Si la perfection numérique envahit chaque jour nos disques durs avec des images de plus en plus lisses, de plus en plus propres et de plus en plus piquées, il reste encore de la place pour des cliches plus spontanés, plus drôles et finalement plus libres. La société américaine Lensbaby l’a bien compris et propose depuis plusieurs années des non-optiques curieuses, destinées aux reflex argentiques et numériques.



Lensbaby Composer exemple

Définitivement inscrit dans la lignée des revivals Lomo et Polaroïd, le concept du Lensbaby est d’une rare simplicité : un objectif dont il est possible d’orienter la lentille en tout sens, d’où des déformations rappelant les célèbres bascules des chambres grands formats et des objectifs Tilt & Shift. Obtenir des verres de qualité pour la construction de telles optiques coûte cher, et leur extrême spécialisation les réserve en principe à la petite communauté des photographes d’architecture, qui usent des bascules et des décentrements pour redresser les perspectives des espaces photographiés. Las, Lensbaby prend tout le monde à contre-pied et met à disposition du public un objectif volontairement mauvais (donc pas cher), au pouvoir séparateur grotesque (comparable à la qualité optique d’une bouteille de bière), au vignetage notable et aux capacités franchement risibles.

Idée géniale immédiatement adoptée par toute une communauté de photographes amateurs ou professionnels. Bilan, une certaine idée de la photo, créative, souvent humoristique et finalement très saine. Bref, un objectif idéal pour s’amuser, obtenir des effets surprenants et sortir quelque peu du ronronnement quotidien.

Lensbaby Composer exemple     Lensbaby Composer exemple

Le Composer se présente sous la forme d’une optique plastique tout à fait standard. Lensbaby le décline sous plusieurs baïonnettes, Nikon et Canon en premier. On y trouve une bague de mise au point (quasi inutile au demeurant, tant le piqué obtenu se passe de commentaires) et... c’est tout. Les choses se corsent quand on comprend la principe : monté sur une demi-sphère en plastique, le corps avant s’oriente dans tous les sens, changeant du tout au tout le plan de mise au point et l’habitude du photographe. Les puristes réclameront une bague de diaphragme, et il est probable que Lensbaby les écoute en proposant cette glorieuse option pour le Composer 2.0. En attendant, il faudra se contenter d’un système particulièrement mal fichu : des diaphragmes en plastique mou que l’on dépose au fond de l’objectif (par l’avant) et dont l’ouverture plus ou moins importante singe notre échelle 2,8-22 habituelle. Une manipulation hasardeuse, pénible et pour tout dire complètement ratée. De fait, on se contente souvent d’une ouverture prédéfinie et on s’y tient, pour mieux se consacrer à la prise de vue.

C’est d’ailleurs le seul défaut du Composer, mais ça n’a rien de rédhibitoire et les résultats tiennent leurs promesses : les images sont hideuses, floues, vignetées et déformées. Mais les plus créatifs d’entre nous savent bien que ces épouvantables défauts peuvent se changer en qualités dès que le talent s’en mêle. Sur le principe, l’idée fonctionne merveilleusement. Dans la pratique, il est rare de réussir des clichés inoubliables, mais c’est l’expérimentation qui compte avant tout. À l’usage, on se surprend à prendre un immense plaisir à promener ce truc au bout de notre Canon dernier cri, au capteur époustouflant et à la gestion du bruit irréprochable. Comme quoi.

Lensbaby Composer exemple     Lensbaby Composer exemple

À noter que Lensbaby propose quelques accessoires prolongeant l’expérience Composer. Des compléments optiques permettant de simuler l’effet sténopé, par exemple, mais leur usage et leur maniement s’avère des plus ardus, au sens purement pratique. D’ailleurs, on les remise assez rapidement au placard pour se consacrer à l’essentiel, déformer les photos, obtenir des flous que la morale réprouve et s’amuser à produire des images originales et joyeuses. C’est tout un univers qui s’ouvre aux photographes curieux, d’autant que le numérique se prête justement à l’expérimentation. Dès lors, pour peu qu’on ait l’âme créative, la possession d’un Composer est nécessaire. Gardez toutefois à l’esprit que les images sont réellement mauvaises. N’espérez pas les sauver et acceptez-les pour ce qu’elles sont. Des moments, des instantanés. Des photographies, en un mot.

Lensbaby Composer exemple

Lensbaby Composer exemple

Lensbaby Composer exemple
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Test : Quelques jours avec un Lensbaby Composer



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