Présentation

Le renouveau de la photographie instantanée est-il un simple phénomène de mode réservé aux hipsters barbus et fortunés ? À plus de 2 euros la photo (18 euros le pack de 8 photos en couleur...), les films Impossible Project sont effectivement confinés à un usage qui se veut quelque peu élitiste, voire artistique.

Fujifilm Instax Wide 300 vs Impossible Project I-1

Mais si Impossible Project tient le devant de la scène médiatique, il ne faut pas pour autant oublier un autre acteur de poids dans le secteur de la photo instantanée : Fujifilm. Depuis les années 90 et surtout depuis l'arrêt de la production des films Polaroid en 2008, la firme nippone propose la seule alternative pour réaliser des photographies instantanées : les Instax. La présentation récente du boîtier I-1 par Impossible Project est l'occasion idéale de comparer les deux solutions pour faire de la photo instantanée.

Comparaison sur le papier....

Alors que les références de photos instantanées ont plutôt tendance à réduire comme peau de chagrin (arrêt des pelables Fujifilm FP100C, FP3000B), Impossible Project (dont nous avons récemment visité les usines) semble avoir réussi son pari de relancer une gamme complète de papier photo instantané "à la norme" Polaroid. Aujourd'hui, la gamme de films se compose de 3 formats pour les différents appareils photo développés par Polaroid :
  • Polaroid 600 : 7,8 x 7,7 cm (surface photo). Couleur / noir et blanc (il existe de nombreuses variations avec différentes bordures colorées). Un format rond est également disponible, ce qui fait toujours son petit effet. Les prix s’échelonnent de 20 à 40 € pour une boîte de 8 photos.

Impossible Project format rond
  • Polaroid SX-70 : couleur / noir et blanc. 20 € la boîte de 8 photos.
  • Polaroid Spectra : couleur / noir et blanc. 21 € la boîte de 8 photos.

Auxquels il faut ajouter le nouveau I-Type développé spécifiquement pour l'appareil photo I-1. Ce dernier intégrant sa propre batterie, il n'est pas obligatoire d'utiliser des films de type 600 qui embarquent une pile pour assurer le fonctionnement des anciens appareils.

Côté Fujifilm, vous pouvez choisir entre deux formats :
  • Instax Mini : 6,2 x 4,6 cm (surface photo). Couleur. 10 € la boîte de 10 photos.
  • Instax Wide : 6,2 x 9,8 cm (surface photo). Couleur. 11 € la boîte de 10 photos.

Là encore, le format Mini propose une ribambelle de finitions pour les bordures : Arc-en-ciel, Comic, Shiny Star, etc.

Pour notre duel, nous avons choisi d'un côté le Fujifilm Instax Wide 300 et de l'autre l'Impossible Project I-1. Notez qu'à l'heure actuelle, les données techniques concernant l'I-1 sont pour le moins parcellaires.



  Fujifilm Instax Wide 300 Impossible Projet I-1
Film 62 x 98 mm 78 x 77 mm (carré)
Prix pack unitaire (couleur) 11 € (10 vues) 18 € (8 photos)
Prix pack unitaire (noir & blanc) / 20 € (8 photos)
Optique 95 mm f/14 /
Viseur Optique. Accessoire permettant le mode selfie. Optique (amovible)
     
Sensibilité du film 800 ISO 640 ISO (noir et blanc)
RAW Haha Héhé
     
Autofocus Non, réglage à l'hyperfocale (de 3 m à l'infini) et mode rapproché (de 0,9 à 3 m) Oui, par infrarouge
Flash Oui Oui
     
Alimentation 4 piles AA Batterie interne (recharge par micro-USB)
Dimensions 168 x 95 121 mm /

L'effet Whaouu

Dans ce domaine, c'est clairement l'Impossible Project l-1 qui remporte la palme : l'appareil arbore un design plus audacieux, mêlant élégamment styles rétro et moderne. Sortir l'I-1, c'est attirer le regard des gens autour de vous et attiser la jalousie de votre voisinage. Oui, vous avez un I-1 et vous voulez que cela se sache ! Bref, l'I-1 est le compagnon parfait lors de vos sorties dans les coins branchés.

Le boîtier, tout en plastique, est assez léger avec une finition superbe. La peinture noire mate assure un agréable toucher, mais devient très rapidement sale, les doigts marquant pratiquement immédiatement la surface.

Impossible Project I-1 test review vue de face

On est immédiatement happé par le ring flash (flash annulaire Led) qui permet à la fois d'éclairer la scène, mais également de "comprendre" l'appareil. En effet, le nombre de diodes allumées indique le nombre de vues restantes ou le niveau de batterie.

Impossible Project I-1 test review

Un autre élément renforce le look rétro : le viseur optique. Celui-ci est amovible via 3 zones aimantées et se déploie d'un simple geste. Pour cadrer correctement, il faut aligner le point brillant (dans lequel on peut voir son œil) de la première lentille avec la cible de la lentille frontale du viseur.

Impossible Project I-1 test reviewImpossible Project I-1 test review

Pour le reste, le boîtier dispose d'un minimum de réglages : correcteur d'exposition (plus clair, moins clair), mise en route du flash et connexion Bluetooth. Car oui, le I-1 peut se connecter à un smartphone ou une tablette via une connexion sans fil afin d'accéder à des réglages plus nombreux.

Uniquement disponible pour iOS, l'application I-1 App permet en effet de prendre la main sur l'appareil et de régler plusieurs paramètres. Ainsi, vous pouvez jouer sur l'ouverture (de f/9 à f/64), le temps de pose (de 1/6 à 1/400 s), l'intensité du flash et la distance de mise au point. Vous pouvez également utiliser un retardateur et un déclenchement à distance. L'application permet de plus d'accéder à des fonctionnalités avancées comme la double exposition ou le déclenchement au son.

Le Fujifilm Instax Wide 300 surprend également, mais plus par son aspect d'énorme appareil photo argentique. Tout en plastique, le Wide 300 n'a pas le galbe de son concurrent et ressemble plutôt à un appareil pour enfant. Avec ses 4 piles AA, le boîtier est également assez lourd. Pesant et encombrant, le Wide 300 ne passe pas inaperçu, notamment lorsqu'on le porte autour du cou.

Fujifilm Instax Wide 300 test review vue de face

Sous un aspect un peu bourru, le Wide 300 n'en reste pas moins simple à utiliser. La commande de mise sous tension se situe au niveau du déclencheur et vous pouvez ajuster l'exposition (plus clair ou plus dense). Il est également possible de forcer l'utilisation du flash. En intérieur, celui-ci est de toute façon obligatoire.

Fujifilm Instax Wide 300 test review vue de côtéFujifilm Instax Wide 300 test review vue de côté

Au niveau de la mise au point, le boîtier propose deux plages : de 0,9 à 3 m et de 3 m à l'infini. Notez qu'un petit accessoire qui vient se greffer sur l'avant de l'objectif permet de réaliser des autoportraits. Du point de vue des options, c'est tout et c'est bien peu. Pas de retardateur, pas de possibilité de déclenchement à distance. Au niveau du viseur, celui-ci est un peu étriqué et décalé sur le côté.

Fujifilm Instax Wide 300 test review vue de dos

Un minuscule écran LCD permet simplement d'être informé du nombre de vues restantes et de l'activation du flash.

Fujifilm Instax Wide 300 test review autoportrait

Une question nous taraude : pourquoi ne pas avoir choisi d'éjecter les photos sur le côté de l'appareil de façon à placer le viseur plus au centre et ainsi limiter les problèmes de parallaxe ?

Et en vrai...

La prise en main de l'I-1 est très rapide. Un petit tour de roue et l'appareil est sous tension en moins de 2 secondes. La roue est agréable à utiliser, mais a la fâcheuse tendance à tourner toute seule. Le cadrage est assez rapide et aisé avec un peu d'entraînement, le point central étant un poil perturbant pour l'oeil.

Une pression à mi-course permet de faire le point avant de déclencher. L'autofocus (système actif par infrarouge) est assez bruyant et capricieux. Il faut donc parfois s'y prendre à deux fois afin de s'assurer de son bon fonctionnement. Bon point, la distance minimale de mise au point est de 30 cm, ce qui permet de cadrer serré pour les portraits.

La photo sort dans la foulée par l'avant de l'appareil. Selon le film utilisé, il faut alors patienter de 5 à 10 minutes (en noir et blanc) à plus de 15 min (en couleur) et, si possible, en s'assurant que la face sensible ne soit pas exposée à la lumière. C'est long, très long ! Pendant nos tests, l'appareil photo a "coincé" une photo. À plus de 2 € le cliché, on prie à chaque déclenchement pour que tout se passe bien...

L'I-1 prend une autre dimension avec l'application. Il faut naturellement un iPhone ou un iPad... C'est dit. L'I-1 App est esthétiquement réussie et se contrôle en quelques secondes. Ce qui est moins évident, c'est d'utiliser un smartphone — et à fortiori une tablette — dans une main tout en soutenant l'appareil de l'autre. On perd alors toute spontanéité et toute beauté du geste photographique. Bref, on se contentera d'utiliser l'application lorsque l'appareil est sur pied (il dispose d'un pas de vis Kodak en métal).

Du côté du Fujifilm Instax Wide 300, c'est également la simplicité qui prime. La mise sous tension est très rapide et vous n'avez qu'à choisir la zone de mise au point et déclencher. Même un enfant peut y arriver. Les enfants sont d'ailleurs les premiers à vouloir essayer ce type d'appareil dont la photo est immédiatement visible. Pour voir apparaître les premiers traits des photographies, il faut patienter moins d'une minute. Ici, pas de mise au point, ce qui est assez perturbant pour ceux qui sont habitués à un autofocus. Sur plusieurs portraits un peu serrés, le sujet s'est avéré en dehors de la zone de netteté ; il faut donc prévoir une bonne marge de sécurité.

Autre point contraignant, il n'est pas possible de désactiver le flash — il est possible de le forcer à déclencher, mais l'arrêter volontairement est impossible.

Rendu des images

Les images étant comptées car onéreuses, jamais un duel n'aura été aussi compliqué à mettre en œuvre. Et si le côté aléatoire est parfois recherché pour son esthétisme, il nous a plutôt agacé pour mettre en place nos protocoles de test. Entre les erreurs d'autofocus, d'exposition et de cadrage, ce duel fut un véritable challenge !

Les deux appareils instantanés n'ont pas échappé à notre scène de test en laboratoire pour un comparatif dans les règles de l'art. La mise au point partiellement aléatoire des appareils n'a pas joué en faveur de l'Impossible Project I-1.

Duel Fujifilm Instax Wide 300 vs Impossible Project I-1

On vous rassure, la photo Instax, n'est pas un exemple de netteté non plus. Le Fujifilm déclenchant avec le flash, la photo est donc différemment exposée. Côté cadrage, c'est étonnement assez fidèle des deux côtés. Concernant le rendu des couleurs, c'est indéniablement le Fujifilm qui marque des points.

Toujours en film couleur, nous avons comparé les deux appareils instantanés avec un portrait en intérieur. Bien que nous ayons pris le soin de nous tenir relativement loin du sujet, la distance de mise au point s'avère incorrecte. Notez que le flash a de plus été déclenché de façon automatique. Côté I-1, c'est net — c'est déjà un bon départ. Là aussi, le flash s'est déclenché automatiquement. L'exposition n'est pas vraiment juste... Mais qu'importe, cela renforce le côté vintage que l'on souhaite souvent retrouver avec les Polaroid.

Duel Fujifilm Instax Wide 300 vs Impossible Project I-1

Toujours en intérieur, c'est Dorothée qui se prête à notre duel le temps d'une pose capitonnée. Et cette fois, c'est l'I-1 qui est flou... Avec le recul, le Wide 300 est plus à l'aise, mais il envoie un bel éclair de flash qui rend l'atmosphère moins intéressante.

Duel Fujifilm Instax Wide 300 vs Impossible Project I-1

On tente à nouveau un portrait en plan large avec d'un côté la couleur et de l'autre le noir et blanc.

Duel Fujifilm Instax Wide 300 vs Impossible Project I-1

Les deux appareils ont réussi à faire le point ! L'Instax Wide 300 abuse du flash alors que le I-1 se satisfait de la lumière ambiante.

Poursuite du duel avec quelques portraits en extérieur. La lumière est au rendez-vous et nous n'avons pas à utiliser le flash. Nous espérons que l'Instax respectera nos intensions. Les deux séries sont exposées assez correctement. De manière assez étonnante, les deux clichés réalisés avec l'Instax Wide 300 ne sont pas nets — enfin, pas nets sur les visages, les roses quant à elles sont superbes. Le rendu est plus clinique, plus froid, mais beaucoup plus juste. Les couleurs sont presque fidèles et l'image assez détaillée pour un instantané. Côté I-1, les visages sont nets, mais c'est finalement un peu trop dense. Les couleurs sont folles avec ce petit voile qui, là encore, renforce le côté vintage. Un rapide sondage à la rédaction et les avis sont unanimes : le rendu Impossible Project plaît davantage grâce à l'effet Polaroid.

Duel Fujifilm Instax Wide 300 vs Impossible Project I-1

L'un des avantages de l'I-1 sur son concurrent est la possibilité d'utiliser des films noir et blanc. Et le rendu est particulièrement réussi avec de belles nuances et un aspect soyeux très agréable. C'est un vrai coup de cœur !

Duel Fujifilm Instax Wide 300 vs Impossible Project I-1

Duel Fujifilm Instax Wide 300 vs Impossible Project I-1

Conclusion

Pas simple de départager ces deux boîtiers instantanés... Sur un simple plan tarifaire, le système Fujifilm est largement plus abordable à l'achat et à l'utilisation. Le boîtier I-1 d'Impossible Project a de nombreux atouts pour une utilisation plus avancée en photographie, et il est en outre beaucoup plus joli. Nous apprécions les options créatives (double exposition), mais également la possibilité de régler quelques paramètres de prise de vues et notamment le déclenchement du flash. Notez bien que les deux systèmes présentent un côté aléatoire qui devient très vite agaçant compte tenu du prix des clichés. Le Wide 300 a l'avantage de la simplicité, l'I-1 met en avant la créativité avec tous les dérapages qui lui sont inhérents.

Le choix d'un système instantané est également lié à une pratique photo personnelle. Pour des portraits plus serrés, l'I-1 prend l'avantage avec une distance de mise au point plus courte et un cadrage carré plus élégant. Au final et principalement pour ce dernier point évoqué, c'est l'Impossible Project I-1 qui remporte donc ce duel.

Impossible Project I-1 recommandé par Focus Numérique

  Fujifilm Instax Wide 300 Impossible project I-1
Plus    
  Réussite des tirages moins aléatoire Format carré
  Meilleure fidélité des couleurs Boîtier compact et esthétiquement réussi
  Photo développée en quelques minutes Possibilité de pilotage à distance via une application (iOS)
    Rendu des noir & blanc
    Distance de mise au point minimale de 30 cm :
idéale pour le portrait
Moins    
  Flash automatique uniquement Prix très élevé des consommables et du boîtier
  Distance de mise au point minimale trop longue (90 cm) pour un portrait serré Réussite aléatoire des images (mise au point, exposition, bogues) difficile à digérer au prix des photos
  Pratiquement aucun réglage disponible Réglages manuels à partir de l'application difficiles à effectuer tout seul (il faut 3 mains)
    Temps de développement long en noir & blanc, très long en couleur
    Bouton de commande qui tourne trop facilement

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