Tutoriel, Commencer la vidéo, partie 1, les bases et le matériel, exemple d'un plan cinématographique

Aujourd'hui, qu'on soit pour ou contre, la question ne se pose plus : la fonction vidéo a intégré presque tous les boîtiers du marché. De nombreux réalisateurs ou caméramans utilisent désormais des reflex pour leur production audiovisuelle, et il n'est plus rare qu'un photographe en fasse autant pour réaliser des vidéos, des films institutionnels ou des clips. Après tout, beaucoup d'entre nous sont devenus photographes parce qu'ils avaient aussi en tête des images de films. De plus, les transformations du métier de photographe ont poussé certains à diversifier leur activité pour, à tort ou à raison, ne plus vendre uniquement de l'image fixe. L’implémentation récente de la vidéo dans les reflex a donc servi la créativité de nombreuses personnes travaillant dans l’image et a ouvert la voie à un large champ d’action narrative.

Tutoriel, Commencer la vidéo, partie 1, les bases et le matériel, exemple de caméra professionnelle

Cependant, il ne suffit pas de s’improviser caméraman sous prétexte que la fonction vidéo a été intégrée à son appareil photo. De nombreuses interrogations restent en suspens quand on débute : quels sont les enjeux d’une réalisation audiovisuelle ? Comment articuler sa passion de l’image fixe avec celle de l’image animée et celle d'une autre composante essentielle : le son ? Comment s’assurer l’équipement nécessaire à la réalisation d’un film institutionnel ou d’un reportage ?

Destinée aux photographes curieux de se frotter à l'image animée, cette série d'articles n'a évidemment pas vocation à être exhaustive, mais nous tenterons de parcourir toutes les étapes nécessaires à la réalisation d'une vidéo. Nous nous pencherons dans un premier temps sur les fondements de la vidéo et le matériel à choisir pour se lancer. Dans un deuxième volet, nous nous intéresserons à la "grammaire" de la vidéo : les types et valeurs de plans, les vues et les règles de composition spécifiques. Puis nous passerons à la pratique, en voyant comment réaliser une première interview. Enfin, dans le quatrième et dernier volet, nous vous accompagnerons dans le montage.

Pour commencer, donc, que faut-il savoir, et comment choisir son matériel pour se lancer ?

L'univers de la vidéo

La vidéo regroupe l’ensemble des techniques permettant l’enregistrement et la restitution d’images animées, accompagnées ou non de son, sur un support. Un flux vidéo est composé d’une succession d’images qui défilent à un rythme fixe (25 images par seconde dans la norme française Sécam, ou 30 en NTSC en Amérique du Nord) pour donner l’illusion du mouvement. À la différence de la photographie, qui exprime toute l’intensité d’une scène en une seule image fixe, la vidéo a donc besoin de mouvement, d’un déroulement narratif temporel. Une vidéo a un point d’entrée (début) et un point de sortie (fin) entre lesquels, dans un laps de temps donné, quelque chose est donné à voir au spectateur. La résultante de cette typologie narrative est que pour raconter une histoire, un ou plusieurs plans doivent être ajusté(s) pour créer cet équilibre temporel.



La différence entre "vidéo" et "vidéographie" n’est pas arrêtée, mais le terme "vidéo" est généralement employé pour parler d’une production impliquant une prise de son, une captation d’images animées et un montage. La vidéo se classe ensuite dans un genre : cinématographique, documentaire, ou institutionnel. Quant au terme de vidéographie, il est employé depuis peu pour évoquer davantage le travail d’un auteur présentant un projet dont le montage ne comporte pas uniquement de l’image animée. La vidéographie mêle plus volontiers les genres et les formes, notamment la photographie. On parle d’un vidéographe comme d’un photographe, alors que pour la vidéo au sens large, on parle davantage d’un vidéaste, par rapprochement avec le cinéaste.

Tutoriel, Commencer la vidéo, partie 1, les bases et le matériel, exemple d'un banc de montage Full Frame

Lorsque l’on évoque la notion d’image fixe, on fait donc plutôt allusion à la  photographie, alors que l’image animée renvoie à la vidéographie ou la vidéo. Néanmoins, aussi évident que cela puisse paraître, la nuance lexicale a son importance : par exemple, un photographe peut légalement réaliser des vidéographies dans le cadre de son activité d’auteur, alors que s’il réalise des vidéos classiques ou des films, il peut être obligé de changer de statut et de passer intermittent du spectacle.

Du photographe au vidéaste

Être photographe est un avantage appréciable lorsqu’on doit utiliser son reflex comme une caméra, car les notions de profondeur de champ et de cadrage sont déjà maîtrisées. Mais la difficulté reste entière quand il s'agit de savoir comment on raconte une histoire en animant une photo à la vitesse moyenne de 25 images par seconde !

Tutoriel, Commencer la vidéo, partie 1, les bases et le matériel, équipe de tournage

Le monde de la vidéo est aussi celui des médias et de la communication : de nombreux secteurs utilisent la vidéo pour informer ou communiquer (sur un produit, un service, une entreprise, une image de marque…). Réaliser un travail de commande ne signifie pas pour autant exécuter une réalisation sans âme. Exprimer sa "patte" d’auteur, porter un regard original dans le cadre d’une production institutionnelle permet de se différencier et de marquer son travail du sceau d’un savoir-faire personnel.

Tutoriel, Commencer la vidéo, partie 1, les bases et le matériel, image extraite du film Le Bon, la Brute et le Truand, Sergio Leone, 1966
Image extraite du film Le Bon, la Brute et le Truand, de Sergio Leone, 1966.

Ces différenciations ne doivent pas masquer la filiation très forte qui existe entre vidéographie et cinématographie. Le langage vidéographique s’inspire volontiers du langage cinématographique, que ce soit dans sa forme technique (valeurs de plan, cadrages, lumière, montage...) ou dans sa forme stylistique : jeux de profondeur de champ, traitement d’image (pouvant faire référence à certains films hollywoodiens) et directions des acteurs. De même, lors d’un tournage vidéo, il y a bien souvent une segmentation des tâches entre les membres d’une équipe (aussi réduite soit-elle), comme au cinéma.

Cette filiation rappelle que vous ne pouvez pas faire l’impasse sur une solide culture cinématographique, même lorsque vous tournez une vidéo institutionnelle pour un client. Un réel bagage photographique ET cinématographique est essentiel pour réaliser des vidéographies intéressantes, car c’est par votre savoir, votre regard personnel et votre façon de gérer les enchaînements de plans que vous pourrez vous démarquer.

Le matériel pour se lancer

Ce qui précède toute réalisation est l’idée, le concept. Mais une fois celui-ci scénarisé et organisé, vous devrez vous atteler à le mettre en œuvre, et déployer pour cela des moyens techniques adéquats.

Nul besoin pour cela d'être équipé des tout derniers raffinements technologiques. Quand on débute, il n’est pas nécessaire d’avoir une large palette de matériel pour tourner. Un équipement réduit, mais savamment choisi et adapté à votre usage, suffira amplement.

Tutoriel, Commencer la vidéo, partie 1, les bases et le matériel, Canon EOS 5D Mark 2

La définition

La très large majorité des productions audiovisuelles est aujourd’hui filmée en numérique Full HD avec une résolution native de 1 920 × 1 080 px. Cette définition est désormais un standard, tant au niveau de la captation que des outils de lecture (télévision ou écran d’ordinateur, par exemple) et offre un rendu d’image en haute définition. Les caméras grand public enregistrent toutes dans ce format et sont accessibles financièrement. On retrouve sur ce segment de nombreux constructeurs comme Panasonic, JVC, Sony et bien sûr Canon.

Caméscope ou APN ?

Tutoriel, Commencer la vidéo, partie 1, les bases et le matériel, Panasonic Lumix GH4
Panasonic Lumix GH4 et accessoires vidéo.

Si vous optez pour un caméscope, en fonction de votre usage et de la production vidéo dans laquelle vous souhaitez vous lancer, vous devrez choisir entre un caméscope de poing grand public ou un caméscope semi-pro. Sachez qu’il existe des modèles bien plus haut de gamme capables notamment de filmer en UHD (3 840 × 2 160 px), mais le stockage, le montage et la diffusion demandent énormément d'espace, un ordinateur très puissant pour le monter et bien sûr une excellente connexion pour "uploader" ou regarder dans ce flux.

La plupart des caméscopes filment en AVCHD H.264 encapsulé dans du MTS, de l’AVI ou du Mov. L’AVCHD est un codec qui permet de compresser l’image pour qu’elle prenne moins de place sur les cartes mémoire, tout en conservant une très bonne qualité d’enregistrement. Si ce format de compression est aujourd’hui majoritaire sur la plupart des caméscopes, il a longtemps été décrié, car trop compressé et lourd à monter. Aujourd’hui, la puissance des ordinateurs couplée au logiciel de montage adapté est telle que ce format ne pose plus de problème lors de l’assemblage des séquences.

Tutoriel, Commencer la vidéo, partie 1, les bases et le matériel, logiciel de montage Magix, capture d'écran des paramètres avancés d'exportation
Paramètres avancés d'exportation du logiciel Magix Video Delux.

Évidemment, on regrette que le codage ne se fasse que sur 8 bits et que la profondeur des couleurs ne s’échantillonne que sur du 4.2.0, mais si vous ne vous lancez pas dans une postproduction trop extrême, le rendu est suffisant. Longtemps les caméscopes grand public ont enregistré les images en mode entrelacé, c’est-à-dire que l’image vidéo est basée sur l’entrelacement de deux trames (ou demi-image) affichant respectivement des lignes paires et des lignes impaires pour former une image pleine. Le mode progressif, lui, balaye l’image pleine en une seule fois sans entrelacement. Ces modes étaient respectivement notés par la lettre "i" ou "p". Aujourd’hui, la grande majorité des caméscopes filme en progressif et nos ordinateurs sont capables de lire et monter cette cadence d’images. Veillez donc à ce que le "p" soit mentionné lors de l’achat de votre matériel (ex. 1080p).

Un autre point important à vérifier lors de l’achat de votre première caméra est son bitrate (ou bit rate). C’est sa capacité à enregistrer un flux d’information à la seconde. Il se mesure en Mb/s (mégabits par seconde). C’est en fonction de celui-ci que votre image apparaîtra saccadée ou non dans un panorama ou lorsque vous filmez des scènes d’action. En principe, plus le bitrate est élevé, meilleure est la qualité d’image. Un bitrate de 30 Mb/s est un minimum.

Si les caméscopes grand public ou semi-pros sont utilisés par des indépendants ou des productions audiovisuelles, c’est qu'ils ont deux énormes avantages : leur objectif, souvent très lumineux, est directement intégré, et leur ergonomie est adaptée au tournage. De nombreuses touches de raccourcis permettent d’avoir un accès direct à diverses fonctions et évitent ainsi de trop souvent naviguer dans les menus pour changer un paramètre.

Tutoriel, Commencer la vidéo, partie 1, les bases et le matériel, caméscope Canon

Néanmoins, ils ont un inconvénient : leurs capteurs sont de petite taille. Il s'agit souvent de capteurs 1/2,3 pouce (6,6 × 8,8 mm) ; leur taille est donc quatre fois plus petite que celle d’une pellicule 35 mm (24 × 36 mm). Si la qualité d’image reste excellente, les capteurs de caméscopes trouvent leur limite quand il s’agit de jouer avec la profondeur de champ. C'est l'un des reproches souvent formulés à l’encontre de l’image vidéo issue de ces matériels : elle est certes précise, mais froide, chirurgicale et finalement peu cinématographique.

Tutoriel, Commencer la vidéo, partie 1, les bases et le matériel, boîtier Sony Alpha 7s en reportage vidéo
Le Sony Alpha 7s accessoirisé en conditions de reportage vidéo.

À l'inverse, tourner avec un HDSLR, c'est sacrifier beaucoup d'ergonomie sur l'autel de la qualité d'image et de la profondeur de champ. Certes, leurs grands capteurs, allant du Micro 4/3 au Full Frame (24 × 35 mm) en passant par l'APS-C (23,5 × 15,6 mm) permettent de créer beaucoup plus facilement une image se rapprochant de l'imagerie cinématographique. Cependant, en dépit d'une qualité d'image moins froide que celle des caméscopes, leur ergonomie est peu pratique et peu étudiée pour le reportage. Il faut souvent les accessoiriser... ce qui ajoute à leur encombrement.

En outre, les capteurs des reflex sont sujets à trois problèmes :
  • – le moiré,
  • – le rolling-shutter,
  • – le downscalling.

Le moiré est un défaut visible sur l’image lorsque des sujets répétitifs entrent en interférence avec la matrice du capteur. Le rolling-shutter affecte souvent les grands capteurs : lors d’un mouvement comme un travelling, les sujets verticaux vont pencher dans le sens opposé au mouvement (pensez à la photo du Grand Prix du Circuit de la Seine de Jacques Henri Lartigue). Enfin, le downscalling est une réduction logicielle de la définition entraînant une perte conséquente de détails.

Tutoriel, Commencer la vidéo, partie 1, les bases et le matériel, un exemple de rolling shutter

Dernier point concernant les HDSLR : il est fortement déconseillé d'utiliser l'autofocus de ces boîtiers sur un tournage. Leur fonctionnement reste globalement erratique, bruyant ou tout simplement incapable d'accrocher un sujet mouvant. Passez donc en mise au point manuelle et servez-vous du peaking (surlignage de la zone de netteté) pour réaliser le point — quand cette fonction existe sur le boîtier !

Il est difficile de recommander un boîtier en particulier pour débuter ; le mieux est de commencer avec celui que vous avez déjà sous la main. Vérifiez avant toute chose que vous pouvez changer les paramètres d'exposition pendant le tournage, que vous disposez d'une aide à la mise au point et... lancez-vous ! Nous verrons lorsque nous aborderons la pratique quels sont les accessoires nécessaires pour le son ou les moyens de stabilisation et avant cela, quelles sont les bases du langage vidéo.

> S'initier à la vidéo 2 : plans, cadrage, composition

Voir aussi :
> Tous nos tutoriels
> Toute l'actualité (tests et articles)
> Suivez en direct l'actualité photo sur la page Facebook de Focus Numérique

PARTAGER
Contact Vie privée, Cookies Conditions Générales d'Utilisation