Col de l'Écharrasson

Sur la route, pendant l'ascension du col de Rousset, le temps se dégage d'un coup. Je me retourne : une mer de nuages recouvre Die.


Première prise de vue hors du labo donc. L'appareil choisit une exposition assez conservatrice, qui limite la zone brûlée autour du Soleil mais, du coup, donne aux nuages une apparence terne. Un petit coup de niveaux pour réhausser les gris moyens s'imposera.

Il s'est également calé sur 200 iso (borne minimale par défaut en mode iso auto, que l'on peut modifier en dénichant le bon menu), et l'on distingue un léger moutonnement dans les bleus saturés. On note aussi des traces d'aberrations chromatiques autour des branches au premier plan.

Une demi-heure plus tard, au croisement des routes de Lente et du col de Carry, je me gare et commence à marcher sur l'itinéraire de la course, vers le col de l'Écharrasson.

Il est peut-être temps, pour ceux qui ne sont pas familiers du rallye, d'expliquer un peu ce que c'est : c'est une compétition de vitesse pure sur route, courue par équipages de deux (un pilote et un copilote, parfois appelé «navigateur» et chargé de tout le boulot ingrat : annoncer le profil de la route en fonction de notes prises quelques jours plus tôt, gérer les routes à suivre et les horaires à respecter, assurer la communication avec les organisateurs...).

La route est bien entendu fermée à la circulation du public pendant la course, ce qui impose un découpage (on ne peut pas bloquer des centaines de kilomètres de routes) : d'une part, les «épreuves spéciales» (couramment appelées «ES» ou «spéciales»), où le chronomètre tourne et qui sont fermées à la circulation, d'autre part les «liaisons» qui permettent aux concurrents de passer d'une spéciale à l'autre, dans la circulation normale et en respectant le code de la route. Sur les liaisons, il n'y a pas de chronométrage, juste un temps limite pour la parcourir. Chaque équipage est donc doté d'un carnet de pointage, qu'il fait tamponner à des contrôles de passage pour attester qu'il a suivi l'itinéraire prévu et respecté les horaires imposés.

L'existence des liaisons impose que les véhicules soient homologués pour la route ; ils sont donc plus ou moins étroitement dérivés de véhicules de série -- les «prototypes» comme on en voit au Dakar ou en courses sur circuit sont interdits.

L'épreuve que je vais photographier est l'ES 3 : c'est la troisième épreuve spéciale, qui monte sur le Vercors à partir de Saint-Jean-en-Royans par le col de la Croix, puis traverse la forêt de Lente avant de redescendre sur le Royans par le col de l'Écharrasson. J'ai choisi cette spéciale parce que les derniers kilomètres -- la route de l'Écharrasson -- ne sont pas déneigés en hiver : il s'agit d'une ancienne route, délaissée depuis l'ouverture à proximité de celle du col de la Machine.

Sur les bords de la piste, l'ambiance est calme et bon enfant. Quelques spectateurs ont fait des bonshommes de neige, d'autres attendent en bavardant ou en grignotant. Le temps est de nouveau couvert, les contrastes peu prononcés.


Premier constat : la couverture du viseur n'est pas de 100 %, comme elle l'était sur le E-3. Le demi-personnage à gauche n'était pas dans le cadre. Ce n'est guère gênant en réalité : avec 12 mégapixels, on peut retailler un peu dans l'image au développement et ça limite le risque de couper des membres involontairement, mais les pinailleurs seront déçus.

Une demi-heure avant le départ du premier concurrent, il se met à neiger. Pas de très gros flocons, mais de quoi recouvrir la route de deux centimètres de poudre blanche.

En attendant qu'ils arrivent, je réplique sur le E-30 les réglages dont j'ai l'habitude sur mon K10D. Mode priorité vitesse, réglé sur 1/100 s pour avoir un filé visible mais ne pas trop flouter les voitures elles-mêmes. Stabilisation désactivée, autofocus en mode continu, collimateur unique et calé sur le point central.


Nicolas Vouilloz, qui ouvrent la route accompagné par Nicolas Klinger, rate généreusement sa trajectoire. L'autofocus du E-30 (et la motorisation du 14-54 mm, l'un n'allant pas sans l'autre) suit le mouvement. Rentré chez moi, j'aurai la confirmation de ce que disent les histogrammes en mode lecture : l'image est terne et peu contrastée, et le E-30 l'a sous-exposée (l'aperçu ci-dessus a subi un ajustement des courbes et un recadrage). Un phénomène classique sur les motifs enneigés, que j'atténuerai demain (on y reviendra).

En rafale rapide, l'appareil prend cinq images par seconde. Il recale l'autofocus et mesure l'exposition entre chaque, comme le montre cette série :


Ici, c'est Anton Alen, pourtant finlandais et fils d'une gloire du rallye, qui rate son virage sans autre conséquence que de perdre une dizaine de secondes. La rafale permet bien de détailler le mouvement, et l'autofocus s'est globalement montré à la hauteur, malgré une franche perte de contrôle sur la neuvième image -- la dixième est encore légèrement floue, mais il s'est parfaitement recalé à partir de la onzième.


Lorsqu'un concurrent réussit à prendre son virage comme il veut (ici, Arzeno et Mancini), et passe à une vitesse normale sous le talus où je me situe, sa voiture prend plus de place dans le viseur. La conséquence est immédiate : la sous-exposition diminue d'autant, confirmant que c'est bien la neige qui tend à fausser la cellule. Sans doute, sur un sujet normal, l'exposition serait-elle également plus standard...

En attendant, les possesseurs d'un logiciel de gestion de flux comme Lightroom ou Bibble apprécieront les options d'équilibrage automatique d'une série d'images.

Le temps et les concurrents passent, le E-30 poursuit son office inlassablement. Quelques spectateurs ont remplacé les grignotages solides par du liquide, on va supposer que c'est pour se réchauffer...


L'un d'eux, vraiment très bien réchauffé, finit par glisser du talus et basculer sur la route. Il mettra une bonne dizaine de secondes à se relever. Merci monsieur, c'est comme ça que des rallyes sont annulés...

On notera au passage la balance des blancs, sans doute trompée par le volume du manteau rouge très saturé : c'est la seule image de la journée qui soit sortie dans des couleurs aussi froides. Pour le reste, le E-30 a fait preuve d'une balance des blancs fiable, avec une légère dominante chaude pas désagréable.

Il s'est d'ailleurs révélé sympathique et plutôt convaincant, si l'on passe sur la sous-exposition systématique, avalant les images à la demande du photographe sans broncher malgré une température un peu frisquette.

Fin de la première journée. Demain, direction la Haute-Loire, et Saint-Bonnet-le-Froid, où je testerai d'autre réglages.

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