Avec le K10D, Pentax avait choqué les habitudes des utilisateurs de reflex : il proposait en effet aux plus aventuriers d'entre eux un appareil abordable (moins de 1000 euros) et protégé des intempéries, chaque trappe et chaque bouton étant équipé de joints, une précaution jusqu'alors disponible uniquement sur des appareils professionnels. Avec le K200D, le constructeur nippon a enfoncé le clou en proposant le tout premier appareil d'entrée de gamme ainsi «tropicalisé». Toute la gamme de Pentax est donc aujourd'hui blindée contre la pluie et la poussière, ce qui en fait un cas unique dans les constructeurs d'appareils photo.
Reste cependant un point noir : l'objectif. C'est par lui qu'entrent l'essentiel des agressions que peut subir un reflex, comme en témoignent les célèbres poussières sur les capteurs.

Avec le K10D, Pentax a donc lancé des objectifs eux aussi tropicalisés, à l'instar de ceux des coûteuses séries professionnelles de Nikon ou Canon. C'est l'un d'entre eux, le smc DA* 50-135 f/2,8 ED [IF] SDM, que nous testons aujourd'hui.

Présentation

Cet objectif appartient à la gamme *. Il fait donc partie d'une série professionnelle, et complète le trans-standard 16-50 mm f/2,8. Avec ces deux objectifs, tous deux préfixés «DA», il convient de noter que Pentax a franchi un pas décisif vers le numérique : en effet, le haut de gamme optique devient ainsi réservé aux petits capteurs (15x23 mm) utilisés sur les reflex actuels. Le constructeur se coupe ainsi d'une porte de sortie vers le «plein format» 24x36, mais optimise son matériel en fonction des caractéristiques des capteurs : plus petits, ils doivent permettre de construire des objectifs plus compacts et plus légers sans sacrifier la qualité. L'optimisation passe également par l'adaptation des champs couverts : le 16-50 mm reprend le champ classique en 35 mm d'un 24-75 mm, et le présent 50-135 mm permet de retrouver les cadrages d'un usuel 75-200 mm, l'objectif de choix des reporters sportifs aux temps argentiques. Et la présence d'une motorisation ultrasonique (SDM pour Super Drive Motor) promet d'obtenir les qualités souhaitées pour cet usage.

Cet objectif est donc protégé des intempéries. Au niveau de la monture, un joint de caoutchouc permet d'éviter les infiltrations entre objectif et boîtier. Il s'agit d'une baïonnette KAF2, ce qui le rend mécaniquement compatible avec tous les Pentax et Samsung numériques : si ceux-ci ne disposent pas des contacts permettant de commander la motorisation SDM (apparus sur le K10D et le GX-10), il se rabattra sur la classique (et bruyante) came d'autofocus, chose impossible avec la plus récente monture KAF3 qui équipe le 17-70 mm f/4.

Le 50-135 mm comporte classiquement deux bagues, une pour la mise au point (elle ne tourne pas lorsque l'autofocus fonctionne, mais elle permet à tout moment de retoucher le point), l'autre pour le zoom. Elle sont séparées par un indicateur de distance et un nouveau commutateur permettant de passer de la mise au point manuelle à l'autofocus. La lentille frontale est entourée d'un porte-filtre de 67 mm, sur lequel nous ne saurions trop conseiller de laisser à demeure un filtre protecteur qui encaissera les chocs à la place de l'objectif.
Notons que celui-ci, plutôt imposant, ne change jamais de longueur, ni pendant la mise au point, ni pendant le zoom. Il est livré avec deux bouchons et un imposant (et efficace) pare-soleil en plastique ; celui-ci comprend une partie détachable pour régler facilement un filtre polarisant.

Prise en main

La première prise en mains de cet objectif surprend et rassure tout à la fois. Son poids dit clairement qu'il s'agit d'un «caillou» de qualité : il frôle les 700 grammes. Monté sur un K20D, c'est donc largement 1,5 kg que l'on promène autour du cou.
Les bagues n'ont pas de jeu, mais celle de zoom a une douceur surprenante, associée à une course très courte (on passe de 50 à 135 mm en un quart de tour). Un temps d'adaptation est donc nécessaire pour apprendre à modifier la focale en douceur et à ne pas arriver violemment en butée, surtout dans la précipitation. Celle de mise au point a un toucher plus classique et une course plus importante, qui permet de réaliser une mise au point manuelle assez précisément et limite les risques de la faire tourner accidentellement.

Le nouvel interrupteur AF/MF ne nous a en revanche pas convaincus. Son utilité est discutable : la motorisation SDM permet la retouche du point et il n'est pas réellement plus accessible que l'interrupteur du boîtier -- et n'offre pas le choix entre autofocus continu ou ponctuel du sélecteur des K10D et K20D, dont les trois modes de fonctionnement sont supportés sans toucher à l'interrupteur de l'objectif.
Mieux, sur les appareils de la gamme expert (K10D, K20D et Samsung équivalents), un bouton au dos du boîtier peut être réglé pour désactiver l'autofocus. Il est alors possible de passer à la volée de la mise au point autofocus à la mise au point manuelle simplement en tenant ledit bouton du bout du pouce. Dans ces conditions, la présence d'un interrupteur supplémentaire sur l'objectif nous paraît surtout source de confusion supplémentaire et, après ces hésitations initiales, nous l'avons définitivement laissé sur la position AF.

La motorisation ultrasonique est parfaitement silencieuse. Tout au plus, lorsque l'on tente de cadrer un objet à moins de 1 m, entend-on un petit claquement à l'arrivée en butée. Voilà une vraie amélioration majeure par rapport à la motorisation par le boîtier, le système Pentax étant jusqu'à présent l'un des plus bruyants.
En revanche, la vitesse de mise au point est moins convaincante. Les motorisations ultrasoniques de Canon et Nikon nous ont donné l'habitude d'une mise au point quasiment instantanée, quelles que soient focale de l'objectif et distance demandée ; ce n'est ici pas le cas, et cet objectif n'est pas plus rapide qu'un trans-standard motorisé classiquement.
Bien entendu, cela reste une amélioration par rapport à un téléobjectif commandé par le moteur du boîtier ; mais elle pas aussi spectaculaire que sur les meilleurs élèves. Et elle n'élimine pas totalement la tendance au peaufinage en basse lumière bien connue du module d'autofocus des Pentax : après un rapide dégrossissage initial, les finitions sont toujours un peu lentes.

Utilisé avec un appareil ne supportant pas cette motorisation, le 50-135 mm se rabat sur la motorisation intégrée au boîtier, pour laquelle il dispose d'une classique came de transmission. Testé sur un Samsung GX-1S, ce mode de fonctionnement s'est avéré parfaitement fonctionnel, mais la mise au point est alors sensiblement plus lente. Évidemment, le bruit de la transmission se fait bien entendre, comme sur les objectifs non-SDM, et la retouche du point est toujours possible.

Tests sur le terrain

Épisode 1 : fête de la musique
À quoi sert un objectif ouvrant à f/2,8 ? Par exemple, à photographier en faible lumière. Nous avons donc profité de la fête de la musique pour voir si cela changeait vraiment quelque chose par rapport aux télézooms à bas prix, souvent limités à f/5,6.
Les 2 EV d'écart jouent bien entendu sur la prise de vue : le temps d'exposition est divisé par 4. En pratique, une photo ingérable car nécessitant une vitesse de l'ordre du 1/10è incompatible avec les mouvements des sujets devient possible, au 1/40è.
Mais l'apport de luminosité joue surtout sur le fonctionnement de l'autofocus. Celui-ci arrive à «accrocher», après parfois un petit moment d'hésitation, dans des conditions très sombres où il serait totalement perdu avec un objectif moins lumineux.
Il est également possible d'utiliser son ouverture maximale pour isoler le sujet, net, dans un cadre entièrement flouté.

pentax 50-135 mm test
1/125 s, f/2,8, ISO 800
pentax 50-135 mm test
1/125 s, f/2,8, ISO 800

Au passage, quelques photos du coucher du soleil. Premier constat sur les forts contre-jours : les aberrations chromatiques sont bien visibles en taille réelle, avec des franges rouge/cyan marquées sur les forts contrastes. Cependant, sur un tirage A4, il faut vraiment y faire très attention : elle seront donc finalement peu gênantes dans la vraie vie. Toujours dans la qualité optique, on note peu de déformations du grand-angle au télé et le vignetage est très discret.

pentax 50-135 mm test
1/125 s, f/2,8, ISO 100

Épisode 2 : rallye sur terre
Le 50-135, qui plus est doté d'une motorisation supersonique, étant naturellement appelé sur un reflex à capteur APS à remplacer le 70-200 des photographes sportifs équipés en 24x36, il était logique de le tester dans ces conditions. Le rallye est sans doute la discipline la plus difficile à gérer : les sujets sont rapides (voitures de course) et proches (on peut s'approcher à quelques mètres de la piste). Qui plus est, un rallye sur terre permet de vérifier la résistance à la poussière, autre argument de choix de cet objectif.
Côté poussière, le bilan est sans reproche : aucune ne s'est frayé un chemin jusqu'au capteur.
En revanche, la vitesse des voitures a révélé les limites du système autofocus. Certes plus performant qu'avec un objectif motorisé classiquement, il n'a cependant pas été capable de suivre régulièrement les bolides.
Bien entendu, il est possible que l'on touche ici aux limites du système AF de l'appareil, déjà utilisé sur le patriarche *ist D et qui commence à marquer le pas face à certains concurrents. Mais face à un Canon 70-200 f/4 USM, la différence de réactivité de la motorisation de l'objectif est flagrante.

Plus anecdotique peut-être, mais toujours bon à savoir : la fixation du pare-soleil est très douce. C'est une classique baïonnette mais le moindre choc, toujours possible sur le terrain, peut lui faire passer le verrouillage et lui faire faire le quart de tour nécessaire à la décrocher... Il a ainsi failli passer sous une voiture.

pentax 50-135 mm test
1/60 s, f/10, ISO 100
pentax 50-135 mm test
1/500 s, f/6,3, ISO 100, 135 mm

Épisode 3 : promenade
Nous avons profité de notre présence au festival littéraire d'Arbois pour vérifier l'aptitude de cet objectif au portrait. Sur le plan théorique, il couvre la plage habituellement dévolue à ce style de photo (champ équivalent de 80 à 150 mm en argentique), avec une ouverture importante et un diaphragme à neuf lamelles qui promettent des arrière-plans bien floutés et un bokeh régulier. Sur pratiquement toute la plage focale, l'optique délivre un bon piqué avec des images homogènes, même si l'on note une légère baisse de régime à 135 mmvet à pleine ouverture.

pentax 50-135 mm test
1/640 s, f/2,8, ISO 100

La plage focale 50-135 mm (eq. à 75-200 mm en 24x36) permet également de jouer avec la profondeur de champ et de détacher le sujet à la plus longue focale.

pentax 50-135 mm test
1/125 s, f/5,6, ISO 200

À la plus longue focale (135 mm) et à pleine ouverture, les images sont de bonne qualité. Classiquement, les photos gagnent toutefois en piqué en diaphragmant d'un cran.

pentax 50-135 mm test
1/320 s, f/2,8, ISO 100, 135 mm

Conclusion

Au final, si cet objectif reprend fidèlement la plage des 70-200 mm appréciés par les photographes sportifs à l'époque argentique, il s'avère moins adapté à cet usage, par la faute d'une motorisation ultrasonique un peu lymphatique. Aucun problème à distance, mais ce n'est pas l'objectif rêvé pour réaliser des gros plans de voitures ou de motos à pleine vitesse.
Il s'est révélé, en revanche, particulièrement satisfaisant en portrait. Sa plage permet, à une distance de l'ordre de trois mètres, de saisir idéalement des plans américains ou des gros plans de regards. Son ouverture maximale à f/2,8 permet de noyer l'arrière-plan dans un flou très esthétique.
Optiquement, les résultats sont dont pleinement satisfaisants. Il n'y a guère que les franges colorées qui pourront refroidir les plus pinailleurs, mais elles seront rarement visibles dans une utilisation normale.
Nous n'avons pas encore parlé du prix. Aux environs de 900 euros, il est 200 euros plus cher que le Sigma 50-150 mm f/2,8 DC HSM, aux spécifications très proches mais dépourvu de tropicalisation et 100 grammes plus lourd.

Points forts

Ouverture constante f/2,8
Bon piqué sur toute la plage focale
Qualité d'assemblage et de fabrication
Souplesse des bagues
Motorisation interne silencieuse
Peu de distorsion et peu de vignetage
Rétro-compatibilité jusqu'au *ist D

Points faibles

Motorisation pas aussi rapide qu'espéré
Quelques aberrations chromatiques visibles sur de grands tirages ou à 100% sur un écran
Prix un peu élevé


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