.

Generation Wealth, le livre de Lauren Greenfield.


Lauren Greenfield – Generation Wealth
Éditions Phaidon
Édition reliée cartonnée,
305 x 229 mm, 504 p, 625 ill.
ISBN : 9780714872124
en anglais uniquement
69,95 €

Nadia Ali Belhadj

Journaliste rédactrice. N'aime rien tant que de faire des interviews de photographes car les trouve gentils. Se fout de la technique comme de sa première pomme. Complètement soumise à Vivian Maier. Ses publications 

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