Capa ne sourit pas. Sous le trait de Florent Silloray, Robert Capa n'arbore pas une seule fois le sourire légendaire qui a tant fait pour son succès, dans la littérature comme dans la vie. Le dessinateur retrace en 81 planches la vie de cette "étoile filante" de la photo, loin de la flamboyance de la légende.



L'homme est beau et la légende est connue ; quant au sujet, il est par définition visuel, voire photographique. C'est par le choix d'un lavis blanc sur fond sépia que Florent Silloray offre un album tout en finesse sur la vie de Robert Capa, aux éditions Casterman. Le parti-pris adopté par le dessinateur est celui de l'homme blessé à vie par la disparition prématurée de cette jeune femme allemande à qui finalement il doit tout, celle qui se fera appeler Gerda Taro. En effet, amoureux et reporters tous les deux, ils connaissent des débuts de misère dans le Paris des années 1930. Seules quelques rédactions achètent leurs images à des prix dérisoires. Devant cette indigence, Gerda, dont le nom véritable est encore Gerta Pohorylle, a l'idée d'un stratagème tout droit sorti des films d'Hollywood qui inondent l'Europe de ces années-là : elle veut créer une légende. La légende d'un photographe américain, invisible, toujours entre deux voyages ou entre deux femmes, qui serait un photographe fameux aux États-Unis. Inspiré directement du patronyme du metteur en scène Frank Capra, son nom sera Robert Capa...
Et ça marche ! Ce mensonge de circonstance leur ouvre les portes des titres comme Vu. L'argent rentre, leur vie s'améliore, même si les images de Gerda sont davantage créditées du nom de Capa que de celui de la jeune femme.


Engagés politiquement, ils se rendent tous deux sur le front de la guerre civile espagnole en 1936. Ils prendront goût à cette vie aventureuse, dangereuse, rythmée par les balles, les engins militaires, la poussière du front. Elle sera happée par les chenilles d'un char républicain. Il apprendra sa mort loin d'elle, à Paris se reprochant tour à tour de ne pas avoir été là à ses côtés à ses derniers instants, de ne pas avoir su la convaincre de rentrer avec lui en France, de ne pas l'avoir protégée de cet accident. Il semble ne s'en être jamais remis.


La vie du photographe telle que Florent la décrit est celle que révèlent les récentes découvertes, comme la valise dite "mexicaine" qui abrite ses premières archives, retrouvée en 2007. En revanche, l'auteur ne semble pas prendre pas position sur la polémique de la fameuse image du républicain espagnol fauché en pleine course par une balle ennemie, ou alors très subtilement, en mettant en scène Gerda et Robert prenant l'un à côté de l'autre ce soldat tombant, et ne cherchant pas à se protéger du danger, comme s'il n'existait pas.

Mystérieuse, polémique, prise dans des convulsions de l'histoire, ponctuée d'amours mortes ou lasses, la vie de Robert Capa se prête parfaitement au traitement par la bande dessinée. Florent Silloray honore la légende, l'homme qui a vomi ses tripes lors du D-Day mais qui rapporte des images pour l'histoire, et l'homme bravache qui a des fêlures. Le trait clair de Florent Silloray sert sa mélancolie et le sépia des planches, cette photographie mythique et la presse qui ont bel et bien disparu.

Marchand Stock Prix €
Amazon17,00Voir l'offre  
Capa – L'Étoile filante
Florent Silloray
Éditions Casterman
Janvier 2016
Relié, 24,4 x 32,2 cm, 88 pages
ISBN : 9782203087460
17 €

> Présentation sur le site de l'éditeur
> Grand photographe : Robert Capa
> Notre sélection de livres
> Toute l'actualité (tests et articles)
> Suivez en direct l'actualité photo sur la page Facebook de Focus Numérique

PARTAGER
Contact Vie privée, Cookies Conditions Générales d'Utilisation