La qualité du travail de William Daniels n'est plus à présenter. Deux de ses reportages sont exposés cette année au festival Visa pour l'Image de Perpignan. Deux continents, deux histoires, mais toujours les mêmes difficultés : l'accès aux soins dans des zones sinistrées par la guerre en Afrique, ou le délabrement économique en Russie.

William Daniels
Bangui. Un homme arrêté par la MISCA (Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine). Les soldats l'ont attaché au sol en maintenant ses poignets liés. Une grenade a été retrouvée dans sa poche. © William Daniels / Panos Pictures

William Daniels s'est rendu plusieurs fois en Centrafrique depuis décembre 2013 ; là même où sa jeune consœur, Camille Lepage, a laissé sa vie en mai dernier.

Daniels travaille depuis longtemps sur les questions humanitaires, dans le monde entier. Avant de photographier la guerre civile dans laquelle a replongé la République centrafricaine en 2013, il avait déjà couvert de nombreuses crises humanitaires, traitant notamment d'une des pandémies de ce siècle qu'est la malaria, appelée aussi paludisme. Son travail Mauvais air - littéralement "malaria" — avait reçu le prestigieux prix World Press en 2007. William Daniels avait 30 ans.

William Daniels
Une proche de Sept-Abel Sangomalet, un chrétien de 20 ans, pleure sa mort. Il a été poignardé par des musulmans alors qu'il dormait dans la maison familiale. © William Daniels / Panos Pictures - Lauréat du Visa d'or humanitaire du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) 2014

Son travail récent en Centrafrique vient de recevoir le prix presse du Visa d'or humanitaire, de la part du Comité International de la Croix-Rouge (CICR). Le jury a été particulièrement impressionné par le fait que William Daniels ait su mettre en images un problème majeur de ces dernières années : les conséquences des attaques quasi systématiques que subissent les soignants sur le terrain. À Boda précisément, plus de 10 000 réfugiés musulmans étaient bloqués dans une enclave, harcelés par les anti-balaka, dès qu'ils tentaient d'en sortir pour atteindre l'hôpital de la ville. Une catastrophe pour tous les blessés qui attendaient des soins vitaux.

William Daniels
Des déplacés protestent contre le manque de nourriture dans le camp de Don Bosco qui abrite près 18 000 personnes ayant fui les violences entre Seleka et anti-balaka à Bangui. © William Daniels / Panos Pictures - Lauréat du Visa d'or humanitaire du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) 2014

Les images de William Daniels sont d'une force parfois insoutenable. Les lumières qu'il saisit apparaissent comme un linceul de pudeur sur ceux qu'il photographie. Hommes, femmes, enfants, tous doivent faire avec la mort et la maladie omniprésentes. William Daniels a le talent de rendre compte de cette situation d'urgence, sans tomber dans le sensationnel.

La mort, il l'a pourtant côtoyée de très près, et pas seulement derrière son objectif. En mars 2012, William Daniels perdait deux de ses collègues dans une attaque en Syrie : l'Américaine Marie Colvin et le jeune Français Rémi Ochlik. Quelques dixièmes de seconde ont fait la différence pour lui et la journaliste Edith Bouvier. Cette dernière sera tout de même grièvement blessée lors de cette explosion, meurtrière pour le journalisme international. Elle résume le reste de l'histoire ainsi : "William m'a sauvé la vie." Les nombreux récits de ces quelques jours d'enfer ne nous racontent qu'une chose : William Daniels est un grand humaniste, doublé d'un grand photographe.

C'est une chance de pouvoir découvrir à Perpignan une seconde exposition de son travail.

William Daniels
Lors d'une halte dans la ville désertée d'Elban, l'équipe du train "Matvei Mudrov" célèbre Maslenitsa, la fin de l'hiver, en buvant de la vodka, en mangeant des brochettes et en brûlant une poupée. © William Daniels / Panos Pictures / National Geographic Magazine

Le Train des oubliés l'a conduit dans l'Extrême-Orient russe, à explorer des zones désertiques de la taïga glaciale. Là-bas, des habitants de hameaux se trouvent dans l'isolement le plus total. Un simple accouchement peut tourner à la catastrophe, lorsque l'on sait qu'il n'existe pas toujours de route pour rallier l'hôpital le plus proche. Seul le train traverse ces lieux sacrifiés par la chute de l'URSS en 1991. Et encore faut-il prendre à temps : il passe toutes les 48 heures.

En réponse à ce dénuement médical et social, une sorte de dispensaire itinérant a été mis en place par les autorités. Le Matvei Mudrov sillonne la taïga sur plus de 4 000 kilomètres de rails, pour faire halte pendant une journée dans les villages isolés. Mais le personnel et les équipements manquent pour répondre à la demande. Il n'en reste pas moins que son passage, plus qu'attendu, donne lieu à de véritables rassemblements pour rétablir le lien social.

William Daniels
Un médecin et une infirmière du "Matvei Mudrov" font passer un électroencéphalogramme à Nadegda Gaskevitch. Elle a fait une chute sur la tête en 2003 et a besoin depuis de soins réguliers. © William Daniels / Panos Pictures / National Geographic Magazine

William Daniels a suivi ce périple et pris le temps de rencontrer des familles oubliées de la grande Russie de Poutine. Une nouvelle série d'images qui vient compléter son travail de reportage humanitaire, débuté il y a plus de dix ans. Mais il n'y a qu'à faire un tour sur son site web pour se rendre compte que son talent est multiple. Ses commandes pour des grandes entreprises comme la SNCF confirment qu'en toute situation, William Daniels un avant tout un maître de la lumière.

exposition William Daniels, Visa pour l'Image 2014
L'exposition "Le Train des oubliés", Visa pour l'Image 2014. © Aurélie Coudière

William Daniel

Crise humanitaire en Centrafrique
Le Train des oubliés

Visa pour l'image,
festival international du photojournalisme
Du 30 août au 14 septembre 2014
Couvent des Minimes
Perpignan
Entrée gratuite, tous les jours, de 10h à 20h.

> Le site de William Daniels
> L'exposition "Crise humanitaire en Centrafrique" (Visa pour l'Image)
> L'exposition "Le Train des oubliés" (Visa pour l'Image)
> Toute l'actualité de Visa pour l'Image 2014


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