Eman Helal est née en 1985 en Égypte. C'est à 26 ans qu'elle fait son entrée dans la cour des reporters photographes. Son théâtre d'opération ? Au coin de sa rue, au seuil de ce qu'on appelle la révolution égyptienne, qui verra la chute de Moubarak en février 2011. Aujourd'hui, elle continue de couvrir les soubresauts de son pays à travers, entre autres, son long sujet qui l'a fait remarquer et primer par la presse occidentale sur les femmes violées et violentées dans l'espace public. Nous l'avons interrogée sur sa vision du métier et l'orientation qu'elle lui donne, autour de sujets liés aux droits de l'homme en général et à la tolérance en particulier.

Photo Eman Helal, série Morsy, the Begining and the End
Extrait de "Morsy, the Begining and the End", série sur la présidence de Mohammed Morsi (juin 2012-juillet 2013). © Eman Helal

Focus Numérique – Dans un entretien donné au World Press, vous dites qu'au tout début de l'exercice de votre métier, vous faisiez des erreurs, que vous aviez appris sur le tas... Quelle genre d'erreur faisiez-vous ?

Eman Helal – Au début de la révolution, les photographes locaux et moi n'avions pas d'expérience dans les zones de conflit et ne savions pas comment bien couvrir les affrontements : comment passer entre les gaz lacrymogènes et les tirs ? Comment rester sauf quand on doit continuer de photographier ? Nous devions porter des gilets pare-balles. J'ai pris du temps pour apprendre des photographes étrangers qui venaient en Égypte pour couvrir la révolution. J'ai appris, grâce à eux, comment couvrir ce genre d'événement et trouver la bonne composition et la bonne lumière pour mes images.

Photo Eman Helal, série Just Stop
Extrait de "Just Stop", série sur les violences perpétrées contre les femmes en Égypte. © Eman Helal

Focus Numérique – Vous semblez très intéressée des projets multimédias... pourquoi ?

Eman Helal – Mes mentors ont l'habitude de dire que le multimédia, c'est le futur des médias. C'est vrai... vous pouvez le voir dans la qualité qu'offrent les nouveaux téléphones pour faire de la vidéo, par exemple. C'est la raison pour laquelle j'ai commencé à apprendre le multimédia. J'aurais voulu apprendre la vidéo avant la révolution, car il y avait là des moments très importants qui demandaient à être traités en vidéo plus qu'en simples images fixes.

Photo Eman Helal, série Yes, I am a belly dancer
Extrait de "Yes, I am a belly dancer", série les danseuses du ventre, femmes très mal vues en Egypte. © Eman Helal

Focus Numérique – Comment et pourquoi avez-vous voulu devenir photographe ?

Eman Helal – Je suis sortie diplômée de la faculté de communication en 2006 et j'ai d'abord travaillé comme journaliste culturelle dans un journal local. Je suis restée une année. J'aimais beaucoup prendre des photos, mais je ne savais pas qu'il y avait des femmes photographes. Après cette année, grâce aux contacts que j'avais eus et aux informations que j'avais sur le métier, j'ai su qu'il y en avait quelques-unes. Alors, j'ai demandé à mon rédacteur en chef si je pouvais apprendre au service photo. Il a accepté. J'ai commencé et décidé de continuer. Je me sens heureuse quand je prends des images. C'est magique d'arrêter un moment juste en déclenchant l'obturateur de mon appareil.

Photo Eman Helal, série Derby Girls
Extrait de "Derby Girls", série la première équipe égyptienne de roller derby, pratique exclusivement féminine. © Eman Helal

Focus Numérique – Quels sont vos projets pour les mois à venir ?

Eman Helal – Je travaille toujours sur mon sujet à long terme des femmes violentées en Égypte, qui sera à terme probablement publié et exposé. Mais le dernier projet auquel je viens de répondre est autour de la tolérance. Il est organisé par la Fondation Magnum : dix photographes de différents pays y participent ; cela porte sur la relation musulmans-chrétiens, les minorités religieuses dans différents pays...

Eman Helal a remporté en juillet la Portenier Human Rights Bursary 2016, organisée par le Forum journalistique canadien sur la violence et les traumas (Canadian Journalism Forum on Violence and Trauma) qui aide les journalistes à se préserver des atteintes physiques ou psychologiques qu'ils pourraient rencontrer dans l'exercice de leur profession.
En 2014, elle a remporté le 1er prix des Egypt Press Photo Awards et en 2011, le 3e prix de la même compétition.


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