Deuxième volet de notre série destinée aux photographes désireux de se lancer en vidéo : après avoir vu les fondements de cette technique et le matériel de base, et avant de passer à la pratique en réalisant une première interview et son montage, plongeons-nous dans la grammaire de l'image animée. Plan-séquence ou panoramique, serré ou américain, valeur de plan, jeux de rack focus, vue objective ou subjective : voici tout ce qu'il vous faut savoir pour passer de la photo à la vidéo.

Types et valeurs de plan

Les différents mouvements de caméra



La notion de mouvement est assez complexe en vidéographie : elle renvoie à la fois aux mouvements des acteurs, à ceux de la caméra et à la notion de cadre. Les mouvements de caméra étant un grand atout pour les réalisateurs, ils construiront précisément leur langage cinématographique en utiliser tel mouvement de caméra plutôt qu’un autre, ou un plan fixe. Il est très rare de voir un long-métrage composé uniquement de plans fixes. En général, les plans fixes sont courants pour un dialogue ou une interview. En revanche, pour des scènes d’action, il pourra être judicieux d’utiliser plusieurs mouvements de caméra différents. Cinq types de mouvements de caméra sont essentiels à connaître.

Le plan-séquence

Le plan est filmé d'une seule traite, quelle que soit l’action, c’est-à-dire sans arrêter la caméra, mais en recadrant régulièrement la scène. Une séquence est une scène filmée se situant dans un seul et même lieu et reposant sur une action. Un plan-séquence est composé d’un seul et unique plan, restitué tel qu’il a été filmé, sans aucun montage, plan de coupe, fondu ou champ-contrechamp ; il couvre un enchaînement d’actions ou la totalité d’une scène.



Dans la pratique, réaliser un plan-séquence suppose que la caméra filme en continu durant le tournage de l’ensemble de la séquence. Pour cette raison, c'est l’une des techniques les plus difficiles à maîtriser : car tout doit être préparé à l’avance (mouvement, jeu, dialogue, etc.) ; en cas d'erreur, il faut tout recommencer.

L’intérêt du plan-séquence est qu’il rend la scène plus réaliste que si elle était composée de nombreux plans, qu'il permet au spectateur de s’immerger dans un environnement et peut, par sa virtuosité, l'emporter plus rapidement dans la narration. Par exemple, votre caméra allumée, vous pénétrez dans la salle de répétition d'un groupe de musique que vous avez décidé de filmer, vous la traversez, vous arrivez à hauteur du guitariste, celui-ci amorce son chant. Dans l’univers cinématographique, vous pouvez jeter un œil à l'extraordinaire plan-séquence de True Detective, qui enchaîne pendant plus de 6 minutes une scène d'action sans aucune coupe ! Shining ou Old Boy sont aussi remarquables.

Le plan fixe

Tutoriel - S'initier à la vidéo partie 2, plans, cadrage et composition, le plan fixe
Décomposition du plan fixe employé par Alfred Hitchcock dans La Corde (The Rope, 1948).

L’action se déroule face à la caméra qui ne bouge pas : fixée à un trépied, elle reste stable. Le décor ne change pas, seuls les déplacements des personnages à l’intérieur du cadre créent du mouvement et déterminent la dynamique de l’image. Par exemple, vous filmez deux voitures côte à côte, vous demandez aux deux conducteurs de pénétrer dans le cadre, chacun d'un côté de l'image, de se diriger vers les véhicules, de se regarder avec défiance et d'entrer dans l'habitacle.

Le travelling

Tutoriel - S'initier à la vidéo partie 2, plans, cadrage et composition, le travelling

Le travelling est un déplacement réel de la caméra durant la prise de vue, qui amène à un changement de point de vue physique. La caméra se rapproche (travelling avant) ou s’éloigne (travelling arrière) d’un sujet donné. Auparavant, la caméra était rendue mobile en la plaçant sur des rails. Le terme a évolué et il est maintenant utilisé de façon très large pour désigner tout mouvement de caméra qui s’apparente à l’utilisation de rails, même si la technique est autre. Autrement dit, le travelling est désormais plus un résultat (ce qui est visible à l’écran) qu’un procédé (chariot, rail, grue, drone, caméra portée…).

Le panoramique

Tutoriel - S'initier à la vidéo partie 2, plans, cadrage et composition, le panoramique

Le panoramique consiste en un mouvement de rotation de la caméra sur sa position. On change progressivement l’angle de prise de vue, sans que la caméra bouge de son socle. Elle effectue simplement un mouvement de rotation – horizontale ou verticale – sur son axe pour donner une vision globale d’un lieu qui n’entre pas dans le cadre fixe, comme un paysage ou un intérieur d’assez grande taille. On cherche généralement à ce que le panoramique soit le plus fluide possible, sans arrêt brutal ni changement de rythme en cours de mouvement. Par exemple, vous suivez un personnage qui sort d’un bâtiment en effectuant un panoramique horizontal (de droite à gauche ou de gauche à droite) ; dans l’entrée d’un bâtiment, vous effectuez un panoramique vertical (de bas en haut ou de haut en bas) pour
donner à voir le magnifique plafond cathédrale et sa fresque.

La camera portée ou steadicam

La caméra n’est pas fixée à un trépied, mais directement portée : cela offre une grande liberté, mais aboutit très souvent à une image instable. Attention à sa maîtrise, donc ! Le fait de filmer avec certains reflex peut ici être un avantage, car certains capteurs et optiques sont stabilisés. Outre son intérêt dramaturgique, le plan en caméra portée a aussi l’avantage de nécessiter très peu de matériel, ce qui peut s’avérer très utile pour les petits budgets.

Le steadicam obéit à un principe similaire, sauf que la camera est fixée à un système de balancier qui évite les tremblements. Aujourd'hui des gimbals (ou cardans) électriques éviter les opérations de balanciers avec des poids. Si ces solutions sont pour beaucoup encore onéreuses, certaines, comme l'Osmo de DJI, peuvent se montrer très efficaces pour certains plans !

Les valeurs de plan

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Il est impératif de tourner en pensant toujours au montage à effectuer par la suite. Cela influe principalement sur le choix des axes de prises de vue, mais aussi sur ce que l’on choisit ou non de montrer à l’image : le choix du cadre.

Comme mis en évidence sur la photo ci-dessus, on distingue principalement :
  1. le plan d’ensemble, qui cadre un ou plusieurs personnages avec l’environnement, l’ensembledu décor ;
  2. le plan moyen, qui cadre un ou plusieurs personnages des pieds à la tête ;
  3. le plan américain, qui cadre le personnage à mi-cuisse et marque l’action des bras (comme dans les westerns, d’où l’expression) ;
  4. le plan rapproché (ou épaules), qui cadre le personnage à partir de la ceinture et isole le sujet ;
  5. le gros plan, qui cadre un objet, un élément du décor, ou encore une partie du personnage, pour le mettre en valeur (le visage, par exemple) ;
  6. le très gros plan ou insert, qui cadre un détail de façon très serrée. Il peut marquer une émotion intense (les yeux, par exemple) ou un plan de coupe sur un objet. On l’utilise en général pour mettre en avant un élément utile à la compréhension de l’action, ou qui va prendre une importance particulière dans le récit.

La composition

Cadre et rack focus

Les règles de composition du cadre découlent directement de la photographie et de la peinture, mais vous devez toujours garder en tête qu’en vidéo, les éléments sont mouvants à l’intérieur de celui-ci.
Composer une image consiste à trouver un équilibre entre les éléments qui s’inscrivent dans le cadre.

Prenons la salle de pause d’une entreprise, par exemple. Vous pouvez placer en premier plan net une tasse posée sur une table qui se situe sur le tiers gauche de votre cadre et la machine à café, en flou au second plan sur la droite du cadre. Lorsqu’un employé insère ses jetons, vous effectuez un rack focus pour passer du flou au net sur la machine à café, sans changer ni l’axe de la caméra ni effectuer un mouvement. La zone de netteté est glissante. Ce sont ici la composition et le rack focus qui donnent vie à votre scène et suggèrent l’action.

Tutoriel - S'initier à la vidéo partie 2, plans, cadrage et composition, les règles de composition, le champ bord cadre

Les bords du cadre

Lorsque vous filmez un sujet en mouvement, même si vous accompagnez ce mouvement grâce à un panoramique ou un travelling, il vaut mieux laisser de l’espace devant le sujet. Dans le cas contraire, on aura l’impression que le personnage bute continuellement sur le bord du cadre. Le fait de laisser plus d’espace devant le sujet plutôt que derrière vous permet ici encore d’obtenir une composition plus dynamique, en anticipant le mouvement.

Cette règle vaut aussi pour la direction du regard d’un personnage fixe. Il vaut mieux aérer le regard en plaçant le personnage du côté opposé à celui de la direction du regard. Dans le cas contraire, non seulement le regard bute sur le bord du cadre, mais l’autre partie semble désespérément vide, créant un déséquilibre évident.

La règle des 30° et des 180°

Tutoriel - S'initier à la vidéo partie 2, plans, cadrage et composition, les règles de composition

Règle des 30° – Quand on filme deux plans d’un même sujet destinés à se succéder au montage, il faut soit changer de valeur de plan, soit bouger l’axe de la caméra d’au moins 30°. Sinon, les deux plans seront trop similaires et le résultat à l’image s’apparentera à un saut bizarre de l’image.

Règle des 180° – La caméra doit toujours se situer du même côté d’une ligne imaginaire de 180° traversant votre scène. Si vous filmez par exemple deux personnes qui discutent, la caméra ne devra pas franchir un axe imaginaire de 180° qui passe par les personnes, sinon on aura l’impression que les plans n’appartiennent pas à la même scène. Faites différents essais en situation et vous comprendrez vite cette règle liée à la perception de l’espace.

apprendre la video contre plongée

Les axes et points de vue

Enfin, terminons ce premier volet par le rappel des axes de caméra : exactement comme en photo, lorsque l’appareil pointe vers le bas, on parle d’un plan en plongée, qui procure un effet d’écrasement et domination. Lorsque la caméra est plus basse que le sujet et filme vers le haut, on parle d’un plan en contre-plongée ; cela accentue l’effet dramatique et donne une sensation de supériorité du sujet (voir notre exercice photo sur le sujet).

Si la caméra remplace la vue d’un personnage, on parle de vue subjective. On parle de vue objective, qui est beaucoup plus courante, lorsque la caméra filme l’action d’un point de vue extérieur.


Au premier abord, la vidéo apparaît comme un langage complexe à maîtriser, et de fait elle l'est dès que l'on veut se lancer dans une captation à plusieurs ou la production d'une réalisation d'envergure. Mais pour une première approche, il est tout à fait possible de découvrir le monde fascinant de l'image en mouvement sans angoisse ! Ayez seulement en tête ces quelques notions de cadrage, de mouvement et de valeurs de plan pour commencer à tourner vos premières images. En attendant les deux prochains volets de ce tutoriel, dans lesquels nous aborderons la meilleure façon de réaliser sa première interview et son montage, vous pouvez déjà commencer à vous entraîner et vous plonger dans ce qui fait la magie du 7e art !

> S'initier à la vidéo 1 : le matériel pour se lancer

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