sigma dp1 test

Avec son coeur de reflex (un capteur 14 Mpix qui équipe également le reflex Sigma SD14), le Sigma DP1 est un compact numérique "hors norme".

Annoncé il y a maintenant plus de 18 mois, le Sigma DP1 se démarque non seulement par la présence d'un capteur CMOS de "grande taille", mais par la technologie utilisée par celui-ci. En effet, le fonctionnement du Foveon X3 n'est pas sans rappeler celui des films argentiques (pas de filtre de Bayer, mais différentes couches de silicium qui captent les différentes composantes de la lumière). Le capteur n'est pas le seul élément différenciant du DP1. Compact que l'on classera dans la catégorie "expert", le Sigma DP1 est équipé d'une focale fixe 28 mm f/4, d'un écran LCD de 2,5 pouces (230 000 points), d'une véritable molette de réglage, des classiques modes à priorité P,S,A et M et d'un mode Raw (propriétaire). Le Sigma DP1 et son capteur grand format préfigure-t-il l'avenir des compacts experts (Canon Powershot G9, Ricoh GRD II, Panasonic Lumix LX2...) ? À la rédaction, nous l'espérons tous.

À compact numérique différent, tests différents.
Nous n'avons donc pas voulu soumettre le DP1 à notre batterie d'essais en studio (certaines qualités d'un appareil expert ne sont pas quantifiables par des mesures). Nous avons donc demandé à Patrick Imbert, photographe professionnel, dont vous pouvez voir le travail personnel sur www.icicommeailleurs.org, d'utiliser le Sigma DP1 pendant plusieurs semaines afin de nous livrer ses remarques, ses appréciations, ses avis et surtout ses photos au jour le jour, comme un véritable carnet de notes. Vous retrouverez donc au fil des semaines les images commentées de Patrick Imbert dans cet article et nous vous invitons à poster vos commentaires sur le forum afin de rendre ce "test" plus interactif.

  •  
  • Capteur :

    Foveon X3 CMOS, 14,06 mégapiels effectifs (3x 2652 × 1768 pixels), format 3:2 (20,7 x 13,8 mm)
  • Monture :

    objectif fixe
  • Objectif livré :

    16,6 mm (28 mm en eq. 24x36) f/4 (5 groupes, 6 éléments)
  • Stabilisation :

    non
  • Antipoussière :

    non
  • Viseur :

    viseur optique optionel qui se fixe sur la griffe du flash (angle de visée à 28 mm)
  • Visée écran LCD :

    oui
  • Écran :

    2,5 pouces (6,35 cm), 230 000 points
  • Mise au point :

    Système de mise au point par détection de contraste. Module AF sur 9 points sélectionnables
  • Modes autofocus :

    Autofocus, manuel
  • Mesures d'exposition :

    Mesure à pleine ouverture TTL évaluative, mesure moyenne pondérée centrale, mesure Spot
  • Modes d'exposition :

    Mode Auto, Programme (P) Priorité vitesse (S) Priorité diaphragme(A), Manuelle (M)
  • Vitesse d'obturation :

    15 - 1/1000 s
  • Motorisation :

    -
  • Sensibilité ISO :

    AUTO, 100 - 800 ISO par incrément de 1 IL (10à - 400 ISO avec le flash)
  • Mémoire :

    1 emplacement pour SD/SDHC
  • Format image :

    Raw propriétaire 12 bits, JPeg
  • Alimentation :

    Batterie Li-Ion BP-31
  • Connexion :

    USB 2, sortie vidéo, sortie audio mono
  • Dimensions :

    113,3 x 59,5 x 50,3 mm
  • Poids :

    250 g
  • Logiciels :

    Sigma Photo Pro
  • Dans la boîte :

    -

Semaine 1 : État de l'art

Graal, ou pas ? Depuis le temps qu’on l’attendait, le Sigma DP1 a largement eu le temps de faire parler de lui. Un buzz médiatique relayé sur la toile et savamment orchestré par le constructeur, bien conscient des avantages de son joujou et parfaitement au fait des attentes angoissés des passionnés. Aujourd’hui que l’appareil est enfin disponible dans les rayons, les premiers tests restent mitigés, mais les utilisateurs sont souvent enthousiastes. Qu’en penser ?
Le Sigma DP1 fait-il officiellement partie de la famille des appareils incontournables loués par le micromonde des photographes pro, semi-pros et autres fous furieux capables de mettre plus de 600 € dans une toute petite chose sans zoom ? A priori oui.
Attendu comme le messie par toute une population avide de “grands capteurs” et lassée (à juste titre) des micropuces traditionnellement livrées avec les compacts classiques, le DP1 a de quoi séduire. Un capteur de reflex logé dans un compact standard, une optique fixe correspondant à un 28 mm en 24x36, cette petite merveille a tout du fameux appareil “bloc note” dont tout le monde rêve, surtout ceux qui ont fait leurs armes avec un Minox 35GT dans la poche, un Ricoh GR1 ou un simple Olympus µ... Car le marché est là. À l’heure où les magazines spécialisés n’en finissent plus de parler de “maturité” dès qu’on aborde la question de la photographie numérique au sens large, il nous a semblé intéressant de proposer une lecture différente des appareils photo habituellement confiés aux testeurs ricanants. “Maturité”, donc... Soit, ce qui signifie qu’un appareil “mur” doit remplir son rôle sans fausses notes et délivrer des images exploitables professionnellement, point. Un Sigma DP1 doit donc faire pareil qu’un Ricoh GR1 argentique, et si les procédés et le rendu final sont évidemment différents, la finalité de l’image en tant que telle ne doit pas en être affectée. Bien.

Le zoom, tu banniras
Avant d’entrer dans le vif du sujet et de délivrer quasi quotidiennement des “notes de lecture” dans l’esprit “photo-blog”, penchons-nous quelques instants sur la nature même d’un éventuel appareil mythique “idéal”, attendu par toutes et tous. Une focale fixe, tout d’abord, et certainement pas un zoom. Le zoom, c’est le mal. En multipliant les lentilles à l’intérieur de l’objectif pour atteindre des facteurs délirants, genre 28-462 mm, les constructeurs se heurtent à des problèmes optiques insolubles. Diffraction, aberrations, dispersion, vignetage et consorts, autant de soucis parfaitement connus et souvent maîtrisables, mais difficiles à corriger sans frais sur des objectifs conçus pour fonctionner sur des appareils grand-public vendus à des tarifs attractifs. L’optique idéale existe sans doute, mais elle reste chère. Quand Canon et Nikon sortent un 24-70 mm f:2,8 à plus de 1000 €, il y a une raison. Les amateurs avertis et les autres savent bien que l’une des meilleures optiques au monde, en petit format, c’est le banal 50 mm f:1,8. Facile à construire, facile à produire, focale standard sans réels problèmes optiques, piqué exceptionnel et tarif étonnamment bas (dans les 130 €). Question de coûts de production. Mais à part cet unique contre-exemple, la réalité est souvent plus simple (et plus amère) : vous voulez un objectif de qualité ? Cassez votre tirelire. Et pour tout le monde, moins il y a de lentilles, moins il y a de problèmes. D’où l’idée qu’une focale fixe est souvent meilleure qu’un zoom.

Reste le problème du confort de prise de vue procuré par le zoom, justement. Votre sujet est trop éloigné ? Rapprochez-vous. Souvenez-vous du mantra photographique par essence : si la photo n’est pas bonne, c’est que vous n’étiez pas assez près... Bref, pas de zoom. Une focale fixe suffit. Si possible relativement standard pour faire à peu près tout. Reportage, paysage, portrait... Miracle, ça existe, ça s’appelle un 35 mm et tous les photographes professionnels vous le confirmeront (sauf ceux qui mentent, mais ça ne compte pas). Minox, Rollei, Olympus, Contax et quelques autres l’ont bien compris. Leurs appareils bloc-note argentiques disposaient tous de cette fameuse focale (sauf Contax qui “poussait” à 38, juste pour le plaisir). Mais comme la perfection n’est pas de ce monde et qu’il faut toujours que des petits malins fassent leur intéressant, voilà que Ricoh marche sur les plates-bandes des grands et sort un appareil désormais mythique, le GR1(suivi des GR1s et GR1v), compact intelligent équipé d’un objectif de 28 mm. Idéal pour tout, sauf pour le portrait (encore que). Différent, donc, mais dans le même esprit quand même. Bref, le marché du bloc-note argentique semblait lui aussi mature et largement pourvu en appareils à la fois identiques et différents... De quoi satisfaire la demande.
Et quelle ouverture, au fait ? Les puristes réclameront un f:2 de bon aloi. Les constructeurs rétorqueront par un plus pratique et moins cher f:2,8, ce qui est, avouons-le, amplement suffisant.
Passons maintenant à la question de l’autofocus. Aujourd’hui systématique, il ne l’était pas forcément à l’époque (Cf Minox, Contax et Rollei). Une lente évolution des mentalités l’a vu apparaître un peu partout. Toujours avec son GR1, Ricoh a eu la bonne idée de faire un AF impeccable, mais de laisser au photographe la possibilité d’opter une mise au point calée sur l’infini, ou à 2 mètres (le fameux “snap”). Parfait pour le shooting en continu, dans une manifestation, par exemple. Ajoutez à cela la possibilité de choisir le diaphragme comme on l’entend, et vous comprendrez mieux pourquoi le GR1 était aussi apprécié des connaisseurs et pourquoi sa déclinaison numérique, le GRD, a fait autant de bruit.

Pour résumer, le bloc-note professionnel, cet appareil tout terrain que les photographes embarquent dans leur poche pour shooter en cas d’urgence sans sortir la grosse artillerie, existe bel et bien. Et en argentique, c’est un secteur à lui tout seul. Film 24x36, possibilité de jouer sur le diaphragme, possibilité de caler la mise au point comme on l’entend, optique fixe de qualité et polyvalente, tout y est. Ne restait plus qu’à transposer cette merveille en numérique sur un marché enfin arrivé à “Maturité”...

sigma dp1 test

Compact professionnel
Le premier à s’engouffrer sur ce secteur bien particulier fut le Ricoh GRD qui, malgré des défauts importants, a su se faire une place au soleil. Remplacé aujourd’hui par le GRD II qui règle partiellement certains manques, il régnait en maître jusqu’à ce que Sigma annonce l’arrivée “imminente” (on sait maintenant que “imminent” signifie “dans deux ans”) du DP1, un compact avec un “vrai” capteur de reflex. Comprendre un capteur dont les dimensions laissent loin derrière les ongles rongés sur lesquels on entasse 12 millions de pixels chez la concurrence, non non, un vrai gros et bon capteur de presque 21x14 mm. Vous noterez qu’on s’approche de plus en plus du demi-format 18x24 et, dans un avenir lointain, du 24x36, tout bêtement. C’est d’ailleurs une logique à laquelle on n’échappera pas, et c’est tant mieux. Peu à peu, les compacts (haut de gamme, puis grand-public) passeront eux aussi au “grand capteur” avant de tous finir au 24x36. Question de temps. Reste que les clients sont impatients, et que les premiers sur le marché ont de bonnes chances d’avoir quelques longueurs d’avance... Pour le reste, grand capteur signifie surtout plus de place pour loger les pixels, moins de problèmes de parasites (moins de “bruit”, pour parler clairement), et plus d’espace physique pour que les variations de diaphragme aient une réelle (et notable) influence sur la profondeur de champ. Le bonheur.
Alors Sigma tape très fort. Un compact “professionnel”. Une architecture minimaliste. Des vrais modes P, A, S, M. Une vraie mise au point hybride AF / manuelle. Un joli viseur à glisser dans le sabot flash pour faire Leica (Ricoh a fait pareil, c’est joli et ça fait sérieux). Un vrai capteur tellement presque 24x36 que c’est presque pareil, on vous dit. Une vraie focale fixe équivalente à un 28 mm (Tiens, comme Ricoh), une vraie ouverture à... Ah non, question ouverture, on s’en tiendra à f:4. Bon, bon, pas si grave. Mais alors comment jouer pleinement sur la profondeur de champ si on ne démarre qu’à f:4 ? C’est simple, on ne peut pas. Commercialement, on dit qu’on peut plus qu’avec les autres car le capteur est physiquement plus grand, ce qui est une manière de mentir en disant la vérité, en quelque sorte. Mais juridiquement imparable. En tout cas, soyons honnête, c’est déjà ça.

sigma dp1 test

Un capteur qui fait la différence ?
Certains lecteurs ricanent dans le fond en disant “mais il ne nous a pas encore parlé du capteur, de la vraie particularité du capteur, ah ah.” Patience, ça vient. La particularité du DP1, c’est l’architecture même de son capteur Fovéon. Unique dans le monde photographique, mais pourtant logique pour celles et ceux qui ont démarré la photo en analogique, la technologie Fovéon suit le même principe que le film. Pour simplifier : trois couches de capteurs, respectivement sensibles au Bleu, au Vert et au Rouge. Sur le papier, c’est imparable. Ça marche comme un film argentique (qui fonctionne à l’identique), et on obtient une couleur par pixel, ce qui permet de recomposer une image bien plus “profonde” et bien plus “réaliste” que l’infâme matrice de Bayer à laquelle personne ne comprend rien et qu’on colle sur les capteurs traditionnels pour reconstituer les couleurs. Bref, sans faire dans le tout-technologique, ces capteurs-là ont tout pour plaire, mais restent tout de même chers à produire et n’ont pas encore convaincu grand monde dans la photographie, à part Sigma qui mise dessus depuis le début. Seul souci, la résolution. Les 3 capteurs intégrés au DP1 délivrent chacun une image en 2640x1760 pixels, soit quatre millions de pixels à peu de chose près. mais mais mais mais comment oser vendre un quadrimégapixel alors que la moindre saleté offerte avec un abonnement au Nouvel Observateur possède un capteur à plus de huit millions de pixels ? C’est là tout le paradoxe que les communicants de Sigma ont toutes les peines de monde à faire passer. Trois couches de capteurs à 2640x1760 pixels, ça fait 3x2640x1760 pixels, soit plus de quatorze millions. Alors ? On fait moins le malin, là... Si si, on continue à faire le malin. Les dimensions de l’image ne varient pas. Ça reste un quadrimégapixel qui délivre des images en 2640x1760, point. Ce qui change, par contre, et en plus que bien, c’est la dynamique de l’image et, pour peu que l’optique suive et que le post-traitement soit impeccable, sa qualité. Eh oui, vous avez beau le savoir, à force de l’entendre décliné à toutes les sauces, mais la qualité d’une image n’a rien à voir avec sa taille. Et un bon quadrimégapixel délivrera toujours de meilleures images qu’un mauvais décamégapixels...

sigma dp1 test

Ceci étant, on signalera au passage qu’il est beaucoup plus facile et nettement plus satisfaisant de ré-échantillonner une image (c’est-à-dire d’augmenter numériquement sa résolution) quand on dispose d’un fichier natif bourrée d’informations précieuses. Et c’est exactement ce qu’est censé faire le DP1, via son logiciel de développement RAW Sigma Photo Pro, dont on dira le plus grand bien plus tard. Au final, est-il possible oui ou non d’obtenir une image à 14 millions de pixels ? Ben oui, depuis le début, même. D’accord d’accord, mais dans les faits ? Une image dont la résolution se résume à X x Y pixels, quoi ? Eh bien beaucoup plus, même, puisque Sigma Photo Pro propose de sortir une image “doublée” à partir d’un fichier RAW. Au final, ça donne un 5280x3520 pixels, soit 18 585 600 pixels. Ah quand même... Bon, ça reste de l’interpolation, mais si c’est de la bonne interpolation, pourquoi pas ? On verra bien.


Et c’est exactement le propos de ce qu’il faut bien nous résoudre à appeler un “blog”. Voir. Voir ce que ça donne, au quotidien, dans les mains d’un photographe professionnel habitué à travailler en studio, en extérieur, en reportage, avec du grand, du moyen et du petit format argentique, du numérique 24x36, du compact numérique, bref, tout ce qui se fait. Le Sigma DP1 va-t-il s’en sortir ? Verdict dans quelques jours... En attendant, utilisons Internet jusqu’au bout et proposons aux lecteurs une découverte en Live de ce petit appareil qui fait — avec raison — beaucoup parler de lui.
Patrick Imbert

1er jour : Dans les mains

Surprise, le Sigma DP1 est gros. Bon, évidemment, moins gros qu’un reflex numérique, mais quand même... Nettement plus massif qu’un appareil de poche et, du coup, justement pas adapté à ladite poche. On sort clairement du concept “appareil bijou” pour rentrer de plain-pied sur le secteur “appareil sérieux on ne plaisante plus là”. Reste que ça pose quand même un vague problème, le bloc-note photographique idéal se devant d’être aussi petit que discret. Amusant, d’ailleurs, de constater à quel point les sites Internet, les magazines et même nos propres yeux nous mentent (enfin, à leur insu). Sur un écran d’ordinateur, le DP1 a des allures de Ricoh GRD; même son de cloche sur une page magazine. Pire, quand le DP1 a enfin envahi les devantures des magasins, joliment présenté sur un socle design spécialement conçu pour lui, mais bien abrité derrière une épaisse vitre, on n’y a vu que du feu. Là, derrière, à nous narguer avec son tarif de 600 €, il était minuscule. Alors déception, forcément, quand il atterrit enfin dans les mains. Massif, encombrant, bref, loin de ce qu’on pouvait espérer, même s’il ne faut pas exagérer et qu’il remplit tout de même son rôle de passe-partout.
Question construction, on reste dans le solide, dans le matériau brut. Pas de fioritures. Une rigueur toute rectangulaire, des boutons noirs sur noir (peu lisibles, d’ailleurs, mais ce handicap-là disparaît dès la treizième prise de vue), bref, répétons-le, du sérieux.

sigma dp1 test test
1/30 s, f/4, 400 ISO, flash

Prise le plus simplement du monde à la station Porte de Vincennes où, pour un raison inconnue, de très vieilles affiches ont récemment été mises à jour, cette image vaut surtout pour la bonne gestion de l’éclair du flash. La faïence blanche ne facilite pas la tâche et si le vignetage est clairement présent, ça n’a rien de dramatique ou de rédhibitoire. Remarquez au passage la granularité et la texture qui se rapprochent plus de l’argentique que d’autres appareils, ce qui n’est évidemment pas pour nous déplaire. La question du flash sera développée un peu plus tard, mais côté construction, sa mise en service est assez simple. On pousse, hop, ça sort. C’est sans doute un peu “cheap”, mais tant que ça marche...


2e jour : La visée

Première fausse note, on cherche d’entrée de jeu une molette de diaph ou de vitesse, mais la seule qu’on trouve concerne la mise au point. Certes, une vraie mise au point manuelle est un atout appréciable, et les boutons directionnels remplaceront la molette dès qu’on passera aux modes A, S et M, alors pourquoi s’en faire ? Soit, et tant qu’on examine ladite molette, censée simplifier la mise au point manuelle, donc, il faut d’abord signaler qu’il est bien difficile de faire le point sur un écran électronique, même quand ce dernier est bon. Et celui du DP1 ne rentre pas vraiment dans cette catégorie, ça non.

Soyons clairs, les défauts rédhibitoires sont rares. En général, on ne jette pas son boîtier à cause d’une fonction manquante ou d’un vague problème d’habillage. Mais l’écran du DP1, lui, peut aisément prétendre au sinistre rôle de défaut qui tue : dès qu’on allume le nouveau "jouet" force est de reconnaître le désastre... L’écran est catastrophique. Peu clair, peu défini, il offre une image de médiocre qualité, le rafraîchissement, trop lent, traduit le moindre mouvement en un flou, certes artistique, mais pénible. Là, en général, le sourire de l’acheteur se fige tout net (enfin, tout flou), comme l’image sur l’écran, d’ailleurs, dès qu’on fait la mise au point... Comment ? Le Sigma DP1, joyau de la technologie moderne, gèle l’image pendant la mise au point ? Oui oui, vous avez bien lu. Le Sigma DP1 possède un écran ACL (et la machinerie qui va avec) quasiment identique à celui qui équipait le légendaire HP photosmart 350 en 2002. Autant dire que cadrer autre chose qu’une nature morte est tout simplement impossible.

NDLR : un viseur optique (SIGMA Viseur VF-11) que l'on fixe sur la griffe du flash, est également disponible en option (125 euros environ).

Comme nous n’en sommes qu’au deuxième jour et que nous n’avons pas encore eu le temps de nous plonger avec allégresse dans la totalité des menus, sous-menus et autres détours du DP1, nous l’avons calé sur un bête 400 ISO — une sensibilité dans laquelle bien des photographes se retrouveront, notamment pour sa polyvalence — et directement sur le mode A — priorité ouverture — avant de sortir par grand vent . Balance des blancs automatique, qualité maximale, taille maximale, après tout, pourquoi s’embêter ?

sigma dp1 test test
1/20 s, f/4, 400 ISO

C’est l’image type du métro. Du néon, des gens, pas de flash, 400 ISO, du RAW et allons-y. Après un rapide développement dans Sigma Photo Pro (notamment pour améliorer les hautes lumières dans les néons, ce qui permet de récupérer beaucoup de détails, là où un simple jpeg n’aurait rien vu), on constate un niveau de bruit maîtrisé, un rendu granuleux assez agréable et une colorimétrie neutre (presque trop). De quoi pousser l’exercice un peu plus loin les prochains jours.


3e jour : Réactivité et Raw

Après quelques détours par le métro parisien, un sujet inépuisable, mais délicat et difficile à saisir, ne serait-ce que pour la mauvaise qualité de son éclairage (néon, sources tungstènes, faible éclairement général etc etc.). À l’usage, le DP1 fonctionne comme prévu. Simple, efficace. Sauf bien sûr cette saleté de mise au point qui gèle l’écran ACL et qui empêche toute adaptation in extremis du cadrage. Et le format de fichier, au fait ? ah oui, du RAW. Le fameux “brut de CCD”, enfin, brut de Fovéon, plutôt. De quoi “développer” son “négatif” numérique via le logiciel Sigma Photo Pro tranquillement installé devant son ordinateur. Seul souci du RAW, son temps de traitement (aujourd’hui, la place n’est plus un problème, pas quand on trouve des cartes 2 Go de qualité à moins de 20 €), et c’est notamment sur ce point que le “professionnel” doit se distinguer du “grand public”. De ce côté, le DP1 s’en sort plutôt bien. Quelques secondes (on n’a pas encore chronométré) sont nécessaires avant que l’image soit dûment enregistrée, mais l’appareil reste utilisable pendant ce temps-là (ce qui n’était pas le cas du Ricoh GRD, un concurrent direct). Il est même possible d’enchaîner plusieurs photos. Pour l’instant, sans pousser la cadence au-delà de quelques images par minutes, le DP1 n’a pas flanché. Parfait. Reste à voir ce que ça donnera en cas de photos plus “serrées”, dans une manifestation, par exemple. Et c’est prévu. Côté images, après téléchargement sur disque dur, développement minimaliste sur Sigma Photo Pro, exportation au format JPEG en taille simple (la taille “double”, c’est pour plus tard) et affichage sous photoshop, c’est très propre. Le bruit inhérent aux 400 ISO des compacts à petit capteur n’est pas nécessairement moins présent, mais il semble mieux maîtrisé, mieux géré, presque joli, bref, en un seul mot, utilisable. Et là, nous poussons un grand soupir de soulagement. Un compact qui délivre de bonnes images à 400 ISO, c’est déjà beaucoup pour un photographe pro en attente du bloc-note idéal. Et si c’est bon pour lui, c’est bon pour les autres. Les lecteurs tatillons râleront en signalant que quantité d’autres compacts (au capteur plus petit, pour une résolution supérieure et un prix moins important) font mieux à 800 ISO que le DP1 à 400. Peut-être, mais la qualité optique, la qualité du capteur et la qualité du post-traitement (car il y en a) font le reste. On obtient une image piquée, propre, bien fichue. De fait, le bruit... Eh bien il ressemble à du grain argentique (presque). Après tout, on y est habitué.

sigma dp1 test test
1/8 s, f/4, 400 ISO

Proche de l’ambiance qu’on retrouve dans le métro, le parking est également un terrain difficile. Néons, noirceur générale, de quoi s’inquiéter. Le DP1 s’en sort très bien. Colorimétrie impeccable, comportement irréprochable. Notez que cette image (comme la précédente) a été prise au 1/8ème. Vous constaterez que c’est net. Moralité, la prise en main du très carré DP1 est remarquable. Avec un peu d’habitude et une position bien stable, le photographe peut donc opérer dans des conditions médiocres jusqu’au 1/8ème. Au 1/4 de seconde, par contre, c’est flou. Voilà donc la limite. Mais 1/8ème à f:4 et à 400 ISO, ça ouvre quand même pas mal de perspectives. Bref, le flash risque de ne pas trop nous servir et c’est tant mieux... Cette image est en l’état, hormis un léger recadrage pour la redresser.


Semaine 2 : Désappointements

Après plusieurs jours d’usage léger, et malgré les évidentes qualités du DP1 évoquées précédemment, force est de reconnaître que les défauts l’emportent. Sur un marché désormais arrivé à “maturité” — selon la formule consacrée — voilà un appareil qui en manque singulièrement. Aux commandes du DP1, on a l’étrange impression de se retrouver avec un Ricoh GRD. Un boîtier enthousiasmant, hélas lourdement handicapé par des problèmes de “jeunesse.” Problèmes d’ailleurs en partie réglés par sa deuxième version, le GRD II. Le Sigma DP1 fonctionne de la même façon. Reste que ces problèmes récurrents posent de sérieux problèmes pour un appareil vendu plus de 600 € (voire 700 €) censé convenir aux professionnels et aux amateurs avertis. Des acheteurs qui risquent de grincer des dents en apprenant qu’ils essuient les plâtres et qu’un DP2 comblera (ou pas) leurs attentes.

Parfait, alors pourquoi continuer à “tester” cet appareil de cette nouvelle et inédite façon ? Tout simplement parce que les images valent vraiment le détour. Qualité, piqué, texture, tout y est. Le DP1 délivre des fichiers qui ressemblent effectivement à ce que produisent des reflex numériques grand-public. Pari gagné, donc, même si les défauts du joujou agacent véritablement un utilisateur qui se dit qu’il tient presque l’arme absolue entre ses mains tremblantes. Et c’est ce maudit presque qui gâche tout.

Un écran LCD décevant.
À moins d’utiliser le DP1 dans des conditions de faible luminosité, l’écran ACL pose de graves soucis de confort et de lisibilité. En gros, et pour résumer, la visée en extérieur est quasiment impossible si le soleil a la mauvaise idée de se montrer. Un couac de taille, surtout quand on a pris la pleine mesure des mauvaises performances du rafraîchissement de l’image et des problèmes de cadrage posés par le gel de l’image à la mise au point. Bref, à moins de s’offrir un pare-soleil (dont on trouve quelques modèles dans le commerce) pour écran et/ou le viseur externe (deux achats qui augmentent notablement l’encombrement de l’appareil), on risque de se retrouver en rade et de viser à l’aveugle. Agaçant de voir que des “accessoires” proposés “en plus” deviennent indispensable pour faire un travail de base. Passons.

AF trop lent
Il est également nécessaire de pointer du doigt les très mauvaises performances de l’autofocus qui, non content d’être très lent, a tendance à patiner dès que les conditions ne sont pas optimales. À moins d’opérer en studio sur des natures mortes, n’espérez pas faire de miracles avec le DP1. Le reportage, par exemple, est purement et simplement prohibé, sauf à opter pour la mise au point manuelle qui, elle, fonctionne à merveille. On retombe sur le paragraphe précédent en signalant au constructeur qu’un “plus” ne doit jamais être un “minimum vital” pour photographier. Cette mise au point manuelle (avec molette et rappel de la distance sur l’écran) est sans doute la plus aboutie jamais posée sur un compact numérique. Reste que viser sur un écran (surtout en aveugle, ahem...) n’a rien de simple et que de ce côté-là, le bon vieux dépoli a visiblement encore de beaux jours devant lui. Bon, c’est effectivement très agaçant, mais du côté du reportage, on s’en sort rapidement en calant la mise au point où on le désire, la fermeture du diaphragme faisant le reste. Mais n’empêche, c’est dommage.

Batterie (très légère)
Enfin, insistons sur la faiblesse de la batterie qui ne va tout simplement pas très loin. Un week-end et quelques photos, tout au plus, on est loin des performances parfois étonnantes de la concurrence, et même sur des appareils dont les tarifs plafonnent autour des 200 €. Bref, gênant.

... Mais les meilleures images produites par un compact (quand même !)
Le capteur du DP1 reste son principal argument : les images délivrées par le DP1 sont de toute beauté. À 100 ISO, clair et net. Lente montée en grain jusqu’à 400, et usage d’appoint à 800. À tous les coups, l’exposition est impeccable, la colorimétrie cohérente et le piqué correct, même dans les coins (ne rêvons pas, on note quand même une très logique baisse de régime sur ce point, sans que ça pose de réels problèmes comme avec le Ricoh, par exemple). “L’esprit” d’un reflex dans un compact, ça marche. Ne reste plus à Sigma qu’à proposer un compact vraiment abouti pour remporter la mise.

Jour 4 : Réactivité toujours...

Prises au hasard des déambulations parisiennes, ces images sont toutes issues de fichiers RAW traités via Sigma Photo Pro, logiciel qu’on examinera dans le détail un peu plus tard, mais dont on peut déjà louer les performances, malgré sa relative lenteur. Dans un contexte simple, où l’urgence ne prime pas, tout se passe tranquillement, sans accroc. Dès que les choses se corsent, par contre, le DP1 ne suit plus.

sigma dp1 test test
1/400 s, f/4, 100 ISO

Il a fallu s’y reprendre à 3 fois avant de faire une mise au point correcte. Normalement, il y avait un avion. Raté. Au-delà de ce manque de réactivité (qu’on testera in situ dès demain dans la manifestation des fonctionnaires), la qualité des images stricto sensu est irréprochable (texture, grain, colorimétrie et consort).


Jour 5 : cadrage

sigma dp1 test test
1/125 s, f/6,3, 100 ISO

Au fil des jours se dessinent quelques évidences autour du DP1. C’est un appareil avec lequel on peut flâner, prendre son temps, composer son image... Certainement pas le bloc-note indispensable à tout photographe pour compléter un matériel plus lourd et plus sérieux. Ici, tout se passe à merveille, mais on constate que la cadrage aurait gagné à être un peu plus soigné. La faute à l’écran, qui empêche une vraie lisibilité.


Jour 6 : Granularité

sigma dp1 test test
1/3125 s, f/6,3, 100 ISO

Sur cette image assez lourdement post-traitée, la granularité “numérique” apparaît assez vite. Moralité, mieux vaut ne pas (trop) se tromper à la prise de vue, le logiciel de développement RAW ne pouvant pas non plus faire de miracles.


Jour 7 : Mise au point

sigma dp1 test test
1/20 s, f/4, 100 ISO

Même constat pour cette image à la mise au point assez aléatoire. En regardant de près, on remarque que l’oiseau est flou. Faute à la prise de vue ? Oui et non. En réalité, la mise au point a demandé du temps, a calé une ou deux fois sur l’absence de contraste du mur et avec le gel de l’image, la photo est plus hasardeuse qu’autre chose. Bref, ça coince.


Semaine 3 : Sur le terrain

Soyons clairs. Les défauts décidément flagrants du DP1 empêchent purement et simplement le professionnel (comme l’amateur, d’ailleurs) de s’en servir “sérieusement”.
Lenteur, navigation malaisée, réactivité médiocre, écran dépassé par les événements, autant de problèmes qui, certes, trouveront une solution lors de la prochaine sortie du DP2, mais qui frustrent énormément l’utilisateur, voire l’énervent. Un compact “pro” vendu 700 € n’a tout simplement pas le droit d’en offrir aussi peu. Ceci étant, la très bonne tenue des images et les excellents résultats obtenus notamment à 400 ISO (un point qui, rappelons-le, laisse le concurrent direct — le Ricoh GRD II— loin derrière) tempèrent ce jugement un peu sévère. Oui, le Sigma DP1 peut servir de bloc-note, mais pas “à tout faire.” Paysages, natures mortes, espace urbain, privilégiez les situations où vous aurez toute latitude pour composer votre cadrage, bref, limitez-vous à des prises de vue confortables où vous aurez le temps de... Prendre votre temps, justement. Les autres usages ne sont tout simplement pas indiqués.

Pour étayer ce constat, il a suffi de se servir du DP1 dans deux situations délicates : concert et manifestation. Deux cas pratiques très concrets qui exigent réactivité et savoir-faire. Le premier cas fut vire réglé. Olympia, Nick Cave & The Bad Seeds. Du blues-rock à tendance punk hérissé de lumières violentes et d’une salle électrisée. 800 ISO obligatoires, donc, même si le but n’était pas de faire des photos de concert stricto sensu (plutôt délicat avec un 28 mm, à moins d’avoir le nez sur le chanteur), mais bien de donner une idée de l’ambiance générale, et, pourquoi pas, de produire de belles images. Expérience désastreuse, donc, le DP1 ne donnant strictement rien à 800 ISO (un défaut bien pire chez son frère ennemi Ricoh). Comme ça, les choses sont claires, n’espérez PAS faire de photos à 800 ISO, sauf si c’est strictement documentaire. Oui, bien sûr, des logiciels comme Neat Image permettent éventuellement de sauver les meubles, mais c’est de toute façon au détriment du piqué, donc très délicat à gérer. Bref, dans le cas qui nous occupe, le problème tenait surtout à l’ouverture de l’objectif. F:4. Tout simplement trop peu pour espérer avoir des temps de pose raisonnables. Enfin, l’autofocus n’a tout simplement pas fonctionné. Il a fallu s’en remettre à la mise au point manuelle, ce qui s’est avéré quasi impossible (essayez de faire une mise au point manuelle précise sur un écran de mauvaise qualité au beau milieu d’une horde de spectateurs qui sautent partout, ça vous donnera une idée). Ratage complet, donc.

Deuxième cas pratique sans doute plus révélateur et beaucoup plus “normal”, la manifestation. Mardi 10 juin, ils étaient quelques milliers dans la rue. L’occasion idéale de se frotter aux manifestants, d’autant que l’excellence du 28 mm permet en théorie une immersion complète pour des photos assez “rentre-dedans”. De ce côté-là, mission accomplie. La petite taille du DP1 et sa grande discrétion rendent le photographe quasi invisible, surtout quand il croise des confrères lourdement équipés de reflex monstrueux et d’optiques non moins monstrueuses, sous un soleil de plomb... Le problème principal et, pour tout dire, essentiel, vient une fois de plus du manque de réactivité. Dans ce cas précis, où l’on déclenche assez rapidement sans prendre le temps d’y réfléchir à deux fois, le RAW nous est purement et simplement interdit. Trop lent, trop lourd, bref, ingérable. Une fois calé sur du jpeg, le problème de la mise au point et de l’écran qui “gèle” interdit là encore toute prise de vue. En clair, on ne peut pas s’en servir. Seule et unique solution, passer par la mise au point manuelle qui, elle, fait des miracles. La molette permet de se fixer un point de référence crédible, en l’occurrence 1 mètre, et un réglage de la sensibilité à 400 ISO autorise une ouverture autour des f:8 et f:11 avec une vitesse d’obturation suffisante, de l’ordre du 1/500ème, voire encore plus rapide dans les situations de fort éclairement (Là, on reste en mode A, évidemment). Il est tout de même dommage qu’aucun rappel de profondeur de champ ne soit prévu autour de la molette. Pour un point fort aussi génial, c’est malheureux. Car redisons-le, le système de mise au point manuel du DP1 est un morceau d’anthologie photographique. Rapide, fiable, bien fichu, on en redemande (ah, si tout le reste était à l’avenant). Quoi qu’il en soit, ces réglages techniques donnaient une profondeur de champ suffisamment vaste (de 70 centimètres à 5/6 mètres, au jugé) pour ne plus se préoccuper ni de la mise au point, ni de la vitesse d’obturation. Une fois l’appareil réglé et bien réglé, il a suffi de se promener tranquillement parmi les manifestants et de déclencher au fur et à mesure, avec joie. Le DP1 s’est remarquablement bien comporté, enchaînant les clichés sans sourciller et délivrant des images de toute beauté.

Quatre millions de pixels... Vraiment ?

Au final, la question de la résolution des images obscurcit le débat. On le sait, on l’a dit et répété, une photo de qualité à 4 millions de pixels vaut mieux qu’une mauvaise à 10 millions de pixels. Reste que d’un point de vue strictement professionnel, un fichier issu d’un quadrimégapixel ne va pas très loin. En gros, au A4. N’espérez pas faire la double sans vous faire engueuler par la maquettiste qui vous signalera d’un ton dédaigneux que votre image “est trop petite”. Bon, restons honnête, une petite interpolation vous évitera de vous faire gronder, mais tout de même. À l’heure actuelle, 4 millions de pixels, ça n’est tout simplement pas assez pour une utilisation pro, d’autant qu’il arrive qu’on ait besoin de formats beaucoup plus importants. Bref, là encore, le DP1 manque de polyvalence.

Jour 8 : Concert, flou

sigma dp1 test test
1/3 s, f/4, 800 ISO

Cette image d’ambiance se passe de commentaires. Le flou est plutôt agréable, le mouvement des cheveux bien rendu, mais le grain... Enfer, le grain... Une vraie catastrophe. On vous aura prévenu(e)s, évitez le 800 ISO comme la peste...


Jour 9 : Manif, discrétion

sigma dp1 test test
1/800 s, f/4, 200 ISO
sigma dp1 test test
1/1250 s, f/4, 200 ISO
sigma dp1 test test
1/400 s, f/11, 200 ISO
sigma dp1 test test
1/400 s, f/8, 200 ISO

Le 28 mm permet de se faufiler dans la foule avec discrétion et d’obtenir des cadrages assez dynamiques pour peu qu’on soit suffisamment près du sujet. La mise au point manuelle préalablement réglé avec une profondeur de champ adaptée à la situation permet d’obtenir ce genre d’images. En automatique, c’est tout simplement impossible, sauf coup de bol.

sigma dp1 test test
1/640 s, f/6,3, 200 ISO, flash

Nouvelle preuve de l’intérêt de combiner grand capteur (d’où une possibilité plus directe de “jouer” avec la profondeur de champ) avec un système de mise au point manuelle intelligemment conçu. Cette image est normalement réalisable avec un reflex, pas avec un compact. Le DP1 vous prouve le contraire. Chapeau.

sigma dp1 test test
1/1000 s, f/9, 200 ISO, flash

Notez la bonne tenue colorimétrique de l’image (même si on part assez vite dans le magenta) et sa remarquable exposition (retravaillée très légèrement sous Photoshop), malgré la présence aveuglante du soleil.

sigma dp1 test test
1/200 s, f/8, 200 ISO

Une utilisation intéressante pour le DP1. Promené au-dessus du sujet, il est bien plus facile à utiliser efficacement qu’un lourd et encombrant reflex. Idéal.


Conclusion : Verdict

Sigma DP1... Quelques conclusions...
On l’a vu à plusieurs reprises lors de la publication régulière de ce test décalé, le Sigma DP1 promet beaucoup... Mais en offre assez peu. De fait, le parallèle avec son homologue concurrent (le Ricoh GRD) est évident : quand le GRD sort, le petit monde de la photo est en effervescence. Enfin un compact bloc-note inscrit dans la droite lignée du GR1 argentique, avec les mêmes fonctions et la même finalité. Hélas, les utilisateurs déchantent vite. Certes, l’appareil n’est pas mauvais, mais il est loin de tenir toutes ses promesses et ses énormes défauts ternissent l’idée quelque peu idyllique que s’en faisaient les acheteurs potentiels. Bruit épouvantable, lenteur effroyable du mode RAW, flash purement inutilisable etc etc. Il a fallu attendre plus d’un an et demi pour voir enfin débarquer une version réellement fonctionnelle, le GRD II. Même si certains défauts subsistent (le bruit, notamment, ce qui n’a rien d’étonnant quand on connaît la taille ridicule du capteur), ce compact-l à joue correctement son rôle de bloc-note photographique. Le DP1 pose les mêmes problèmes que le GRD, et n’en doutons pas, le futur DP2 corrigera bien des défauts et se hissera sans problème au niveau du GRD II.

Taille, encombrement, navigation, réactivité, taille d’image...
Trop gros, trop peu pratique (aaaah, ce bouchon d’objectif qu’il faut enlever et remettre à chaque coup...), équipé d’une navigation qui frôle la déviance et doté d’une réactivité nulle (voire inadmissible, à ce prix), le DP1 a bien du mal à convaincre. Seul son gros capteur et la technologie Fovéon afférente peuvent éventuellement le sauver. Las, malgré ses quatorze millions de pixels orgueilleusement affichés, c’est bien d’un quadrimégapixel qu’il s’agit au final, une résolution que les professionnels ne peuvent plus décemment accepter aujourd’hui. Quant à la qualité intrinsèque des images, force est de constater que c’est du grand art et qu’on s’approche des performances d’un reflex numérique d’entrée de gamme (ce qui plane déjà au-dessus de la totalité des autres compacts numériques). Bref, appareil imbuvable, mais images de très haute te nue. Corneille n’est pas loin. La faute à ces trois couches de capteur, une technique tellement magnifique qu’on se demande (le prix, peut-être ?) pourquoi les constructeurs ne se sont pas directement orientés vers ce principe, dans la mesure où il calque la structure d’un film argentique et qu’il a tendance à rassurer les puristes.

Logiciel...
Fourni avec le DP1, le logiciel Sigma Photo Pro est un dérawtiseur de haut vol, même si son côté usine à gaz a tendance à le ralentir affreusement sur des machines vieillissantes (on aimerait — un jour — acheter un appareil photo sans renouveler tout un parc informatique au passage). Reste que, malgré toutes ses qualités (et notamment ses excellents résultats quand on opte pour le tout automatique), il est tout de même moins complet que le plug-in fourni avec Photoshop (normal, d’ailleurs, Photoshop étant une application strictement professionnelle, vendue et conçue comme telle), mais fonctionne parfaitement en indépendant et — au final — fait du bon boulot. À tout prendre, on s’en contente sans problème et on peut se consacrer à l’essentiel, à savoir faire des photos.

Alors, vous en prenez combien ?...
S’il est désormais temps de conclure cet anti-test purement orienté pratique qui délaisse quelque temps les sacro-saintes mires publiées ici ou là, on ne peut envisager d’en finir sans évoquer la vraie nature du problème : à qui cet appareil s’adresse-t-il ?
Certainement pas au grand-public, qui trouvera moins cher et beaucoup plus polyvalent pour un usage familial cantonné à ce qu’était la pratique du compact argentique dix ans avant. Certainement pas non plus pour les professionnels aguerris à la recherche d’un bloc-note miracle capable de remplacer au pied levé un Canon EOS 1Ds Mark III en panne de batterie. Et certainement pas pour les amateurs avertis, adeptes d’une photographie de qualité, exigeante et là encore polyvalente. Pas de chance, quand même, ça nous coupe du monde entier. Moralité, cet appareil ne s’adresse à une frange de photogrpages très...limitée...

Bon, reprenons et tâchons d’être honnête. Le DP1 est lent, lent, beaucoup trop lent, mais ses images sont de très bonne qualité. À 400 ISO, c’est encore impeccable. Au-delà, non, mais ça n’est déjà pas si mal. Sa grande taille de capteur permet de jouer véritablement avec la profondeur de champ, même si une ouverture à f:2,8 aurait convaincu tout le monde. Côté piqué, colorimétrie et tutti, rien à redire. Les fonctions “pros” sont là (mesure de lumière, bracketing, molette de mise au point manuelle etc.), bref, sur le papier, tout fonctionne... C’est la pratique qui calme tout net. L’absence de réactivité du DP1 le condamne à un usage “simple”, où il est possible de prendre son temps, de soigner son cadrage, bref, au paysage, à l’architecture, à la nature morte, à tout ce qui ne “bouge” pas, pour résumer. Si vous faites partie de cette catégorie, Sigma a pe nsé à vous. De fait, le DP1 est un compact numérique pour promeneurs solitaires. Pourquoi pas, après tout ? C’est une façon comme une autre de s’adonner à la photographie.

sigma dp1 test test
10 s, f/11, 100 ISO

Sur cette capture d’écran, on visualise l’image RAW sélectionnée en grand format (ajustable). En jouant sur les curseurs présents sur la fenêtre de gauche, on modifie certains paramètres, même s’il est tout à fait possible de laisser le logiciel gérer tout comme un grand. Notez que les modifications sont longues à apparaître sur l’écran, sauf si vous disposez d’un ordinateur de dernière génération.

sigma dp1 test test
10 s, f/11, 100 ISO

Ici, on voit la fenêtre générale (le “browser”) qui, elle, est assez rapide et affiche indifféremment les JPG comme les RAW. Elle est modifiable à souhait et fonctionne remarquablement bien. A l’usage, on a bien du mal à s’en passer.



PARTAGER
Contact Vie privée, Cookies Conditions Générales d'Utilisation