Laborel

Troisième et dernier jour de nos pérégrinations sur le Rallye Monte-Carlo avec l'Olympus E-30. Décollage bien avant l'aube...

Olympus E-30 test terrain
Olympus E-30


Premier constat : il a neigé une bonne partie de la nuit. La route est recouverte d'une dizaine de centimètres de poudre blanche ; heureusement que j'ai pris de l'avance -- chez moi, ça a un côté pathologique, mais mon patron ne s'en plaint pas quand il oublie les clefs du bureau et que je suis le seul à arriver avant lui.

Je passe le col de Cabre dans un silence feutré, à peine interrompu par le croisement d'un chasse-neige qui me forcera à m'arrêter, et je remercie du fond du coeur l'inventeur des pneus neige sans qui je n'aurais jamais pu reprendre la route. Puis, direction Serres, et le village de Laborel, dont la route d'accès est l'une des rares permettant d'arriver au milieu de la spéciale du matin.


Les gendarmes arrêtent les voitures à environ trois cents mètres du village, distance étonnamment faible qui n'empêche pas certains de râler. Les spectateurs se garent anarchiquement dans les prés, lorsqu'ils arrivent à y pénétrer -- beaucoup n'ont aucun équipement pour circuler dans la neige, ce qui est pour le moins irresponsable lorsqu'on vient voir un Monte-Carlo ! Ceux qui arrivent attendent donc patiemment que les précédents aient dégagé le milieu de la chaussée, causant un embouteillage comme on n'en voit qu'une fois par an sur cette petite route habituellement déserte.

Le photo est légèrement floue, deux ou trois pixels, bien que l'autofocus m'ait affirmé qu'elle était nette ; il en est de même de deux autres prises dans les mêmes conditions. Cela ne se verra pas sur un tirage 21x28 cm, mais le phénomène est bien réel. Est-ce un effet de la brume, d'un objectif un peu juste (ça serait dommage à ce prix) ou d'un filtre anticrénelage un peu fort ? Dans le doute, j'opterais pour la première explication.


Le village lui-même est proprement pris d'assaut. Il faut dire que c'est un endroit facile d'accès (pensez, seulement 300 mètres de marche !), et a priori spectaculaire : les concurrents arrivant du col de Perty entrent dans le bourg par une longue ligne droite en forte descente, et doivent freiner en catastrophe pour prendre le pont et passer juste devant votre serviteur.

Ici, la netteté est bien meilleure -- regardez les panneaux indicateurs à côté du camion de pompiers -- mais il reste un très léger flou, un pixel environ. Certains de mes confrères ont noté une très faible accentuation par défaut sur leurs E-30 d'essais, cela se confirme ; comme la plupart des appareils experts, il a donc un traitement d'image plutôt conservateur, propice au post-traitement mais peu à l'exploitation directe.

L'équipage qui a tiré la mauvaise place à la loterie du classement est Wittman / Ettel. Dixième la veille, ouvreur le lendemain, telle est la règle et, dans ces conditions de neige molle, ça s'annonce compliqué...


Cela se confirme à leur arrivée. Wittman freine, la voiture non. Il la jette férocement dans le virage, accélère, les roues tournent à pleine vitesse mais ça n'avance pas... Et encore, ils ont de la chance dans leur malheur : ils ont une quatre roues motrices, ce qui leur permettra de limiter la casse et de faire le 13è temps, perdant tout de même 3'27" sur Ogier et Ingrassia, premiers la veille et donc dixièmes sur la route.

La veille au soir, j'ai trouvé vingt minutes pour télécharger le manuel du E-30 et le feuilleter. Du coup, j'ai activé la stabilisation en «mode 2», celui dédié aux filés horizontaux (messieurs les fabricants d'APN, c'est si compliqué de mettre «normal», «filé h» et «filé v», par exemple, plutôt que des modes chiffrés dépourvus de signification ?).

C'est tout bête, mais cette seule modification améliorera sensiblement les photos du jour : le flou horizontal reste, et j'essaie de le gérer au mieux, mais le flou vertical est très fortement réduit.

Neuvièmes la veille au soir, Alen et Alanne passent dans les traces de Wittman / Ettel. Ce balayage d'une seule voiture fait déjà une belle différence : ils ne perdent, eux, même pas deux minutes.

 

Passant sur de la neige déjà tassée et dégagée, le fils de Markku arrive mieux à se placer au freinage, sa voiture dérive moins à l'accélération (c'est aussi l'avantage de la compacte Punto sur la longue Lancer), et elle reprend sa ligne dès qu'il le lui demande.

Évitons d'être sévères avec l'autofocus : je lui ai délibérément compliqué la tâche. Sur la dixième photo, Timo Alanne est à moins de deux mètres de moi, et la voiture tourne à gauche tandis que je pivote vers la droite. Je ne connais pas beaucoup d'appareils qui auraient réussi à suivre sans aucun soucis, sans compter que l'on touche peut-être aussi aux limitations de la motorisation du Zuiko 14-54 mm, qui n'est pas équipé du système ultrasonique SWD qui équipe par exemple le 12-60 mm. Sur la huitième, l'autofocus est totalement dépassé, mais la neuvième est tirable en petite taille -- 13x18 ou moins -- avec une netteté acceptable autour de la tête du navigateur.


Ici, je n'ai pas «dézoomé» avec l'arrivée de la voiture, tentant au contraire de cadrer le plus serré possible. L'autofocus a paradoxalement mieux suivi, arrivant à maintenir une netteté correcte sur l'aile et le bas du pare-brise : il est plausible qu'il soit perturbé par les variations de focale. En revanche, la motorisation n'est pas particulièrement plus lente au téléobjectif qu'au grand-angle, qualité suffisamment rare pour être soulignée.


Le phénomène est bien connu des photographes amateurs (les professionnels accrédités, qui ont la permission de se placer dans les zones interdites au public, sont moins concernés) : les spectateurs avancent peu à peu. Si les commissaires de course sont suffisamment attentifs et concentrés, ils les font reculer régulièrement ; dans le cas contraire, on arrive parfois à un étranglement de la route qui peut, en cas de sortie, se transformer en accident grave. Ici, ça va encore, mais si vous comparez avec la photo de Wittman en haut de cette page, prise exactement du même point (une fois que j'ai fait mon trou dans la neige, je n'en bouge plus), vous noterez qu'il n'y avait personne où se trouve maintenant le blouson blanc.

En pleine taille, celui-ci est intéressant à observer. D'une part, le point est fait sur lui et non sur la voiture ; d'autre part, les motifs noirs sont bordés d'une aberration chromatique bien visible, bande verte à gauche et rouge à droite, d'environ deux pixels de largeur. On retrouve celle-ci en face, sur le poteau téléphonique au milieu des maisons, logiquement inversée (rouge à gauche, verte à droite).


Parfois, certains pilotes ratent légèrement leur freinage et se laissent entraîner au-delà du panneau «trop tard». C'est le cas ici de Romeyer, navigué par Fournel, qui a l'excuse d'avoir été gêné au freinage par un concurrent attardé et que cette «touchette» contre le mur de neige n'empêchera pas de réaliser le cinquième temps.

L'aperçu a été recadré et rééquilibré grâce au réglage des courbes. L'original est plus terne (non, toujours pas de soleil) et plus large, et vous y verrez que le photographe s'est accroupi pour tenter de passer sous les coudes des spectateurs envahissants, avec un succès mitigé...


Pour en finir avec cette spéciale particulièrement enneigée, un petit coup de chapeau aux héros (ou malades mentaux, selon votre point de vue) qui se sont engagés là-dedans avec des voitures à deux roues motrices. Ici, Cornu / Leclerc, dont la voiture porte la trace de plusieurs passages délicats. Les équipages amateurs n'ont en outre, bien souvent, pas la possibilité financière d'avoir des pneus adaptés aux conditions. L'équation est simple : deux roues motrices + pneus de série (neige non cloutés dans le meilleur des cas) = une grosse galère. Même si, en partant à la fin, la route était largement balayée par les précédents passages...

Bien, il est temps de retourner à la voiture pour entamer le grand voyage de ce Monte-Carlo : la descente vers les Alpes-Maritimes. Sisteron, Digne-les-Bains, Saint-André-les-Alpes, puis un gros bout de Nationale 202 pour aller dans la région du Turini où, de nuit, auront lieu les quatre dernières épreuves spéciales du rallye.

Col Saint-Roch

Okay, la route n'est pas vraiment bonne.


Nous sommes sur l'ex-N75, qui demeure le gros axe de communication entre Nice (qu'elle rejoint par la N85), Gap et Grenoble. Peu avant Sisteron, il y a une montée, pas très longue, mais qui a suffi à bloquer nombre de poids lourds, arrêtés en désordre de tous les côtés de la route. Les voitures qui le peuvent (pneus adaptés, chaînes ou 4x4) circulent au pas entre les véhicules arrêtés, une équipe de gendarmes assurant une circulation alternée.

On notera la coupure dans les angles : le pare-soleil, pas parfaitement en place (cette photo a été prise dans l'urgence pendant quelques secondes d'arrêt, le temps qu'une voiture dégage le passage), empiète largement sur le cadrage. Note pour les utilisateurs : toujours bien caler le pare-soleil au-delà du déclic.

Plus loin, je trouverai quelques voitures garées dans les fossés, sans autres dommages qu'un peu de tôle froissée mais qui ne bougeront plus jusqu'à l'arrivée des dépanneuses...

Tout cela ne fait pas gagner de temps, et en fin d'après-midi je dois passer au plan B : je n'aurai pas le temps de faire le tour par Sospel et Moulinet pour remonter au plus près du col de Turini (1580 m d'altitude), haut lieu de la tradition du Monte-Carlo et toujours pris d'assaut. Plus exactement, j'aurais le temps d'y monter, mais pas de marcher les deux ou trois kilomètres qui devraient logiquement séparer la coupure de route de la spéciale elle-même.

Je monte donc au col Saint-Roch, accessible directement par l'ouest et où la course commence plus tard, mais qui, culminant à 960 m d'altitude, est totalement dégagé.

J'arrive une bonne demi-heure avant le départ du premier concurrent.


Les spectateurs font du feu. Beaucoup de monde, autant d'Italiens que de Français (le principal rallye national italien se déroule en Sardaigne, de même d'ailleurs que le rallye de France a lieu en Corse, expliquant que les transalpins du nord comme les Français du sud préfèrent se rendre sur... le rallye national monégasque !). Flash intégré, synchro lente, j'ai conservé une surexposition de 2/3 EV qui explique un histogramme «calé à droite». À 800 iso, le bruit est bien visible dans les herbes au premier plan, mais demeure raisonnable.

Je m'installe tranquillement, sors le E-30, vérifie que le pare-soleil est bien en place. Olympus n'a pu nous fournir un flash ; c'est donc de mon Sigma EF-530 que je me servirai. Celui-ci est un modèle prévu pour les Pentax ; je l'utiliserai donc en mode manuel, le E-30 assurant la synchro via la partie standard de la griffe. Quelques déclenchements sur la route et les voitures ouvreuses me permettent de régler l'ensemble : flash à pleine puissance, appareil en mode manuel, 1/250è (c'est la vitesse de synchro-X maximale, même s'il est possible d'en choisir une plus faible dans l'un des sous-sous-sous-menus), f/5,6, 800 iso, cela fonctionne.

Cinq minutes avant le départ du premier concurrent, les commissaires de course s'avisent soudain que je suis mal placé. Ils me demandent de quitter cet «endroit dangereux», pourtant situé sur un talus 1,5 m au-dessus de la route dans un long gauche en accélération où le risque d'une sortie de route est proche du néant. Le premier qui m'apostrophe utilise un ton assez déplaisant («Vous dégagez de là, on a mis une balise cinq mètres derrière c'est pas pour décorer») qui n'invite guère à la discussion, j'évite donc de lui faire remarquer que ça fait une demi-heure que je suis là et que j'aurais aimé qu'il me dise de partir à mon arrivée, avant que je fasse une dizaine de déclenchements et que je perde quelques minutes pour régler le matériel.

Je me rabats donc sur un autre endroit, largement aussi exposé -- le talus ne fait plus que cinquante centimètres à cette nouvelle position -- mais d'où personne ne me dira de partir... Je refais mes réglages dans la précipitation, je suis un peu plus loin, f/4 ça a l'air bon. Le premier concurrent part, il a une dizaine de minutes pour arriver.

L'écho de la voiture se fait entendre au loin, les mangeurs de merguez se ruent comme un seul homme vers la piste. En deux minutes, il y a vingt personnes autour de l'endroit d'où j'ai été éjecté ; personne ne leur dira rien, et il s'accumuleront jusqu'au bord du talus.

Les premières voitures arrivent, les réglages ne sont pas bons, je peaufine, je n'arrive pas à caler la mise au point au bon endroit... Finalement, je cale le collimateur d'autofocus sur l'angle du phare dès que la voiture est visible, rare endroit suffisamment contrasté pour qu'il accroche à coup sûr.


Stéphane Sarrazin est un ancien pistard reconverti en rallyes -- et, donc, un des derniers «pilotes complets», dans la grande tradition des Lucien Bianchi et Gérard Larrousse, et qui a fait à l'envers un chemin suivi par un certain Sébastien Loeb. Il a bien tourné sur ce Monte-Carlo (il finit troisième, associé à Jacques Renucci), mais n'a pas été exempt de reproches. Ici, une touchette lui a décroché l'aile gauche...


La nuit limite les reflets sur les vitres. Résultat : l'éclair du flash pénètre bien à l'intérieur des voitures, permettant de voir les expressions des concurrents. Ici, Marenco semble quelque peu enragé, effet renforcé par le bien connu phénomène des yeux rouges. Il fera le 16è temps, ce qui n'est pas mal pour une Clio -- il est vrai plutôt à l'aise sur ce bitume sec et tortueux.


D'autres ont l'air plus détendus, comme Jérôme Aymard, que son expression de chauffeur de taxi n'empêchera pas de réaliser le 18è temps... Sa copilote semble mieux apprécier la performance.

Fin de journée, il est 22 heures et je n'ai pas la patience d'attendre sur place le dernier passage (départ du premier concurrent à minuit passé). Je rejoins mon minibus pour dormir quelques heures -- cela fait deux nuits de cinq heures que j'enchaîne. Je me réveille à minuit et demie, inutile de retourner au col... Un mal pour un bien : du coup, je pars avant le flot de spectateurs et profite d'une route dégagée.

Il est une heure du matin lorsque j'arrive au village de Coaraze, perché sur un promontoire rocheux. Tiens, il est illuminé. Du rouge, du vert bien saturés... Ça fera un joli souvenir pour conclure cette page.




> Test terrain : Test terrain : Olympus E-30, découverte
> Test terrain : Olympus E-30 au Monte-Carlo, jour 1
> Test terrain : Olympus E-30 au Monte-Carlo, jour 2
> Test terrain : Olympus E-30 au Monte-Carlo, bilan

Olympus E-30 test terrain
Olympus E-30
PARTAGER


Contact Vie privée, Cookies Conditions Générales d'Utilisation