Lorsque Renaud m’a dit qu’un M9 arrivait à la rédaction, j’ai fait des pieds et des mains pour le voir. Moi qu’on traite d’intégriste, car je trouve le Nikon D700 limite à 800 ISO et qui regrette que le Fujifilm X100 ne soit « qu’un APS-C »… je trouvais la fiche technique du M9 absolument parfaite. Un capteur plein format dans un format compact. Le top. Et c’est finalement une semaine que j’ai pu passer en compagnie du Leica. N'étant pas particulièrement familier du télémétrique, cette semaine aura aussi été l'occasion de confirmer ce qui se dit partout : le télémétrique c'est bien une philosophie à part.
 
35mm - f/5.7 - 1/350 s. Un duel de compacts pour fêter ça... Merci chef !
Marque : Leica Camera AG
Modèle : M9 Digital Camera
Vitesse : 1/350 s, ouverture : f/5.7
Sensibilité : 80 ISO
Focale : 35 mm, décalage expo : 0 IL
Objectif : Summilux 35 mm f/1,4 Asph
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Le premier contact fut radieux. Toucher le mythe, le mettre dans sa poche. Un rêve. L’appareil est lourd, métallique à n’en point douter, petit, et dépourvu de fonctions superflues. La photo, rien que la photo. Premier contact flatteur.

Mais la première photo est rude. Le télémétrique, c’est une autre école, à la fois élitiste et puriste qui fait de ces boîtiers des appareils très spéciaux à ne pas mettre entre toutes les mains. On l’oublie souvent un peu vite ! Et quand on vient du reflex le changement est rude. 
 
Dans le viseur, on a quasiment aucune information. Pas de collimateur, mais un rectangle pour le cadrage et juste un indicateur d’exposition lorsque l’on est en manuel complet. Une flèche vers la droite ou vers la rouge selon que l’on est sur ou sous exposé, un point rouge quand l’exposition est correcte. C’est succinct. En mode de priorité à l’ouverture, l’affichage change pour laisser la place à la vitesse de déclenchement que le couple ouverture-sensibilité nécessitera. Cette seconde configuration est la plus proche de ce que le monde du reflex offre comme sensation. Mais dans les deux cas, on arrive facilement à bien paramétrer l’appareil. Spartiate, mais efficace. C’est tout ce qu’on demande à un bon boîtier.

Mise au point… délicate

Le gros du problème que l’on rencontre quand on débute au télémétrique vient à la mise au point. Pas d’autofocus ici bien sûr, mais ce n’est pas vraiment un problème. Sur le M9 on a juste une zone rectangulaire au milieu du viseur qui présente une image en superposition. C’est votre scène. Pour que la mise au point soit correcte, il faut que les deux images soient parfaitement alignées. Facile à dire… bien plus qu’à faire. La zone de mise au point est petite, et nécessite de prendre des repères très contrastés et très précis. Un peu comme ceux d’une mire de test en labo. Dans la réalité, la mise au point est excessivement difficile à faire avec précision quand on débute, faute à une zone trop petite. Résultat, on y passe un temps fou et lorsqu’on déclenche c’est souvent sans la certitude d’être bon.

Mise au point réussie... ou ratée  ? Difficile à dire à cette taille, et sur l'écran du M9 c'est pire. Seul moyen de s'en rendre compte, transférer sur ordinateur. Verdict ci-dessous...
 
C'est flou ! La mise au point faite sur les branches de lunettes est manquée. À 100% le visage est flou, sans texture. Le plus frustrant n'est pas vraiment que la photo soit ratée, mais qu'il faille attendre le transfert sur ordinateur pour s'en rendre compte. Un bon écran aiderait vraiment beaucoup à éviter ces désillusions. 

Et le problème est encore corsé par un écran LCD calamiteux. Et encore l’adjectif est doux. Pour moins de 400 euros aujourd’hui on trouve des compacts dotés d’écrans 920 000 points ; mais pour 5 000 euros Leica a jugé que 230 000 seraient suffisants. On frise le scandale...

Résultat, si la mise au point est fastidieuse il ne faudra pas compter sur l’écran pour avoir une idée immédiate du résultat : floue ou non, piquée ou pas… vous ne verrez aucune différence sur votre image tellement l’écran est mauvais. Pour juger de la qualité de ses images, il faut donc les transférer sur ordinateur. Quelle perte de temps, d’énergie et que d’occasions manquées ! C’est vite frustrant, surtout les premiers jours. On s’énerve vite d’avoir raté autant de photos. Ce sont les clichés réalisés à la plus grande ouverture, qui offrent le moins de profondeur de champ, qui sont les plus délicats à réaliser. Par facilité, on en vient vite à aller chercher le confort des hyperfocales et des ouvertures plus restreintes. Pratique, mais dommage quand les optiques affichent des ouvertures magiques. Avec le temps on apprend à faire de meilleures mises au point, et à fermer un peu plus… un M9 ne se livre pas tout seul, il se dompte. L’important au début est de ne surtout pas se décourager.  
 
Le test du chien peu coopératif... un cauchemar pour la mise au point. Et oui, pour ceux qui en doutent le tas de flou noir est bien un chien qu'il aurait fallu mettre sous calmants pour réussir la photo. 
 
Au début on passe le plus clair de son temps à ruminer une rancœur assez facile à justifier. On rate les photos par dizaines à cause de mises au point approximatives. C'est rageant. 
Mais lorsque la mise au point est bonne, la photo est magique. On y arrive facilement sur des prises de vue posées. Dans le feu de l’action (photo de rue, photos de famille, etc.) la mise au point demande une dextérité peu banale, que l’on acquiert avec la pratique. Pour photographier au M9 il faut retrouver les bases. Ne pas se contenter de pousser un bouton et de laisser l’électronique « faire le job ». Bien cadrer, bien penser son ouverture, anticiper la profondeur de champ… bref bien penser tous les paramètres de prise de vue avant de déclencher. Vous pouvez essayer avec votre reflex : débrayez en manuel et composez votre cliché en réfléchissant tous les paramètres… ça marche. C’est plus long, moins facile, mais tout aussi efficace. Une bonne école !
 
35mm - f/4 - 1/90 s. Exemple de photo faite sans viser, uniquement en "pensant" ses paramètres (exposition, ouverture, profondeur, distance,  et en cadrant sans viser. Pas simple, mais ça marche.
Marque : Leica Camera AG
Modèle : M9 Digital Camera
Vitesse : 1/90 s, ouverture : f/4.0
Sensibilité : 160 ISO
Focale : 35 mm, décalage expo : 0 IL
Objectif : Summilux 35 mm f/1,4 Asph
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Un crop à 100% du panneau d'affichage vu plus haut.

Piqué et arrière-plans

Et au M9, quand les conditions sont réunies le rendu si spécifique à la marque allemande est bien là. Le piqué est fantastique, les couleurs extra, et les arrière-plans merveilleux. L’image a une saveur sublime. Bref quand on fait mouche c’est superbe. La qualité des optiques et le capteur 24x36 sont effectivement de tout premier ordre.

35mm - f/4.8 - 1/500 s. La mise au point semble bonne, l'image dans son ensemble a l'air flatteuse.
Marque : Leica Camera AG
Modèle : M9 Digital Camera
Vitesse : 1/500 s, ouverture : f/4.8
Sensibilité : 80 ISO
Focale : 35 mm, décalage expo : 0 IL
Objectif : Summilux 35 mm f/1,4 Asph
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un crop à 100% permet de voir que le M9 offre un piqué diabolique. Capteur autant de texture, de détails sur un visage d'enfant à 35 mm est assez impressionnant. 

35mm - f/2.4 - 1/250 s. Les arrière-plans sont agréablement floutés et permettent de bien isoler un sujet, même sur un fond un peu fouillis. 

35 mm - f/2,8 - 1/1000 s. À plus grande ouverture, la mise au point requiert un peu de pratique; mais les arrière-plans sont toujours doux, alors que la zone de mise au point est bien piquée comme le montre le crop ci-dessous.

Crop à 100% de l'imageprécédente.

35 mm - f/2.8 - 1/250 s.
Marque : Leica Camera AG
Modèle : M9 Digital Camera
Vitesse : 1/250 s, ouverture : f/2.8
Sensibilité : 160 ISO
Focale : 35 mm, décalage expo : 0 IL
Objectif : Summilux 35 mm f/1,4 Asph
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Un crop à 100% de l'image précédente.

Marque : Leica Camera AG
Modèle : M9 Digital Camera
Vitesse : 1/125 s, ouverture : f/4.8
Sensibilité : 200 ISO
Focale : 35 mm, décalage expo : 0 IL
Objectif : Summilux 35 mm f/1,4 Asph
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Au final

Le M9 est donc capable de délivrer une image superbe. Un piqué époustouflant, des arrière-plans très doux, un champ homogène en qualité, et des couleurs au poil. Si on ne se décourage pas, et à condition de repenser sa façon d'utiliser l'appareil photo. Ce qui est loin d'être évident !

Mais quel dommage qu’un cocktail optique aussi bon soit aussi desservi par une électronique poussive et par un écran aussi ignoble !
Alors… tout plaquer pour un M9 ? Pas simple. Si vous êtes habitué au reflex, la réponse pourra être non. La lenteur, le bruit et l'écran jouent beaucoup dans cet avis, et ce malgré les quelques très belles images que le M9 permet de capturer. Et le changement de philosophie peut rebuter. Le télémétrique, ça se dompte, et ce n'est pas simple. 
Le confort des mécaniques japonaises aidées par une électronique aux petits oignons laisse tout le loisir de passer du temps sur le cadre, l’émotion, l’ambiance, la spontanéité. Certains apprécient.

La philosophie du M9 est parfaitement respectable. Mais un peu de modernisme et quelques bons automatismes bien placés ne sont pas non plus à dénigrer. Pour ce type de photographe, le compact idéal serait donc un mélange du M9 pour son excellent capteur et son boîtier solide, d'un Fuji X100 pour sa fantastique visée hybride, et d'un reflex haut de gamme pour sa nervosité.
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