Annoncé quelques mois après le DP1, le Sigma DP2 surfe sur la même philosophie. Compact expert, petit et léger, doté de tout l’attirail nécessaire au professionnel désireux d’avoir un excellent point & shoot dans la main, cet appareil détonne dans une production industrielle morne. D’abord par son optique fixe, ensuite par la taille de son capteur, et enfin par la technologie Fovéon embarquée.

Sigma DP2 test review

Le Sigma DP2 est son flash escamotable. Malgré la focale fixe (21 mm), le fût de l'objectif reste relativement imposant et manque de discrétion.

Si ce rêve éveillé s’avère alléchant sur le papier, la pratique est toute autre. Force est de constater que les erreurs commises avec le DP1 n’ont pas du tout été corrigées. À croire que les dirigeants de Sigma ne se précipitent pas tous les jours sur Focus Numérique pour prendre en compte nos avis éclairés.

Nous vous renvoyons néanmoins au test du DP1 pour plus d’informations concernant les innovations technologiques de la série et son positionnement.

Déballage et constat à l’amiable

Tout émoustillé par son achat, l’amateur averti ou le photographe professionnel reçoit son carton Sigma. Il ôte fébrilement l’emballage, aperçoit son appareil et... soupire d’exaspération. Oui, le Sigma DP2 est gros. Non, le Sigma DP2 ne tient pas dans la poche (ou alors une grande poche). Non, les ingénieurs nippons n’ont absolument pas changé la coque du DP1. Oui, ça énerve. Logique, dans une certaine mesure, le DP2 n’étant pas censé remplacer le DP1, mais le compléter. Nuance.
La faute à l’optique, un 41 mm ouvrant à 2,8 (à comparer au 28 mm f:4 du DP1), ce qui, effectivement, change tout. Pour le reste, l’immobilisme règne. Épaisse, télescopique et bruyante, l’optique se couvre d’un astucieux capuchon (perdu le jour même). D’un point de vue cosmétique, on reste dans la même efficacité simple et sans fioritures. Molette de programme, molette de réglage, sabot flash, flash pop-up, large écran, joypad. Un saine austérité qui louche sur le principe Leica (déjà repris par Ricoh avec sa série des GR), sans la consistance et la finition des boîtiers de la célèbre marque. Car oui, le DP2 fait toc, à peu près autant que le DP1. On a surtout l’impression de shooter avec un bon vieux Zénit en plastique, et non avec une merveille technologique qui coûte un oeil. Bref.

Sigma DP2 test review

Le Sigma DP2 avec sa panoplie complète : viseur optique, parasoleil, le tout en option.


Quand on active la bête, le soupire d’exaspération évolue vers le cri de rage. Celles et ceux qui espéraient (enfin) disposer d’un écran de bonne qualité pourront toujours râler, ça ne changera pas grand chose. En 2009, donc, Sigma continue sans rire à vendre des appareils dont les écrans restituent une image floue dès qu’on bouge légèrement, et dont ladite image gèle pendant la mise au point. Rédhibitoire. Et pour tout dire, inacceptable, tant pour l’amateur averti que pour le pro. De là, on est assez tenté de remballer la chose et de la renvoyer directement, sans prendre la peine de faire la moindre image.

Sigma DP2 test review

L'écran LCD du Sigma DP2 est toujours aussi peu agréable à utiliser...


Usage et contrariétés

Déjà fatigué par cette calamiteuse entrée en matière, on se résigne finalement à sortir le DP2 et à s’en servir. La chose la plus importante reste l’objectif. Ô, joie, Sigma propose enfin une optique lumineuse et utilisable à f:2,8. Sur le principe, un f:2 aurait été mieux accueilli, mais tant pis, on se contentera du f:2,8. Côté focale, le DP2 dispose d’un 41mm pour le moins curieux. On se souvient du 28 mm du DP1 et on se perd en conjonctures sur un éventuel DP3 qui conserverait cette focale. Sachant que la focale de référence reste (pour le professionnel aguerri) le 35 mm, on peut éventuellement rêver d’un DP59 enfin à l’écoute des besoins du coeur de cible. Bref, entre 28 et 41, le 35 a toutes ses chances. Un jour, peut-être. En attendant, il faudra bien faire avec le 41, d’autant qu’on peut nous prendre ici en flagrant délit de mauvaise foi. Oui, un 41 mm est bon à tout, portraits, paysages, scènes de rue, et reste assez polyvalent. De ce côté, Sigma joue plutôt bien, d’accord. Bon, on la prend, cette photo ?

Sigma DP2 test review

L'imposant 41 mm f/2,8 et quelques détails de l'interface du Sigma DP2.


Commençons par l’autofocus... catastrophique, comme pour le DP1. Nouvelle preuve que Sigma ne tient manifestement pas compte des erreurs passées. Moralité, entre l’AF qui cafouille et l’abominable écran, on a presque envie de shooter au hasard. Il est toujours possible de se rabattre sur une photographie plus calme, plus posée, mais c’est oublier que le DP2 se prétend professionnel. Et quand on se prétend professionnel, il faut que ça suive. Ici, dès que la lumière baisse, dès que les conditions ne sont pas totalement optimales, on a droit aux habituels va-et-viens d’un objectif qui ne sait plus où donner de la tête. Un désastre d’autant plus invraisemblable que la mise au point automatique des APN grand public est aujourd’hui acceptable.

Consolons-nous avec l’excellente molette de mise au point manuelle, rapide et claire, qui autorise une photographie immédiate. On l’avait louée lors du test du DP1, on la loue ici à nouveau. Mais là encore, Sigma se moque du monde. Comment espérer faire une mise au point précise avec un écran aussi immonde ? Comment espérer s’immerger dans l’action (au hasard, dans une manifestation) sans rappel de profondeur de champ ? Bref, la molette de mise au point manuelle est chouette, mais elle est inutilisable, à moins d’avoir le compas dans l’oeil. Admettons.

Après quelques images en RAW, l’appareil bloque. Ben oui, ça en mange, de la mémoire, le RAW. Au temps pour les amateurs de rafale. On commence peu à peu à comprendre que le DP2 est plus à sa place en studio, avec une nature morte, à raison d’une image toutes les dix minutes. D’accord, passons au JPEG, alors, mais n’oublions pas que les 14 millions de pixels du DP2 proviennent en fait de la superposition de 3 couches de capteurs quadrimégapixels. Sauf interpolation (toujours meilleure en RAW), on obtient une image à quatre millions de pixels. Pour un pro, c’est court. Ça ne couvre même pas une pleine page A4 à 300 dpi, sans parler d’une double.

Sigma DP2 test review

 

Le Sigma DP2 en mode repos.

Contact Vie privée, Cookies Conditions Générales d'Utilisation