Des photopoches, on en a forcément au moins un dans sa bibliothèque sans même parfois savoir comment il est arrivé là. Créée par le Centre national de la photographie en 1982, la collection a été reprise en 2004 par les éditions Actes Sud. Aujourd'hui, la maison arlésienne offre une nouvelle édition aux 12 numéros jusqu'alors épuisés. Presque par hasard, nous avons choisi parmi ceux-là le n°157 consacré aux autoportraits de photographes. Non, les beaux livres, ce n'est pas simplement une question de prix.

L'éditeur Robert Delpire, qui s'est éteint en septembre dernier, est à l'origine de la création de la collection des petits livres noirs. Au tout début des années 1980, son idée était d'offrir au plus grand nombre un accès aux géants de la photographie, loin des éditions de luxe aux grands formats rigides et aux prix prohibitifs. Passons sur les refus de Gallimard, Hachette, Flammarion, etc., de les publier… C'est finalement une institution publique qui s'en chargera via le ministère de la Culture pendant une vingtaine d'années. Près de 40 ans plus tard, les photopoches n'offrent pas seulement des monographies de Nadar, HCB ou Franck Horvat, ils prennent aussi des chemins de traverse avec des titres comme le mythique n°100, Je ne suis pas photographe, L'Un par l'autre, ou encore Anon. Photographies anonymes.

© Elliot Erwitt/Magnum PhotosElliot Erwitt : Autoportrait, New York, 1998.

Aussi, ce n°157 ne déroge-t-il pas à la règle avec 64 autoportraits reproduits en duotone et en couleur. Il dresse un panorama de l'exercice de l'arroseur arrosé. Comment les photographes se voient-ils ? Quelles images fabriquent-ils quand ils se considèrent comme un sujet ? C'est passionnant ! Et l'on s'aperçoit que l'exercice de l'autoportrait remonte aux origines de la photo moderne… puisque le premier publié ici est celui d'Hippolyte Bayard, qu'il a intitulé Autoportrait en noyé. En effet, il s'imagine en mort, noyé, suicidé, accablé parce que l'Académie des Sciences a préféré la version de Daguerre pour proclamer la naissance de la photographie. L'image deviendra mythique, au point que Jacques-Henri Lartigue y fera référence dans un ingénieux autoportrait où il est à la fois peintre et photographe !

© Sarah MoonSarah Moon : Autoportrait, Inde, 2004.

Naturellement, l'exercice de l'autoportrait ne se prête pas simplement à une mise en scène burlesque. Les photographes ont parfois des âmes orageuses, ou entretiennent avec leur art, leur travail, des relations difficiles. S'ils y ont recours pendant ces heures de doutes, l'autoportrait devient alors une image d'une absolue sincérité. La fin de la préface de Marie Cordié Levy le résume très bien : “(le recueil) présente des artistes qui, de plus en plus, pour mieux se révéler, se cachent pour mieux apparaître, disparaissent pour mieux se comprendre, se voilent, bougent ou se griment le temps d'un cliché afin que perdure l'essence de ce qui fait ce qu'ils sont, leur style.”

© Michael Ackerman/VU'Michael Ackerman : Pologne, Cracovie, 2003.

De Bayard à Ackerman, d'Avedon à Araki, le livre propose ainsi une petite histoire de l'autoportrait qui, en creux, dévoile une autre histoire. Celle de la relation à soi-même et de sa représentation. C'est aussi l'occasion de redécouvrir des noms un peu oubliés ou tout bonnement inconnus. Chacune des images publiées est accompagnée par une légende classique du nom et de l'année de sa création, bien sûr, mais surtout d'un petit texte contextualisant la prise de vue. Éclairant, passionnant ! Le pari de Delpire est toujours gagnant.

Pour en savoir un peu plus sur la collection, un article publié par Gaëlle Morel : Les “Photo Poche” de Robert Delpire : un exemple d’édition culturelle.

© Dieter Appelt. Courtesy galerie Françoise PaviotLa tache attristant la glace où l'haleine a pris.

Autoportraits de photographes
144 pages
64 photographies duotone et couleur
12,5 x 19 cm
13 €

Photo Poche, c'est…

1982 : création de la collection par le Centre national de la photographie
157 titres
35 ans d'existence
521 725 exemplaires vendus depuis 2004 (reprise par Actes Sud)

Nadia Ali Belhadj
Nadia Ali Belhadj

Journaliste rédactrice. N'aime rien tant que de faire des interviews de photographes car les trouve gentils. Se fout de la technique comme de sa première pomme. Complètement soumise à Vivian Maier. Ses publications