Un de nos lecteurs se pose une légitime question sur comment réaliser un assemblage d'images à mise au point décalée, ou focus stacking.

J'ai un Olympus OM-D E-M10 Mark II avec la possibilité de réaliser des images enchaînées avec plusieurs mises au point différentes, mais comment fait-on pour augmenter la profondeur de champ ? David L., lecteur de Focus Numérique


Depuis quelques mois, les fonctions de focus stacking ou bracketing de mise au point se multiplient sur les boîtiers. Certains compacts experts, comme le Canon G7 X, disposent d'une option qui permet de multiplier les prises de vue en décalant légèrement la mise au point. Olympus a introduit cette fonctionnalité sur l'hybride OM-D E-M10 Mark II et elle peut être obtenue sur les Olympus E-M1 et E-M5 Mark II après une mise à jour firmware (micrologiciel). Elle est également apparue sur le Panasonic GX80. Notez que le firmware alternatif MagicLantern (déjà évoqué dans un précédent courrier lecteur) donne accès au focus bracketing pour les reflex Canon.

Le Principe

Le bracketing de mise au point est surtout utilisé en photographie macro. En effet, la profondeur de champ varie en fonction de la distance de mise au point : plus elle est proche, plus cette profondeur de champ est réduite. En macro et avec une mise au point à quelques centimètres du sujet, la profondeur de champ n'est souvent que de quelques millimètres. Même en diaphragmant à f/16 ou f/22, il est souvent très difficile, voire impossible, d'avoir un sujet entièrement net. En outre, diaphragmer autant induit souvent une forte diffraction qui vient réduire le piqué de l’image.

La solution consiste donc à prendre une succession d'images avec différentes mises au point sur toute la longueur du sujet. Toutefois, réaliser plusieurs mises au point à quelques millimètres relève souvent de la gageure. En macro, les photographes utilisent souvent une glissière qui permet de déplacer finalement l'appareil photo dont la mise au point est bloquée. De telles glissières, comme le Velbon Super Mag Slider, sont disponibles pour moins de 100 €.



Le focus bracketing apporte une certaine souplesse dans la réalisation d'une série d'images en automatisant le décalage de la mise au point par rapport au réglage initial.

La prise de vue sur Olympus

Si le principe est assez simple, l'interface n'est pas forcément évidente sur les boîtiers Olympus.

Le premier réglage permet de définir le nombre de vues. Jusque-là, c'est facile. Le second réglage est le différentiel de mise au point... tout de suite, c'est moins évident. Il s'agit de définir si la différence de mise au point doit être petite (étroite) ou importante (étendue). Le problème, c'est qu'il n'est pas possible de définir un point de départ et un point d'arrivée, contrairement à ce que propose MagicLantern. Le résultat est donc aléatoire et fonction des dimensions du sujet photographié.

La solution la plus évidente consiste alors à multiplier le nombre de vue (j'ai réalisé plus de 300 clichés pour la photographie de la bague en macro) tout en réduisant au maximum le pas entre les différentes mises au point. Il faudra par la suite sélectionner les images concernées par le sujet et éliminer le surplus.



Parfois, l'appareil photo peut également réaliser l'assemblage (E-M1 avec le focus stacking), mais la plupart du temps, il faut traiter les fichiers sur ordinateur pour créer la profondeur de champ. De manière assez étonnante, les constructeurs ne livrent pas de logiciel pour réaliser cette manipulation. Il faut donc utiliser des logiciels tiers payants ou gratuits.

Logiciels d'Assemblage payants

Le logiciel le plus connu est Helicon Focus. Cette application fonctionne sous Mac OS X et Windows, est  d'une étonnante simplicité et délivre des images très séduisantes. Il suffit de déposer la série d'images et de lancer le rendu, le logiciel s'occupe de tout et le résultat est vraiment impressionnant.

Cette simplicité a un prix : 30 $ pour une année d'utilisation ou 115 $ pour une licence à vie.

Helicon Focus
Helicon Focus, rapide et efficace.

Le logiciel est assez rapide et l'analyse et l'assemblage de 50 clichés de 16 Mpx ne requiert qu'environ 30 secondes.

avant et après stacking
Avant et après l'assemblage des images.

Bague macro résultat avec Helicon Focus

Un autre logiciel payant est également très connu et reconnu par les amateurs : il s'agit de Zerene Stacker. Le logiciel, développé en Java, fonctionne avec Windows, mais aussi Mac OS X et Linux. Une licence pour étudiant est disponible à 39 $ et une la licence personnelle est vendue 89 $. Comme Helicon Focus, Zerene Stacker est d'une simplicité déconcertante et il suffit de déposer les images et lancer le rendu. Le résultat est là encore impressionnant et ne requiert aucun tâtonnement. Une réussite.

Zerene Stacker sous Mac OS X
Zerene Stacker sous Mac OS X. Il fonctionne sous différents environnements, dont Linux.

Solutions d'assemblage gratuites

Il existe différentes solutions gratuites pour l'assemblage. Nous avons tenté d'utiliser le logiciel Enfuse qui est habituellement utilisé pour la création d'images HDR. Avec certains réglages, il est possible de le détourner pour qu'il réalise un assemblage de différentes images.

EnfuseGUI pour l'assemblage focus (focus stacking)

L'interface du logiciel est déjà un peu plus complexe et nécessite quelques réglages sur des options pas forcément très compréhensibles. Ainsi, pour l'assemblage de mise au point, il faut utiliser les paramètres suivants :



Un autre logiciel destiné au traitement des images permet de réaliser de l'assemblage d'images : Fiji (sur une base d'ImageJ). Chargez la séquence d'images via la commande Import et cochez la case "Use virtual Stack" dans les options d'import.

Fiji import de la séquence d'images avec virtual stack

Dans le logiciel, cliquez sur sur l'icône Stk et choisissez Z projet.

Fiji focus stacking Z project

Il ne reste plus qu'à laisser tourner le programme. Là encore, les options sont nombreuses et pas forcément limpides. Le résultat affiché par Fiji est vraiment moins convaincant que celui de Zerene Stacker par exemple.

Focus Stacking avec Fiji
Résultat de l'assemblage avec Fiji.

Pour conclure

Nous l'avons vu, l'utilisation de logiciels libres ou gratuits n'est pas évidente et n'offre pas les meilleurs résultats, mais ce sont de très bons outils pour s'initier pour peu que l'on soit patient. Si vous avez quelques velléités dans la création d'images en focus stacking, il semble intéressant d'investir quelques dizaines d'euros dans un logiciel qui sera plus rapide, plus simple à utiliser et délivrera de plus belles images. Notez qu'il est possible d'essayer des versions démos des logiciels payants pour vous donner une idée avant de bourse délier.

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