Quand en photographie on aborde le sujet de la mise au point, on parle souvent de netteté et de profondeur de champ, mais pour être complet sur le sujet, il nous faut aussi parler de l’hyperfocale. Si cette technique n’est pas toujours évidente de prime abord, elle peut se révéler plus que pratique dans certaines situations, à commencer par la photographie de paysage.

La technique de l'hyperfocale, exemple de paysage avec mise au point à la distance l'hyperfocale - plateau et montagne en arrière-fond

Qu’est-ce que l’hyperfocale ?

Derrière ce nom barbare se cache en fait la technique permettant d’avoir la plus grande zone de netteté possible sur vos photos. Plus particulièrement, il s’agit de la distance à atteindre de manière à ce que tout ce qui se trouve derrière soit net jusqu’à l’infini. Pour être tout à fait précis, quand la mise au point est effectuée sur la distance hyperfocale, la profondeur de champ s’étend même de la moitié de la distance hyperfocale jusqu’à l’infini.

Par exemple si votre point d’hyperfocale est situé à 3 m, tout ce qui se trouvera entre 1,5 m du boîtier et l’infini sera net.

La technique de l'hyperfocale, schéma situant la limite de l'hyperfocale et la zone de netteté maximale

Cette technique est particulièrement utilisée chez les photographes de paysage qui ont besoin d’intégrer un premier plan à leur composition, afin de lui donner de la profondeur et de la valeur. Mais pour cela, il faut que la mise au point soit optimale et que la netteté aille du premier plan à l’infini. C’est justement ce l’hyperfocale permet de faire.

L’hyperfocale est aussi et historiquement utilisée en reportage ou en photographie de rue : deux domaines nécessitant de pouvoir déclencher rapidement — surtout à une époque où rien n’était automatisé — et et de n’avoir ainsi à se soucier que du cadrage, et plus de la mise au point.

La technique de l'hyperfocale, exemple de paysage sans mise au point à la distance hyperfocale - cabanon parmi les vignes, nuage bas et montagne en arrière-fond
Sur cette photo, la mise au point n’a pas été faite à l’hyperfocale, résultat l’avant-plan est flou.

Comment calculer la distance hyperfocale ?

Pour calculer la distance hyperfocale, il faut utiliser une formule mathématique qui pourrait en faire fuir certains. Cependant, une fois les calculs faits sur les focales et les ouvertures que vous utilisez le plus couramment, vous pourrez oublier ce désagrément éventuel.

Pour les plus allergiques aux calculs, il existe aussi des applications mobiles et PC qui calculent automatiquement l’hyperfocale selon les paramètres donnés. Pour autant, calculer la distance permet de mieux comprendre le fonctionnement et la logique qui sous-tend cette technique. La formule la plus simple et la moins approximative est la suivante :

Formule de l'hyperfocale

Comme toujours, la focale est exprimée ici en milimètres, et le cercle de confusion est une valeur définie pour chaque boîtier : généralement 0,020 chez Nikon ; chez Canon, 0,019 pour les boîtiers APS-C et 0,030 pour les boitiers plein format (24x36). Le résultat obtenu est exprimé directement en mètres.

Par exemple, si on utilise un boîtier Nikon D750, un objectif 24-70 mm utilisé à 24 mm et une ouverture à f/8, le calcul de l’hyperfocale sera :

Exemple de calcul de l'hyperfocale pour une configuration donnée

Ainsi, nous savons que pour ce réglage précis, la distance hyperfocale se situe à 2,4 m du boîtier. Il ne reste qu'à régler la bague de mise au point du boîtier à cette distance et à photographier. Tout ce qui se trouvera entre 1,2 m du boîtier et l’infini sera net sur votre photo.

La technique de l'hyperfocale, report sur la bague de mise au point d'une optique (ici Tamron SP 24-70mm f2.8 DiVC USD

Répétez le calcul autant que nécessaire avec différentes focales et différentes ouvertures, et faites-vous un tableau à emporter avec vous ou, mieux, à apprendre par cœur.

Le calcul de l’hyperfocale grâce à l’échelle de profondeur de champ

Il existe une autre méthode pour trouver la distance d’hyperfocale grâce aux objectifs disposant d’une échelle de profondeur de champ. Malheureusement, de plus en plus, cette échelle a tendance à disparaître sur les objectifs récents.

Pour se régler sur la distance d’hyperfocale avec ces objectifs, rien de plus simple : il suffit de régler la bague de mise au point de façon à ce que le signe infini (∞) se cale sur le nombre correspondant à l’ouverture choisie et situé à droite sur l’échelle.

Par exemple, pour une mise au point sur l’hyperfocale à f/16, il faut placer le signe infini en face du repère de droite "16". Ainsi, la zone de netteté s’étend ici de 0,8 m (repère "16" de gauche) à l’infini (repère "16" de droite).

La technique de l'hyperfocale, 2e technique par alignement des graduations sur les optiques dotées d'une échelle de profondeur de champ

L’hyperfocale avec la technique de l’infini

Si vous ne disposez pas d’un objectif gradué vous permettant d’utiliser l’une des techniques précédentes, il vous reste toujours une dernière solution pour trouver le point d’hyperfocale, même si elle est moins fiable.

Il va falloir faire la mise au point à l’infini — même sans graduation, c’est possible en le faisant sur un objet situé au très loin ou sur un nuage — et repérer le premier plan net sur votre composition. Vous pouvez soit le repérer en prenant une première photo, soit en utilisant le testeur de profondeur de champ.

Ce premier plan net correspond au point d’hyperfocale. Repérez alors un élément sur ce plan et faites votre mise au point dessus : vous obtiendrez alors la zone de netteté la plus étendue possible pour l’ouverture donnée, soit le point d’hyperfocale (voir notre exercice photo sur cette méthode).

La technique de l'hyperfocale, exemple de paysage sans mise au point à l'hyperfocale et avec représentation de la zone d'hyperfocale
La ligne horizontale représente l’emplacement auquel se situe l’hyperfocale et où il aurait fallu faire la mise au point

Quelques précisions

Gardez bien à l’esprit que la distance hyperfocale est valable pour une focale, une ouverture et un type de capteur donnés. Si l’une de ces valeurs change, le calcul est à refaire. D’où l’intérêt de faire un tableau sur une fiche que vous pourrez emporter avec vous, comme dans l'exemple ci-dessous.

Exemple de tableau de l'hyperfocale pour une configuration donnée
Un exemple de tableau à posséder dans son sac photo.

Cette technique trouve surtout un intérêt réel avec des objectifs grand-angle à 50 mm. Il est possible de l’utiliser au-delà, mais elle perd un peu de sa praticité. Par exemple, au 70 mm à f/11, l’hyperfocale se situe à 14,8 m, soit une zone de netteté débutant à 7,4 m. Pas certain que ça soit l’utilisation la plus pratique à calculer.

La technique de l'hyperfocale, exemple de paysage pris à l'hyperfocale, massif montagneux avec mur semi-éboulé au premier plan

Conclusion

Que votre utilisation principale soit en paysage, en street-photography ou en reportage, vous avez désormais tout pour comprendre la technique de l’hyperfocale et pouvoir déclencher en ne vous souciant plus que du cadrage pour une plus grande réactivité ou créativité.

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