Vous êtes nombreux à nous écrire pour nous faire part de votre envie de vous essayer à la photographie argentique. Après avoir lu notre réponse au courrier de Thomas qui souhaitait acheter un appareil d’occasion, Agnès s’interroge aujourd’hui sur la possibilité de développer elle-même ses films 135.

Je me suis acheté récemment un appareil pour faire de la photographie argentique en 135. J’ai développé mes premiers films dans un laboratoire, mais j’aimerais savoir si je peux également le faire moi-même à la maison. Quel matériel faut-il et quel coût cela représente-t-il ? Agnès, Lectrice de Focus Numérique

Le développement en cuve

Avant de détailler les procédés chimiques appropriés à chaque type de film, nous allons parler du matériel nécessaire au traitement à domicile. Contrairement aux laboratoires qui possèdent des machines automatiques et qui fonctionnent avec des bains réutilisables, on va procéder à domicile à des développements à bain perdu. À chaque étape, on va donc jeter la chimie ce qui fait nécessairement augmenter le coût du développement par rapport aux systèmes de laboratoire. En revanche, le matériel nécessaire est assez simple. Les films vont être développés en cuve. Paterson est le nom qui leur est donné le plus fréquemment du fait du succès de cette marque historique, mais d’autres marques, comme Jobo, en fabriquent également.

cuve Paterson et deux spires

À l’intérieur de cette cuve qui possède un couvercle permettant d’introduire les bains chimiques sans faire entrer la lumière, les films vont être montés sur des spires. Leur taille peut généralement être réglée pour s’adapter à la largeur d’un film 135 ou d’un 120. En fonction de la taille de la cuve, on pourra mettre plus ou moins de films simultanément. Tout dépend de votre production, mais en général, un conteneur pour deux ou trois spires représente un bon choix pour débuter et conserver une bonne homogénéité de traitement. Vous pourrez trouver ces accessoires sur des sites de vente en ligne ou chez des revendeurs photo à des tarifs avoisinant les 40 € pour l’ensemble.

En plus de cela, il vous faudra des éprouvettes graduées pour la dilution des chimies, un thermomètre suffisamment précis pour le contrôle de la température des bains et des pinces pour accrocher vos films pour les faire sécher. Tous ces petits accessoires sont vendus entre quelques euros et un peu plus de dix euros suivant les revendeurs.

kit de développement Kaiser
Il est possible chez certains revendeurs d'acheter des kits comprenant tous les accessoires nécessaires au développement de films comme cet ensemble Kaiser vendu 82,20 € par MMF-Pro.

Attention ensuite au chargement des films qui exige une obscurité totale. Pour tester votre pièce, placez-vous plusieurs minutes dans le noir, si vous distinguez les éléments autour de vous, c’est qu’il y a trop de lumière. Prévoyez alors l’achat d’un manchon de chargement. Il doit être suffisamment grand pour contenir vos films, les spires et la cuve de développement dans laquelle vous allez les placer. Une fois ce matériel acheté, il vous faudra acheter les solutions chimiques appropriées à vos films.

Des traitements spécifiques

Les différents types de films, négatif couleur, inversible ou négatif noir et blanc, vont demander différents types de traitements. Le plus contraignant est le développement négatif couleur en chimie C41 en raison des manipulations nécessaires et de son exigence sur la température de traitement. Elle doit être de 37,8 ± 0,2 °C. Dans sa formulation standard, comme elle a été définie par Kodak, ce traitement C41 est un traitement en trois bains actifs qui comprend tout d’abord un révélateur chromogène suivi d’un blanchiment puis d’une étape de fixation avant le lavage final qui sera suivie d’un bain final pour une meilleure conservation. Tetenal et Rollei commercialisent des traitements adaptés au développement en cuve. Mais ces derniers demandent une agitation continue très contraignante. Pour cela, on préférera donner ses films négatifs couleur à développer en laboratoire.

Tetenal COLORTEC C-41 Kit Rapid

Le traitement inversible, également nommé E6, est lui aussi très complexe dans sa formulation standard puisqu’il repose sur la succession de six bains actifs : premier révélateur, inversion, révélateur chromogène, conditionneur, blanchiment et fixateur auxquels s’ajoutent des étapes de lavage. Il doit être effectué à une température fixe de 38 °C ± 0,3 °C. Pour faciliter le traitement en cuve, on trouve des kits simplifiés, à l’image du Tetenal E6 Colortec qui ne comprend que trois bains (en réalité quatre avec le stabilisateur, mais le nom employé sur le kit indique trois bains) et qui s’avère plus tolérant sur la température exacte des bains. Mais là encore, l’opération demande une agitation continue et régulière. L’usage d’une développeuse à processeur comme celles que fabrique la société Jobo est donc nettement plus confortable.

Jobo CCP3

Le noir et blanc

En pratique, c’est en développant des films noir et blanc que vous découvrirez sans doute avec le plus de plaisir les sensations du fait maison.

Tout d’abord, la chaîne de traitement est assez simple puisqu’elle consiste juste en trois bains : révélateur, bain d’arrêt et fixateur. Les chimies ne sont pas très onéreuses non plus. Le bain d’arrêt étant une simple solution acide visant à bloquer l’action du révélateur, on pourra utiliser du vinaigre blanc dilué. L’agitation n’est pas constante en développement noir et blanc, les manipulations sont donc moins contraignantes bien qu’elles demandent de la rigueur. Enfin, le film est plus tolérant sur les conditions de traitement : si vous rencontrez des difficultés à obtenir une température précise de 24°C pour le révélateur, vous pourrez adapter le temps de traitement pour des résultats identiques.

revelateur film noir et blanc

Outre l’aspect ludique du développement à la maison, développer soit même ses films noir et blancs permet également d’adapter la chimie pour un rendu spécifique. En effet, si on trouve encore des laboratoires qui développent des films noir et blanc (mais beaucoup moins qu’en couleur!), il est très rare de pouvoir choisir son révélateur. Or ce dernier a une forte incidence sur le grain d’un film, son contraste ainsi que sur son acutance (micro contraste qui se manifeste par une impression de netteté plus ou moins forte). Ainsi, vous pourrez choisir à votre guise le couple émulsion/révélateur qui convient le mieux à vos goûts. Le tarif des chimies noir et blanc est très variable en fonction des références. Mais pour vous donner un ordre d’idée, du révélateur liquide en bidon vous coûtera entre 15€ et 30€ pour développer une trentaine de films. Le fixateur n’est pas très cher non plus puisque pour une quinzaine d’euros, vous pourrez traiter une bonne vingtaine de films noir et blanc.

Si l’aventure vous tente, voici donc le matériel qu’il vous faudra. Généralement il est accompagné de notices expliquant toutes les étapes de traitement. Si vous souhaitez plus de détails sur les procédures de développement, vous trouverez également de nombreux tutoriels en ligne. Et si vous ne trouvez pas votre bonheur, n’hésitez pas à nous envoyer vos questions !

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