Dans le domaine des accessoires pour la macrophotographie, le tube-allonge ou la bague-allonge (deux dénominations pour le même objet) est un incontournable. Peu cher, léger et efficace, c'est l'outil idéal pour débuter avec un reflex ou un hybride. Savage en propose une version singulière avec une sorte de "zoom intégré" : le Macro ART Variable Auto-Extension Tube. De quoi attiser notre curiosité.

Tube-allonge (bague-allonge) à extension variable Savage Macro ART en monture Canon, test

Présentation

Savage est peu connu en France. Pourtant, la société existe depuis 1937 et propose de nombreux accessoires pour les photographes, du fond papier à l'éclairage studio en passant, donc, par un tube-allonge. Le Savage Macro ART est disponible en version Nikon et Canon.

Un tube-allonge est un accessoire pour appareil photographique à objectifs interchangeables, utilisé en macrophotographie ou proxiphotographie. Il vient s'intercaler entre le boîtier et l'objectif pour augmenter le tirage mécanique, c'est-à-dire la distance entre la zone sensible (capteur) et l'arrière de l'optique. Cet éloignement permet d'augmenter le rapport de grandissement et de diminuer la distance de mise au point. En contrepartie, il réduit la luminosité des optiques et empêche la mise au point à l'infini.

Le tube-allonge est un accessoire assez basique. Dans la plupart de cas, il s'agit d'un tube vide sans éléments optiques. Un tube-allonge ne dégrade donc pas les qualités de l'optique. Des versions modernes, comme le Savage Macro ART, disposent de connecteurs assurant une communication entre l'optique et le boîtier, donc la conservation de certains automatismes de mesure de la lumière ou d'autofocus.

Des maths... juste ce qu'il faut

Il n'est pas évident de calculer le rapport de grandissement apporté par les tubes-allonges, mais on peut simplifier les formules afin d'avoir une idée du gain apporté par l'allongement du tirage optique.

Si G est le rapport de grandissement, il dépend de la focale de l'optique utilisée et du tirage optique. Pour un rapport 1:1 ou 1x (noir notre article sur les notions à comprendre en macrophotographie), le tirage optique doit être le double de la focale. Ainsi, pour un 50 mm, il faut 100 mm de tirage.

La formule est la suivante, avec t pour le tirage optique et F pour la focale en mm :

G = (t-F) / F

Le problème, c'est que le tirage varie en fonction de la distance de mise au point. Pour simplifier les choses, on pourra opérer pour une mise au point à l'infini ; dans ce cas, le rapport de grandissement est : 


G = t/F

Généralement en macro, la mise au point n'est pas faite à l'infini, mais à une courte distance. Le problème réside dans le calcul du tirage complet : bague-allonge + optique. Si les calculs sont hasardeux, vous constaterez que le gain de rapport de grossissement dépend de la focale de l'optique. Ainsi, si vous utilisez une optique 40 mm avec un tube-allonge de 40 mm, le grossissement sera alors de 40/40 = 1x : le fameux rapport qui permet d'aborder sereinement la macrophotographie. La bague-allonge est donc surtout intéressante avec les courtes focales. À l'inverse, si vous utilisez une optique 100 mm macro, le gain sera de 40/100 = 0,4x.

L'autre formule à retenir est celle du calcul de la distance de mise au point (D) :

D = F x (1 + 1/G)

Toujours avec notre optique de 40 mm, la distance de mise au point est donc de 40 x (1+1/1) = 80 mm contre 300 mm en mode normal. La distance de mise au point se réduit ainsi fortement.

De la théorie à la pratique

Ces calculs sont toutefois très approximatifs et il est préférable de réaliser des mesures sur le terrain à l'aide d'une règle graduée afin de vérifier le gain du tube-allonge. C'est ce que nous allons faire avec le pancake Canon 40 mm f/2,8 STM et un Canon 1D X (tant qu'à faire).

Avec sa fonction d'extension, la bague Savage permet de faire varier le tirage supplémentaire de 40 à 55 mm.

Sans bague d'extension, la mise au point minimale du 40 mm est de 30 cm et la fiche technique de Canon indique un rapport de reproduction de 0,18x. En photographiant une règle graduée au plus proche, nous obtenons ceci :

1D X + 40 mm

Il est possible de photographier un objet de 19 cm de large sur un capteur de 3,6 cm. Le rapport de reproduction est donc de 36/190 = 0,19. Nous ne sommes pas très éloignés de la valeur indiquée par Canon.

Avec la bague-allonge Savage fixée à 40 mm, nous obtenons la photo suivante :
Canon 1DX + 40mm + 40mm de bague-allonge Savage Macro ART monture Canon, test

Le rapport de reproduction est donc de 36/36 = 1. Nous avons donc bien un rapport de reproduction 1:1, et un 40 mm macro avec une distance de mise au point de 11 cm.

Poussons la rampe de la bague-allonge à 55 mm. Nous obtenons la photo suivante :

Canon 1DX + 40 mm + 55mm de bague-allonge Savage Macro ART monture Canon, test

Il est possible de cadrer un objet de 26 mm sur un capteur de 36 mm. Le rapport de reproduction est donc de 36/26 = 1,38x. Là encore, le résultat est très proche de ceux attendus avec nos formules mathématiques : 55/40 = 1,375. La distance de mise au point est ici de 6,9 cm.

Il nous semble intéressant de vérifier l'impact de la bague en utilisant une optique macro comme le 100 mm f/2,8 de Canon. Sans bague-allonge et en mode macro (distance de mise au point à 30 cm), le rapport de reproduction est bien de 1x et nous pouvons photographier un objet de 3,6 cm sur un capteur de 3,6 cm. Nous voilà rassurés.

Canon 1DX + 100mm macro, test

Nous rajoutons rapidement la bague-allonge de 40 mm pour apprécier le gain avec l'augmentation du tirage. Nous pouvons photographier un objet de 2,3 cm. Le rapport de reproduction est donc de 36/23 = 1,57x. La distance de mise au point passe de 30 cm à plus de 16 cm.

Canon 1DX + 100mm macro + 40 mm de bague-allonge Savage Macro ART monture Canon, test

Nous poussons le tube-allonge à son épaisseur maximale : 55 mm. Nous obtenons le cliché d'un objet de 2 cm pile. Le rapport de reproduction est donc de 36/20 = 1,8x.

Canon 1DX + 100mm + 55mm de bague-allonge Savage Macro ART monture Canon, test

Dans le cas du 100 mm macro, nos formules mathématiques sont mises à mal. En effet, avec une distance de mise au point de 30 cm, la focale du 100 mm change et devient environ un 70 mm. On reprend les calculettes et on retombe plus ou moins sur nos pattes avec, pour un tube-allonge fixé à 40 mm, un grandissement de 40/70 = 0,57x. On ajoute le rapport de reproduction 1x du mode macro et nous retrouvons bien un rapport de reproduction complet de 1,57x comme mesuré à l'aide de notre règle.

Prise en main

La bague-allonge Savage Macro ART est d'une belle construction, tout en métal, avec une baïonnette en cuivre (d'après la fiche technique, mais nous serions tenté de dire laiton...). La surface interne est mate pour éviter les reflets. La surface externe a bien résisté aux différents chocs pendant notre période de test. Bref, un bel objet.

Bague-allonge à extension variable Savage Macro ART monture Canon, test

La version Canon dispose des connecteurs pour la transmission des informations. Ainsi, vous pouvez photographier à pleine ouverture et même utiliser l'autofocus. Mais en macrophotographie, l'autofocus est souvent un ennemi !

Bague-allonge à extension variable Savage Macro ART monture Canon, test

La spécificité de cette bague-allonge est naturellement la possibilité d'extension. Vous n'avez plus à utiliser plusieurs bagues ou coupler plusieurs éléments pour vos différents clichés. Comme pour un zoom, une rampe hélicoïdale permet d'étendre le tube de 40 à 56 mm (version Canon) ou de 55 à 71 mm en version Nikon.

Bague-allonge à extension variable Savage Macro ART monture Canon, test

La prise de vue avec un 100 mm macro et la bague Savage Macro ART s'avère délicate. Il faut beaucoup de lumière et, surtout, une totale absence de mouvement de la part du sujet et de l'appareil photo. La profondeur de champ est également très (très très) courte et il faut souvent disposer l'appareil sur une glissière pour assurer la mise au point.

Perte de luminosité

Le tube-allonge fait perdre en luminosité. La visée optique peut rapidement s'assombrir et la visée électronique, devenir granuleuse. Sur notre reflex, le simple fait de visser la bague fait perdre environ 2 IL à 40 mm et 2,3 IL à 55 mm.

Exemples de photos

Ci-dessous, vous trouverez quelques clichés réalisés avec le Canon 1300D équipé de la bague Savage Macro Art et du 100 mm Macro.

Bague-allonge à extension variable Savage Macro ART monture Canon, test review, exemple de photo résultat bague
Image redimensionnée en 900 px de large d'un détail d'une bague.

Bague-allonge à extension variable Savage Macro ART monture Canon, test review, exemple de photo résultat détail circuit
Image redimensionnée d'un détail d'un circuit électrique.

Bague-allonge à extension variable Savage Macro ART monture Canon, test review, exemple de photo résultat détail carte à jouer
Image redimensionnée en 900 px de large d'un détail d'une carte à jouer.

Conclusion

Cette singulière bague-allonge est bien construite, rapide à mettre en œuvre et pratique. Vous évitez de transporter plusieurs éléments et la possibilité qu'elle offre de faire varier de manière précise le tirage optique est finalement assez pratique, sans être indispensable.

Le prix reste toutefois très élevé : en version Canon, on frôle les 230 € et il faut dépenser 30 € supplémentaires (soit 260 €) pour la version Nikon. À ce tarif, l'absence de housse ou de notice est difficile à avaler. Mais, surtout, il est possible de dénicher des jeux de 3 tubes d'extension Canon à partir de 30 € sur Internet. Le Macro ART sera donc à réserver aux véritables accros de la macro.

Points forts

Points faibles

Belle qualité de fabrication

Pas notice livrée avec la bague

Extension du tube variable

Cher

Automatismes conservés (mesure de la lumière, autofocus)

 


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