La gestion des couleurs à travers la chaîne graphique est une problématique qui se trouvera nécessairement et malicieusement, à un moment ou un autre, sur la route de tout photographe. Les débutants découvrent alors un monde nouveau et effrayant, tandis que la plupart des photographes confirmés replongent avec appréhension dans des notions qu'ils pensaient pouvoir relayer au fin fond de leur lobe temporal jusqu'à la fin des temps.

Comprendre les espaces colorimétriques

Les espaces colorimétriques — également appelés espaces de couleurs — font partie intégrante de cette problématique. Leur compréhension vous permettra très certainement d'identifier enfin pourquoi les couleurs de cette magnifique photo de perroquet posant fièrement devant une aurore boréale paraissent différentes sur votre écran, sur l'écran de votre voisin et sur le tirage que vous tenez entre vos mains.

Définitions

Un espace colorimétrique est un modèle mathématique tridimensionnel représentant l'ensemble des couleurs perceptibles, utilisables ou reproductibles par un être humain ou un appareil. Chaque couleur qu'il contient est ainsi associée à des coordonnées déterminant un point précis et correspondant, par exemple, à des valeurs telles que la luminance, la saturation et la teinte.

Comprendre les espaces colorimétriques
Représentations en trois dimensions de différents modèles colorimétriques.

On distingue trois types d'espaces colorimétriques : les espaces colorimétriques dépendants, décrivant uniquement les caractéristiques du périphérique correspondant (on parle alors de profil ICC) ; les espaces colorimétriques indépendants, décrivant un ensemble de couleurs visibles sans faire référence à un périphérique particulier de la chaîne graphique ; et enfin les espaces de travail, utilisés quant à eux par les logiciels de retouche et les formats de fichiers pour déterminer la palette de couleurs avec laquelle il est possible de travailler.

Notez qu'une représentation en trois dimensions permet de visualiser un espace de couleurs, mais rend difficile toute comparaison entre deux espaces différents. Les représentations en deux dimensions sont ainsi plus courantes, car il est ainsi possible de superposer plusieurs espaces colorimétriques, donc d'évaluer la palette de couleur qu'ils représentent les uns par rapport aux autres. Il convient cependant de noter que de tels graphiques bidimensionnels nous privent de la visualisation des informations de luminance contenues dans les graphiques tridimensionnels.

Comprendre les espaces colorimétriques
Comparaison entre l'espace colorimétrique sRGB et le diagramme de chromaticité représentant l'ensemble des couleurs perceptibles par l'œil humain.

Un espace colorimétrique pour les gouverner tous

Chaque type d'espace colorimétrique (dépendant, indépendant et de travail) rassemble donc plusieurs espaces colorimétriques... Mais pourquoi représenter les couleurs de plusieurs façons ? Le but de la gestion des couleurs est en fait de retranscrire des couleurs conformes à la perception humaine et de les conserver tout au long de la chaîne graphique.

L'œil humain est capable de distinguer toutes les couleurs correspondant aux longueurs d'onde de 380 à 780 nm, mais il n'en est malheureusement pas de même des périphériques de la chaîne graphique. Les capteurs des meilleurs appareils photo sont ainsi incapables d'enregistrer l'ensemble des couleurs que nous percevons, tout comme les meilleurs écrans sont incapables de les afficher et les meilleures imprimantes incapables de les retranscrire. De plus, chacun de ces appareils enregistre, affiche ou retranscrit une palette de couleurs plus ou moins étendue et qui lui est propre.

L'espace colorimétrique CIE, déterminé en 1931 par la Commission Internationale de l'Éclairage, constitue aujourd'hui encore l'étalon international de la colorimétrie. Cet espace colorimétrique indépendant représente l'ensemble des couleurs perceptibles par l'œil humain (environ 8 millions de nuances différentes) et sert donc de référence grâce à ses différentes déclinaisons graphiques (telles que CIE xyz et CIE L*a*b*).

Si cet espace colorimétrique présente le gamut le plus étendu, il ne se suffit pas à lui-même. Des espaces basés sur les modèles colorimétriques RVB (Rouge, Vert et Bleu) et CMJN (Cyan, Magenta, Jaune et Noir) s'avèrent nécessaires, car plus facilement compréhensibles dans une logique de travail.

Comprendre les espaces colorimétriques
Synthèse additive et synthèse soustractive.

Le modèle colorimétrique CMJN est ainsi consacré au domaine de l'impression, tandis que le modèle RVB est notamment utilisé par les écrans et les appareils photo. Notez que plusieurs espaces colorimétriques peuvent être basés sur un même modèle ; sRGB, Adobe RGB et ProPhoto RGB constituent des espaces de travail distincts, présentant chacun un gamut différent, c'est-à-dire une palette de couleurs plus ou moins conséquente.

Quel espace de travail choisir ?

Le ProPhoto RGB permet donc potentiellement d'afficher des nuances de couleurs plus complexes que l'Adobe RGB, lui-même capable d'afficher des nuances plus complexes que le sRGB. Dans la pratique, la différence n'est cependant pas toujours évidente et le choix d'un espace de travail ne se fait pas nécessairement par rapport à l'étendue de son gamut, mais aussi et surtout par rapport au support final auquel est destinée votre image. La complexité des nuances de couleurs d'une photographie n'a que peu d'intérêt si l'écran sur laquelle elle est diffusée (ou le papier sur lequel elle est imprimée) est incapable de les retranscrire.

Comprendre les espaces colorimétriques
Comparaison entre différents espaces colorimétriques.

Notez que lorsque vous photographiez en JPEG, l'attribution d'un espace colorimétrique au fichier image se fait dès la prise de vue (le choix est bien souvent possible entre sRGB et Adobe RGB). A contrario, photographier au format RAW et utiliser un logiciel de développement (Adobe Lightroom ou autre) permet d'utiliser le profil ICC du boîtier lors de vos différentes retouches, pour n'attribuer un espace de couleurs au gamut plus réduit qu'à l'export. Il est donc possible de créer des fichiers images différents en fonction de leur finalité respective.

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