C'est une somme que nous donne à voir l'éditeur allemand Taschen : plus de 250 pages en grand format, une couverture cartonnée, une jaquette, une postface rédigée en trois langues. À l'intérieur : 140 images d'un pays mythique, l'Afghanistan, qui s'expose sous l'œil de Steve McCurry, photographe américain qui en a fait son jardin.

Couverture du livre de photo Afghanistan de Steve McCurry

Pays mythique, car l'Afghanistan se situe en cœur de l'Asie centrale, coincé entre des terres si différentes que l'Iran à l'ouest, le Pakistan au sud, le Tadjikistan, l'Ouzbékistan et le Turkménistan au nord et jusqu'à une minuscule frontière avec la Chine plein est. Il reste un carrefour essentiel de route de la soie. Aujourd'hui, c'est en plus un pays en guerre qui, dit-on, ne s'est jamais laissé envahir ni maîtrisé par une force étrangère... depuis Alexandre le Grand. Le pays est mythique : comme l'est une de ses figures politiques centrales aussi de notre histoire contemporaine : le lion du Pandjchir, autrement dit Massoud. Rappelons qu'il parvint à tenir en respect l'armée russe dans les années 1980 et semblait réussir à faire de même face aux taliban jusqu'à son assassinat en 2001, à quelques jours des attentats du 11 septembre. Donc oui, pour ces paysages arides, grandioses, pour cette résistance à l'envahisseur, pour l'épopée des Cavaliers, signée Joseph Kessel, écrite en 1966, le pays intrigue et attire l'Occidental voyageur.

© Steve McCurryKaboul, 2003.

Ansi McCurry et Afghanistan, c'est un peu comme Paris et Saint-Germain ou Gustave Eiffel et la tour, ce sont des noms indissociables. Cela fait quarante années que le reporter et photographe américain de Long Island arpente ce pays. La première fois, c'était en 1979. Il a 29 ans et traverse la frontière avec le Pakistan, sans passeport et en vêtements afghans pour entrer en zone interdite. Il y reviendra sans cesse.
Le livre recueille ce travail. Et il commence bien avant la page de titre reléguée en page 31. Comme si les images en noir et blanc de ses débuts qui s'y trouvent n'en faisaient pas partie. Pourtant, elles sont belles ces images. Elles paraissent atemporelles. Seule une certaine douceur dans le traitement du n&b rappelle les images publiées fin des années 1970 dans les news magazines...

© Steve McCurryP. de gauche : Nuristan, 1992. Et p. de droite : Kaboul, 2006.

Ces 140 images qu'a réunies Taschen montrent un pays peuplé de combattants dans les montagnes, des femmes ou des jeunes filles prises aux tâches ménagères ou parfois jonglant avec des balles de tennis. Et des jeunes garçons au visage sérieux. Mais les images les plus émouvantes sont certainement les portraits. Même si le protocole est on ne peut plus classique : un visage, plan épaule le plus souvent et de face, Steve McCurry réussit à saisir un regard, une expression, une couleur de pupilles, ou de vêtements. D'autres que Afghan Girl qui a fait la mémorable couverture de National Geographic de juin 1985 et qui compte parmi les photos les plus iconiques de l'Histoire mérite que l'on s'y attarde. Cette série de portraits, éparse dans le livre, montre surtout le vrai visage de l'Afghanistan. Un visage aux 1 000 traits, aux yeux aux 1 000 couleurs, aux peaux aux 1 000 teintes. Il montre ce qu'est un pays traversé par des peuplades venant d'Asie du Sud rencontrant celle venant d'Occident ou des pays plus au nord. Un pays indomptable en somme.

© Steve McCurryKaboul, 2016.

À la fermeture de ce "portfolio rétrospective", le lecteur aura découvert 40 ans de regards sur un pays qui, au final, n'a guère changé. On regrettera simplement les légendes qui frisent l'ascétisme, puisqu'elles indiquent uniquement le lieu et l'année. Aucun récit n'y est rapporté.

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Steve McCurry. Afghanistan
Éditions Taschen
Steve McCurry, William Dalrymple.
Relié, 26,7 x 37 cm, 256 pages.
ISBN 978-3-8365-6936-1
60 € environ.

Nadia Ali Belhadj

Journaliste rédactrice. N'aime rien tant que de faire des interviews de photographes car les trouve gentils. Se fout de la technique comme de sa première pomme. Complètement soumise à Vivian Maier. Ses publications 

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