Henri Cartier-Bresson a dit de lui : "Alors que le monde s'écroule, Ansel Adams […] photographie des fleurs et des montagnes" — un peu de mauvaise foi de la part du Français, mais un parfait résumé des sujets embrassés par l'Américain. Oui, plus de trente ans après sa mort, le nom d'Ansel Adams est indissociablement lié au parc de Yosemite dont ses images ont aidé à la prise de conscience de la nécessaire sauvegarde de l'environnement.

Photo Ansel Adams
Jeffrey Pine, Sentinel Dome, Yosemite National Park, California, 1940. © Ansel Adams

Le 20e siècle a 2 ans quand Ansel Adams voit le jour à l'ombre du détroit du Golden Gate. Il grandit dans les dunes bordant l'océan Pacifique à San Francisco. Il y a pire et plus chaotique comme lieu. Cependant l'enfant est difficile, suractif, probablement dyslexique, et ne parvient pas à rester dans les écoles où l'inscrivent ses parents. À la maison, l'ambiance est plutôt du genre victorienne, conservatrice. La mère en veut à son mari de ne pas avoir su préserver la fortune du grand-père tirée de l'industrie du bois et témoigne peu d'affection à son unique enfant. Le père d'Ansel, Charles Hitchcock Adams (qui l'encouragera tout au long de sa vie) et sa tante deviennent alors ses précepteurs.

Ansel est un enfant timide qui n'aime rien tant que de s'aventurer seul, des journées entières, explorant les plages infinies, les contrées sauvages que l'Ouest américain peut lui offrir. Son génie créatif, il le développe en parfait autodidacte : à 12 ans, il apprend seul à lire la musique et à jouer du piano (il pensera d'ailleurs en faire son métier jusque dans les années 1930). Dès ses 14 ans, en 1916, il passe ses vacances d'été dans le Parc national de Yosemite et à partir de 1919, il devient membre du Sierra Club qui œuvre pour la préservation de la région et cherche à développer une sorte de tourisme raisonné.

C'est à cette période que la photographie entre dans sa vie, par le biais d'un Kodak Box Brownie que lui offre son père en 1920 pour ses 18 ans. Ses premières images paraissent dans le bulletin du Sierra Club en 1922. Elles recevront un très large écho et apparaissent aujourd'hui comme autant de témoignages de sa relation quasi mystique avec ces montagnes.

Photo Ansel Adams
Mount McKinley and Wonder Lake, Denali National Park, Alaska, 1947. © Ansel Adams

Deux événements majeurs marquent l'année 1927, pivot dans la vie artistique d'Adams. Le premier est cette prise de vue de Monolith, the Face of Half Dome, qu'il fait avec une chambre 6,5 x 8,5 dans les neiges épaisses du massif. En attendant que la lumière éclaire la montagne, il prépare ses plaques avec un filtre jaune, mais réalise avant la prise de vue qu'avec un filtre rouge foncé, la montagne comme le ciel deviendront beaucoup plus intenses, plus dramatiques. Il parle de cet épisode comme d'un moment fondateur de sa vie de photographe. En effet, il réalise qu'il a réussi à exposer très précisément ce qu'il a ressenti au moment de la prise de vue.

Photo Ansel Adams
Half Dome, Apple Orchard, Yosemite. Arbres enneigés, avril 1933. © Ansel Adams

Et puis il fait la rencontre décisive d'Albert M. Bender, un magnat de l'assurance qui le finance et agit comme un mécène. C'est grâce à son appui qu'Adams publie son premier portfolio, Parmelian Prints of the High Sierras : 18 tirages publiés à 200 exemplaires environ, mais dont il semblerait que seuls 75 aient été effectivement livrés, le reste ayant vraisemblablement péri dans un incendie. Presque 80 ans plus tard, en 2008, un exemplaire complet sera adjugé 97 000 $ chez Christie's à New York.

Se sentant soutenu, Ansel Adams gagne en confiance et en liberté de pratique et le Sierra Club lui ouvre sa première exposition personnelle en 1928. Adams choisit alors délibérément la photographie comme expression artistique et décide d'en faire son métier, au détriment de la musique, même s'il pensera à faire des enregistrements jusqu'à la moitié des années 1940.

Photo Ansel Adams
Église, Taos Pueblo, Nouveau-Mexique, 1942. © Ansel Adams

Le photographe Paul Strand bouleverse son appréhension de la photographie. Alors que l'époque nage dans le "pictorialisme" — mouvement abordant la photographie comme inspirée de la peinture, et élaborant les images comme des tableaux avec ajout d'effets esthétisants —, Strand fait des photographies "straight", c'est-à-dire sans manière, frontales, qui cherchent à montrer la réalité telle qu'elle est.

Adams adhère complètement à ce principe. En 1932, il fonde avec le photographe Edward Weston le groupe f.64. Le nom fait référence à une très petite ouverture du diaphragme, qui offre un niveau de netteté et de détail inégalé, ainsi qu'une profondeur de champ extrême du premier au dernier plan de l'image. Même si le groupe n'a pas vécu longtemps, le San Francisco’s DeYoung Museum (musée des beaux-arts de San Francisco) reconnaît son influence et permet à Adams de se voir exposé en solo dans une institution muséale.

Photo Ansel Adams
Moonrise, Hernandez, Nouveau-Mexique, 1941. © Ansel Adams

Les années 1930 marquent la reconnaissance du travail d'Ansel Adams au-delà de la côte Ouest. Commence une longue série de séjours new-yorkais, sous l'impulsion d'Alfred Stieglitz qui contribue à la faire exposer à New York, publier ses premiers écrits techniques dans Camera Craft en 1934 et son premier album, Making a Photograph, en 1935.

Dès lors, le travail d'Ansel Adams s'oriente vers les publications au cordeau qu'il met au point avec Beaumont et Nancy Newhall pendant plus d'une décennie. Beaumont est le conservateur fondateur du département de la photo au MoMA et Nancy, une écrivaine, critique et éditrice photo pointue ; féru de photo et d'édition, le couple organise des expositions qui font date.

L'autre versant de l'œuvre d'Adams s'affirme également : la défense sans réserve de l'environnement,  sous la forme de nombreuses interventions en tant que "lecturer" (conférencier) dans les universités ou d'articles dans des revues savantes.

Photo Ansel Adams
Dead Tree, Dog Lake, Yosemite National Park, California, 1933. © Ansel Adams

La technique photo aussi sera l'objet de ses recherches. Il suffit de regarder, même rapidement, ses images pour voir avec quelle précision elles sont composées. Pas de flous de bougé, pas de flou de réglage. Le noir est bien noir, les gris intenses des cieux répondent aux blancs argentés des nuages. Rien, absolument rien n'est laissé au hasard.

De cette perfection, on a pu lui en faire reproche. C'est ce qui sous-tend le trait de Cartier-Bresson : les images d'Adams montrent un environnement idéalisé, vierge de toute empreinte de l'homme. Une terre rêvée en quelque sorte, mais qui a permis d'éveiller les consciences sur une nature à préserver.

À la mort du photographe en 1984 est adjointe au parc Yosemite une étendue de 934 km² qui porte le nom d'Ansel Adams Wilderness.

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